Œuvres complètes de Lamartine (1860)/Tome 3/Secondes Harmonies poétiques et religieuses/Novissima Verba, ou mon âme est triste jusqu’à la mort/Commentaire

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
COMMENTAIRE

DE LA SEIZIÈME HARMONIE



J’ai écrit cette longue Harmonie en seize heures, le 3 novembre 1829, à Monculot. J’étais souffrant, j’avais passé une nuit d’insomnie. Je me levai avec le jour. Mon cœur criait comme celui de Job. Je pris le crayon ; je voulus, une fois dans ma vie, avoir dit mon dernier mot à la création.

Les heures et les heures passèrent sur le cadran sans pouvoir m’arracher à mes pensées. Il pleuvait, un grand feu brûlait dans l’âtre ; je ne pouvais sortir. Un vieil ami, M. de Capmas, chasseur et poëte, qui était mon seul compagnon dans ce vaste château, montait de temps en temps dans ma chambre, et emportait les pages écrites pour les copier plus lisiblement. J’avais une sourde fièvre : je ne mangeai rien de la journée. À minuit, je m’arrêtai sans avoir conclu, comme la vie s’arrête. Je n’ai plus voulu achever ces vers depuis.

Selon moi, ce sont là les vibrations les plus larges et les plus palpitantes de ma fibre de poëte et d’homme.

Si l’on n’écoute que ses sens, le dernier mot de la sensibilité humaine est Malédiction ; si l’on écoute sa raison, le dernier mot de la vertu humaine est Résignation. Je n’étais pas assez pervers pour dire le premier ; je n’étais pas assez vertueux pour dire le dernier. Je ne dis rien alors. Et maintenant je dis avec la nature entière : Hosanna !