Études religieuses, historiques et littéraires/69/Le Congrès antimaçonnique de Trente et la fin d’une mystification

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Études religieuses, historiques et littéraires69 (p. 381-398).

LE
GONGRÈS ANTIMAÇONNIQUE DE TRENTE
ET LA FIN D’UNE MYSTIFICATION


Le succès du premier Congrès international contre la maçonnerie est un indice très significatif de la marche en avant des catholiques dans la lutte contre l’ennemi. Même avant le Bref du 2 septembre, le Saint Père, dans une audience du 16 août, avait exprimé au Comité central « un vif désir qu’au moins l’Épiscopat des régions limitrophes et les principales notabilités de la laïcité catholique des diverses nations y prissent la part active que réclame l’importance de l’œuvre. » (Unità cattolica, 19 août.) Cette importance allait être mise en relief par les colères mêmes des ennemis. À l’annonce d’une réunion antimaçonnique bénie par le Pape, les Loges qui venaient de tenir à La Haye un grand Congrès maçonnique, poussèrent les hauts cris dans une circulaire du juif Ernest Nathan, le nouveau Grand Maître de la secte en Italie.

Vœux du Pape et craintes des loges ont eu leur réalisation. Le cardinal Haller, archevêque de Salzbourg, quatorze évêques, presque tous italiens, sans compter le Prince Évêque de Trente, président honoraire, ont daigné, du 26 au 30 septembre, assister au Congrès noblement présidé par le prince de Löwenstein. On a évalué à quinze cents le nombre des membres qui se pressaient dans l’église du séminaire, ornée pour les séances générales. Le diocèse de Trente avait envoyé un très grand nombre de prêtres. L’Italie était la nation la plus largement représentée, sans doute à cause de la proximité, mais aussi parce qu’elle souffre davantage de l’action des Loges. Cent cinquante délégués environ représentaient la France, l’Autriche, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, la Hollande et l’Amérique. L’Angleterre, absorbée par d’autres préoccupations, semble être restée un peu en dehors du mouvement.

Pour diviser les travaux, le Congrès avait constitué quatre sections siégeant simultanément pour examiner, la 1re la doctrine maçonnique, la 2e l’action maçonnique, la 3e la prière, et la 4e l’action antimaçonnique. Les actes du Congres n’étant pas encore publiés, il serait difficile d’apprécier en détail ces diverses études. Mais sans attendre cette publication, il y aura peut-être quelque intérêt à rappeler les principales résolutions approuvées dans les assemblées générales, et à résumer une discussion importante qui a déjà porté ses fruits en faisant évanouir tout un monde de ridicules légendes.

I

LES RÉSOLUTIONS DU CONGRÈS

À quoi bon tant de discours ? disent parfois certains esprits chagrins dont l’inertie s’accommode mal de l’activité des autres. Que sortira-t-il de Trente ?

Mais n’est-ce donc rien que cette grandiose manifestation d’un grand nombre de catholiques, unis par leurs délégués et par les télégrammes d’adhésion venus de toutes les parties du monde, pour déclarer la guerre à la franc-maçonnerie. Il y a là plus qu’une platonique protestation. Si ce n’est pas l’entrée en campagne, c’est du moins l’organisation et l’armement pour de prochaines batailles. C’est beaucoup d’avoir attiré l’attention du monde sur la lutte publique contre les Loges, et d’avoir donné lieu à cette dépêche transmise le 28 septembre par l’Agence Havas : « La séance du Congrès antimaçonnique a été ouverte par la lecture des réponses de l’Empereur et du Pape aux messages du congrès au milieu d’applaudissements frénétiques. » À lui seul, ce résultat doit être pour les organisateurs du Congrès, spécialement pour le Comité français et son président, le vaillant abbé de Bessonies, qui en a été un des plus ardents promoteurs, une consolation et un dédommagement de leurs fatigues.

Mais le Congrès a fait beaucoup mieux : sur le terrain de l’action, les conférences ont abouti à des résolutions, qui, en donnant au parti catholique une direction plus sûre, décupleront ses forces. Nous signalerons seulement les plus importantes, et nous en emprunterons la formule au correspondant de l’Univers (5 octobre 1896), d’autant plus volontiers que tout à l’heure nous serons d’accord avec la rédaction de ce journal, pour faire de ces principes une application plus sévère que celle de Mr l’abbé Pillet.

1° Avant de combattre la franc-maçonnerie, il faut la connaître et la faire connaître : on n’y parviendra que par une étude sérieuse de son but, de ses doctrines et de ses manœuvres.

