Œdipe (Voltaire)/Variantes

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Œuvres complètes de VoltaireGarniertome 2 - Théâtre (1) (pp. 112-117).


VARIANTES

DE LA TRAGÉDIE D’ŒDIPE.

Page 61, vers 3. — Dans l’édition de 1719, au lieu de ces trois premiers vers, on lit :

Est-ce vous, Philoctète ? on croirai-je mos jeux ?
Quel implacable dieu vous ramène en ces lieux ?
Vous dans Thèbes, seigneur ! Eh ! qu’y venez-vous faire ?

Ce dernier hémistiche avertissait trop clairement de l’inutilité du rôle de Philoctète. (K.)

Ibid., vers 12 :

A respecté du moins les jours de votre reine.

(Éditions de 1719 et 1730.)

Ibid., vers 20 :

Eh ! quel crime a donc pu mériter sa colère ? (1719.)

Page 63, vers 10. — Dans les dernières éditions (depuis 1751), on lisait :

Au-dessus de son âge, au-dessus de la crainte.

Dans la nôtre, on lit :

Jeune et dans l’âge heureux qui méconnaît la crainte.

Méconnaître, pour dire ne pas connaître, n’est point en usage. On reprocha cette expression à M. de Voltaire : il céda à ses critiques, et sacrifia un très-beau vers que nous avons cru devoir rétablir. (K.)

Page 65, vers 16. — Voici la fin de cette scène, telle qu’elle était dans la première édition de 1719 :

philoctète

Mon trouble dit assez le sujet qui m’amène ;
Tu vois un malheureux que sa faiblesse entraîne,
De ces lieux autrefois par l’amour exilé.
Et par ce même amour aujourd’hui rappelé.

dimas

Vous, seigneur ? vous pourriez, dans l’ardeur qui vous brûle,
Pour chercher une femme abandonner Hercule ?

philoctète

Dimas, Hercule est mort, et mes fatales mains

Ont mis sur le bûcher le plus grand des humains.
Je rapporte en ces lieux ces flèches invincibles,
Du fils de Jupiter présents chers et terribles.
Je rapporte sa cendre, et viens à ce héros.
Attendant des autels, élever des tombeaux.
Sa mort de mon trépas devrait être suivie :
Mais vous savez, grands dieux, pour qui j’aime la vie ?
Dimas, à cet amour si constant, si parfait,
Tu vois trop que Jocaste en doit être l’objet.
Jocaste par un père à son hymen forcée,
Au trône de Laïus à regret fut placée :
L’amour nous unissait, et cet amour si doux
Était né dans l’enfance, et croissait avec nous.
Tu sais combien alors mes fureurs éclatèrent.
Combien contre Laïus mes plaintes s’emportèrent.
Tout l’État, ignorant mes sentiments jaloux.
Du nom de politique honorait mon courroux.
Hélas ! de cet amour accru dans le silence.
Je t’épargnais alors la triste confidence :
Mon cœur, qui languissait de mollesse abattu,
Redoutait tes conseils, et craignait ta vertu.
Je crus que, loin des bords où Jocaste respire,
Ma raison sur mes sens reprendrait son empire ;
Tu le sais, je partis de ce funeste lieu,
Et je dis à Jocaste un éternel adieu.
Cependant l’univers, tremblant au nom d’Alcide,
Attendait son destin de sa valeur rapide ;
À ses divins travaux j’osais m’associer ;
Je marchai près de lui ceint du même laurier.
Mais parmi les dangers, dans le sein de la guerre,
Je portais ma faiblesse aux deux bouts de la terre :
Le temps, qui détruit tout, augmentait mon amour ;
Et, des lieux fortunés où commence le jour,
Jusqu’aux climats glacés où la nature expire,
Je traînais avec moi le trait qui me déchire.
Enfin je viens dans Thèbe, et je puis de mon feu,
Sans rougir, aujourd’hui te faire un libre aveu.
Par dix ans de travaux utiles à la Grèce,
J’ai bien acquis le droit d’avoir une faiblesse ;
Et cent tyrans punis, cent monstres terrassés,
Suffisent à ma gloire, et m’excusent assez.

dimas

Quel fruit espérez-vous d’un amour si funeste ?
Venez-vous de l’État embraser ce qui reste ?
Ravirez-vous Jocaste à son nouvel époux ?

philoctète

Son époux ! juste ciel ! ah ! que me dites-vous ?
Jocaste !… Il se pourrait qu’un second hyménée ?

dimas

Œdipe à cette reine a joint sa destinée…

philoctète

Voilà, voilà le coup que j’avais pressenti,
Et dont mon cœur jaloux tremblait d’être averti.

dimas.

