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Étrennes aux fouteurs ou le Calendrier des trois sexes/Texte entier

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Anonyme
(p. Frontisp.-105).
Étrennes aux fouteurs, 1793 - Frontispice
Étrennes aux fouteurs, Bandeau de début de chapitre

PRÉFACE.


DEpuis qu’une autrichienne en ru,
À tout venant montre le cu ;
Depuis qu’on plaça l’optimiſme
Dans l’ovale humide & charnu
Qui produit notre méchaniſme ;
Depuis que le vit potentat
Du fier & fougueux deſpotiſme,
Voulut foutre le tiers-état,
Et de ſon foutre ſcélérat
Inonder le patriotiſme ;
Depuis que nos repréſentans
Foutent par-tout bêtes & gens ;
Depuis que la France eſt foutue
Par ſes inceſtueux enfans,
Et par la pine corrompue
D’un étranger toujours bandant,
Qui, malgré ſon éloignement,

La fout encor mentalement,
On ne parle plus que de foutre ;
Chacun le ſeme, & chacun outre
La matiere du ſentiment.
Mais par bonheur, dit la ſatyre ;
Qu’il s’en perd plus verbalement
Que du canal vivifiant,
Par lequel tout ce qui reſpire
Obtient la vie & le plaiſir.

 Auteurs, qui ne ſavez que dire ;
Occupez donc votre loiſir
À diſſéquer chaque maniere
Où, par devant & par derriere,
Le mortel le plus vigoureux
S’épuiſe en épuiſant ſes feux.


  Moi, convaincu, plus que perſonne
» Que, dans cet art charmant, la meilleure leçon
 C’eſt la nature qui la donne, »

Je condamne mon Apollon
À retracer dans le myſtere
Des faits récemment arrivés
Tant à Sodome qu’à Cythere.
On en lira de controuvés.

 Ceux qui crieront à l’impoſture ;
Je leur dirai, d’un ton gaillard,
Que leur ſiecle eſt aſſez paillard
Pour offrir, plutôt que plus tard,
Ce qui fait naître leur murmure ;
Et mes détracteurs conviendront,
Qu’on ne mérite point d’affront,
Pour anticiper l’aventure.


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Étrennes aux fouteurs, 1793 - Manuscrit - 001
Étrennes aux fouteurs, 1793 - Figure Les cinq sens
Étrennes aux fouteurs, 1793 - Bandeaux - 002


ÉTRENNES

AUX FOUTEURS,

OU

LE CALENDRIER

DES TROIS SEXES.




LES CINQ SENS,
ou les trois générations.


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Air : Du ſerin qui te fait envie [ws 1].

QUe ſur moi l’on diſe anathême,
Que le foutre des cardinaux,
Que celui du pape lui-même,
Et de tous les chrétiens dévots,
Soit autant d’eau-forte brûlante ;
Qu’un bénitier large & profond

En reçoive la maſſe ardente,
Et qu’on m’y plonge juſqu’au fond.

Que les couillons, par des tenailles
Un par un me ſoient arrachés !
Que de Paris juſqu’à Verſailles
Tous mes boyaux ſoient alongés !
Oui, je ſouffrirai ſans murmure
Ce martyre encore inoui,
Si l’on peut prouver l’impoſture
Des faits que je retrace ici.

Je les tiens de fille ingénue
Qui, n’ayant encor que treize ans,
M’a dit avoir été foutue
Par un vieillard à cheveux blancs.
» Ce vieillard, dit-elle, eſt mon pere.
Vous pâliſſez à cet aveu !…
Écoutez, ajouta Glycere,
C’eſt beaucoup, mais c’eſt encor peu.

» Tandis que le bonhomme en nage
Foutoit ſa fille avec ardeur ;
Tandis qu’à cet apprentiſſage
Il façonnoit mon tendre cœur ;
Mon jeune frère, par derriere,

» Branloit les couilles à papa ;
Écoutez, ajouta Glycere,
Ce n’eſt rien encor que cela.

» Car, tandis que mon jeune frere
Chatouilloit, comme je l’ai dit,
Les deux couillons de notre pere
Qui me foutoit, Dieu ſoit béni,
Survint à point notre grand’mere
Qui, pour entrer à l’uniſſon,
Branla, d’une dextre maniere,
La pine à ſon petit garçon. «

— J’allois m’exhaler en reproche ;
J’allois fuir cet être maudit ;
Mais ſoudain Glycere m’accroche
En diſant : » je n’ai pas tout dit :
Obfervez que notre grand’mere,
En branlant ſon petit garçon,
S’étoit retrouſſé le derriere,
Et qu’un chien lui léchoit le con.


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LE PERE
COMME ILS DEVROIENT TOUS ÊTRE,
Conte.


GUillot foutoit un jour la gentille Glycere,
  Et de façon, n’en doutez pas,
  Qu’à la place de la bergere,
La hongroiſe Marie eût avoué tout bas,
  Que dans ſes plus heureux combats,
  Malgré le pouvoir arbitraire,
  Qui ſiégeoit alors dans ſes bras,
Jamais tant de plaiſir n’a flatté ſes appas.
Auſſi faut-il tout dire ; au printems de ſa vie,
  Guillot avoit été ſoldat ;
  Et lorſqu’on a ſervi l’état,
On poſſede, ad unguem, l’art de la fouterie :
  Item, Guillot foutoit ;
Et c’étoit, dit l’hiſtoire, avec la fille à Pierre,
Qu’un beau jour, au ſecond, la ſcene ſe paſſoit.
Tandis qu’au fond de l’amoureux abyme,
Guillot plonge & replonge, & revient ſur la cîme,

Pierre arrive au troiſieme ; & le bruit qu’il entend,
  Fait qu’il ouvre tout doucement
La trappe d’un Judas, percé par ſon grand-pere,
Et donnant, par haſard, ſur le lit palpitant
Où le couple animé s’exerçoit ardemment.
Voilà Pierre ſaiſi… de rage… de colere…
Non… du même tranſport dont Guillot haletoit.
Ne pouvant, comme lui, voyager à Cythere,
Le bonhomme ſe branle… & le moment heureux,
Où ſon gendre décharge avec ſa ménagère,
Est choiſi par Pierrot pour décharger ſur eux.
Qu’un grand pénitencier, que la Sorbonne entiere,
Condamne au châtiment cet acte débonnaire ;
  Moi, plus ſenſible & moins chrétien,
Je dirai, ſans rougir, que le papa fit bien.
Oui, malgré cette loi, par qui le pauvre grille,
Et qui pardonne tout quand l’or vient au ſecours,
je ſoutiendrai qu’un pere aura le droit toujours
De ſe branler le vit lorſque l’on fout ſa fille.





LE DANGER DE L’EXEMPLE.


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Air : Guſman diſoit à ſa bergere [ws 2].

DAns vos propos & dans vos geſtes,
Gardez-vous bien, foibles parens,
D’offrir des exemples funeſtes
À ceux que l’on dit vos enfans.
L’enfance à mal faire eſt encline,
Et ſi nous ne la reprenons,
L’âge bientôt l’indiſcipline,
Et la rend ſourde à nos leçons.

Apprenez par ma chanſonnette,
Le danger d’expoſer ſouvent,
Aux yeux de l’enfance inquiete,
Ce que la pudeur nous défend.
L’enfance eſt un ſinge en liſiere,
Un écho toujours ſurveillant ;
Elle fait ce qu’elle voit faire,
Et répete ce qu’elle entend.

Deux époux, contre l’ordinaire,

S’adoroient comme deux amans ;
Sans ceſſe, occupés à ſe plaire,
Ils paſſoient les plus doux inſtans ;
Mais peu ſages dans leurs careſſes,
On eût pu les voir en tous tems
Se prendre tettons, pine & feſſes,
En préſence de leurs enfans.

Aſſez ſouvent, dame Lucette
Branloit le vit à ſon mari ;
Et le foutre ſur une aſſiette
Étoit par elle recueilli :
Puis après, avec des mouillettes,
Elle étanchoit cette liqueur,
Et dévoroit juſques aux miettes,
D’un mets qui m’eût fait mal au cœur

Autant de fois avec délice
Le mari la gamahuchoit.
Après ce louable exercice,
Il la foutoit & refoutoit.
De cette amoureuſe licence
Leurs deux enfans étoient témoins ;
Vous m’avouerez que la décence
Exigeoit un peu plus de ſoins.

L’un eſt garçon & l’autre fille.
Quand ils n’avoient que trois, quatre ans,
C’étoient-là des jeux de famille,
Qui leur ſembloient indifférens ;
Mais on grandit, ſans qu’on y penſe ;
Et nature, inſenſiblement,
Ouvre bientôt l’intelligence
Avec la clef du ſentiment.

Deux fois ſept ans ſont le partage
De la tendre & vive Zulmé.
Myrtil a preſque le même âge,
Et ce couple eſt déjà formé.
Déjà Myrtil, Avec ivreſſe,
Parcoure les appas de ſa ſœur ;
Elle répond à ſa tendreſſe :
Tous deux reſpirent le bonheur.

Sein rondelet, pine longuette,
Foutre qui brûle de ſortir,
Exemple qui ſouvent répete
La douce leçon du plaiſir ;
Ma foi, n’en déplaiſe à l’uſage,
Tout cela viſoit droit au con :
Auſſi, malgré le parentage,
Myrtil enfila tout de bon…

Myrtil enfila le paſſage
Où ſe forme le genre humain.
Zulmé partagea le voyage,
En dépit du veto romain.
On en porta plainte à Cythere.
Il y fut dit, ſans trop jaſer,
Que, puiſqu’amour foutoit ſa mere,
Frère & ſœur pouvoient ſe baiſer.


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LA BOUTEILLE MERVEILLEUSE,
Conte.