« Le Congrès recommande vivement aux écrivains catholiques de ne dire que ce qu’ils savent avec certitude, de s’appuyer sur des documents sûrs et authentiques, et d’éviter de produire des livres dont le succès est peut-être plus facile et la vente plus copieuse, mais dans lesquels il est impossible de discerner ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est réel de ce qui est uniquement le produit de l’imagination de l’auteur. »

2° L’étude, même avec la prière, n’est qu’un premier pas : il faut agir sur le peuple par tous les moyens possibles : conférences, bibliothèques, propagande de livres et brochures antimaçonniques, prix accordés aux meilleurs ouvrages contre la secte : tout cela est approuvé et encouragé par le Congrès

3° Mais la décision la plus grave est celle qui organise fortement l’action collective sous la direction du Pape, des évêques et du clergé. Ce qui nous a nui jusqu’à présent, surtout en France, c’est le défaut de discipline, et peut-être aussi la multiplicité d’œuvres diverses, de Ligues et d’Unions antimaçonniques. Le Congrès a donc constitué un état-major qui donnera l’impulsion aux combattants du monde entier. Un comité central sera établi à Rome sous les yeux du Souverain Pontife, afin de donner une direction sûre aux comités de chaque pays, et aux associations de tout genre qui, avec l’approbation des évêques, se formeront pour combattre l’armée du mal.

4° Enfin en édictant une grande loi de prudence, le Congrès a rassuré bien des consciences anxieuses. Ici surtout citons textuellement M. l’abbé Pillet :

« Les comités supérieurs régionaux ou locaux auront encore une autre mission à remplir, assez difficile et assez délicate, cependant de la plus haute importance. Assez souvent des transfuges de la maçonnerie ou soi-disant transfuges, se présentent à nous, demandant à être accueillis avec la charité réservée au pécheur repentant, et venant offrir de combattre dans nos rangs en dénonçant les secrets et les crimes qu’ils ont pu connaître. Parmi ceux-là, les uns, tout en étant réellement et sincèrement convertis, n’ont pas toujours la prudence et la discrétion nécessaires, et quelquefois ne comprennent pas suffisamment que les fautes graves dont ils se sont rendus coupables, les erreurs auxquelles ils ont participé, semblent leur imposer une retenue et une humilité, qu’ils ne savent peut-être pas toujours pratiquer comme ils devraient le faire. — D’autres encore cherchent trop, ou du moins paraissent trop chercher leur intérêt personnel en exploitant à leur profit l’intérêt qui s’attache assez naturellement à l’enfant prodigue, dont on annonce le retour au foyer paternel. — Une dernière catégorie enfin est composée certainement d’hypocrites et d’espions qui se disent convertis quand ils ne le sont point, qui ne cherchent qu’à tromper notre crédulité en nous racontant de soi-disant secrets, et à s’infiltrer parmi nous pour renseigner sur nos agissements ceux qui sont toujours leurs chefs.

« Que l’on veille donc sur toutes ces catégories de néophytes plus ou moins sincères. »


Cet avis si grave vient au bon moment, et il nous conduit à l’examen de la discussion importante du Congrès que nous avons annoncée.

II

ÉVANOUISSEMENT D’UN MYTHE

On n’a pas oublié dans le monde savant l’audacieuse mystification dont fut victime le Musée de Berlin, quand un hardi spéculateur, Shapira, lui vendit pour 20 000 thalers sa collection de poteries prétendues moabites. Le même tint quelque temps en suspens les archéologues anglais et allemands avec son Deutéronome primitif. Les idoles de Moab furent en grand honneur jusqu’au jour où M. Clermont-Ganneau découvrit à Jérusalem le four où l’habile faussaire cuisait ses divinités.

Nous sommes témoins à cette heure d’une découverte analogue dans le domaine du surnaturel. Depuis plus de trois ans, d’étranges, de fantastiques révélations sont publiées et exaltées dans une série de publications dont les auteurs restent à peu près inconnus : le Diable au dix-neuvième siècle, les Mémoires de Diana Vaughan, le 33e Crispi, et tandis que certains critiques, trompés par les apparences, épuisaient en l’honneur de ces livres, les formules de l’admiration, d’autres se demandaient s’ils n’étaient pas impudemment mystifiés, au nom du surnaturel. Cette inquiétude est près de cesser, et un heureux effet du Congrès de Trente aura été l’effondrement de cette colossale mystification, selon le mot si juste de la Kölnische Volkszeitung. Cette littérature palladique a pris de si vastes proportions que le silence serait aujourd’hui une faute et un grave danger.

Avant tout, mettons la question bien au point. Il ne s’agit pas de savoir si parmi les mystificateurs, il y a une femme qui s’appelle ou prétend s’appeler Diana Vaughan : il est si aisé de former une jeune fille quelconque à jouer un rôle, voire même à se confesser ; il s’agit de décider s’il existe une fabrique de documents apocryphes et d’histoires inventées à plaisir pour ridiculiser les catholiques trop crédules ; si l’histoire d’une Diana palladiste convertie par Jeanne d’Arc, baptisée en secret dans un couvent inconnu par une supérieure qui a perdu la tête, est un roman imaginé de toutes pièces par d’audacieux spéculateurs. La mystification une fois établie, il n’en résultera pas que tout est faux dans les ouvrages en question, — un menteur ne ment pas toujours ; mais il sera établi que tout est suspect et doit être contrôlé par d’autres sources.

Tout est suspect, disons-nous. Il serait inutile de chercher à faire la part du feu dans cette collection, de jeter à l’eau par exemple, le Diable au dix-neuvième siècle, pour sauver les Mémoires de l’ex-palladiste. Tout se tient : c’est l’auteur du Diable qui introduit Diana, raconte son histoire et se porte garant de sa conversion ; ce sont les Mémoires de la prétendue Diana qui confirment à chaque instant la véracité du Dr Bataille dans le Diable au dix-neuvième siècle.