Seigneur, la porte s’ouvre, et le roi va paraître.
Tout ce peuple, à longs flots, conduit par le grand-prêtre,
Vient conjurer des dieux le courroux obstiné :
Vous n’êtes point ici le seul infortuné.

Dans la seconde édition de 1719, voici quels étaient les sept derniers vers :

dimas.

Œdipe à cette reine a joint sa destinée…
De ses heureux travaux c’était le plus doux prix.

philoctète.

Ô dangereux appas que j’avais trop chéris !
Ô trop heureux Œdipe !

dimas.

Il va bientôt paraître.
Tout ce peuple, à longs flots, conduit par le grand-prêtre,
Vient du ciel irrité conjurer les rigueurs.

philoctète.

Sortons, et, s"il se peut, n’imitons point leurs pleurs.

Page 66, vers 29 :

Reconnaissez ce monstre, et lui faites justice. (1719.)

Page 67, vers 23. — Ce vers et le suivant sont dans la première édition. Voltaire avait d’abord mis :

Pour moi qui, sur son trône élevé par vous-même,
Deux ans après sa mort ait ceint son diadème.

Cette première version est citée par Voltaire dans sa Lettre cinquième, (voyez page 36). En 1768, au lieu de son diadème, il mit le diadème. (B.)

Page 71, vers 8. — Dans la première édition on lisait :

D’un respect dangereux a dépouillé le reste ;
Ce peuple épouvanté ne connaît plus de frein,
Et quand le ciel lui parle il n’écoute plus rien.

jocaste.

Sortez, etc.

Voyez la note, page 44.

Ibid., vers 27 :

Lui ! qu’un assassinat ait pu souiller son âme !
Des lâches scélérats c’est le partage infâme.
Il ne manquait, Égine, au comble de mes maux
Que d’entendre d’un crime accuser ce héros. (1719-1730.)

Page 74, vers 19 :

Je ne viens point ici par des jalouses larmes. (Ire édition.)

Ibid., ligne 32 :

. . . . . . . . . . . . . . . . . Que je m’en justifie.

(Éditions de 1719 à 1775.)

Page 75, vers 23 :

Je vous perds pour jamais : qu’aurais-je à craindre encore ?

jocaste.

Vous êtes dans des lieux qu’un dieu vengeur abhorre ! (1719.)

Page 76, vers 6 :

Et si jamais enfin je fus chère à vos yeux,
Si vous m’aimez encore, abandonnez ces lieux.
Pour la dernière fois renoncez à ma vue !

philoctète.

Jocaste I pour jamais je vous ai donc perdue !

jocaste.

Oui, prince, c’en est fait ; nous nous aimions en vain, etc.

(1719-1730.)

Page 77, vers 4 :

Et méritez enfin, par un trait généreux.
L’honneur que je vous fais de vous mettre auprès d’eux. (1719.)

Page 78, vers 15. — Dans l’édition de 1719, il y avait :

Mais un prince, un guerrier, un homme tel que moi.

L’auteur d’Œdipe a cru devoir adoucir ces espèces de rodomontades si fréquentes dans Corneille, mais que M. de Voltaire ne s’est jamais permises que dans ce rôle de Philoctète. (K.)

Ibid., vers 21 :

Et je n’ai point, seigneur, au temps de sa disgrâce,
Disputé sa dépouille et demandé sa place.
Le trône est un objet qui ne peut me tenter. (1719-1730.)

Page 83, vers 7 :

Mon devoir, dont la voix m’ordonne de vous fuir,
Ne me commande pas de vous laisser périr. (1719.)

