À elle mesme

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Élégies et Sonnets, Texte établi par Tancrède de VisanSansot (p. 94-96).
À ELLE MESME[1]

 Ô ma belle rebelle,
Las que tu m’es cruelle !
Ou quand d’un dous souzris
Larron de mes esprits,
Ou quand d’une parole
Si mignardement mole,
Ou quand d’un regard d’yeus
Traytrement gracieus,
Ou quand d’un petit geste
Non autre que céleste.
En amoureuse ardeur
Tu m’enflammes le cœur.
 Ô ma belle rebelle,
Las que tu m’es cruelle !
Quand la cuisante ardeur
Qui me brule le cœur,

Veut que ie te demande
À sa brûlure grande
Vn rafrechissement
D’un baiser seulement.
 Ô ma belle rebelle,
Que tu serois cruelle !
Si d’un petit baiser,
Ne voulois l’apaiser,
Au lieu d’alegement
Acroissant mon tourment.
Me puisse-ie un iour, dure,
Vanger de cette iniure :
Mon petit maitre Amour
Te puisse outrer un iour
Et pour moy langoureuse,
Il te face amoureuse,
Comme il m’a langoureus
Pour toy fait amoureus.
Alors que ma vengeance
Tu auras connoissance
Que vaut d’un dous baiser
Vn Amant refuser.

Et si ie te le donne,
Ma gentile mignonne,
Quand plus fort le desir
En viendroit te saisir :
Lors apres ma vengeance.
Tu aurois connoissance
Quel bien fait, d’un baiser
L’Amant ne refuser.

  1. Ode de Baif.