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Évangile d’une grand’mère/64

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 179-182).

LXIV

NOTRE-SEIGNEUR PRÉDIT SA MORT ET SA RÉSURRECTION.



Ensuite Notre-Seigneur commença à déclarer à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem pour y souffrir beaucoup ; que les Anciens, les Scribes et les Princes des Prêtres le feraient mettre à mort, mais qu’il ressusciterait le troisième jour.

Pierre, le prenant à part, commença à le reprendre, disant :

« Qu’ainsi ne soit, Seigneur ! Il ne vous arrivera pas ainsi. »

Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre :

« Arrière, Satan ! Tu m’es à scandale, parce que tu n’as pas le goût des choses de Dieu, mais des choses des hommes. »

Henriette. Oh ! Pauvre saint Pierre ! Pourquoi Jésus lui parle-t-il si durement ? Il n’avait rien dit de mal ; il voulait seulement le rassurer, le consoler…

Grand’mère. Notre-Seigneur lui témoigne son mécontentement d’une façon vive, exprès pour lui faire voir combien il était coupable de vouloir s’opposer à la volonté de Dieu et de chercher à lui en donner à lui-même le dégoût ; lui apprenant par là que, quelque répugnantes, quelque terribles que fussent les peines et les souffrances que nous envoyait le bon Dieu, il fallait les accepter avec goût, avec amour, et ne pas leur préférer les douceurs, les agréments de la vie humaine. Saint Pierre, qui, peu de temps auparavant, avait déclaré que Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant, et qui venait d’être proclamé Chef de l’Église, ne devait douter d’aucune des paroles de Notre-Seigneur et croire fermement que toutes ses actions et ses paroles étaient Divines, c’est-à-dire parfaites.

Jésus dit ensuite à ses disciples et au peuple rassemblé autour de lui :

« Si quelqu’un veut marcher après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. »

Valentine. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Grand’mère. Cela veut dire, que si on veut devenir un bon chrétien et aller en Paradis après sa mort, il faut renoncer à soi, c’est-à-dire à tous ses défauts, à tous ses mauvais penchants, et prendre sa croix, c’est-à-dire, porter sans murmurer les peines, les souffrances qu’envoie le bon Dieu, s’imposer des privations…

Valentine. Mais quelles privations ?

Grand’mère. Les privations de ce qui nous plaît : ainsi, les paresseux tâcheront d’être actifs ; les gourmands se priveront de quelques friandises ; les colères s’efforceront d’être patients et doux ; les jaloux feront valoir ceux qui excitent leur jalousie ; les vaniteux chercheront à être simples et à ne pas briller ; les entêtés soumettront leur volonté à celle de leurs supérieurs ; les menteurs observeront de ne jamais exagérer ni altérer la vérité. Voilà les privations du renoncement à soi-même. Et alors, quand on s’est renoncé de cette manière, on suit tout naturellement Notre-Seigneur qui vous mène au Ciel.

Il dit aussi aux disciples :

« Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera. Car à quoi sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd sa vie ? »

Henri. Comment : il ne faut pas chercher à sauver sa vie si elle est en danger ?

Grand’mère. On peut et on doit chercher à sauver sa vie quand ce n’est pas pour commettre un mal, comme le serait de renier Dieu. Notre-Seigneur veut parler des gens qui aiment mieux perdre la vie que de renoncer à Dieu en faisant quelque chose de mal ; alors, celui qui aura mieux aimé mourir que pécher, trouvera la vie éternelle dans le Ciel. Tandis que celui qui, en sauvant sa vie et pour sauver sa vie, a offensé et renié Dieu, celui-là perdra la vie éternelle ; et à quoi lui aura servi d’être heureux dans ce monde pendant quelques années, si après sa mort il va en enfer, où il expie sa faute par des souffrances éternelles ?