Épitaphe sur la mort de Honorat de Bueil, fils de l’auteur

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Épitaphe sur la mort de Honorat de Bueil, fils de l’auteur


ÉPITAPHE
Sur la mort de Honorat de Bueil,
Fils de l’auteur, qui mourut page de la Reine
l’année 1652, âgé de seize ans ou environ1.

Ce fils dont les attraits d’une aimable jeunesse
Rendoient de mes vieux jours tous les desirs contens,
Ce fils qui fut l’appuy de ma foible vieillesse,
A veû tomber sans fruit la fleur de son printemps.

Trois mois d’une langueur qui n’eut jamais de cesse
L’ont fait dans ce tombeau descendre avant le temps,
Lors que, sous les couleurs d’une grande princesse,
Son âge avoit à peine atteint deux fois huit ans.

Tout le siecle jugeoit qu’en sa vertu naissante
La tige de Bueil, jadis si florissante,
Vouloit sur son declin faire un dernier effort.

Son esprit fut brillant, son ame genereuse,
Et jamais sa maison illustre et malheureuse
N’en a receu d’ennuy que celuy de sa mort1.



1. C’est assurément là un des morceaux les plus touchants de cette époque. Racan trouvoit au besoin les accents du cœur. L’opinion de ses premiers juges sur son aptitude à des genres de poésie très divers est connue. L’on peut voir aussi celle qu’ont émise, avec toutes réserves, plusieurs maîtres de la critique moderne, MM. Guizot, Saint-Marc-Girardin, Patin, Géruzez ; mais ce qui n’eut peut-être pas le moins touché notre vieux poète dans ces différentes appréciations, c’eut été de se voir désigner par ces simples paroles de M. Patin : « L’aimable Racan. »