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Épitaphe de Didon

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Poésies diverses, Texte établi par Charles Marty-Laveaux10 (p. 36-37).

VI

Épitaphe de Didon.
Traduit[1] du latin d’Ausone : infelix dido etc.[2].


Misérable Didon, pauvre amante séduite,

Dedans tes deux maris je plains ton mauvais sort,
Puisque la mort de l’un est cause de ta fuite,
Et la fuite de l’autre est cause de ta mort.

Autrement.

Quel malheur en maris, pauvre Didon, te suit !
Tu t’enfuis quand l’un meurt, tu meurs quand l’autre fuit.


  1. À cette époque épitaphe était habituellement du masculin. Voyez tome IV, p. 15, note 1 ; p. 310, vers 381 ; et le Lexique. — Granet a mis ici : épitaphe traduite, et il a été imité en cela par tous les éditeurs qui l’ont suivi.
  2. Infelix Dido, nulli bene nupta marito :
    Hoc pereunte fugis, hoc fugiente peris.

    (Ausone, épitaphe xxx.)


    Cette épitaphe d’Ausone a donné lieu à un fort grand nombre d’imitations. Voici un distique de Leibnitz qui n’est pas sans rapport avec la seconde pièce de Corneille :

    Quel mari qu’ait Didon, son malheur la poursuit :
    Elle fuit quand l’un meurt, et meurt quand l’autre fuit.


    La pièce la plus connue est la suivante, dont on ignore l’auteur, et que le P. Bouhours rapporte dans la Manière de bien penser dans les ouvrages de l’esprit, seconde édition, Paris, 1691, in-12, p. 55 :

    Pauvre Didon, où t’a réduite
    De tes maris le triste sort ?
    L’un, en mourant, cause ta fuite ;
    L’autre, en fuyant, cause ta mort.


    L’abbé Desfontaines, qui, dans son Discours sur la traduction des poëtes en tête de sa traduction de Virgile, critique cette imitation, propose de la remplacer par celle-ci, dont il est l’auteur :

    Hélas ! que tes époux te causent de malheurs,
    Didon : l’un meurt, tu fuis ; l’autre fuit, et tu meurs.


    Enfin Souchay cite une traduction qui diffère très-peu de celle de Desfontaines :

    Didon, tes deux maris te comblent de douleurs :
    Le premier meurt, tu fuis ; le second fuit, tu meurs.