À M. le Marquis de Lévis

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Depuis longtemps, épris des choses du passé,
Dans votre noble cœur vous aviez caressé
L’espoir de contempler les forêts et les grèves
Où, poursuivant toujours son rôle glorieux,
Durant un siècle entier, la France des aïeux,
Pour fonder un empire, a combattu sans trêves.

Vous rêviez d’aborder aux rivages ombreux
Arrosés tant de fois par le sang de nos preux ;
Et quand notre œil, perdu dans l’immensité vague,
A cru vous voir cingler vers notre Saint-Laurent,
Aussitôt d’un vivat immense et délirant
Nous vous avons de loin salués sur la vague.


De loin nous vous tendions les bras avec amour,
Et nous soupirions tous, amis, après le jour
Où votre nef enfin toucherait notre terre,
Car vos noms, évoquant un immortel succès,
Nous rappelaient, à nous restés toujours français,
Que le sang d’un héros battait dans votre artère.
 
Nous brûlions, croyez-nous, de vous serrer la main,
Nous brûlions de joncher de fleurs votre chemin,
Et, depuis qu’en ces murs dressés par la vaillance
Vous êtes descendus pour baiser le linceul
Recouvrant le passé qu’illustra votre aïeul,
Nous palpitons de joie et de reconnaissance.

Oh ! les heureux moments ! oh ! les jours radieux
Que nous avons donnés au culte des aïeux !
Entre nos cœurs vibrant du même écho sonore
Un lien s’est formé que rien ne brisera ;
Et de votre séjour parmi nous survivra
Un souvenir brillant comme un lever d’aurore.


Avec vous nous avons foulé le sol sacré
Où, trahi par le sort, un soldat inspiré
Sut encor, malgré tout, remporter la victoire ;
Avec vous nous avons déroulé les feuillets
Toujours éblouissants des sublimes reflets
Que Lévis de son glaive a mis dans notre histoire.

Ensemble bien des fois nous avons revécu
L’instant où votre aïeul, ― ce héros invaincu
Dont le nom sur nos bords est toute une épopée, ―
Épuise par la faim, le désespoir au cœur,
Plutôt que de les rendre aux mains de son vainqueur,
A brûlé ses drapeaux, a brisé son épée.
 
Oh ! oui, votre présence a fait, nobles amis,
Dans notre âme vibrer mille échos endormis ;
Elle a rempli Québec d’une indicible joie,
Rajeuni de cent ans notre vieille cité,
Remis dans plus de lustre et dans plus de clarté
La gloire de Lévis, le nom de Sainte-Foye.


Sainte-Foye et Lévis ! Ces deux noms éclatants,
Nous les avons gravés dans nos cœurs palpitants,
Nous les voyons partout flamboyer comme un astre.
Lévis est le sauveur d’un peuple de héros,
Sainte-Foye est l’ivresse après les longs sanglots,
Le succès reconquis dans le champ du désastre.

Ce n’était pas la mort que les soldats anglais
Semaient là, dans le sol fouillé par les boulets,
C’étaient, à leur insu, des germes d’espérance ;
Et le sang de nos preux, rougissant les sillons
Que la gloire dorait de ses derniers rayons,
Fit croître l’avenir de la Nouvelle-France !

Oui, l’avenir sourit à nos destins nouveaux ;
Oui, l’astre du progrès brille sur nos travaux ;
Et quand vous reverrez votre mère immortelle,
Dites-lui qu’à l’abri du drapeau d’Albion
Nous proclamons bien haut la gloire de son nom,
Dites-lui que nos cœurs battent toujours pour elle.