Œuvres complètes de Béranger/Les Gourmands

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LES GOURMANDS


À MESSIEURS LES GASTRONOMES


1810


Air : Tout le long de la rivière (Air noté )


            Gourmands, cessez de nous donner
            La carte de votre dîner :
            Tant de gens qui sont au régime
            Ont droit de vous en faire un crime.
            Et d’ailleurs, à chaque repas,
            D’étouffer ne tremblez-vous pas ?
    C’est une mort peu digne qu’on l’admire.
Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire ;
    N’étouffons, n’étouffons que de rire.

            La bouche pleine, osez-vous bien
            Chanter l’Amour, qui vit de rien ?
            À l’aspect de vos barbes grasses,
            D’effroi vous voyez fuir les Grâces ;
            Ou, de truffes en vain gonflés,
            Près de vos belles vous ronflez.
    L’embonpoint même a dû parfois vous nuire.
Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire ;
    N’étouffons, n’étouffons que de rire.

            Vous n’exaltez, maîtres gloutons,
            Que la gloire des marmitons :

            Méprisant l’auteur humble et maigre
            Qui mouille un pain bis de vin aigre,
            Vous ne trouvez le laurier bon
            Que pour la sauce et le jambon ;
    Chez des Français quel étrange délire !
Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire ;
    N’étouffons, n’étouffons que de rire.

            Pour goûter à point chaque mets
            À table ne causez jamais ;
            Chassez-en la plaisanterie :
            Trop de gens, dans notre patrie,
            De ses charmes étaient imbus ;
            Les bons mots ne sont qu’un abus ;
    Pourtant, messieurs, permettez-nous d’en dire.
Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire ;
    N’étouffons, n’étouffons que de rire.

            Français, dînons pour le dessert :
            L’Amour y vient, Philis le sert :
            Le bouchon part, l’esprit pétille ;
            La Décence même y babille,
            Et par la Gaîté, qui prend feu,
            Se laisse coudoyer un peu.
    Chantons alors l’aï qui nous inspire.
Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire ;
    N’étouffons, n’étouffons que de rire.



Air noté dans Musique des chansons de Béranger :


LES GOURMANDS

Air : Tout le long de la rivière
No 33



\relative c'' {
  \time 2/2
  \key f \major
  \tempo "Allegro."
  \autoBeamOff
  \set Score.tempoHideNote = ##t
    \tempo 4 = 120
  \set Staff.midiInstrument = #"piccolo"
s2 d4 d8 d | c4 a bes g | a2 f4 f8 f
bes4 g a4. a8 | d,2 a'4 a8 bes | c4 c c c
a f a a8 bes | c4 c c c | a f a a8 b
c4 b cis d | cis2 f,4 f8 g | a4 bes a gis | a2 f'4 f8 f
f4. f8 e f g e | f4 d f8 g f e
d4. d8 c d c bes | bes4 a f8 f f f
bes8 a bes g a2 | d,2
}
\addlyrics {
Gour -- mands, ces -- sez de nous don -- ner
La car -- te de vo -- tre dî -- ner
Tant de gens qui sont au ré -- gi -- me
Ont droit de vous en faire un cri -- me
Et d’ail -- leurs à cha -- que re -- pas
D’é -- touf -- fer ne trem -- blez- vous pas
C’est u -- ne mort peu di -- gne qu’on l’ad -- mi -- re
"Ah !" pour é -- touf -- fer n’é -- touf -- fons que de ri -- re
N’é -- touf -- fons n’é -- touf -- fons que de ri -- re.
}

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