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Œuvres complètes de Béranger/Le vieux Caporal

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LE VIEUX CAPORAL


1829


Air du Vilain, ou de Ninon chez madame de Sévigné (Air noté )


En avant ! partez, camarades,
L’arme au bras, le fusil chargé.
J’ai ma pipe et vos embrassades ;
Venez me donner mon congé.
J’eus tort de vieillir au service ;
Mais pour vous tous, jeunes soldats,
J’étais un père à l’exercice. (bis.)
                Conscrits, au pas ;
                Ne pleurez pas,
                Ne pleurez pas ;
                Marchez au pas,
Au pas, au pas, au pas, au pas !

Un morveux d’officier m’outrage ;
Je lui fends !… il vient d’en guérir.
On me condamne, c’est l’usage :
Le vieux caporal doit mourir.
Poussé d’humeur et de rogomme,
Rien n’a pu retenir mon bras.
Puis, moi, j’ai servi le grand homme.
                Conscrits, au pas ;
                Ne pleurez pas,

                Ne pleurez pas ;
                Marchez au pas,
Au pas, au pas, au pas, au pas !

Conscrits, vous ne troquerez guères
Bras ou jambe contre une croix.
J’ai gagné la mienne à ces guerres
Où nous bousculions tous les rois.
Chacun de vous payait à boire
Quand je racontais nos combats.
Ce que c’est pourtant que la gloire !
                Conscrits, au pas ;
                Ne pleurez pas,
                Ne pleurez pas ;
                Marchez au pas,
Au pas, au pas, au pas, au pas !

Robert, enfant de mon village,
Retourne garder tes moutons.
Tiens, de ces jardins vois l’ombrage :
Avril fleurit mieux nos cantons.
Dans nos bois, souvent dès l’aurore
J’ai déniché de frais appas.
Bon dieu ! ma mère existe encore !
                Conscrits, au pas ;
                Ne pleurez pas,
                Ne pleurez pas ;
                Marchez au pas,
Au pas, au pas, au pas, au pas !

Qui là bas sanglote et regarde ?
Eh ! c’est la veuve du tambour.

En Russie, à l’arrière-garde,
J’ai porté son fils nuit et jour.
Comme le père, enfant et femme
Sans moi restaient sous les frimas,
Elle va prier pour mon âme.
                Conscrits, au pas ;
                Ne pleurez pas,
                Ne pleurez pas ;
                Marchez au pas,
Au pas, au pas, au pas, au pas !

Morbleu ! ma pipe s’est éteinte.
Non pas encore… Allons, tant mieux !
Nous allons entrer dans l’enceinte ;
Çà, ne me bandez pas les yeux.
Mes amis, fâché de la peine.
Surtout ne tirez point trop bas ;
Et qu’au pays Dieu vous ramène !
                Conscrits, au pas ;
                Ne pleurez pas,
                Ne pleurez pas ;
                Marchez au pas,
Au pas, au pas, au pas, au pas !


Air noté dans Musique des chansons de Béranger :


LE VIEUX CAPORAL.

Air de Ninon chez madame de Sévigné.
No 273.


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