Élémentarisme

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van doesburg th. 1930

[1]théo van doesburg (décédé en 1931).

élémentarisme. (Les éléments de la nouvelle peinture). — qu’est-ce-que la merveille (le principal) pour le peintre de nos jours ?

se sentir „couleur”, être couleur. sans ceci, l’œuvre restera achromatique, même si elle est bigarrée.

être le blanc, le rouge, le jaune, le noir, c’est être peintre. ce n’est pas suffisant que le peintre d’aujourd’hui pense en couleurs : il faut qu’il soit couleur, qu’il en mange et qu’il se transforme en tableau. c’est l’essentiel.

se sentir couleur veut dire : porter en soi-même toute la gamme des couleurs, pas comme un trésor, mais comme une croix.

au point de vue „forme” un seul élément suffit, par exemple le carré.

le carré est un élément stable, qui doit être arithmétisé pour devenir animé. la ligne est fonctionnelle, elle sépare et elle lie en même temps. elle donne la force à l’œuvre, et à l’œil du spectateur la direction. la „composition” n’est plus supérieure dans la peinture. la composition était „une transition” vers une forme universelle : la forme-esprit. la véritable œuvre d’art est seulement faite par ceux qui n’ont pas hésité devant la destruction totale de leurs impressions optiques. l’œuvre complète et définitive se crée hors de notre personnalité.

il ne faut même pas hésiter à supprimer notre personnalité. l’universel est au dessus d’elle. la spontanéité n’a jamais créé une œuvre d’une valeur culturelle et solide. le procédé de la forme universelle est basé sur le calcul de la mesure et le nombre. les pyramides de chéops sont basées sur un même procédé. la personnalité avait encore une raison d’être jusqu’à la composition, mais dès la période de „la construction”, la personnalité devint un obstacle et une pasquinade. la composition est : variations individuelles des formes, des couleurs ou des rapports équilibrés. (le peintre était un équilibriste.) la construction est : stabilisation et synthèse des formes, des couleurs ou des rapports. tendance sur-individuelle. avoir une préférence pour une certaine couleur (p.e. jaune) ou pour une certaine direction (p.e. verticale) est identique avec la préférence pour une certaine nourriture. l’art descend au niveau de la cuisine. changer la direction (peut-être par l’oblique) est changer et renouveler l’optique du spectateur. le procédé du spontanéisme n’a jamais créé „la merveille” parce que ce procédé est basé sur une fantaisie superficielle. rien n’est plus dangereux que la fantaisie… fantaisie est : esprit café-chantant. seul ce qui est travaillé profondément, ce qui est mortifié, a de l’importance.


van doesburg th. 1929
la meilleure main-d’œuvre est celle qui ne dévoile pas la main humaine. cette perfection est dépendante de notre entourage, une propreté absolue, une lumière stable, une atmosphère claire, etc. ces qualités de notre entourage deviennent les qualités de notre œuvre. l’atelier de l’artiste sera comme une cloche de verre ou un cristal creux. le peintre doit être blanc, c'est-à-dire sans drame et sans tache. la palette doit être en verre, le pinceau carré et dur, sans la moindre poussière, pur comme l’instrument d’opération.

certes, on peut beaucoup apprendre d’un laboratoire médical. les ateliers d’artistes ne sont-ils pas habituellement comme des cages où ça sent le singe malade ? l’atelier du peintre moderne doit avoir l’atmosphère des montagnes à 3 000 mètres d’hauteur ; la neige éternelle au sommet. le froid tue les microbes.

  1. Note Wikisource : L’orthographe originale à été conservée