Est-il nécessaire de déclarer que nous flétrissons seulement la spéculation ? Quant à plusieurs de ceux qui en ont été les victimes, leur erreur ne saurait diminuer la profonde vénération que mérite leur zèle. Cela dit, une fois pour toutes, voici l’incident du Congrès qui a si fort avancé la solution du problème.

Dès le 25 août 1896, le P. Gruber, le savant auteur de l’Étude sur Comte et le positivisme, après une étude approfondie de la littérature maçonnique et une enquête faite à Paris même, démontrait dans la Kölnische Volkszeitung que sous les prétendues révélations de Diana Vaughan se cachait une immense escroquerie. Le feu ainsi mis aux poudres, les congressistes de Trente ne pouvaient éviter la question. Dans une séance particulière de la 4e section, Mgr Gratzfeld, représentant du cardinal Krementz, archevêque de Cologne, attaqua vivement les contes fantastiques d’une convertie qu’on n’a jamais vue. Qui est-elle ? Où s’est-elle convertie ? Qui l’a baptisée ? Mystère. Pour lui, il affirma sa conviction bien arrêtée que tout cela était une imposture, dont les auteurs se proposaient, après avoir fait tomber les catholiques dans le panneau, de les couvrir de ridicule et de discréditer la lutte antimaçonnique.

La discussion ayant été renvoyée à une séance publique, le 29 septembre, M. l’abbé de Bessonies, que ses hautes qualités avaient désigné au choix des congressistes comme vice-président, présenta un rapport — souvent promis à l’impression, mais encore inédit — qui appuyait l’existence de Diana Vaughan sur des témoignages qu’une note remise à la presse ne spécifie pas et sur des preuves tirées de ses écrits et de ses lettres.

Mgr Baumgarten, peu rassuré, réclama, comme historien, un extrait de naissance de Diana, l’attestation du prêtre qui a reçu son abjuration et de celui qui l’a admise à la communion. « Comme elle n’est pas venue au monde parmi les sauvages, disait-il, son nom doit être inscrit dans quelque registre. »

D'après la note remise aux journaux par M. de Bessonies et M. le chanoine Mustel, « on répondit que l’extrait de naissance ne pouvait être donné, vu l’état des actes civils dans certaines parties de l’Amérique, et que d’ailleurs cela importait peu à la cause ». Étrange fin de non-recevoir, surtout si l’on songe que Diana, d’après M. de Bessonies et l’auteur du Diable au dix-neuvième siècle, n’est pas née en Amérique, mais en plein Paris. Il est vrai que la Revue mensuelle la dit originaire de Louisville, contradictions qui trahissent un grand embarras.

« Quant au certificat du prêtre, reprend la note, il serait imprudent de le produire, parce que la convertie condamnée à mort par les Loges, doit entrer l’année prochaine dans ce même couvent. »

On conçoit que Mgr Baumgarten ait trouvé ces réponses insuffisantes, et l’ait déclare à l’Assemblée. M. Léo Taxil essaya de sauver sa protégée. Ces doutes, dit-il, sont une manœuvre des francs-maçons irrités. Un prêtre s’est déclaré l’ennemi de Diana, parce qu’elle lui a refusé 1500 francs, il ne le nommera pas pour éviter un scandale. Trois évêques ont vu la convertie, et l’ont entendue en confession, mais il ne peut les nommer. Enfin, il l’a vue, lui, et il l’affirme avec serment.

Cette apologie ne parut pas décisive : après des discours en sens divers, le Congrès renvoya l’affaire à une commission du Comité romain, et passa à l’ordre du jour.

Rien ne semblait décidé ; mais une fois la question posée, la lumière allait paraître. Humiliée des railleries protestantes à l’adresse des catholiques qui croient encore à la fiancée d’Asmodée et au démon Bitru, la Kölnische Volkszeitung poursuivit son enquête, et le 13 octobre elle portait le dernier coup à l’abominable supercherie.

On ne l’a pas oublié, lorsque le Diable au dix-neuvième siècle parut en 1893 sous le nom du Dr Bataille, tant de drôleries fantastiques, même garanties par M. Léo Taxil, trouvèrent, du moins à Paris, le public catholique fort défiant. Or tout à coup fut annoncée une conférence publique où l’auteur se ferait connaître. Nombre de prêtres accoururent à la réunion dont le bureau fut composé d’éminents catholiques. Le Dr Bataille parut en effet : c’était de son vrai nom le Dr Hacks, ancien médecin des Messageries maritimes. Il se déclara l’auteur du Diable et affirma sur tous les tons avoir été le témoin oculaire des scènes racontées. Plusieurs le crurent : son aplomb, les sentiments chrétiens qu’il affichait ôtèrent même la pensée de rechercher quel était cet adversaire si hardi de la franc-maçonnerie.

