Émile Nelligan et son œuvre/Virgiliennes/Rêve de Watteau

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RÊVE DE WATTEAU




Quand les pastours, aux soirs des crépuscules roux
Menant leurs grands boucs noirs au râles d’or des flûtes,
Vers le hameau natal, de par delà les buttes,
S’en revenaient, le long des champs piqués de houx ;

Bohêmes écoliers, âme vierges de luttes,
Pleines de blanc naguère et de jours sans courroux,
En rupture d’étude, aux bois jonchés de brous
Nous aillions, gouailleurs, prêtant l’oreille aux chutes

Des ruisseaux, dans le val que longeait en jappant
Le petit chien berger des calmes fils de Pan
Dont le pipeau qui pleure appelle, tout au loin.

Puis, las, nous nous couchions, frissonnants jusqu’aux moëlles,
Et parfois, radieux, dans nos palais de foin
Nous déjeunions d’aurore et nous soupions d’étoiles…