Études sur l’Italie/01

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Études sur l’Italie
Revue des Deux Mondes, période initiale2e série, tome 1 (p. 595-596).
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ÉTUDES SUR L’ITALIE
SUR L’ITALIE.


Italia mia, benchè il parlar
Sia indarno alle piaghe mortali
Che nel bel corpo tue si spesse veggio.

Pétrarque.


I.

À Silvio Pellico


L’obélisque africain de Monte-cavallo
Formait devant mes yeux un imposant tableau ;
Le jour allait mourir, et pour dissiper l’ombre
Qui tombait lentement sur la colline sombre,
La madone qui prie au palais Quirinal,
Devant elle allumait son nocturne fanal.
Emu de tout cela, par la place déserte
J’allais le front levé. — D’une fenêtre ouverte

Sortait un chant joyeux et d’un charme infini,
Qui, si je m’en souviens, était de Rossini.
Et je disais tout bas : — Ah ! ma belle Italie,
Seras-tu donc toujours le sol de la folie !
Pauvre reine, sans sceptre, en vêtemens de deuil,
Ah ! chanteras-tu donc jusque dans le cercueil ?
Suspends ta lyre d’or aux branches de tes saules,
Ne sens-tu pas la mort qui vient sur tes épaules,
Et tandis que tu perds ta dernière heure en jeux,
Comme un voleur de nuit te saisit aux cheveux ?
Tes enfans bien-aimés pourrissent dans le bagne,
Ou meurent étouffés aux bras de l’Allemagne,
Et tous ceux qui devaient un jour te faire honneur
Reçoivent, devant toi, le plomb mortel au cœur !
Et ta voix est toujours veloutée et sonore,
Et tes chants, je le crois, vibrent plus doux encore.
Cependant, pour briser tes ignobles liens,
La valeur vit encore aux cœurs italiens.
Quand tes fils vont combattre, ô trop débile mère,
Ne saurais-tu trouver quelque refrain de guerre ?
Mais non, ton luth toujours sonne le même son,
Et tu ne sais jamais qu’une douce chanson :
Pareille au rossignol à son malheur en proie,
Qui chante la douleur comme il chantait la joie.
Ah ! du moins puisses-tu, dans tes chants expirans,
En trouver de si doux qu’ils touchent tes tyrans ! —
Et j’allais à pas lents et la tête baissée
Comme celui qui porte une triste pensée,
Et la fenêtre ouverte au souffle du midi
Me renvoyait toujours cet air de Rossini.
Une petite fille ayant dix ans à peine,
Assise à l’obélisque afin de prendre haleine,
A côté d’un panier sur sa tête apporté,
Voyant qu’à l’admirer je m’étais arrêté,
Levant ses beaux yeux noirs avec un air de reine,
Me dit : Regardez-moi, car moi, je suis Romaine !