Mais cette recherche vient d’être faite, et elle a établi qu’à cette époque même, le Dr Hacks était libre-penseur et athée. Dans un ouvrage paru à la fin de 1892, et qui devait s’imprimer au moment même où il signait la dévote préface du Diable (elle est datée du 29 septembre 1892, fête de Saint- Michel)[1], il traite toutes les religions de momeries, le christianisme de foi névrotique caractérisée par « l’hystérie de la croix » (titre d’un grand dessin représentant une femme agenouillée au pied de la croix). Matérialiste sans pudeur, il ne recule pas devant le blasphème. Pour lui, Dieu n’est qu’une fiction changeante de l’humanité et l’avenir du monde est à l’athéisme : « En des temps devenus laïques, la foi est tombée. la croyance quelle qu’elle soit, meurt et s'éteint… Dieu l’immortel est mort encore une fois, tué par l’exagération même et par l’abus qu’on a fait de son propre geste, et la silhouette du vieillard qui du balcon du palais de la Ville éternelle se dresse, bénit maintenant dans le vide un monde qui vécut de ce geste et qui mourra sans lui[2]. »

Voilà les sentiments intimes de celui qui se présentait aux catholiques comme un défenseur, et dont la parole seule garantissait les contes extravagants sur Gibraltar et sur Sophia Walder ! S’il restait encore une illusion, le Dr Hacks s’est hâté de la dissiper par un coup de théâtre, qui a dû stupéfier les catholiques ayant assisté à la conférence de 1893. Dans une lettre adressée au directeur de la Kölnische Volkszeitung le 14 octobre 1896, et publiée le 16 dans ce journal, on lit les déclarations suivantes :


« 1° Je ne suis pas l’auteur, mais un simple collaborateur du Diable au XIXe siècle, je n’ai collaboré qu’à une minime partie du tome 1er ; depuis que j’ai cessé ma collaboration effective je me suis désintéressé de l’ouvrage, à propos duquel je ne revendique aucune paternité ni aucun droit ; je n’ai jamais écrit une seule ligne, ni dans la Revue mensuelle, ni dans aucun des volumes, brochures, journaux ou publications parues depuis sur ces questions. Le pseudonyme : Dr Bataille ne m’appartient donc pas et ne m’a jamais appartenu.

2° Le volume le Geste est en effet de moi et contient mes véritables opinions sur les religions et en particulier sur la religion catholique, pour laquelle je professe le plus parfait mépris.

3° Puisque depuis des années je ne collabore plus ni de près ni de loin aux diableries antimaçonniques, il vous apparaîtra évidemment que je ne commandite personne et ne suis associé avec personne à ce sujet[3]. »


Ce cynique aveu d’impiété et en même temps de collaboration au Diable tranche définitivement le débat. Comment après cela le Dr Hacks peut renier toute association avec des auteurs dont il se proclame le collaborateur, et renier le nom du Dr Bataille, sous lequel l’ex-médecin des Messageries maritimes a signé sa préface, c’est ce qu’il a omis d’expliquer.

Retenons seulement que sous le nom du Dr Bataille d’autres personnages se cachent. Le Dr Hacks l’a redit dans une lettre à l’Univers publiée le 27 octobre, et qui renferme aussi une allusion significative à l’« Affaire Diana Vaughan ». M. Léo Taxil, qui patronne le Diable et les Mémoires, jugera sans doute à propos de faire connaître les autres coopérateurs.

Une conclusion reste acquise : toute cette littérature sur laquelle repose la fable de Diana Vaughan est une entreprise exécutée par la libre-pensée au service d’une spéculation éhontée. Faut-il y voir de plus une manœuvre des Loges pour déconsidérer la campagne antimaçonnique et dépister les catholiques ? On l’a cru en Allemagne, mais le mercantilisme suffit à tout expliquer. Il est hors de doute cependant que la franc-maçonnerie en bénéficiera : le doute planera sur des documents authentiques, parce qu’on les a mêlés aux fables stupides d’un faussaire ; et depuis quatre ans que d’activité dépensée en pure perte à poursuivre des chimères, tandis que la vraie franc-maçonnerie continuait au grand jour son œuvre satanique ! Si les Dr Bataille et Miss Diana Vaughan n’eussent pas existé, a-t-on dit, la secte aurait dû les inventer. Voilà pourquoi nous félicitons le journal de Cologne d’avoir fourni la démonstration de la supercherie.

À cette preuve, nous voulons joindre un autre document où le faussaire, quel qu’il soit, est pris en flagrant délit. Il est inséré dans le dernier ouvrage que s’attribue Diana Vaughan, le 33e Crispi, à la fois compilation, roman et pamphlet, où les coups de théâtre à grand effet, comme l’empoisonnement de Crispi par Mazzini, coudoient d’impudentes calomnies, même contre le Sacré-Collège. Car on y affirme (p. 268) — toujours sans preuves — que certain cardinal, nommé on toutes lettres, était franc-maçon et représentait les intérêts de la secte au conclave qui a élu Léon XIII.