  PErronnelle avoit pour époux
  Un vieillard avare & jaloux ;
  Mais jaloux d’eſpece nouvelle,
  Et ſi difficile entre nous,
Qu’on n’en pourroit trouver le parallele
Pans le Poly-mundo du ſavant Fontenelle.
  Ceux même dont feu maître Jean[1]
  A compoſé ſa kyrielle,
  Avoient l’eſprit inſouciant,
En raiſon du mari de dame Perronnelle.
  Pour préſerver ſon front tremblant,
   Du léger mal d’aventure,
  (Mal ordinaire aux épouſeurs)
  Force verrous, triple ſerrure,
Enfermoient, ſous vingt clefs, l’objet de ſes frayeurs,
  Sans ceſſe il faiſoit ſentinelle.
  Madame jamais ne ſortoit ;
Et Chryſante auprès d’elle en tout tems ne ſouffroit

Qu’une vieille ſervante, une vraie haridelle,
Dont le con racorni, livide, deſſéché,
Par bêtes ni par gens, n’ayant été touché,
Jamais amadoué, ni flatté, ni léché,
Eût volontiers contraint à ce jeune barbare,
Ces gentils cons friands qui foutroient au Ténare,
Si l’on foutoit encor au ſéjour des démons.
  Voilà donc les deux eſpions,
  Qui, plus ſurveillans que Cerbere,
  Et moins flexibles que Caron,
Faiſoient de ce logis une étroite priſon.
  Réduite à ſe branler le con,
  (Car ſon mari ne bandoit guere)
  Elle maudiſſoit le barbon,
  Plus encor la vieille mégere,
Tout en leur réſervant un tour de ſa façon.
Ah ! qu’il connoiſſoit bien la malice femelle,
Les tours & les détours de ce ſexe frippon,
Celui qui le premier a dit, en fin garçon,
  » Qu’on a beau faire ſentinelle
  Pour garder certaine toiſon ;
  Un charmant & ruſé jaſon,
  Avec l’aide de la donzelle,
  Et de maître expert Cupidon ;…
  — Mais abrégeons ſur ce paſſage ;

Et prouvons, comme a fait ce conteur ſuzerain,
  Qu’une femme, fût-elle en cage,
Feroit cent fois cocu l’époux le plus malin.
  J’ai déjà dit que Perronnelle
  En gardoit à ſes deux argus.
Bientôt elle rendra tous leurs ſoins ſuperflus.
  Suivons donc pas à pas la belle,
  Et parvenons au dénouement.
  Certain ſoir (ne ſait trop comment)
  Après avoir, à l’inſu de la vieille,
  Et du barbon toujours rodant,
  Rempli d’eau claire une bouteille,
  Perronnelle, furtivement,
  Introduiſit, dans ſa ruelle,
  Certain blondin jeune & charmant,
  Qu’elle adoroit ſecrettement,
  Et qui, brûlant auſſi pour elle,
Comme elle, n’aſpiroit qu’à l’amoureux déduit.
Tout cela diſpoſé, Perronnelle ſe couche,
Et ſemble en un inſtant dormir comme une ſouche.
Obfervez que déjà Chryſante étoit au lit.
Dort-il ?… N’en croyez rien. Jamais il ne ſommeille ;
Mais il ſera cocu, ſoit qu’il dorme ou qu’il veille.

Perronnelle en effet tout à coup ſe réveille,
Feint un preſſant beſoin, ſe leve bruſquement,
  Et préſente à Valère,
  (C’étoit le nom de ſon amant)
  Le plus poli, le plus joli derriere
Qui ſe ſoit jamais pris à la cour de Cythere.
Tous chemins vont à Rome ; auſſi notre galant
  A-t-il trouvé la bonne route ;
Et tout cela, ſans que l’époux s’en doute :
  Car tandis qu’en adroit fouteur,
Il marchoit lentement au ſéjour du bonheur,
La belle par degrés, dans le pot où l’on piſſe,
  Artiſtement épanchoit l’eau,
  Qui rempliſſoit juſqu’au goulot
Le vaſe complaiſant dont j’ai parlé plus haut.
Le bonhomme abuſé par le travail propice,
  De cette caſcade factice,
  Se contenta d’imaginer,
  Que le ſeul beſoin d’uriner,
  Chez Perronnelle étoit extrême.
  Quant au rival du vieux Grigou,
  Il ſortit, je ne ſais par où,
  Puiſqu’il étoit entré de même.




PARODIE
De… Je ſuis ſimple, née au village [ws 3].


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Même air.

JE ſuis femme ; j’ai le con large ;
Par-deſſus tout j’aime un gros vit ;
Car, monſeigneur, pour un petit
Auſſi-tôt qu’il bande, il décharge,
Et vous laiſſe ſur l’appétit.


Mineur.

Une groſſe pine, au contraire,
Banderoit-elle mollement,
Vous cauſe un doux chatouillement
Qui vous fait vibrer le derriere.
Quel plaiſir ! Quel ravinement !

Je ſuis femme, &c.

Étrennes aux fouteurs, 1793 - Figure Le Char Voluptueux


LE CHAR VOLUPTUEUX,
Ou Le Tems Bien Employé.


Air : On compteroit les diamans [ws 4].

CErtain officier, certain jour,
Cheminoit à certain village,
(Mais cheminoit, comme à la cour,
C’eſt-à-dire, en leſte équipage. )
Avec lui certaine beauté
Avoit entrepris le voyage.
Cu, con, tettons, tout eſt tâté ;
Mais juſqu’ici, pas davantage.

On arrive à certain réduit ;
Mais là s’offre plus d’un convive ;
Et partant, l’amoureux déduit
Voit éloigner ſa perſpective.
Enfin l’on part pour revenir ;
C’eſt ici qu’on attend la belle ;
Il faiſoit nuit ; & le plaiſir
Subjugue alors la plus rebelle.

Notez bien qu’avant le départ

Deux ſœurs, de diverſe portée,
La ſœur cadette, d’une part,
Et de l’autre, la ſœur aînée,
Avoient prié, tant le cocher
Que le laquais du militaire,
De vouloir tous deux les grimper,
Tant par devant que par derriere.

De ces deux ſœurs, n’en doutez pas,
l’une autant que l’autre eſt jolie ;
Et vous sentez, qu’en pareil cas,
Gente femelle eſt accueillie.
Mais déjà ce char amoureux
Roule ſur la chauffée humide.
La lune en vain cache ſes feux,
Amour, de ſon flambeau le guide.

De ce ſixain rempli d’ardeur,
Admirez ſix fois l’avantage.
L’un foutoit dans l’intérieur,
L’autre derriere l’équipage.
Le cocher, vigoureux & dru,
Foutoit, auſſi fier qu’Annibale.
l’attelage eût, je crois, foutu,
S’il n’eût pas manqué de cavale.




LE PANÉGYRIQUE DU FOUTRE.
Parodie.


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Air : Le bon vin, ſuivant l’écriture.

LA pine, ſelon l’écriture,
Du con fit toujours le bonheur.
Le foutre en eſt la nourriture ;
Sans foutre, ils tombent en langueur.
Ce jus dont la ſource eſt ſi pure,
A rendu maint vieillard fameux.
Mes chers amis, la choſe eſt sûre,
Quand on en a, l’on n’eſt pas vieux.

Noé, ce patriarche inſigne,
Nous prouva, quoique ſuranné,
Que par fois la vieilleſſe eſt digne
Du ſourire de la beauté.
Car, en levant ſa couverture,
Il fit voir un vit débordé……
Mes chers amis, la choſe eſt sûre,
Sans foutre, il n’auroit pas bandé.

Loin, au milieu de ſa famille,
Croyoit le genre humain rôti,
Dans ſes yeux le foutre pétille,
Le bonhomme n’eſt pas tranſi.
Afin de repeupler la terre,
Tour-à-tour il fout ſes enfans.
Mes chers amis, la choſe eſt claire,
Sans foutre on ne fout pas les gens.

Le tems arrête ſa faucille,
Pour contempler parmi les pots,
Un vieux fouteur que ſa béquille
Conduit doublement à Paphos.
Il eſt ſurpris de l’aventure ;
Le vieillard eſt jeune à ſes yeux.
Mes chers amis, la choſe eſt sûre,
Lorſqu’on peut foutre, on n’eſt pas vieux.

Vous en qui les glaces de l’âge
Ont tari ce jus lignager ;
Vous qui perdez le tendre uſage
De bander & de décharger,
De cet irréparable outrage
Conſolez-vous avec Bacchus ;
C’eſt le vin ſeul qui dédommage
De la perte de l’autre jus.




L’ENFANT QUI FOUT SA MERE,
Ou l’Inceste à la Mode.


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Air : Damon, calmez votre colere.

DE la tendreſſe la plus forte
Apamis brûloit pour ſon fils.
Du ſentiment qui la tranſporte
Long-tems elle étouffa les cris ;
Mais d’amour quand un cœur s’enflamme
Il brave en vain ſa paſſion.
Le foutre n’entend pas raiſon.
Pour rendre le calme à ſon ame,
 » On fait ce qu’on peut,
 Mais non pas ce qu’on veut.

Apamis compte en ſa trentaine
Autant de charmes qu’à quinze ans,
Son fils en a quatorze à peine,
Amour lui cede en agrémens.
Notez qu’il a ſon pucelage.
Veillez de près, tendre maman,
Car vous ſavez que, trop ſouvent,

Pour ſaiſir cet oiſeau volage,
 » On fait ce qu’on peut,
 Mais non pas ce qu’on veut.

Aussi fit-elle, & je l’approuve ;
Mais pendant qu’au ſein du bonheur,
La ſenſible Apamis éprouve
Tout ce qu’amour a de douceur,
Le mari rentre & voit ſa dame…
— Papa, calmez votre courroux ;
Pour appaiſer un feu ſi doux,
Vous ſavez que, quand on eſt femme,
 » On fait ce qu’on peut,
 Et non pas ce qu’on veut.


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L’IMBÉCILLE CORRIGÉ.
Conte.


UN jour, pour s’amuſer, Nicette,
S’étoit pris un doigt dans le con.
Ce doigt imitoit la navette,
(On en ſent aſſez la raiſon.)
Nice croyoit être ſeulette ;
Et certaine démangeaiſon,
Avoit décidé la pauvrette
À cette innocente action.

Dans un coin de la maiſonnette
Étoit tapi le gros Colas ;
Il adoroit la bergerette,
Et ſe branloit à tour de bras.
(Obſervons à monſieur Colas,)
Que ſe branler en pareil cas,
Est, aux yeux même des prélats,
Un crime de leze-amourette.

Quand une fille, en chemiſette,
Offre à nos regards ſes appas,
À demi nus ſur ſa couchette,

Je conviendrai que le cœur bat ;
Mais, en voyant dans cet état,
Le champion propre au combat,
Et plus charmé de la défaite
Que d’une victoire complette
Qu’il obtiendroit avec éclat,
C’eſt être vil autant que plat,
De reſter dix pas en arriere,
D’encourager, de bander tout bas,
De décharger comme un Colas,
Plutôt que de bruſquer l’affaire
Et de braver un adverſaire,
Qui, dans ſa bouillante ardeur,
Voudroit couronner ſon vainqueur.
Fi ! ſe branler, pouvant mieux faire,
Ah ! la ſottiſe eſt trop groſſiere !
Va, butor, tu t’en ſouviendras.

En effet le pere à Nicette
Qui, dit-on, ſe nommoit Lucas,
Pas à pas monte à la chambrette
Où nos acteurs, à demi-las,
Tous les deux finiſſoient leur rôle.
Vîte il ſaiſit un échalas
Et vous fait deſcendre le drôle

Encore plus vîte que ça.
Quant à ſa fille, il la gronda.
» Mon enfant, lorſqu’on a ton âge,
Lui dit-il d’un ton radouci,
Je ſens fort bien qu’un pucelage
Picotte autant qu’une fourmi ;
Mais une autre fois ſois plus ſage ;
Tôt ou tard un mari viendra.
Vous croiriez qu’il en reſta là ;
Eh bien, non ; car l’hiſtoriette
Ajoute que le vieux Lucas,
Fit à la brûlante Nicette
Ce qu’auroit dû faire Colas.


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LA RÉSISTANCE AMOUREUSE.


