À Jacques Richard

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ÉpavesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 141-142).

À JACQUES RICHARD


À l’heure où des revers sans nom sur le drapeau
De son aveuglement ont puni la patrie,
Pendant qu’elle râlait outragée et meurtrie,
Jeune homme, tu dormais déjà dans le tombeau ;

Et pendant qu’elle pleure encore le lambeau
Arraché palpitant à sa terre chérie,
Tu dors, plus rien ne souffre en toi, plus rien ne crie.
Ah ! que ton sort brisé nous paraît noble et beau !

Car tu peux, toi ! sans honte et, trop vengé, sans haine
Accepter le sommeil dans une paix sereine,
Défiant le mépris et le joug du plus fort.

Ne te réveille pas. Fais l’enviable rêve
Que ton premier amour te berce dans la mort
Et qu’un autel au Droit sur ton marbre s’élève !