Éloge de la folie (Nolhac)/LI

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Traduction par Pierre de Nolhac.
Garnier-Flammarion (p. 62-63).

LI. — Parmi eux, les Jurisconsultes réclament le premier rang, personne n’étant plus vaniteux. Ils roulent assidûment le rocher de Sisyphe, en amoncelant des textes de lois sur un sujet auquel elles n’ont que faire. Accumulant glose sur glose, opinion sur opinion, ils donnent l’impression que leur science est la plus difficile. Ils se figurent, en effet, que tout ce qui coûte de la peine est méritoire.

Joignons-leur les Dialecticiens et les Sophistes, race plus bruyante que l’airain de Dodone et dont le moindre l’emporterait en bavardage sur vingt femmes au choix. Ce serait peu que d’être aussi bavards, mais ils sont également querelleurs au point de s’acharner à tirer l’épée pour de la laine de chèvre et de perdre, à force de discuter, tout souci de la vérité. Cependant, leur amour-propre les rend heureux, puisque trois syllogismes les arment suffisamment pour s’attaquer à n’importe qui sur n’importe quoi. Et leur obstination les maintient invincibles, même en face de Stentor.