J’Aime ! je ſuis aimé ! mon bonheur eſt parfait,
Mon triomphe eſt certain, mon cœur eſt ſatisfait.
Qu’importe la grandeur ? qu’importe la richeſſe ?
Qu’eſt-ce auprès d’un baiſer reçu de ma maîtreſſe ?
Sa bouche me ſourit ; ſur ſon front rougiſſant
Je lis l’aveu d’un cœur qui deſire en tremblant ;
Qui réſiſte en cédant ; qui cede avec tendreſſe ;
Qui brûle dans mes bras, en cachant ſa foibleſſe ;
Qui d’un œil tout mouillé d’amour & de deſir,
Semble pleurer de honte en pleurant de plaiſir ;
Qui d’un bras amoureux me repouſſe avec peine.
Et de l’autre auſſi-tôt me retient & m’enchaîne :
Et qui couvrant mon front d’un timide baiſer,
En ſe pâmant encor me dit de la laiſſer.
Rois ! vous qu’on nomme heureux, je vous vois ſans envie :
Un trône eſt moins pour moi que le ſein de Sylvie.
J’aime ! je ſuis aimé, mon bonheur eſt parfait,
Mon triomphe eſt certain, mon cœur eſt ſatisfait.




LA FILLE MALHEUREUSE.
Parodie de L’ariette

Comment goûter quelque repos ?


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Air : C’eſt ce qui me déſole [ws 5].

Comment goûter quelque repos ?
Déjà quinze ans font mon partage.
J’ai le con propre au mariage ;
Et nul vit n’appaiſe mes maux.
Hélas ! dans cet âge proſpere,
Qui ſemble fait pour les plaiſirs,
Je ne connois que les deſirs ;
Ici l’on ne fout que ma mere.

Un amant tendre & plein d’appas,
Calmeroit ma peine cruelle.
Dieux ! quel plaiſir pour Iſabelle
De décharger entre ſes bras !
Sa pine, auſſi longue que dure,
Réaliſeroit mon bonheur ;
Mais, dans ce ſéjour de douleur,
Il n’eſt même pas en peinture.

Si, pour diſſiper mon chagrin.
Il contemple le voiſinage,
Alors des pines de paſſage,
Agitent de nouveau mon ſein.
Faut-il, ô déſeſpoir extrême,
Que je me ſerve de mes doigts ;
Tandis qu’un des vits que je vois,
Feroit ſi bien tout ce que j’aime !

À l’aſpect du plus mince engin,
Ma gorge s’enfle, elle eſt brûlante.
Une flamme encor plus ardente
Pétille au fond de mon vagin.
Oui, je le dis à la nature,
Si le pere éternel bandoit,
Aſſurément il ſouffriroit
De voir le tourment que j’endure.


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LA NOUVELLE CONFESSION
De Lucile.


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   Air : Du confiteor [ws 6].

Mon pere, je viens devant vous,
Diſpoſée à la pénitence,
Me confeſſer à deux genoux,
Et réclamer votre indulgence, (bis)
On peut, je crois, (bis) à dix-huit ans
Expier ſes égaremens. (bis)

On dit que le Pere Éternel
À tous vous donna carte blanche.
Pour vous l’égliſe eſt un bordel,
(Pardon mon pere : je ſuis franche) (bis)
Est un bordel (bis) vaſte & ſacré,
Où tout ſe paſſe à votre gré. (bis)

Ce que vous faites parmi nous,
Dans le ciel Dieu le ratifie ;
Lorſqu’il eſt prononcé par vous,
Abſolvo te nous purifie : (bis)

Or, écoutez (bis) ce que j’ai fait,
Et pardonnez-moi, s’il vous plaît. (bis)

À huit ans un certain prurit
Me fit porter avec délice
Le doigt dans un certain réduit ;
(C’étoit le trou par où je piſſe.) (bis)
Ce doigt, mon pere, (bis) étoit inſtruit,
Il y fit l’office d’un vit. (bis)

Juſqu’à dix ans, mon appétit
Se plut à ce tendre manege.
À dix ans papa me foutit ;
Car à dix ans, par privilège, (bis)
J’avois un con, (bis) n’en doutez pas,
Propre aux plus vigoureux combats. (bis)

Cette épreuve me mit en goût.
Comme moi, vous ſavez, mon pere,
Que la premiere fois qu’on fout,
Plaît trop pour être la derniere, (bis)
Mon jeune frere, (bis) après papa,
Me donna donc ce plaiſir là. (bis)

Un de mes oncles, fin grivois,
Oncle du côté de ma mere,

À ſon gré trouva mon minois ;
Le ſein n’avoit que de quoi plaire. (bis)
Cet oncle, dis-je, (bis) un certain jour,
A foutu ſa niece à ſon tour. (bis)

Le curé de notre pays
Dévotement me fit entendre
Que j’irois droit en paradis,
Si je voulois lui laiſſer prendre. (bis)
Le ſacrifice, (bis) n’étoit rien
En raiſon du céleſte bien. (bis)

Cent fois au moins dois-je en rougir ?
Le paſteur, dans ſon presbytère,
Me fit goûter plus de plaiſir
Que papa, mon oncle & mon frere. (bis)
C’eſt, diſoit-il, (bis) en attendant,
Que vous foute le Tout-Puissant. (bis)

Je me repentirai long-tems
D’avoir, à la fleur de mon âge,
Épuiſé tous les jeunes gens
Et les vieillards de mon village. (bis)
Compterai-je (bis) encore les paſſans
Que j’ai mis ſur les dents ? (bis)

Un maître-ès-arts prit l’an paſſé

Votre ſervante à ſon ſervice.
Mon cœur encore en eſt glacé,
Il me donna la chaude-piſſe. (bis)
Et je conçus (bis) dès ce moment
Le plus cruel reſſentiment. (bis)

Il avoit de grands écoliers
Qui tous pétilloient de s’inſtruire
Dans le plus charmant des métiers,
(Deſir que la nature inſpire.) (bis)
Ils étoient trente, (bis) en moins d’un jour,
je les inſtruiſis tour-à-tour. (bis)

Le réſultat fut douloureux :
On s’en plaignit au pédagogue.
Le courroux brilloit dans ſes yeux ;
Il enrageoit autant qu’un dogue. (bis)
Pour me ſouſtraire (bis) à ſes fureurs,
J’allai chercher un maître ailleurs. (bis)

Un grand ſeigneur bientôt s’offrit
À me prendre pour gouvernante.
Mon viſage le ſéduiſit,
Le deſtin trompa ſon attente, (bis)
Ah ! oui, mon pere, (bis) il fut trompé,
Tout comme je l’avois été. (bis)

Mais avant qu’il s’en apperçût,
Tous ſes gens & ſon ſecrétaire,
Ayant atteint au même but,
Ont obtenu même ſalaire. (bis)
Moi, ſans trompette (bis) & ſans tambour,
Je m’éloignai de leur ſéjour. (bis)

Mais, laſſe de tant de délits,
Je viens en humble péchereſſe,
Vous offrir des attraits contrits,
Du mouvement, de la ſoupleſſe. (bis)
Si leur emploi (bis) vous flatte encor,
Dirai-je mon confiteor ? (bis)


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RÉPONSE
Anti-Constitutionnelle
DE L’ABBÉ M…


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  Air : Chantez, danſez [ws 7].

MA chere enfant, nous n’avons plus
Aucune puiſſance ſur terre.
Nous foutions pour des oremus ;
Notre foutre étoit ſalutaire.
L’argent & lui, des mots romains
Étoient des remedes divins.

Ce que nous faiſions ici-bas,
On l’approuvoit dans l’empyrée ;
Les tems ſont bien changés, hélas !
L’égliſe n’eſt plus révérée.
Le Dieu qui nous ſervoit jadis,
Est un coïon en paradis.

S’il eût, du céleſte foyer,
Braqué, fait tomber ſon tonnerre

Sur ceux qu’il vit nous dépouiller
De notre pouvoir arbitraire,
Ma fille, aujourd’hui je pourrois
Servir votre ame & vos attraits.

Mais avec tous ces forcenés
Il a paru d’intelligence :
Il nous a tous abandonnés ;
La preuve en eſt dans ſon ſilence.
Lorſqu’on creuſoit notre tombeau,
Le ſoleil même étoit plus beau.

Nous avons pourtant, malgré lui,
Réſolu de tout entreprendre.
Dût le diable être notre appui,
Oui, nous prétendons nous défendre.
Moines, abbés, prêtres, prélats,
Aiſément ne s’enterrent pas.

Vous, par exemple, mon enfant,
Que favoriſa la nature,
Qui joignez au tempérament
La plus agréable figure ;
Vous ſeule en pouvez faire autant
Que le foudre du Tout-Puissant.

Le ſexe, au tems de nos aïeux,

A conçu des projets ſublimes.
Le ſuccès le plus glorieux
Combla ſes efforts magnanimes.
Le ſexe eſt capable de tout ;
De tout, ma fille, il vient à bout.

Le Philiſtin, par Dalila,
Sur Samſon gagna la victoire.
Agnès Sorel, & cœtera
On ne voit, en ouvrant L’hiſtoire,
Que femme de qui la valeur
À nous-mêmes feroit honneur.

Sans parler ici d’autrefois,
Vous les vîtes, bravant les armes,
Voler au ſéjour de nos rois,
Répandre le ſang, les alarmes,
Et traîner le pauvre Louis
Dans les murs affreux de Paris.

Parcourez diſtricts & cantons,
Séduiſez toute la roture,
Que tous les bleus & les griſons[2],

Et même leur race future,
Soient victimes de vos exploits ;
Réduiſez-les tous aux abois.

Faites paſſer dans tous leurs ſens
Le virus du maître d’école ;
Que ces intrus conſtituans
Périſſent rongés de vérole.
Pourvoyez-vous ſur les chemins
De chancres, poireaux & poulains.

Immolez à notre courroux
Juſques à Royal-Pituite.
Ce n’eſt pas qu’un ſeul d’entre nous
Ne mette ces vieux fous en fuite,
Mais, ſans égard à l’action,
Il faut punir l’intention.

Quand, ſous vos efforts abattus,
Nous verrons ces vils démocrates,
Bavant, ſouffrant, n’en pouvant plus,
Et réduits à leurs dieux pénates ;
Saint-Barthelemi renaîtra,
Et par-tout leur ſang coulera.

Jugez enfin de quel renom

Vous allez jouir dans nos faſtes :
C’eſt une fille, dira-t-on,
Qui des deux ordres les plus chaſtes,
Reſſuſcita l’autorité.
Volez à l’immortalité.

Sans l’or que l’on vous donnera,
Retenez bien, charmante fille,
Que l’on vous canoniſera,
Vous & toute votre famille ;
Et vous aurez, pour dernier prix,
Le meilleur gîte en paradis.


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LE PROVINCIAL À PARIS.




CErtain provincial, (j’en ris lorſque j’y penſe)
   Chez des Filles eſt introduit.
Il les crut, à l’abord, des femmes d’importance :
  Meuble élégant, parure, air d’opulence,
   Bonne table & ce qui s’enſuit ;
  Il obſervoit un modeſte ſilence.
  On joue, il perd ; on ſoupe… vers minuit,
   Par une d’elles, ô ſurpriſe !
   Près d’une porte il eſt conduit :
» Voudriez-vous, monſieur, dit-elle avec franchiſe,
   Paſſer dans la chambre où l’on fout ? «
   Il répondit à la demande
  Qui lui cauſoit un ſingulier dégoût :
» Menez-moi donc avant dans la chambre où l’on bande. «






LE MARI
Et les deux Confesseurs.




