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Œuvres poétiques de Chénier/Moland, 1889/Amérique

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Œuvres poétiques, Texte établi par Louis MolandGarnierVolume 2 (p. 118-153).

AMÉRIQUE.[1]


GÉOGRAPHIE.


Il faut, dans cet ouvrage, soit quand le poète parlera, soit par la bouche des personnages, soit dans les discours prophétiques des êtres surnaturels, décrire, de côte en côte, absolument toute la géographie du globe aujourd’hui connue.

Amér. Γεωγρ. (γεωγραφία)…

Ensuite se présente tel pays couronné de telle et telle chose (les fruits et les fleurs qu’il produit).


Après les Pyrénées… vient la France… entre le Rhin, l’Océan, les Pyrénées et la mer Méditerranée et les Alpes, gît cette belle contrée… Puisse-t-elle parvenir au plus haut degré de gloire et de puissance… Puisse la main du despotisme se relâcher un peu et lui permettre d’être aussi heureuse que je le souhaite et que la nature avait voulu qu’elle le fut… Dans le temps dont je parle ici elle était encore brute… mais aujourd’hui ses fleuves nombreux ont des ponts… vins délicieux… superbes villes, bois, montagnes, coteaux, vallons, plaines fertiles, elle a tout… de vastes chemins la partagent… ils sont bordés d’arbres… noyers, mûriers… et l’on y voyage à l’ombre… (Ensuite la décrire plus particulièrement… et les lieux où ses fleuves prennent leur source et le pays qu’ils arrosent…)


Que ton œil, voyageur, de peuples en déserts,
Parcoure l’ancien monde et traverse les mers :
Rome antique partout, Rome, Rome immortelle.
Vit et respire, et tout semble vivre par elle.
De l’Atlas au Liban, de l’Euphrate au Bétis,
Du Tage au Rhin glacé, de l’Elbe au Tanais,
Et des flots de l’Euxin à ceux de l’Hyrcanie,
Partout elle a gravé le sceau de son génie.
Partout de longs chemins, des temples, des cités,
Des ponts, des aqueducs en arcades voûtés,
Des théâtres, des forts assis sur des collines,
Des bains, de grands palais ou de grandes ruines,
Gardent empreinte encore une puissante main,
Et cette Rome auguste et le grand nom romain.
Et d’un peuple ignorant les débiles courages.
Étonnés et confus de si vastes ouvrages,
Aiment mieux assurer que de ces monuments
Le bras seul des démons jeta les fondements.


Finir τὰ γεωγρ… en disant… Un grand nombre de ces pays… je les ai visités moi-même… décrire en quels lieux j’ai été… j’ai marché à pied un bâton à la main ; j’ai pris des chevaux de poste… je me suis confié à la mer et aux voiles des vaisseaux pour aller ici et là… me plaignant que la vie humaine est trop courte pour pouvoir… cultiver tous ses amis… et en même temps tout apprendre, tout lire :


Tout voir, aller partout, tout savoir et tout dire.


HISTOIRE.


Il faut tâcher d’inventer quelque chose dans le goût du boucher d’Achille et d’Énée[2], pour y représenter les points cardinaux de l’histoire du monde, les empires naissants et détruits depuis les origines du nord jusqu’à l’empire romain.

Puis mettre dans la bouche de quelqu’un un tableau rapide et vigoureux de l’histoire moderne à dater de la destruction de l’empire romain. Les invasions des barbares du Nord, la faiblesse de l’empire grec. La puissance et les cruautés des barbares. La destruction des sciences. Le gouvernement féodal. L’esclavage. La naissance du mahométisme. L’empire des califes. L’invasion d’Espagne par les Maures. L’Angleterre et son avenir. Les croisades. Les villes hanséatiques. Gènes, Venise, Florence. L’irruption des Turcs. La découverte du passage aux Indes. La chute de l’empire grec (l’histoire de l’Église a été mêlée dans tout cela). Les réformations de plusieurs sectes et puis de Luther. Les révolutions politiques et religieuses dans le nord, etc.