Ibid., vers 11 :

Du jour qui m’importune il veut me délivrer.

jocaste.

Ah ! de ce coup affreux songeons à me parer. (1719-1730.)

Pge 84. vers 11 :

Non, la mort à mes maux est l’unique remède.
J’ai vécu pour vous seule, un autre vous possède ;
Je suis assez content, et mon sort est trop beau, etc. (1719-1730.)

Ibid., vers 30 :

Déjà votre vertu brillât à tous les yeux. (1719.)

Page 85, vers 7 :

philoctète.

Tout autre aurait, seigneur, des grâces à vous rendre ;
Mais je suis Philoctète, et veux bien vous apprendre

Que l’exacte équité dont vous suivez la loi,
Si c’est beaucoup pour vous, n’est point assez pour moi.

Page 88, vers 2 :

philoctète.

Et que ce peuple et vous ne m’avez point rendue.
J’abandonne à jamais ces lieux remplis d’effroi ;
Les chemins de la gloire y sont fermés pour moi.
Sur les pas du héros dont je garde la cendre,
Cherchons des malheureux que je puisse défendre.
(Il sort.)

Œdipe.

Non, je ne reviens point de mon saisissement,
Et ma rage est égale à mon étonnement.
    (Au grand-prêtre.)
Voilà donc des autels quel est le privilége !
Imposteur, ainsi donc ta bouche sacrilége…

Cette leçon était de 1719. Dans l’édition de 1730, au lieu des vers 6 et 7 de cette variante, il y avait :

Ma colère est égale à mon étonnement,
Et je ne reviens point de mon saisissement.

La version actuelle est de 1738. (B.)

Page 89, vers 23. — Dans les éditions antérieures à 1738, c’est dans la bouche d’Hidaspe (nommé depuis Araspe, voyez la note 2, page 60) qu’est la réplique que voici :

Seigneur, vous avez vu ce qu’on ose attenter :
Un orage se forme, il le faut écarter.
Craignez un ennemi d’autant plus redoutable
Qu’il vous perce à nos yeux par un trait respectable.

Œdipe.

Quelle funeste voix s’élève dans mon cœur !
Quel crime, juste ciel ! et quel comble d’horreur !

philoctète.

Seigneur, c’en est assez, etc.

Page 91, vers 17. — Dans les éditions antérieures à 1748, on lit :

Madame, au nom des dieux, sans vous parler du reste.

Page 94, vers 19. — La première édition de 1719 porte :

Vous frémissez, seigneur, et vos lèvres pâlissent ;
Sur votre front tremblant vos cheveux se hérissent.

Ibid., vers 25. — Dans la première édition, on lit :

En vain de cet amour le pouvoir tout-puissant
Excitait ma pitié pour son sang innocent.

Page 101, vers 9. — Dans les éditions antérieures à 1738, il y a :

Mon destin fut toujours de vous rendre la vie.
    (À la suite.)
Que Phorbas vienne ici : c’est son roi qui l’en prie.

Auteur de tous ses maux, c’est peu de les venger,
C’est peu de m’en punir, je dois les soulager ;
Il faut de nos bontés lui laisser quelque marque,
Et descendre du moins de mon trône en monarque.
Que l’on fasse approcher, etc.

Page 101, vers 11. — C’est le texte des éditions de 1738, 1748, 1768 (ou in-4°), 1775. Les éditions de Kehl portent :

Amis, écoutez-moi pour la dernière fois.


mais l’errata rétablit le texte que j’ai suivi. L’édition en 41 volumes a mis :

Écoutez-moi, Thébains, pour la dernière fois. 123(B.)

Page 103, vers 2 :

Allez, retirez-vous… Ciel ! que dois-je penser ?

icare

À Corinthe, seigneur, il vous faut renoncer.
(Ire édition de 1719.)

Page 104. vers 4 :

Pressé de ses remords, a tout dit aux abois.
Et vous a renoncé pour le sang de ses rois.
(Éditions de 1719.)

FIN DES VARIANTES D’ŒDIPE.