  PEre Félix, vous êtes mon réfuge ;
  Ai-je péché ? Soyez mon juge :
Ma femme étant très-groſſe, & craignant pour ſon fruit,
 J’ai par derriere eſſayé le déduit.
  — Toujours où vous ſavez ? — Sans doute.
  — Rien n’eſt mieux. — Eh bien ! croiriez-vous.
Que venant, par ſcrupule, à nommer cette route,
Pere Joseph s’eſt mis dans le plus grand courroux,
  Qu’il m’a chaſſé, bref, qu’il me damne.
  — L’étourdi ! l’ignorant ! le ſot !
Suivez-moi, je m’en vais lui parler comme il faut,
  Et laver la tête à cet âne…
Les voilà devant lui : — pourquoi troubler monſieur,
  Quand le cas… — Le cas eſt infâme.
  — Mais point, vous êtes dans l’erreur.
  Un mari peut bien voir ſa femme…

  — La voir par-là ! Fi ! peut-on y penſer ?
— Écoutez donc. — Je ſuis pour ne point vous entendre ;
  — Allez, morveux, allez apprendre
  À foutre avant de confeſſer.




LES SAUCISSONS.




  À ſon curé d’un ſauciſſon
  Villageoiſe plus que jolie
  Vint faire honnêtement le don ;
Chez le paſteur étoit nombreuſe compagnie.
Les hommes, la voyant, louèrent ſa beauté
  Qui leur faiſoit à tous envie,
Les femmes ſeulement ſon air de propreté.
 Quelqu’un vanta ſa généroſité ;
 Lors un plaiſant dit avec ironie :
  C’eſt un rendu pour un prêté.






LES EXCELLENTES PARTIES.


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Devant une dévote, & douce & charitable
Du pinceau le plus noir on peignoit un abſent ;
 Souffrant d’entendre qu’on l’accable,
Elle prend la parole : » Il eſt bien indécent
 D’accréditer pareilles calomnies :
Cet homme a, j’en réponds, d’excellentes parties. «




LE CHAUFFAGE ÉCONOMIQUE.


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PRès de ma gentille Nanon,
L’hiver jamais je ne grelotte,
Que le bois renchériſſe ou non,
Moi, je m’en tiens au feu de motte.






ORIGINE DU PROVERBE.
Le jeu ne vaut pas la chandelle.


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  ALin, novice en l’amoureux myſtere,
Un ſoir, dans un grenier, allant foutre Nanon,
  Jeune & gentille chambrière,
  Afin d’y mieux voir, ce dit-on,
  S’étoit muni d’une lumière.
Trop foible étoit le gars pour ſi bonne ouvrière,
Car au lieu d’avancer, il reſtoit en chemin,
Auſſi d’un coup de cul dépriſonnant l’engin,
  » Au diable ſoit le ſot, dit-elle !
  Le jeu ne vaut pas la chandelle, «


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TELLE DEMANDE, TELLE RÉPONSE.


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UN fat, avec l’impertinence
Que l’on connoît à cette engeance,
Aborde une actrice, & lui dit :
Peut-on ſavoir, mademoiſelle,
Qui vous fout ? monſieur, répond-elle
En le ſaluant, c’eſt un vit…




LA JOLIE FEMME ET LE PEINTRE.


POur faire mon portrait, demandoit une femme,
Que me rendrez-vous, là ?… Montrez de la raiſon.
Le peintre la trouvant fort à ſon gré : madame,
— Dites : — C’eſt au plus bas, je vous prendrai le con.


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Étrennes aux fouteurs, 1793 - Figure La Ressource du Clergé



LA RESSOURCE DU CLERGÉ.


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   Air : C’eſt ce qui me déſole [ws 8].

MAlgré nos chiens & notre Dieu,
Nous n’avons plus ni feu ni lieu,
 C’eſt ce qui nous déſole ;
Mais, ſi nos ongles ſont rognés,
Les nobles ſont découillonnés,
 C’eſt ce qui nous conſole.

Nous n’aurons plus de l’opéra
Femmes, filles, & cœtera,
 C’eſt ce qui nous déſole ;
Mais nous aurons encor le choix
Parmi les femmes du bourgeois,
 C’eſt ce qui nous conſole.

Au ſurplus, ſi faute d’écus,
Tous nos ſoupirs ſont ſuperflus,
 Faut-il qu’on ſe déſole ?
Le con ſeul fait-il décharger ?
Non, le cul peut remplacer :
 C’eſt ce qui nous conſole.

 Lorſque l’on parle du clergé,
Et que l’on dit qu’il eſt raſé,
 C’eſt ce qui le déſole ;
Mais, qu’on en gloſe impunément,
Il lui reſte le fondement :
 C’eſt ce qui le conſole.


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LE CORDELIER QUI FAIT FEU.
Conte.


UN Franciſcain promettoit la douzaine,
On ſent de quoi ; Marton va le chercher
Pour ſa maîtreſſe, à qui ſi rare aubaine
Fait ouvrir l’œil ; lui de ſe dépêcher.
C’étoit le ſoir, on vouloit du myſtere,
Près de madame, avec le ſeul flambeau
Que de Priape avoit reçu le pere,
Le voilà donc, trouvant, offrant du beau,
Et ſans y voir, enfilant bien la route
Qui des humains adoucit les malheurs.
À ceux de l’ordre un tel travail ne coûte.
De l’éternel vivent les ſerviteurs !
La dame forte, & brave à la ripoſte,
Est pourtant laſſe à la ſeptieme poſte :
» Pere, un moment « — Pourquoi ? » Je ſuis à vous,
Mais il me faut abandonner la place
Pour un beſoin qui me gêne & tracaſſe,
Petit repos rend le plaiſir plus doux. «
— Je vous attends… Madame ſe dérobe :

Vîte de l’eau, cela me cuit, Marton.
Cinq fois encor ! Dans cette garde-robe
Je reſte, toi, vas le rejoindre. — Non ;
Vous vous plaignez, je crains même cuiſſon :
Nature eſt une, & la pauvre ſoubrette,
Comme la dame, en cet endroit, eſt faite.
— Tu veux ma mort. — Ce mot ſuffit, pardon ?
Plutôt la mienne. En effet, Martin vole,
Soudain l’acteur, pour reprendre ſon rôle
Avec éclat touche… quel changement !
Marton n’avoit qu’un très-bon caractere,
Où ce tetton, ſous la main ſi charmant,
Où cette cuiſſe, &… tout ce qui peut plaire…
L’acteur trompé touche ici le contraire,
Veut s’éclaircir avant le dénouement,
Tire briquet & pierre, il frappe… à l’étincelle
Marton s’enfuit, tremble, crie & chancelle :
Madame, il doit vous cuire, &, non pour peu,
Je le crois bien ; ah ! le monſtre ! il fait feu.


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L’HONNÊTETÉ.


DEux faquins, à tête légère,
L’un abbé, l’autre mouſquetaire,
Rencontrèrent en leur chemin
Le fameux docteur Dumoulin.
Pardonnez ſi l’on vous arrête,
Monſieur, dit le petit-collet,
En bref, voici notre requête :
Peut-on baiſer à vit mollet ?
Lors, le docteur branlant la tête,
Cela ſe peut à la rigueur,
Lui répond-il d’un air mocqueur,
Mais bien bander eſt plus honnête.


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CALEMBOURG.


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 PAr une fille ſur ſa porte
Je fus, un ſoir, raccroché de la ſorte :
 » Monſieur paroît bien occupé,
 J’aurois pourtant à lui remettre
   Une lettre. «
— Oui, la lettre d’après le P.




À UNE ROUSSE IMPERTINENTE,
Fille d’un Relieur.


VOus avez beaucoup de fraîcheur,
La gorge belle, & la peau blanche,
Mais votre ſourcil, par malheur,
Annonce un C.. doré ſur tranche.


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SUR LE R. P. URBAIN,
Carme d’un grand Mérite.


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QUel appétit ! quelle éloquence !
Sous un froc c’eſt le Dieu du goût ;
Ô comme Urbain avec aiſance
Mange, boit, rime, prêche & fout !




BOUTS-RIMÉS.


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J’Aimerois mieux tailler un roc,
Filer, chaque jour, ma quenouille,
Et ſans ſoif avaler un broc,
Que de toucher bijou qui mouille.


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LA BÉNÉDICTION PATERNELLE.


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AVant d’entrer au lit de l’Hymenée,
La jeune Alix, bien appriſe, bien née,
  Bénédiction demanda,
 À ſes parens ne voulant paſſer outre.
Le pere ſur ſa fille une croix impoſa,
  Et lui dit : vas te faire foutre.




PRIÈRE
Pour les Femmes en Couche.


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CRis ne font rien, quand on accouche,
Dites plutôt cette oraiſon :
» Ô mon Dieu, fermez-moi la bouche,
Et m’ouvrez, s’il vous plaît, le C…


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DÉFINITION DE L’AMOUR.


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NUl, comme il faut, ne définit l’amour ;
Pour l’embellir, on le déguiſe, on l’outre :
Moi qui l’éprouve, & qui ſuis ſans détour,
Je dis tout net : c’eſt le beſoin de f…




L’ENNEMI DES DISPUTES.


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SUr les divers appas de la blonde & la brune,
 De diſputer que les hommes ſont fous !
Brune ou blonde me fait une égale fortune,
 La plus aimable eſt celle que je fous.


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CONTRE LES DÉLICATS,[3]
Strophe d’une Ode projettée & abandonnée


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LE vit à tout con doit l’offrande,
La préférence eſt un abus,
Hélas ! malheur à qui ne bande
Que pour Hélène ou pour Vénus.
La beauté n’eſt qu’une foutaiſe,
C’eſt l’idole d’un bande-à-l’aiſe,
Un bon fouteur, à mon avis,
Juſques ſur l’autel en doit prendre ;
Ajax qui viola Caſſandre,
Certes bandoit mieux que Pâris.


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ÉLOGE DU CON,
À un camarade du college.




AMi, tu m’as donné les leçons du plaiſir,
Je ne ſuis point ingrat, j’aime à m’en ſouvenir,
C’eſt par toi que du con j’acquis la connoiſſance,
Du con qui plus que moi révere la puiſſance ;
Je crains de l’affoiblir en l’oſant célébrer,
Et dans ce doux réduit je ſais me concentrer.
Je n’en ſors qu’avec peine ; aide ma voix tremblante ;
Je goûte le bonheur, rarement je le chante.
 Merveille de la terre, ô délicieux con !
Mon vit rompant ſon frein s’alonge à ce ſeul nom.
Tu vas être branlé… déjà le gueux décharge…
Il ne débande point, revenons à la charge ;
Jolis, friands tettons, & toi cul bien tourné,
Je vous tiens, je vous preſſe… Ô ventre ſatiné !
Ce con, qu’il eſt vermeil ! il s’ouvre, je l’aſpire,
Je décalotte, j’entre, & je pouſſe, & j’expire…
Je revois la clarté, malheureux ! qu’ai-je fait !