Puis, en prédictions différentes, tout ce qui s’est passé depuis l’action du poème jusqu’à nos jours. — Puis éparpiller dans le poème, aux occasions qui naîtront en foule, des traits historiques sur l’invention des choses attribuée à telle ou telle ville, sur les usages de tel ou tel peuple, etc.

Dans ce poème où je veux mettre le tableau frappant et rapide de toute l’histoire du monde, je n’oublierai pas les révolutions du Nord si liées avec celles de la religion au xvie siècle. Principalement celle de Suède. Le caractère de Gustave. Sa jeunesse. Ses dangers. Sa misère. Ses victoires. La couronne devenue héréditaire dans la maison de ce grand homme. Et Christiern II. Sa férocité. Les massacres de Stockholm. Son expulsion de Danemarck. Sa fuite en Hollande où Charles-Quint promet des secours à ce scélérat. Pour lier cela à l’ouvrage, on peut supposer sans invraisemblance (ceci est la première idée qui me vient, à laquelle je ne tiens nullement) qu’un vieux officier allemand, ayant été témoin oculaire de ces révolutions dans le Nord, a ensuite servi dans les troupes de Charles V, et est actuellement en Amérique.


......Chacun baissait un front esclave,
Mais Nuñes, mais mon fils : « Insolent Scandinave…


Comme les personnages d’Homère entremêlent dans leurs discours des récits de choses qui leur sont arrivées dans leur jeune âge, ainsi, on peut mettre dans la bouche de quelques personnages du poème des allusions un peu détaillées de quelques révolutions intéressantes ; mais pas assez importantes pour leur donner un article à part. Comme la conjuration de Fiesque à Gènes, etc.

L’homme qui racontera la Saint-Barthélémy peut être un protestant réfugié en Amérique pour y vivre tranquille et en sauvage. Une espèce de Timon le misanthrope, se réjouissant du mal qui arrive aux chrétiens. Devenu déiste, philosophe paisible, cela pourra tempérer l’horreur que ce sujet sanguinaire produirait infailliblement. Le peindre aimant le soir à s’asseoir au haut des rochers regardant la mer. Surtout en temps de tempête.

Le même protestant qui contera les massacres de la Saint-Barthélémy doit, en accablant la ville de Paris d’imprécations, lui souhaiter la famine et tous ses fléaux, ce qui arriva.

Le roi Charles IX, mourant d’une hémorragie par tous les pores, semblait rendre tout le sang français dont il s’était rassasié. Ainsi une bête féroce, après avoir dévoré un troupeau tout entier, tuée par une flèche, le sang des moutons et des agneaux lui sort par la blessure, par la gueule, par les narines, et leurs membres déchirés sont encore dans son estomac.

Parmi les exemples d’hommes vertueux qui se refusèrent aux horreurs de la Saint-Barthélémy, il faut se souvenir de placer ce bourreau de je ne sais quelle ville refusant au gouverneur de tuer des protestants parce qu’il n’agissait que juridiquement :


« Et mon bras n’obéit qu’aux ordres de la loi. »


Ciel, toi seul connais combien d’insultes, combien de railleries furent faites sur ces corps morts.

Parler de la mort de don Carlos ; de l’auto-da-fé dont Philippe fut témoin et de sa réponse horrible à un malheureux qui lui demandait grâce[3]. Ne pas oublier la révolution de Hollande en prédiction ou autrement. Blasonner comme il faut le duc d’Albe.

La bataille de Lépante et l’expédition de don Sébastien en Afrique.

Nos querelles avec l’Angleterre.


Du troisième Édouard l’ambition perfide.


Les talents de son fils. L’imprudence de nos rois Philippe et Jean, la désunion des Français… mirent la France à deux doigts de sa perte… Charles V… Naissance… La fille de la Bavière, profitant de la démence de son époux Charles VI, trahit la France… fit couronner Henri V à Vincennes.