Le document à sensation dans ce volume, c’est la grande prophétie dictée par Bitru en personne, le diable bien connu des lecteurs de Diana Vaughan. Bitru révèle solennellement au Triangle romain, le Lotus des Victoires, que Sophia Walder est son épouse bien-aimée, et que, le 29 septembre 1896, d’elle naîtra une fille qui sera la grand’mère de l’Antéchrist. Si vous êtes assez impie pour douter, voici, photographié sur l’original, le texte dicté en latin par Bitru lui-même ; voici en caractères d’une fantaisie infernale sa signature, légalisée en italien par Crispi, Lemmi et autres grands personnages du Triangle. Seule la traduction française est de Diana.

Tout n’est-il pas prévu contre le scepticisme ? Tout, excepté un petit point : on a oublié d’apprendre au diable Bitru son latin et son italien : les fautes grossières dont il émaille son style, prouvent avec la dernière évidence que le texte français n’a pu être calqué sur le latin, mais au contraire a servi de thème au latin et à l’italien. Et ce thème a été fait par un ignorant qui, entre autres perles, oublie la règle Ludovicus rex et écrit me Sophia ; il traduit naîtra par oriunda est, au lieu de oritura, et en italien, il ne sait pas même distinguer les articles, et il écrit gli magi, pour i magi. Le plus fort, c’est qu’un des signataires, Augustin Bertani, oublie qu’il est italien, et au lieu d’écrire Agost. Bertani, il met en français Aug. Bertani. « Il était si troublé devant Bitru ! » répond l’auteur avec désinvolture.

Après cela, qui s’étonnera que la grossière farce Sophia-Bitru ait défrayé pendant des mois, aux dépens des catholiques, les rires de l’Allemagne incrédule ? Notre surprise à nous, c’est qu’un si insolent défi à la crédulité humaine n’ait pas ouvert les yeux sur la valeur du livre et de l’écrivain.

Aussi, nous le dirons franchement, c’est pour nous un mystère, que les récits extravagants de Diana Vaughan n’aient pas suffi pour démasquer l’imposture. Comment a-t-on pu admettre des contes fantastiques qui dépassent les Métamorphoses d’Ovide, des récits tels, on l’a dit avec raison, qu’un enfant de dix ans refuserait d’y croire ?

Ici on vous parle du F∴ Minutatim, ainsi nommé parce qu’il se mettait en pièces à volonté : son corps s’émiettait en minuscules fragments qu’on jetait dans un sac ; et puis, sur un mot de Léviathan, le sac s’agitait et le jeune homme en sortait avec un corps reconstitué (Mémoires, p. 214). Là c’est une table tournante changée en hideux crocodile ailé, qui joue une mélodie sur le piano, en tournant vers la maîtresse de la maison des regards expressifs qui mettaient celle-ci fort mal à l’aise (Le Diable, I, 619). À Gibraltar, c’est le laboratoire infernal, où les démons dirigent la fabrication de leurs engins ensorcelés. Bien avant Pasteur, ses admirables découvertes étaient connues de la haute maçonnerie qui, dans cet antre, cultivait les microbes pour répandre à son gré sur le monde la peste ou le choléra. Tout récemment le 33e Crispi (p. 313) présente la mystérieuse Lidia Nemo « qui a le privilège dans les assemblées palladiques de revenir sous les traits de sa treizième année ».

Mais c’est surtout quand il s’agit des privilèges de Diana Vaughan que les Mille et une Nuits sont éclipsées. Fiancée au daimon Asmodée, elle a pour protecteurs les 93 324 légionnaires de son amoureux. Aussi, pour avoir mal parlé d’elle, le F∴ Bordone voit-il sa tête se retourner subitement à l’envers, le visage fixé du côté du dos. Heureusement après trois semaines, Diana, qui seule peut le guérir, revient d’Amérique et prenant sa tête entre ses mains, la fait virer comme sur un axe (Le Diable, I, 719). À Malte, un autre adepte ose douter du pouvoir de Diana. Aussitôt la fameuse flèche de fer, qui écrit les oracles de Lucifer, s’élance et transperce de part en part le téméraire ; en même temps celui-ci est enlevé, transporté en quelques secondes à Charleston, où, par une amende honorable, il obtient d’être rapatrié par la même voie et débarrassé de la flèche incommode.

Tout cela n’est que stupide : ce qui est répugnant et doit révolter tout sens chrétien, c’est de présenter dans une luciférienne le type de toutes les vertus, une sainte à faire pâlir les Cécile et les Agnès ; c’est de mettre cette virginité immaculée que Diana nous vante en elle-même, avec une effronterie dégoûtante, sous la protection… du démon de l’impudicité en personne, d’Asmodée, son amoureux ; de raconter, sans doute en preuve de cette innocence, les déclarations d’amour d’Asmodée, ses baisers respectueux et les voyages aériens que fit Diana dans les bras du jeune daimon, voyages qui lui laissent toujours le plus exquis parfum de rose. Tels sont les récits dédiés aux jeunes filles de France, aux sœurs de Jeanne d’Arc.