Hélas ! je n’ai d’un con foutu que le portrait,
Loin du calice, hélas ! s’échappe ma roſée,
Par ce combat trompeur ma force eſt épuiſée,
Fléchiſſant, raccourci, mon priape aux abois
Épanche triſtement ſes pleurs entre mes doigts.

 Eh bien, mon tendre ami, mon cher & ſavant maître,
Ton diſciple, dis-moi, fût-il digne de l’être.

 Poëtes, taiſez-vous. Par ſes charmes divers,
Le con ſera toujours au deſſus de vos vers,
Le myrthe, le laurier n’eſt pas ce qu’il demande,
Non, qu’un foutre éternel ſoit votre unique offrande,
Ou, ſi vous deſirez le peindre dans ſon beau,
De ſes poils réunis faites-vous un pinceau.






SUPPLÉMENT
À l’éloge du C…




SUr un vit comme il faut, qu’un con a de vertu
 Peut-il bander & paſſer outre ?
J’ignore, Dieu merci, le mal d’avoir foutu,
 Mais je connois le bien de foutre.
 C’étoit hier, c’eſt aujourd’hui ;
Toujours je baiſerai, je foutrai, pour mieux dire,
Je ſuis né par le con, je périrai par lui,
 C’eſt mon aiman que le con, il m’attire ;
 Ma langue (ineffable douceur !)
D’un con frais, d’un con pur eſt la ſeconde éponge :
Ainſi je le prépare, & lorſque je m’y plonge,
Les plus heureux du monde envieroient mon bonheur.

  Encore sur le C…

Dans cette grotte obſcure inceſſamment s’allume
Un feu plus violent que celui de Vulcain ;
Et c’eſt-là qu’en ſecret ſur une molle enclume
Les culs en bondiſſant frappent le genre humain.




L’ART DE FOUTRE.


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 FOutre eſt un art, on croit que ce n’eſt rien ;
 Chacun s’en mêle, & peu l’entendent bien.
Sans ceſſe, en converſant, revient cette matière.
Parlons-en, mes amis, dès qu’on bande eſt-il bon,
 De ſe fourrer promptement dans un con ;
Et par un trop grand train d’abréger la carrière ?
Je ne préſume point que ce ſoit votre avis.
Allumons par degrés une durable flamme,
Diſtinguons-nous toujours du vulgaire des vits,
Quand nous touchons un corps, intéreſſons une ame.
 Et la routine & l’uniformité
  Déplaiſent à la volupté.
Sommes-nous près du temple, arrêtons à la porte ;
D’une pieuſe main, que les roſes, les lys,
 Légèrement tour-à-tour ſoient cueillis,
Et retardons l’entrée afin qu’elle tranſporte.




INVITATION.


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  CEsse de me dire : alte-là !
  Accorde, accorde-moi cela !
  Sans cela, qu’eſt-ce que la vie ?
  Faiſons cela, je t’en ſupplie !
À la ville, à la cour, au village, par-tout
Cela ſe fait, cela, d’amour eſt le ragoût ;
Il veut de ſon objet la pleine jouiſſance.
  Qu’eſt-ce qu’un baiſer ſur la main,
Sur les yeux, ſur la bouche, & même ſur le ſein ?
C’eſt une goutte d’eau ſur un braſier immenſe.
  Contemple un moment l’univers,
On n’y fait que cela ſur terre & dans les airs.
  Les poiſſons font cela dans l’onde,
  Les tourterelles, les moineaux
  Et les brebis & les chevreaux
Font & refont cela, tel eſt le train du monde.
  Prétends-tu le contrarier ?
Attends-tu le visa d’un prêtre & d’un notaire ?
Hélas ! c’eſt pour bientôt ne plus s’en ſoucier :
Qui le fait par amour voudroit toujours le faire.

Cela… cela procure au ſuprême plaiſir ?…
  En m’embraſſant tu me refuſes :
Cruelle ! ſans le tout les baiſers font ſouffrir…
Mais l’honneur, me dis-tu… ſur l’honneur tu t’abuſes,
En cela ne gît point le véritable honneur,
Cela fait bien à deux & n’offenſe perſonne.
Sois conſéquente ; j’ai ton cœur,
Avec le cœur cela ſe donne.




AUX PETITS-MAÎTRES.


Air : Tu croyois, en aimant Colette [ws 9].


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VOltigeurs, plus douillets que femmes,
Plus cardés, plus ſots que moutons,
Qu’allez-vous faire auprès des dames ?
La révérence… & nous foutons.


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DUO
À mettre en muſique.





  VIens, belle brunette,
  Viens ſur mes genoux.
  Sous ta collerette
  Que vois-je ? — Tout doux :
  Tu n’y prends pas garde,
  Maman nous regarde,
  Arrête, Lubin.
— Ta mere ? où donc, menteuſe ?
— Par la fenêtre. — Oh ! que nennin ;
  Tu fais exprès la peureuſe.
— Tu me fais mal, haye ! ouf ! — Paix, paix,
    c’eſt pour ton bien,
  Autant que pour le mien.

  Comme cette main frappe !…
La voila priſe… Elle m’échappe
  Ce que je tiens vaut mieux ;
  Tetton délicieux !…
  Pince, mords, enfonce le coude,

  Envain tu veux me refuſer,
  Juſqu’à cette levre qui boude
  Je veux moi, je veux tout baiſer.
  — Tu vas… caſſer… ma chaiſe.
  — Je n’entends rien, mauvaiſe.
— Tu me fais mal, haye ! ouf ! Paix, paix,
    c’eſt pour ton bien,
  Autant que pour le mien.
  Baiſe, ma chere ame,
   Baiſe à ton tour ;
  Que ton cœur s’enflamme,
   Mourons d’amour.
  — Finirez-vous ce badinage ?
   — Je ſuis tout à toi.
   Laiſſe, laiſſe-moi…
   — Lubin, ſoyez ſage
   Eh bien !… Eh bien n’en… puis plus,
    Je ſuccombe…»
   Efforts ſuperflus !…
    Je tombe…
Tu me fais mal, haye ! ouf ! — Paix, paix,
    c’eſt pour ton bien,
  Autant que pour le mien.
  À bas mouchoir & cotte,
  Deſſerre tes genoux, Manon,

  Va, ne fais plus la ſotte,
Ton œil dit : oui, quand ta bouche dit non.
  Il faut que je ſuçotte,
   De ce tetton,
  Le vermeillet bouton :
  Il faut que je tapotte,
    Preſſotte,
    Branlotte,
    Frotte, frotte,
    Ce petit con,
  Dont voici le bouchon.
  Et que de cette motte,
    Je peignotte,
    Je roulotte,
    La toiſon,
  Plus noire qu’un démon.
  À bas mouchoir & cotte,
 Deſſerre tes genoux, Manon,
  Va, ne fais plus la ſotte ;
Ton œil dit : oui, quand ta bouche dit : non.


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LE MENUET DE LA MARIÉE.


  Air : Du menuet d’Exaudet [ws 10].


   QUe mon vit
  Se roidit !
   Ma poulette,
 Remarques-tu ſa groſſeur,
  Ainſi que ſa longueur,
  À travers ma brayette ?
   Mets ton doigt
   Sur l’endroit :
   Comme il bande !
Tu dois avoir un beau con,
C’eſt ce que le frippon
   Demande.
De dette jambe à la cuiſſe,
 Souffre que ma main ſe gliſſe…»
   Quel effet !
   C’en eſt fait,
   Je me pâme.
Hélas ! quand je le mettrai,
 Sûrement je rendrai

   Mon ame.
   Je renais,
   Que d’attraits
   Je découvre !
Il n’eſt comme le tien,
  Il faut de tout le mien,
  Il faut que je le couvre.
   Arrêtons !
   Quels tettons !
   Ah ! mignonne !…
Quel poil noir ! Quel ventre uni !
  Quel cul !… Dieu ſoit béni,
   J’enconne.


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L’UN PLUS DIFFICILE À PLACER
Que L’autre.


BIen heureux qui commande à ce drôle immodeſte,
Des plus fieres beautés infaillible vainqueur !
  On fait où le mettre, & de reſte,
  On ne fait où loger ſon cœur.




COMME ON VOUDRA,
Couplet.

  Air : Du Barbier de Séville.




OU la tendreſſe, ou le deſir m’enflamme ;
Belles, je fous d’une & d’autre façon :
Avec mon vit, ſi je ne vois qu’un con,
Avec mon cœur, ſi je rencontre une ame.


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ÉPITAPHES.

I.



CY gît un homme qui en mourant,
Mourut avec le vit bandant ;
Par-là paſſa un eſprit fort
Qui le voyant dans cette poſture,
Crut qu’il allait foutre la mort.

II.



Cy gît la putain de Sylvie,
Qui ayant foutu toute ſa vie,
L’on trouva qu’après ſa mort,
Elle étoit en poſture pour contenter ſon ſort.

III.



Cy gît l’impudique Nanon,
Qui dans le ventre de ſa mere
Se rangeoit ſi bien dans ſon con,
Qu’elle y foutoit avec ſon pere.

IV.



Cy gît la conſtante Liſette,
Qui dans ſes jeunes ans
Se fit donner ſur l’herbette
Le pucelage de quatorze ans.




POUR DEUX FILLES


Qui firent coucher ſous leur lit un garçon tout
 vêtu, & qui le prièrent de faire des vers
 ſur ce ſujet.


COuché la nuit paſſée avec deux beaux objets,
J’ai par leur ordre exprès fait pluſieurs entrepriſes,
Et j’ai tant pris de peine à diverſes repriſes,
Qu’à la fin par bonheur je les ai ſatisfaits.
 Auſſi pour contenter ces deux beautés exquiſes,
J’ai plus fait de travail que je n’en fis jamais :
Car malgré du ſommeil les fréquentes ſurpriſes,
J’ai fait quatorze… enfin, j’ai rempli leurs ſouhaits.
 Je leur ai fait… mais quoi, je vais être indiſcret,
Elles m’ont défendu d’éventer ce ſecret,
Si je n’obéis pas, j’ai mon ſac & mes quilles.
N’importe, il faut parler, c’eſt trop être en ſuſpens.
Couché la nuit paſſée avec deux belles filles,
J’ai fait… quatorze vers en une heure de tems.




ÉPIGRAMMES
De Martial.


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I.



TRente culs ſont à toi, mêlés d’autant de cons,
Tu n’as qu’un vit, que faire ? il dort ſur ſes couillons.

II.



Laide & vieille, tu veux que gratis on t’enconne :
Sotte prétention ! Veux-tu recevoir ? donne.

III.



Paul ne termine rien, & Paul commence tout,
Je ne crois pas que Paul acheve quand il fout.

IV.



Tant d’Eunuques ! Pourquoi ? c’eſt qu’elle craint la ſauce.
Elle veut qu’on la foute, & non pas qu’on l’engroſſe.

V.