Henri V................
Grand roi, vaillant guerrier, d’un père usurpateur.
Dès son adolescence illustre imitateur.
N’étant que prince encore, aux périls, au carnage
De nocturnes bandits formèrent son courage.
Voilà quels chevaliers, l’effroi des grands chemins,
Confièrent l’épée à ses royales mains.
À leur tête longtemps il fit payer sa gloire
Au passant chargé d’or qui durant l’ombre noire
De Windsor à la hâte osait tenter les bois.
Roi, maintenant, il vient par les mêmes exploits
Signaler contre nous son noble apprentissage
Du métier de brigand si cher à son jeune âge.
Les Anglais à ses goûts toujours accoutumés,
Gens de sang, de débauche et de proie affamés,
Aimaient à voir chez nous le maître de leur trône.
Le pistolet en main, demander la couronne ;
Et chérissaient un prince incapable d’effroi.
D’un antre de voleurs sorti pour être roi.

Vincennes ! bois auguste où le grand saint Louis
Nous rendait la justice au pied d’un chêne assis,
Pensais-tu que jamais de ce roi plein de gloire,
La moitié de la France outrageant la mémoire,
Sous tes antiques murs qui furent son palais.
Vînt couronner un front qui n’était point français ?
Saint-Denis ! lieu sacré ! tes voûtes sépulcrales
Tressaillirent. L’on vit fuir les ombres royales.
Tremblantes qu’à leur cendre un étranger nouveau
Mêlant sa cendre impie usurpât leur tombeau.
Guillaume, heureux vassal des rois de cette terre,

Fier et brave Normand maître de l’Angleterre,
Tu ne prévoyais point qu’un jour un de ses rois
Dicterait aux Français de sacrilèges lois.
Ô crime ! ô noir complot ! la fille de Bavière
Sur le trône français aux Français étrangère,
Du sein de ses plaisirs qu’elle nous fit payer,
Nomme l’usurpateur son fils, son héritier !
D’un malheureux époux la fatale démence
Mit dans ses viles mains le timon de la France ;
Elle vend ses sujets, elle proscrit son fils,
Elle donne sa fille aux brigands ennemis ;
Mère, épouse, régente, et reine parricide,
Tout l’État est la dot de cet hymen perfide.
C’est alors, en effet, que vaincus, enchaînés.
Captifs de l’insulaire, à sa suite traînés.
Les anges de la France, arrachés à nos villes.
Passèrent l’océan, et de leurs pieds débiles
Touchant le sol anglais, dans leurs pâles douleurs
Tournèrent vers nos bords leurs yeux noyés de pleurs.
La Tamise asservit à ses lois insolentes
De nos fleuves français les nymphes gémissantes ;
Londre, apportant des fers, vint de notre Paris
Fouler d’un pied sanglant les augustes débris ;
Et le lis transplanté sous un ciel tyrannique
Eut regret d’embellir l’écusson britannique.


Ensuite la délivrance des Français, etc…


Et je méprise un roi quand un roi s’avilit.


L’histoire de Kentucke à l’ouest de la Virginie, publiée tout à l’heure par Jean Filson, et où se trouvent les aventures du colonel Boon, est très-intéressante. C’est le plus beau pays de l’Amérique, arrosé de superbes et nombreuses rivières. Il faudra le peindre en désignant les lieux par leurs productions, comme je peindrai toute la géographie du globe. C’est ainsi que fait Homère. On trouve dans cette histoire de Kentucke un fait curieux : c’est une colonie de Gallois qui s’est trouvée dans l’Amérique septentrionale. On présume que ce sont des Gallois que l’histoire rapporte avoir quitté leur pays au xiie siècle. Il faudra examiner tout cela…