Plus répugnante encore, s’il est possible, est l’histoire que Diana nous raconte de sa rivale Sophia Walder (aussi inconnue d’ailleurs que Diana elle-même). Dans cette vie, les daimons et les daimones — car on les distingue par une égale insulte au bon sens et à la foi — jouent un rôle plus hideux. La chaste Diana nous raconte avec une complaisance marquée comment Sophia n’est pas fille de Walder, dont elle porte le nom, mais d’un démon, peut-être de celui qui sera son époux ; comment très probablement « elle a tété du lait de diable » (Mémoires, p. 293), Bitru ayant remplacé sa mère enlevée par Lucifer ; comment enfin Bitru se l’est réservée et lui a conféré tous ses pouvoirs magiques. Aussi peut-elle « se fluidifier à volonté et passer à travers des murailles blindées d’acier » ; mais l’exercice, dit-elle, est très fatigant.

Le type de Sophia Walder est tracé par le faussaire avec une prédilection marquée : il lui réserve certainement un grand rôle. Pourquoi ne se convertirait-elle pas, elle aussi ? Quel succès et quels beaux revenus, si après les récits de Diana déjà épuisée, on pouvait publier les Mémoires de la Bisaïeule de l’Antéchrist convertie ! Qu’on lise les derniers numéros de l’ex-palladiste, et l’on verra la conversion de Sophia préparée comme celle de Diana l’avait été dans le Diable au dix-neuvième siècle.

Ajoutons que le faussaire des Mémoires n’a pas eu même la pudeur de changer son éditeur. Avant la conversion de Diana, M. Pierret publie le Palladium impie sous la rubrique Librairie palladiste : Diana se convertit, et c’est encore M. Pierret qui édite ses mémoires et reçoit seul sa correspondance. Mais il change l’enseigne et vous avez la Librairie antimaçonnique Pierret. On ne dit pourtant pas que Jeanne d’Arc lui soit apparue, comme à sa cliente.

Voilà pourtant les drôleries et les turpitudes qu’on nous demandait d’accepter sans preuves ni témoins ; car offrir pour preuves une carte de visite de Diana Vaughan ou sa photographie, comme on l’a fait à Trente, ou des lettres signées d’elle, c’est par trop enfantin.

Vous voulez, nous dit-on, la mort de Diana : se montrer pour elle, c’est se vouer à l’assassinat. Nous pourrions répondre que nous voulons au contraire la sauver ; c’est le grand inventeur de Diana, le Dr Bataille, qui l’a dit : pour un converti, le seul moyen d’être invulnérable, c’est de s’afficher, parce qu’alors un assassinat maçonnique serait trop évident.

Mais je préfère montrer que cette fuite est une preuve irréfragable de l’imposture. Comment ! Diana répète sur tous les tons que les diables en personne président tous les triangles et y font les révélations les plus mystérieuses, et puis elle prétend échapper aux palladistes en se dérobant aux regards ! Mais alors tous ces démons et démones, au nombre exact de 44 455 633 (le Diable, I, 384), tous les légionnaires d’Asmodée, furieux aujourd’hui de la trahison de Diana, sont donc devenus aveugles ou muets ! Ou bien Diana Vaughan ne croit pas un mot des révélations diaboliques, du pouvoir merveilleux de Sophia et des autres ! Mentita est iniquitas sibi.

S’il restait quelque doute, qu’on lise la brochure où Diana Vaughan vide sa querelle de boutique avec Margiotta. On y voit les deux prétendus convertis s’insultant à qui mieux mieux ; Margiotta accuse la Diana convertie d’être un mythe, et la vraie Diana d’être « une hystérique insatiable ». Diana, de son côté, prétend non sans quelque apparence que son adversaire, après sa conversion, est resté fidèle à la franc-maçonnerie. M. Léo Taxil survient et ajoute cette accusation mystérieuse : M. Margiotta aurait essayé de faire arrêter Diana Vaughan par la police, mais Diana prévenue aurait évité le piège. Quel monde, grand Dieu, que ces convertis ! La querelle est-elle d’ailleurs sérieuse entre des concurrents qui exploitent les mêmes bourses ? Est-ce une pure comédie concertée d’avance, l’un des compères se sacrifiant extérieurement pour assurer auprès des naïfs le triomphe de l’autre ? Que nous importe ? Toujours est-il que la cause catholique, sous peine d’être déshonorée, doit rompre à tout jamais avec de pareils défenseurs[4].


III

CONCLUSION

Cette rupture une fois opérée, il sera aisé aux catholiques de repousser les reproches des incrédules et de se précautionner pour l’avenir.

Aux francs-maçons, en effet, et aux incrédules qui font des gorges chaudes de la crédulité des catholiques, voici notre réponse : Il est vrai, parce qu’ils sont honnêtes et ne savent pas de quoi sont capables des hommes sans foi, des catholiques n’ont pas cru possible tant de fourberie, et, je l’avoue, ils ont eu tort. Mais ce ne sont pas les catholiques, ni même les catholiques de France : car dès l’apparition de ces récits, la Vérité, la Gazette de France, la Semaine religieuse de Cambrai, celle d’Autun, etc., ont protesté contre ces romans à la Ponson du Terrail et ces feuilletons où le démon Asmodée vient flirter avec sa Diana Vaughan. L’Univers ne pensait pas autrement, ses vigoureux articles en font foi, et si, cédant à des instances réitérées, il a inséré une appréciation favorable aux Mémoires, il n’a pas voulu engager sa responsabilité. S’il m’est permis d’apporter mon témoignage, après des informations nombreuses et précises, j’ose affirmer que l’immense majorité du clergé était humiliée des fables débitées et acceptées sous prétexte de surnaturel. Tout au plus ne se rendait-on pas suffisamment compte du danger que renferme cette littérature nauséabonde. Mettre en cause le catholicisme, parce que quelques prêtres ont été trop bons et trop simples, c’est imiter ce journal protestant d’Allemagne qui se croyait très fort en demandant à la Kölnische Volkszeitung : Que devient pour vous l’infaillibilité du Pape ?