Tu veux toujours que mon vit reſte droit :
Y penſes-tu ? Le vit n’eſt pas un doigt.




ÉPIGRAMMES
d’Auteurs incertains.


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I.



DOuce eſt la tendre main qui careſſe un menton.
Mais le V… quoique dur, eſt bien plus doux au C…

II.



Du V… ah ! que le doigt n’a-t-il le ſens flatteur !
Ou du doigt que le V… n’a-t-il donc la vigueur !

III.



Sur le maſturbateur le C… n’a point de droit ;
Je ſais, dit-il, un C.. plus ferré de mes doigts.

IV.



   Sur une figure de Priape.

Me viens-tu regarder ? C’eſt du ſang qui t’en coûte,
Cette image te dit : qu’on ſe branle ou qu’on foute.
   Tes deux cuiſſes, deux groſſes tours
Où pend un vilain cul, qui toujours flotte & tremble,
   Qui sûrement a plus d’une aune,
   Ton ventre, un long tablier jaune

Et ton con, non pas con, mais conaſſe reſſemble.
À la gueule d’un chien qui n’a bu de huit jours.




IMITATION DE L’ODE D’HORACE :
In Anum Libidinosam.




   REtire-toi, vieille ſorciere,
Que le diable t’acolle & te foute s’il peut !
Tu m’excites en vain, de toi rien ne m’émeut :
  Tes pis de vache, ou tettons de tripiere,
Si j’oſois les toucher, me fondroient dans les doigts ;
Ton œil eſt une Ruche où la cire ſéjourne ;
Un four, voilà ta bouche, un tonnerre, ta voix.
 De quel côté faut-il que je te tourne,
  Pour que tu faſſe moins horreur ?
  Voyant ton corps de terre cuite
D’où s’exhale ſans ceſſe une fétide odeur.
Les amours effrayés ſoudain prennent la fuite.
 Tes jambes ſont deux pilliers monſtrueux,
 Dignes ſoutiens de l’édifice affreux ;




PARODIE
De l’Entrée d’Orosmane dans Zaïre.




INnocente Roſette, avant que l’hymenée
» Joigne à jamais nos cœurs à notre deſtinée,
J’ai cru ſur votre con, ſur mon vit, tour-à-tour,
Devoir, en droit fouteur ? vous parler ſans détour.
Des bougres effrénés, dont la liſte eſt très-ample,
Les exécrables mœurs ne ſont point mon exemple.
Ils diſent que le cul favorable au plaiſir
Offre un champ plus étroit, & plus doux à ſaiſir,
Que du premier anus ſe formant une gaîne,
Les vits les plus fluets s’y trouvent à la gêne,
Et qu’au ſortir du con, un athlete éreinté
Se ranime à l’attrait de cette nouveauté ;
Mais, criſtalline à part, ſa fuite eſt trop cruelle :
On arrête, on enferme, ou l’on rôtit pour elle.
De Loyola je ſais qu’un tas de ſectateurs,
De la fange des culs pourceaux inquiſiteurs,
Faiſant à leurs excès ſervir l’autel de trône,
Affecte du Ponant l’empire & la couronne :

Les montres ! ils feroient, par un choix plus heureux,
Maîtres du clitoris, » s’ils l’avoient été d’eux.
M’enculer avant l’âge, étoit leur folle envie,
Pour éloigner de moi cette ſecte ennemie,
Le ciel vengeur arma mon pere d’un gourdin,
Mon oncle, après ſa mort, leur frotta le grouin,
Et moi leur dévouant une haine éternelle,
Je marche au con d’un pas qui jamais ne chancelle.
Que deſſous leurs bonnets, vers nos culs attirés,
Leurs yeux roulent ſans fin, de luxure altérés ;
Que la trompette encore, à l’égal du tonnerre,
De leur renom fameux étourdiſſe la terre,
Je n’irai point en proie à de ſales amours,
Aux jeux du culetage immoler nos beaux jours.
J’atteſte ce teton, & mon vit qu’il enflamme,
De ne pas prendre un poil du con d’une autre femme,
De vous montrer l’amant, de vous cacher l’époux,
De ne verſer enfin de foutre que pour vous.
Ne croyez pas, non plus, qu’à mes doigts je confie
Les plaiſirs réſervés à ma femme chérie ;

J’abhorre du poignet l’uſage injurieux
Qui détourne du con par un art odieux ;
Je veux, je veux vous foutre » autant que je vous aime,
Ou me fier à vous, pour me branler vous-même.
Après un tel aveu, vous connoiſſez mon cœur,
Vous ſentez qu’en vous ſeule il a mis ſon bonheur. «
Vous comprenez aſſez quelle affreuſe amertume
Corromproit de mon vit la ſalutaire écume,
Si vous n’abandonniez à ce membre parfait
Qu’un immobile con, acteur froid & diſtrait.
Je vous aime, Roſette, » & j’attends de votre ame
Un amour qui réponde à ma brûlante flamme. «
Mon indomptable vit ne fait rien qu’ardemment :
Je me croirais foutu de foutre foiblement.
De plus d’une façon je ſais foutre & refoutre.
Du palais de Vénus j’ai la maîtreſſe poutre,
Si de la même ſoif votre con ſe ſent pris,
Je vous enconnerai, mais c’eſt à ce ſeul prix ; «
Et de ce tréſor vif l’enceinte ſavoureuſe
Me foutra bien malheur, s’il ne vous rend fouteuſe.




LE CON ET LE VIT,
Dialogue.


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Le Con.

DOucement, doucement.

Le Vit.

N’ayez point peur, je ne poſe point à terre ; je ſuis tout en l’air.

Le Con.

Bon. C’eſt que ſi ma maîtreſſe s’éveilloit, tout ſeroit perdu. La circonſtance eſt favorable, elle a les cuiſſes écartées, la couverture eſt tombée dans la ruelle, je ſuis au bord du lit, le drap eſt relevé, la lampe eſt vis-à-vis de moi. Avancez.

Le Vit.

Me voilà.

Le Con.

Ciel !

Le Vit.

Ah ! Dieux !

Le Con.

C’eſt donc là ce qu’on appelle un V… !

Le Vit.

Oui, cher petit Con d’amour.

Le Con.

Je mourois d’envie d’en voir un.

Le Vit.

Ce n’eſt rien de me voir : c’eſt tout de me ſentir.

Le Con.

Comme vous remuez ! comme vous grandiſſez ! Que c’eſt drôle !

Le Vit. (s’approchant)

Si j’oſois…

Le Con.

Ne me touchez pas.

Le Vit.

Ô nature !

Le Con.

Les groſſes veines !

Le Vit.

Le joli poil !

Le Con.

Vous en avez auſſi.

Le Vit.

Le deſſus, le deſſous, les environs… Il n’y a rien comme cela.

Le Con.

Vous en dites peut-être autant au premier de mes ſemblables.

Le Vit.

Vous n’avez point de ſemblables ; non, d’honneur.

Le Con.

D’honneur ! Quoi, vous connoiſſez ce monſtre ! Il me fait bougrement enrager, ainſi que je ne ſais quels autres foutus mots de ſageſſe, devoir & vertu, que ma chienne de maîtreſſe a toujours à la bouche, viande creuſe, dont je ne puis me repaître, moi.

Le Vit.

Que je vous aime de cette humeur ! en parlant votre langue & la mienne, vous me donnez une liberté qui m’enchante, car je ne ſuis, foutre, que trop gêné de bander ſi roide & de ne pouvoir que vous regarder… Gentil conaut ! Extaſe & décharge, c’eſt en effet ce qui nous convient, le reſte nous eſt étranger… Tutoyons-nous, mon charmant petit abricot : loin de nous ces complimens d’uſage entre MM. les Quarante, notre ſociété de deux-à-deux ne recherche, ne ſavoure que le plaiſir, & ſe fout de la cérémonie. Hélas ! quand Hortenſe ceſſera-t-elle d’être dupe ? Je m’apperçois heureuſement qu’elle étend ſes ſoins voluptueux juſqu’à toi. Je te flaire avec tranſport, je deviens dur comme fer à l’odeur ſuave que tu exhales. Écoute ! tu peux beaucoup ſur cette ame rebelle : chaque fois que tu ſeras ſur l’autel de la propreté, autrement le bidet, ouvre à l’éponge tes levres vermeilles & ſenſibles, ainſi qu’au ſouffle careſſant du zéphir s’épanouit une roſe ; preſſe-les amoureuſement contre la main qui les baigne & les eſſuie, tu communiqueras à tout ſon corps tes douces agitations, tu ébranleras ſes ſens, tu y porteras tour-à-tour l’ivreſſe, l’égarement, l’incendie & le ravage. Il eſt eſſentiel de lui développer tous les miraculeux reſſorts de ta céleſte méchanique… Foutre ! entends-tu comme je te chante ! Je ne ſuis pas le Vit d’un ſot ; non, j’ai un feu extraordinaire, tel qu’un vigoureux courſier, je bondis & j’écume en ta préſence.

Le Con.

Parle donc plus bas, ma maîtreſſe vient de ſoupirer.

Le Vit.

Je la ferois ſoupirer bien autrement de par tous les diables.

Le Con.

Ta vue & tes paroles me brûlent, me ſechent.

Le Vit.

Attends, que je te rafraîchiſſe, que je t’humecte un peu…

Le Con.

Ouf !… tu ne pourras jamais… Haye !… ah ! ah ! ah ! ouf !… arrête… rien qu’à l’entrée, je t’en prie… là… ah !… ah !… comme un ange !

ENSEMBLE.
   Le Con.
Ah !… ah !… ah !… ah !…
Ah !… ah !… délicieux !
Ah !… ah !… Je meurs !
Ah !.............ah !
   Le Vit.
Oh !… oh !… oh !… oh !…
Oh !… oh !… ah ! foutre !
Oh !… oh !… divin !
Ah !… ah !........ ah !
Le Vit. (après une longue reſpiration
de part & d’autre
)

Eh bien ?

Le Con.

C’eſt raviſſant !

Le Con.

Ce n’eſt pourtant qu’une ébauche de la jouiſſance.

Le Con.

Elle a fait impreſſion ſur ma maîtreſſe, qui vraiſemblablement la prendra pour un rêve, & un rêve de cette forte conduit quelquefois à la réalité. Que ton maître continue ſes viſites, qu’il regle conſtamment ſes goûts ſur les ſiens, qu’il la ſollicite à propos, je me charge du reſte. Mais point d’infidélités.

Le Vit.

Que je perde mes couilles (ce ſont ces boulettes que tu vois) ſi dorénavant je vas & viens autre part que dans cette petite niche. Hortenſe a, dit-on, de l’eſprit, des grâces, enfin, toutes les pretintailles qui touchent un cœur ; Dorante n’eſt pas mal pourvu de ces jolies drogues, à en juger par l’exercice qu’il me donnoit avant de le connoître : il a renoncé à toutes les femmes pour elle, s’il a le bonheur de triompher de celle-ci : tu ſentiras, pour parler comme lui, quel charme le conſentement de la perſonne qu’on aime ajoute au plaiſir.

Le Con.

