Œuvres complètes de Lamartine (1860)/Tome 1/Les Fleurs sur l’autel

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

DOUZIÈME

MÉDITATION



LES FLEURS SUR L’AUTEL



Ischia, 1846.

Quand sous la majesté du Maître qu’elle adore
L’âme humaine a besoin de se fondre d’amour,
Comme une mer dont l’eau s’échauffe et s’évapore,
Pour monter en nuage à la source du jour ;

Elle cherche partout dans l’art, dans la nature,
Le vase le plus saint pour y brûler l’encens.
Mais pour l’Être innomé quelle coupe assez pure ?
Et quelle âme ici-bas n’a profané ses sens ?


Les vieillards ont éteint le feu des sacrifices ;
Les enfants laisseront vaciller son flambeau ;
Les vierges ont pleuré le froid de leurs cilices :
Comment parer l’autel de ces fleurs du tombeau ?

Voilà pourquoi les fleurs, ces prières écloses
Dont Dieu lui-même emplit les corolles de miel,
Pures comme ces lis, chastes comme ces roses,
Semblent prier pour nous dans ces maisons du ciel.

Quand l’homme a déposé sur les degrés du temple
Ce faisceau de parfum, ce symbole d’honneur,
Dans un muet espoir son regard le contemple ;
Il croit ce don du ciel acceptable au Seigneur.

Il regarde la fleur dans l’urne déposée
Exhaler lentement son âme au pied des dieux,
Et la brise qui boit ses gouttes de rosée
Lui paraît une main qui vient sécher ses yeux.