Mais aux catholiques assez imprudents pour admettre ces rêveries extravagantes, on a le droit de recommander à l’avenir plus de sagesse, et la fidélité aux conseils du Congrès de Trente, disons mieux, la fidélité aux lois de l’Église. Pourquoi les éditeurs ont-ils oublié que ces lois défendent de publier sans approbation épiscopale les récits de miracles et de visions ? Ce serait trop peu à l’avenir de jeter au panier toutes les productions anciennes et nouvelles de miss Diana Vaughan. Les catholiques devront mettre en interdit, du moins en suspicion, toute publication antimaçonnique, qui serait dépourvue d’un patronage ecclésiastique. Ils fermeront impitoyablement leurs bourses si longtemps exploitées, à toute œuvre antimaçonnique, organisée en dehors de l’autorité compétente. Ils se rappelleront que l’abus du pseudonyme a permis aux faussaires de se dissimuler si longtemps. Tout document maçonnique, pour être pris au sérieux, devra être mis sous la garantie d’un nom connu et respectable. Les journaux et revues catholiques, comme la vaillante Franc-Maçonnerie démasquée, écarteront impitoyablement toute correspondance non signée, et contrôleront sérieusement les documents mis en œuvre. On ne verra plus alors, comme dans un journal du 11 octobre 1896, de dépêches dans le genre de celle-ci : « Sophie Walder est arrivée à petites journées à Jérusalem, comme l’avait annoncé Diana Vaughan. » S’il n’y veille, ce même journal recevra bientôt la nouvelle que l’aïeule de l’Antéchrist est vraiment née le 29 septembre 1896.

Mais, si nous sommes sages, de cette triste aventure se dégage une leçon d’une plus haute portée. Il faut aller à la racine du mal, et nous la trouvons dans une malheureuse tendance de certains esprits : d’une part enclins à voir le diable partout, d’autre part troublés au seul mot de critique : peut-être parce qu’il en coûte trop de s’informer et d’examiner, ils accusent volontiers de tendances rationalistes, ceux qui, avec une foi profonde à l’action du démon, se refusent à admettre des fables, ou même à croire sans preuves que Dieu laisse le démon accomplir en pleine société chrétienne plus d’infamies en quelques jours que toute l’histoire ecclésiastique n’en raconte pour de longs siècles. Et ce qu’il y a de pire, c’est que ces intrépides croyants, sans même avoir lu les Mémoires ou le Diable au dix-neuvième siècle, les défendaient a priori, et vous disaient triomphalement : « Au fond, vous n’avez pas de preuves : ces faits ne sont pas impossibles. » Comme s’il suffisait qu’une chose ne soit pas démontrée impossible pour qu’elle mérite aussitôt d’être crue !

Voilà où plusieurs en étaient venus, et là est la véritable cause du silence trop prolongé de la presse. « Ils veulent une lcçon, nous disait un vénérable ecclésiastique à propos de ces ennemis de toute critique, ils l’auront, et elle sera rude. » La leçon est venue ; puisse-t-elle être comprise et épargner désormais aux défenseurs dévoués du vrai surnaturel ces attaques dont se plaint si justement la Kölnische Volkszeitung du 13 octobre 1896, dans un article magistral dont nous extrairons du moins cette page :

« Faut-il rire ou s’indigner du reproche fait à la presse catholique allemande de favoriser la franc-maçonnerie, alors qu’elle a simplement mieux usé que d’autres du bon sens donné par Dieu aux hommes ? Quiconque se fait le collaborateur ou le propagateur de cette littérature superstitieuse, quiconque lève seulement le doigt pour défendre ces inventions des publicistes parisiens qui battent monnaie sur la crédulité du dix-neuvième siècle, sert par là même sciemment ou à son insu la haine de la maçonnerie contre l’Église. Car où aboutit cette campagne préparée de longue main par des imposteurs et continuée par leurs dupes ? À répandre, sous le couvert de la piété, de grossiers mensonges ou d’indignes charlataneries ; à embarrasser dans des extravagances nombre de catholiques et même de prêtres, qui auraient certes œuvre plus sérieuse à faire ; à jeter le trouble dans les esprits, à mêler des choses vénérables, telles que mouvement eucharistique et mystique chrétienne, à de ridicules niaiseries ; à discréditer l’Église dans nombre de ses serviteurs ; à entraver et compromettre la lutte sérieuse contre la franc-maçonnerie par des combats en règle contre des moulins à vent ? Que peut souhaiter de plus le franc-maçon de la plus belle eau ?