Je n’en aurois, toute ma vie, d’autres que celui que je viens de goûter, qu’il me ſuffiroit.

Le Vit.

Je ne dis point cela.

Le Con.

On s’agite, on ſe retourne, la pointe du jour paroît, retire-toi.

Le Vit.

Autant la mort. Je ſuis fâché à cette heure d’être venu… Le beau petit portail…

Le Con.

Allons, va-t-en. Adieu, mon joujou.

Le Vit.

Adieu, ma motte.

Le Con.

Adieu, mon lingot.

Le Vit.

Adieu, ma toiſon.

Le Con.

Au revoir, mon grand coquin.

Le Vit.

Petit jean-foutre ! Je t’avalerois ſi j’avois une bouche… Adieu, mon rat.

Le Con.

Adieu, ma queue.




FRAGMENT
D’une lettre en proſe & en vers, adreſſée à l’auteur.

De V…… le 2 février 1787.


· · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · ·

............. Piron a laiſſé à ſon diſciple quelque choſe de plus que ſon manteau. On vous ſaura gré, comme à lui, de vos verſets & de vos hymnes ; ce ne ſeront pas, j’en conviens, les bégueules & les bigots qui vous applaudiront ; mais que vous importe cette claſſe d’êtres ? La crudité des expreſſions n’a rien de révoltant pour un lecteur raiſonnable, quand il ſent qu’elles ont échappé au poëte, comme le plomb chaſſé d’une carabine ; ſi elles ſe ſuccedent, ſi elles abondent, on n’a pas le tems de lui en vouloir, ce n’eſt plus l’homme qu’on entend, c’eſt la nature ; agité, tourmenté par elle, il en eſt l’organe ; il parle & dit tout ce qu’elle lui inſpire.....

· · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · · ·

Défenſe à nos petits poëtes de ſe mettre ſur la même ligne, quand ils diroient les plus jolies choſes ; cent roſſignols ne valent pas un moineau-franc. Vous, dont le ſtyle tient du ſalpêtre qui vous anime, gardez une place, où je voudrois bien être.

Mon cher Priape, à vous toute la gloire,
Tout le profit. Coquin, vous me flattez,
Je vous rends grace, & je ne puis vous croire,
À vous le pas dans les ſociétés,
À vous le dé : vous ſubjuguez les femmes,
J’ai des deſirs & vous des facultés.
Comme de tous, nous différons de l’ame,
J’aſpire en vain à vos proſpérités,
Mes vers & moi nous ſommes peu fêtés ;
À vos plaiſirs je diſpoſe les dames ;
Je me connois, je vous juge. Écoutez :
Je les chatouille, & vous, vous les foutez.

Mais, je dois, en bon chrétien, faire mon bonheur du bonheur des autres, & comme ami, vous ſouhaiter en particulier un plaiſir inextinguible.

Entrez, ſortez, rentrez, reſtez,
Allez rompant les dures trames
Des rebelles virginités.
Soyez l’amant de cent beautés,
Et dans leurs yeux voyez leurs ames
Vous mettre au rang des déités……
Foudres dévorans, éclatez !
Fleuve, embraſez dans votre courſe
Et les canaux d’où vous partez,
Et ceux dont vous cherchez la ſource.
Qu’à mon ami les voluptés
Tiennent toujours lieu d’or en bourſe ;
Je ne l’ai pas cette reſſource,
Et mille écus me ſont ôtés.

Ôtés par an !..........

· · · · · · · · · · · · · · ·
· · · · · · · · · · · · · · ·

........ Mais je ſuis prêt à tout,
comme diſoit le pieux Énée :

                        Non ulla laborum
.... nova mi faciès inopina ve furgit :
Omnia præcepiatque animo mecum ante peregi.

· · · · · · · · · · · · · · ·

.......&c.
                                            X.. F.. L.. G…




RÉPONSE DE L’AUTEUR.


De P… le 7 février 1787.

QUelle idée vous êtes-vous formée de moi, mon ami ?… C’eſt ma faute ; je vous ai récité quelques-unes de mes vieilles folies, & vous m’avez cru toujours fou. À vous entendre, frere Oignon, pere Andouillard, ne feroient œuvre vis-à-vis de moi. Il s’en faut que je mérite & même que je veuille mériter cette réputation. L’homme qui ne ſauroit lire Richardſon, ou J. J. Rouſſeau, ſans être attendri juſqu’aux larmes, n’a garde d’affoiblir ſes jouiſſances en les diviſant. La nature, je l’avoue, m’a gratifié d’un tempérament aſſez bon, mais en même tems, elle m’a doué d’une ame trop délicate pour ne pas me laiſſer guider plutôt par le ſentiment ; auſſi en fait de mœurs, je ne redoute point que perſonne m’efface.

Rien de plus ingénieux, de plus fort & de plus concluant que l’article de votre lettre où vous prenez la défenſe du genre libre dans lequel je me ſuis exercé, à l’imitation de ces peintres qui ſe délaſſent d’ouvrages ſérieux par des caricatures. Votre comparaiſon du ſtyle poétique avec le plomb chaſſé d’une carabine vous feroit ſeule proclamer poëte, & les vers qui coupent votre proſe confirment ce jugement ; permettez-moi de rectifier le vôtre à mon égard.

  Je ne ſubjugue point les femmes,
Les vierges encor moins, c’eſt le fruit défendu.
  Je fuis l’intrigue, & j’abhorre ſes trames,
Mon cœur au pur amour de tout tems s’eſt rendu.
  Quand Vénus daigne me ſourire,
Des fleurs & de l’encens les parfums les plus doux,
  Sont mis aux pieds de l’autel qui m’attire ;
  Là, forcé par mes ſens… je fous,
  Mais, tant je crains d’offenſer ce que j’aime,
Mon cœur, en jouiſſant, ſe le cache à lui-même.

Honneur à Piron dont vous me parlez : malgré ſa fameuſe Ode, il fut plus décent que beaucoup de ceux qui la lui reprochent encore. C’eſt lui dont la verve tient du ſalpêtre ; moi, je dis avec ſon Métromane,

» La ſenſibilité fait tout notre génie. »

La nouvelle de vos mille écus retranchés par an m’afflige ; mais je vous félicite du courage avec lequel vous ſupportez cette perte. En effet, les doléances ne changeroient rien : il ne s’agit que de prendre le compas de la modération, de faire le cercle plus petit, & de n’en point ſortir. Adieu ; ſanté ferme, joie conſtante & amitié, s’il ſe peut, égale à la mienne.


********



VOILA LA CLEF
Mais il a trouvé la Serrure.


Hiſtoriette.


BLaise, amant favoriſé de la jeune Iſabelle, lui demande un rendez-vous nocturne. L’embarras d’une réponſe poſitive, la timidité d’accorder une choſe où il y a tant de danger à courir, ajoutent encore aux charmes de ſa figure ; une rougeur enfantine pare ſon front des roſes de la candeur : elle héſite, dans la crainte d’être ſurpriſe avec ſon amant, mais l’amour l’emporte ſur la prévoyance, elle oublie tout, pour ne ſonger qu’au plaiſir d’une entrevue, qui doit ſatisfaire à la fois, & ſa vanité & ſon cœur.

Blaiſe obtient le rendez-vous, après lequel il attend depuis ſi long-tems, & l’amante & l’amant déliberent ſur les moyens de ſe mettre à l’abri de la ſurveillance paternelle.

L’heure eſt fixée, le lieu eſt déſigné, on aſpire après le moment de la jouiſſance : il arrive enfin ce moment tant deſiré. Blaiſe exact à ſa parole, pénetre ſans bruit l’appartement de l’aimable enfant qui doit être la récompenſe de ſa fidélité.

Iſabelle l’apperçoit, veut ſauter à bas de ſon lit, pour lui ôter les moyens de profiter de ſa ſituation, en lui en fourniſſant de nouveaux : il arrive aſſez tôt pour l’en empêcher, elle veut repouſſer une main fourvoyée, en préſentant le bras le plus ſéduiſant. Son eſprit n’eſt pas aſſez maître de ſon cœur, pour réprimer les licences de ſon amant, ſa modeſtie combat foiblement ſon amour ; ſa vertu effrayée du riſque qu’elle court, & prête à ſuccomber par la crainte qu’elle a de ſuccomber, elle devient foible, ſon amant entreprenant ; Iſabelle eſt ſans ſecours, Blaiſe a la force en partage : il profite de l’aſcendant qu’il a ſur elle pour lui montrer ſa foibleſſe : la crainte ſe mêle au ſentiment de la volupté ; la beauté qu’on intimide n’a qu’un pas à faire pour ſe rendre, & le premier pas qui conduit au plaiſir eſt bientôt ſuivi d’un ſecond qui mene au bonheur.

Blaiſe eſt heureux ; les dieux vont jalouſer ſon ſort, il égale celui de la divinité ; l’amour le couvre de fleurs, & le plaiſir tient la corbeille : il touche à ce moment qui précede celui de la jouiſſance ; il eſt heureux, parce qu’il n’a pas fait d’efforts pour le devenir. Mais il eſt un terme à la volupté, comme il en eſt un aux douleurs !

Blaiſe fatigué du poids de ſa félicité s’endort au ſein des plaiſirs. La nature n’eſt pas infaillible, elle eſt chez tous les hommes bien au-deſſous des deſirs ; mais l’art vient à l’appui de ſa foibleſſe ; Blaiſe a beſoin d’un expédient qui laiſſe jouir ſon amante de la douce illuſion des ſens ; il emploie ce merveilleux ſecret, & prolonge ainſi, par un ſtratagême innocent, la douce erreur d’une ſenſation délicieuſe : Iſabelle ferme ſes beaux yeux, & ſe prête autant qu’il eſt poſſible à la douceur d’un ſonge qui reſſemble tant à la réalité ; & cherchant à ſe tromper ſoi-même, parvient à faire croire à ſon amant, qu’elle n’eſt pas inſtruite de la ruſe.

Philemon éveillé par un léger bruit, vient avec Beaucis ſon épouſe à l’appartement de leur fille, il voit la porte entr’ouverte, & témoignant ſa ſurpriſe, Beaucis croit le raſſurer en lui montrant la clef. — Vous avez la clef, lui dit-il, mais il a trouvé la ſerrure.


Étrennes aux fouteurs, Bandeau de début de chapitre

LA
DOCTRINE
AMOUREUSE,

Où ſont enſeignés les principaux myſteres de l’amour, & le devoir d’un véritable amant.





CHAPITRE PREMIER.

Demande. ÊTes-vous amant ?
R. Oui, par la grâce du Dieu d’amour.
D. Qu’eſt-ce qu’un amant ?
R. C’eſt une perſonne qui, ayant fait une ſincere & véritable déclaration, cherche les moyens d’être aimée de l’objet qu’elle aime.


CHAPITRE II.

