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Évangile d’une grand’mère/50

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 142-146).

L

RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE.



Jésus ayant repassé avec sa barque à l’autre bord, une grande multitude de peuple s’assembla autour de lui, avant qu’il ne se fût éloigné de la mer.

Or, un chef de la synagogue nommé Jaïre

Armand. Qu’est-ce que c’est, une synagogue ?

Grand’mère. Je crois t’avoir déjà expliqué qu’une synagogue était un lieu de réunion pour prier, une espèce de temple, comme sont pour nous les églises ; et de même que nous avons des curés pour nos églises, de même les Juifs avaient des chefs pour leurs synagogues, et Jaïre était un de ces chefs. Et quand il vit Notre-Seigneur, il vint à lui, se jeta à ses pieds, et le pria avec instance, disant :

« Ma fille est à l’extrémité… »

Résurrection de la fille de Jaïre.



Armand. Qu’est-ce que c’est, à l’extrémité ?

Henriette. Grand’mère, dites, je vous prie, à Armand de ne pas vous interrompre à chaque instant. C’est assommant !

Grand’mère. Chère petite, tu serais bien aise que je t’expliquasse quelque chose que tu ne comprendrais pas. Pourquoi ne veux-tu pas que je fasse de même pour le pauvre Armand ? C’est ennuyeux pour toi, je le comprends ; mais il faut être complaisant les uns pour les autres ; tes cousins et cousines ne se plaignent pas, et pourtant ils sont tout aussi ennuyés que toi.

Henriette. C’est vrai, Grand’mère ; j’ai tort. Pardonne-moi, mon petit Armand ; interromps tant que tu voudras, je ne me plaindrai plus.

Armand. Merci, Henriette, tu es très-bonne ; mais je voudrais savoir ce que c’est, à l’extrémité.

Grand’mère. Cela veut dire bien malade, tout près de mourir. Jaïre dit donc à Jésus que sa fille allait mourir. « Venez, ajouta-t-il, imposer votre main sur elle… »

Armand. Comment, imposer ? (Henriette soupire.)

Grand’mère. C’est-à-dire, mettez votre main sur elle, touchez-la de votre main, afin qu’elle guérisse et qu’elle vive.

Et Notre-Seigneur alla avec Jaïre, et une grande multitude le suivait et le pressait.

Or une pauvre femme qui avait un flux de sang…

Armand. Comment, un flux de sang ? (Henriette s’agite.)

Grand’mère. C’est-à-dire qu’elle perdait du sang presque sans cesse, depuis douze ans ; les médecins l’avaient beaucoup fait souffrir par leurs remèdes, lui avaient fait dépenser tout son argent, et au lieu d’aller mieux, elle allait de plus en plus mal.

Ayant entendu parler de Jésus et des miracles qu’il opérait, elle vint à lui dans la foule, par derrière, et toucha son vêtement. Car elle se disait : « Si je puis toucher seulement la frange de son vêtement, je serai guérie. »

Et aussitôt le sang s’arrêta, et elle sentit en son corps qu’elle était guérie.

Au même moment, Jésus, sachant qu’une vertu, une grâce, était sortie de lui, se retourna vers la foule, et dit :

« Qui a touché mes vêtements ? »

Les disciples lui dirent :

« Vous voyez la foule qui vous presse, qui vous écrase, et vous dites : « Qui m’a touché ? »

Et Notre-Seigneur regardait tout autour de lui, pour voir celle qui l’avait touché.

La pauvre femme, honteuse et craintive malgré son bonheur (car elle sentait bien ce qui était arrivé en elle), se prosterna devant lui et lui dit toute la vérité.

Et Jésus lui dit :

« Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton infirmité. »

Il parlait encore, lorsqu’on vint dire au chef de la synagogue :

« Votre fille est morte ; pourquoi fatiguer davantage le Maître ? »

Jésus ayant entendu ces paroles, se retourna vers Jaïre et lui dit :

« Ne crains point ; crois seulement. »

Et il ne permit à personne de le suivre, excepté à Pierre, à Jacques, et à Jean, frère de Jacques.

En arrivant à la maison du chef de la synagogue, il vit beaucoup de tumulte, et des gens qui pleuraient et qui poussaient de grands cris.

Armand. Pourquoi cela ?

Grand’mère. C’était la manière dont les Juifs témoignaient leur sympathie, leur amitié aux parents du mort ; ils poussaient des cris lamentables et faisaient semblant de pleurer.

Notre-Seigneur étant entré, leur dit :

« Pourquoi vous troubler et pleurer ? La jeune fille n’est point morte, mais elle dort. »

Et ceux qui étaient là se moquaient de lui. Mais Jésus, les ayant tous renvoyés, prit le père et la mère de la jeune fille, et ceux qui étaient avec lui, et entra dans le lieu où la jeune fille était couchée.

Et prenant la main de la jeune fille, il lui dit : « Thalitha cumi ; » c’est-à-dire : « Ma fille, lève-toi ! Je te le commande. » Et aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher ; elle avait douze ans. Et tous furent frappés d’admiration. Mais Jésus leur défendit expressément d’en parler à personne, et il dit qu’on donnât à manger à la jeune fille. Et le bruit de ce miracle se répandit dans tout le pays.

Louis. Comment a-t-il pu se répandre, puisque Jésus avait défendu qu’on en parlât ?

Grand’mère. Parce que, malgré sa défense, beaucoup de personnes en parlèrent : les uns par admiration, les autres par légèreté, par indiscrétion, les autres par bavardage. Alors comme aujourd’hui, on n’obéissait pas toujours à Notre-Seigneur, on ne l’écoutait pas.