« Ce sont là, dira-t-on, des paroles bien dures. Mais il est grand temps de les faire entendre et d’en tenir compte, si nous ne voulons que l’Église, spécialement en France et en Italie, soit compromise au dehors et souffre à l’intérieur même de graves dommages. La fin du dix-neuvième siècle, avec toutes ses lumières, suit les enseignes de la superstition. La superstition relève la tête sous toutes les formes, sous le masque de la piété comme sous la bannière de la libre-pensée, sous couleur de pieuse croyance à des miracles ou à des prophéties puériles comme sous forme d’évocations occultes. »

L’auteur exprime ensuite la confiance que l’autorité ecclésiastique interviendra au besoin énergiquement et traduira en actes les principes résumés, il y a vingt ans, par l’évêque actuel de Paderborn :

Précisément parce que dans le surnaturel il s’agit de faits extraordinaires accomplis ou permis par Dieu, l’Église ne peut tolérer que la crédulité, l’illusion ou l’imposture portent atteinte à la majesté de Dieu ou à sa Providence, ou compromettent même en apparence aux yeux des incrédules sa propre foi à ces interventions particulières. (Mgr Simar, la Superstition, p. 55.)

On ne saurait mieux dire, à la condition toutefois de ne pas soulever ici une question de race ou de nationalité. La presse allemande n’a peut-être pas suffisamment évité cet écueil. Et pourtant au delà du Rhin, la superstition ne fait guère moins de dupes qu’en deçà. Nous en pourrions donner pour preuves, entre autres, divers faits signalés dans le même article de la Kölnische Volkszeitung.

C’est en France d’ailleurs, nous l’avons dit, qu’a commencé dès 1893 l’attaque contre les mystificateurs, et si nous avons félicité la Kölnische Volkszeitung d’avoir découvert le livre impie de M. Hacks, il est juste de remarquer que depuis plus de trois ans le pseudonyme Bataille-Hacks n’était à Paris un mystère pour personne, pas plus que le rôle prépondérant de M. Léo Taxil dans toutes ces publications. Enfin il ne s’est rien écrit en France de plus favorable aux Mémoires que les articles du Pelican de Feldkirch, et comme le rédacteur de ce journal eucharistique a reconnu son erreur, il sera imité par les rares journaux français qui ont si malheureusement soutenu Diana Vaughan.

Donc, sans distinction de pays ou de race, condamnons tous une crédulité sans critique, qui tourne au profil de la superstition. Un évêque de France a dit : « La grande habileté de Satan a été de se faire nier. » Hélas ! Ce n’est que trop vrai. Mais pour se faire nier, son habileté consiste à exagérer son action pour tourner contre ceux qui l’affirment l’arme à laquelle rien ne résiste en France, le ridicule. Les exploiteurs du Panama tremblèrent jusqu’au jour où ils inventèrent d’invraisemblables trahisons, admises trop naïvement par leurs adversaires.

De même rien n’est plus efficace que les fables fantastiques à la Vaughan, pour déconsidérer la foi au surnaturel. Mais, s’il peut y avoir des surprises isolées, l’Église ne s’y laissera jamais prendre, et après avoir dévoilé l’imposture, elle continuera à dénoncer, toutes les fois qu’elle sera bien établie, l’intervention même sensible du démon dans la franc-maçonnerie.

  1. Charles Hacks, le Geste (avec illustrations). Paris. Marpon et Flammarion, 1992. D’après la Bibliographie de la France, Journal général de l’Imprimerie et de la Librairie, numéro du 7 janvier 1893, cet ouvrage a paru le 26 décembre 1892.
  2. Le Geste, p. 130. Il faut rapprocher de ces dernières lignes le trait suivant qui nous est attesté par un témoin oculaire. C’était eu 1895, à une séance de la Société des sciences psychiques, alors en formation ; on discutait les statuts de cette société. À la fin de la séance, le Dr Hacks-Bataille, qui était membre de la Société, se lève et propose d’envoyer au Souverain Pontife une adresse de filiale adhésion à toutes les doctrines du Saint-Siège avec la demande d’une bénédiction spéciale.
  3. Nous devons à l’obligeance du directeur de la Volkszeitung de pouvoir reproduire les termes mêmes de la lettre originale, avec les soulignements de l’auteur. Celui-ci a du reste répété ces déclarations dans des lettres adressées à l’Univers et à la Vérité, en y ajoutant ses aménités à l’adresse de ceux qui ont cru à ses « révélations » : il les traite d’imbéciles.
  4. On a essayé de se retrancher derrière une lettre du cardinal Parochi à Diana Vaughan. Le cardinal, dit la Kölnische Volkszeitung, a répondu au P. Tenaillon, qu’il avait écrit dans l’hypothèse de la vérité des faits qu’on lui avait exposés. — Un autre prince de l’Église, le cardinal Vaughan, a protesté lui aussi contre la prétention de l’aventurière d’avoir des relations de parenté avec lui. Les défenseurs de miss Diana ne sont pas embarrassés pour si peu : « Cette parenté remontant à plus de deux siècles, il n’est pas étonnant que Son Éminence l’ignore. »