D. Quels ſont les ſignes d’un amant ?
R. C’eſt l’aſſiduité, la complaiſance, la ſincérité, l’exactitude, & le billet tendre.
D. Qu’eſt-ce que l’aſſiduité ?
R. C’eſt une recherche exacte des moyens de voir & d’entretenir ſa maîtreſſe.
D. Qu’eſt-ce que la complaiſance ?
R. C’eſt un accommodement de notre volonté à celle que nous aimons.
D. Qu’eſt-ce que la ſincérité ?
R. C’eſt une très-grande conformité entre ce que nous voulons exécuter.
D. Qu’entendez-vous par ce mot exécuter ?
R. J’entends parler d’une diligence perpétuelle à faire ce que nous avons promis à l’objet que nous aimons & à rechercher l’occaſion de lui témoigner notre inclination & zele.
D. Qu’entendez-vous par le billet tendre ?
R. Un petit compliment par écrit que nous envoyons à nos maîtreſſes, quand nous ne pouvons pas trouver l’occaſion de les entretenir.
D. Quand le faut-il faire ?
R. Le matin quand on ſe leve, le ſoir quand on ſe couche, quand on entre dans ſon cabinet, & quand on ſe trouve preſſé de quelque jalouſie.
D. Les amans n’ont-ils pas d’autre ſigne de fidélité ?
R. Oui, Ils en ont encore une infinité d’autres, comme le chagrin, l’inquiétude, le déſeſpoir, le changement de couleur, la dépenſe exceſſive, & les regards ardens.
D. Toutes ces marques ſont-elles néceſſaires pour paroître véritable amant ?
R. Non, il n’y a que les cinq premieres dont nous avons demandé l’explication qui ſont de la derniere importance, la plupart de ces autres ſont plutôt marques de folie que d’inclination.


CHAPITRE III.

D. À quelle fin eſt fait l’amant ?
R. C’eſt pour connoître un objet, l’aimer & le ſervir.
D. Combien de choſes ſont néceſſaires à un amant pour parvenir à la fin d’être aimé ?
R. Une ſeulement.
D. Quelle eſt-elle ?
R. C’eſt l’amour.
D. Qu’eſt-ce que l’amour ?
R. C’eſt un objet dont la violence forme une tendreſſe ſenſible ſur la partie la plus tendre & la plus ſympatiſante.
D. Combien y a-t-il de commandemens d’amour ?
R. Il y en a huit.
D. Dites-les donc.
R. 1. Un ſeul objet honoreras, & aimeras parfaitement. 2. Pour cet objet tu périras, & mouras généreuſement. 3. Jamais ne lui refuſeras ce qu’il voudra violemment. 4. À lui faire, tu ſongeras, mille plaiſirs inceſſamment. 5. Infidélité tu ne feras, ni de corps ni de conſentement. 6. Œuvre de chair ne deſireras qu’avec cet objet ſeulement. 7. Indiſcret tu ne ſeras après le divertiſſement. 8. L’inconſtance tu fuiras, afin d’être aimé longuement.


CHAPITRE IV.

D. Quelle priere devons-nous faire au Dieu d’amour, & comment le devons-nous prier ?
R. Nous devons être en poſture de ſuppliant plutôt de cœur que de bouche, & le prier ainſi.


PRIÈRE À L’AMOUR.


AMour qui êtes dans le cœur raiſonnable, ton nom ſoit reſpecté, ta volonté ſoit parfaite, tes faveurs nous aviennent, aux champs comme à la ville. Donnez-nous aujourd’hui les cœurs que nous demandons, pardonnez-nous nos impuiſſances, comme nous pardonnons les peines à celles qui nous les cauſent ; & ne ſouffrez pas qu’on nous induiſe en jalouſie ; mais délivrez-nous de tous rivaux. Ainſi ſoit-il.

D. Sont-ce là toutes les prières d’un véritable amant ?
R. Non, car il y a encore le ſymbole d’un véritable amant, qui eſt conçu en ces termes.

Je crois au dieu d’amour le maître tout-puiſſant, qui fait tous les délices de la terre, & la perſonne que j’aime le plus, parce qu’elle eſt la plus aimable, à laquelle je penſe inceſſamment, & pour laquelle je ſacrifierois volontiers mon honneur & ma vie ; je crois auſſi qu’elle ſouffre quand elle ne me voit pas, & qu’elle mourra plutôt que de changer. Ainſi ſoit-il.


CHAPITRE V.

D. À quel âge peut-on commencer à faire l’amour ?
R. Les garçons à 14, & les filles à 12 ans, ſelon que l’on eſt avancé pour ſon âge.
D. Comment faut-il qu’un amant ſe comporte quand il commence à faire l’amour ?
R. Il faut premierement qu’il ſache ce que doit faire un véritable amant, qui n’ignore pas la différence qu’il y a entre les cérémonies des grands & des petits.
D. En quelle diſpoſition doit-il être pour faire l’amour ?
R. Il faut qu’il ſoit propre ſuivant la condition reſpective, & ſur toutes choſes preſpicatif, tant par ſes yeux, que par ſes diſcours.


CHAPITRE VI.

D. Combien y a-t-il de béatitudes de l’amour ?
R. Il y en a ſept.
D. Dis-les-moi.
R. 1. Bien heureux ſont les amans qui aiment véritablement, car les plaiſirs de l’amour ne ſont pas ſenſibles à ceux qui n’en ſont que médiocrement touchés. 2. Bien heureux ſont les amans ſains & vigoureux ; car ils ſont aimés long-tems & ſont les plus conſidérés. 3. Bien heureux ſont les amans qui aiment véritablement à rire ; car il y a du ſujet de s’affliger en l’amour ſans y joindre le

tempérament. 4. Bien heureux ſont les amans qui ont de l’eſprit ; car ils goûtent des plaiſirs que les niais ne reſſentent pas. 5. Bien heureux ſont

les amans qui ont de la patience, car il eſt très-difficile de trouver une maîtreſſe qui accorde au premier moment ce qu’un amant deſire. 6. Bien heureux ſont les amans riches ; car l’amour aime la dépenſe. 7. Bien heureux ſont les amans ſans rivaux ; car ils poſſedent ſeuls les bonnes grâces de leurs maîtreſſes.


CHAPITRE VII.

D. Combien y a-t-il de péchés contre l’amour ?
R. Il y en a ſept, ſavoir. 1. L’avarice. 2. La froidure. 3. La diſſimulation. 4. L’impuiſſance. 5. La coquetterie. 6. L’infidélité. 7. L’indiſcrétion.
D. Quelles ſont les vertus contraires à ces 7 péchés ?
R. 1. La libéralité. 2. La tendreſſe. 3. Le ſecret. 4. La puiſſance. 5. La vigueur. 6. La ſincérité. 7. La confiance.






ORAISON


Utile & néceſſaire à une fille qui deſire d’être pourvue comme il faut du ſaint ſacrement de mariage.


MOn Dieu qui avez créé le genre humain pour bénir votre nom adorable, & qui lui avez donné par la ſource féconde du ſacrement de mariage une voie légitime pour éteindre le feu de la concupiſcence, & en même tems multiplier, je vous adreſſe mes vœux du plus profond de mon cœur, afin qu’il vous plaiſe me remplir d’une vertu vivifiante qui me rende capable de produire un fruit de l’union conjugale, & me donner un époux qui ait toutes les qualités néceſſaires pour s’acquitter dignement des vœux du mariage ; vous promettant que je ne lui refuſerai jamais le devoir quand il voudra procéder à la principale action du ſacrement, afin que nous puiſſions mettre au monde de petites créatures qui vous louent inceſſamment ici-bas, & enſuite dans le ciel bienheureux : c’eſt, ô mon Dieu ! ce que je vous demande de toute mon ame avec les dernieres inſtances, regardez donc en pitié votre très-humble ſervante.

Ne permettez pas qu’elle demeure plus long-tems ſur la terre comme un arbre ſec & ſtérile ; & faites, s’il vous plaît, pleuvoir dans ces champs une roſée douce & agréable qui faſſe naître de bonnes plantes pour l’éternité. Ainſi ſoit-il.


AUTRE ORAISON.

Seigneur, puiſque le mariage a été fait au ciel avant que d’être accompli ſur la terre, faites que le mien ſoit déjà célébré dès le jour des bienheureux ; vous en ſavez la conſéquence, ſeigneur, & le pur danger auquel je ſuis expoſée m’oblige à vous demander un bon mari qui ait bien tous ſes outils avec qui je puiſſe vous ſervir en paix & en joie toute ma vie, pour recevoir une récompenſe après ma mort. Ainſi ſoit-il.





Les litanies que doivent dire les jeunes filles tous les matins à jeun, & bien dévotement, pour avoir un bon mari bien promptement.


SAinte marie, je veux qu’on me marie,
Saint Joseph, que vous ai-je fait ?

Sainte Anne, perſonne ne me demande.
Saint Éloi, ayez pitié de moi.
Saint Nicolas, ne m’oubliez pas.
Saint Émeri, que j’aie un bon mari.
Saint Jacques, qu’il ſoit de bonne pâte.
Sainte Apolline, qu’il ſoit de bonne mine.
Saint Bruno, qu’il ſoit joli & beau.
Saint Honoré, qu’il ſoit à mon gré.
Saint Hilaire, qu’il ſoit débonnaire.
Saint Marcou, qu’il ne ſoit pas jaloux.
Saint Grégoire, qu’il n’aime point à boire.
Sainte Théreſe, qu’il me mette à mon aiſe.
Sainte Hélene, que je n’aie point de peine.
Sainte Jeanne, que je puiſſe bien ouvrir les jambes.
Saint Laurent, quand il en ſera tems.
Saint Vincent, que ce ſoit promptement.
Saint Séverin, que j’en ai grand beſoin.
Saint Médard, qu’il ne vienne pas trop tard.
Saint Auguſtin, que ce ſoit demain matin.
Saint Blaiſe, que je le faſſe à mon aiſe.
Saint Goguelu, qu’il vous faſſe le nez comme j’ai le cu.



ÉPILOGUE.




  ADieu, lecteurs, adieu, lectrices,
  (Car, peut-être en aurai-je auſſi.)
Qu’à vos deſirs Amour & Vénus ſoient propice.
  Du ſeul plaiſir éprouvez le ſouci.
Que l’affligeant remords de vos libres careſſes
N’empoiſonne jamais les franches voluptés :
Foutez-vous des Catons, foutez-vous des Lucreces,
Mais que l’ordre & l’honneur par vous ſoient reſpectés.


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  1. La Fontaine.
  2. Griſon eſt l’épithete ironique qu’adaptent
    les militaires patriotes à ceux qui ne ſont
    pas revêtus de leur uniforme.
  3. Les délicats ſont malheureux, rien ne ſauroit les ſatisfaire. La Fontaine.

Notes de Wikisource[modifier]

  1. Cf. recueil La clé du caveau, 156.
  2. Cf. recueil La clé du caveau, 710.
  3. Cf. recueil La clé du caveau, 281.
  4. Cf. recueil La clé du caveau, 423.
  5. Cf. recueil La clé du caveau, 428.
  6. Cf. recueil La clé du caveau, 742.
  7. Cf. recueil La clé du caveau, 836.
  8. Cf. recueil La clé du caveau, 428.
  9. Cf. recueil La clé du caveau, 574.
  10. Cf. recueil La clé du caveau, 752.