Parler prophétiquement des treize États unis… Quelles sont ces treize femmes… vêtues de telle manière… avec un tel visage… dansantes et se tenant par la main…

Parlerai-je de la Suède, d’Hilsingland[4], etc… je dirai là où sont les Runes[5]. De la Chine ? je dirai où est la fameuse muraille. Je désignerai tel autre pays en ajoutant où tel fleuve se promène, a de tels arbres ou bien arrose telles et telles moissons… Il faudra donc que je surmonte ma paresse à écrire et que je ne fatigue plus ma mémoire, et que je marque sur le papier les peuples, les productions, le sol, le climat, la religion, la culture, les animaux et toute l’histoire naturelle ; les mœurs, les usages, l’histoire, la topographie de tous les pays du globe.

Un cacique se tue sur un lit près duquel est le portrait de Philippe II. En se poignardant, il prend une poignée de son sang et la jetant contre ce portrait :

« Tiens, remplis-toi, barbare, voilà du sang… » Il meurt.

Le chancelier de L’Hôpital empêcha, malgré les Guise, la cour et l’Espagne, que le tribunal de l’inquisition fut introduit en France, et c’est pour cela qu’il acquiesça à l’édit de Romorantin, plus sévère pour les protestants qu’il n’eût voulu.

Il était créature du cardinal de Lorraine et de Catherine et même de la duchesse de Montpensier ; car, prudent comme il l’était, il parait que les Guise en l’élevant espéraient avoir un instrument de leur ambition, et que les ennemis des Guise espéraient de même se servir de lui pour les perdre.

Il était petit-fils d’un juif.


FICTIONS GÉNÉRALES


Dieu s’avance pour parler… Il veut que tous les cieux fassent silence. Il s’assied sur le soleil… Le soleil ne tourne plus sur son axe. Des anges courent en foule aux planètes qui leur sont confiées, s’opposent à leur mouvement et les arrêtent dans leur course… Tout l’univers est immobile. Dieu parle… (son discours) et quand il a fini, les groupes d’anges ne retiennent plus les astres qui se précipitent dans leur orbite et continuent leur chemin à grand bruit qui retentit dans l’espace.

Quoique ce ne soit point l’usage des poètes épiques, je dirai quelque part en parlant de tel ou tel pays : C’est là que j’ai invoqué l’enthousiasme qui ouvre à l’esprit un monde imaginaire, qui attache aux paroles d’Homère ces… ces… et ces ailes de feu… qui élève…


L’éloquent Portugais et le Tasse et Virgile ;



qui allume les feux, les foudres, les éclairs échappés des lèvres de Milton.

Au lieu de Neptune, il faut peindre l’ange de la mer agitant les rochers, soulevant les vagues et excitant les tempêtes.

Il ne sera pas mal que le poète raconte allégoriquement quelque part l’histoire physique du tonnerre. Dieu le forme dans les nuages… Les anges ou ministres amassent les vapeurs et exhalaisons de la terre. Cela est épique et fournit de grandes images.

Il n’est qu’un Dieu suprême, créateur et conservateur éternel… Les âmes des héros, des anges… sont dieux après lui. Les hommes aujourd’hui ne leur donnent pas ce nom. Mais la poésie est indépendante et libre ; elle abonde en un langage hardi et nouveau ; et sa belle bouche ne se condamne pas à répéter servilement les expressions des hommes…

Il faut, dans cet ouvrage, que chaque nation ait son Dieu, comme de raison. Mais le poète les admettra tous. Il peindra les cérémonies de toutes les religions avec une indifférence et une égalité parfaites. Quand il aura peint un idolâtre faisant une prière, il ajoutera : Il pria ainsi et son Dieu l’entendit du haut du ciel.

J’éviterai de revenir sur les choses que j’aurai prouvées in Δ[6]. Ainsi, ayant tâché d’établir le système du nord et du refroidissement de la terre dans ce dernier ouvrage, je n’en parlerai i Amer[7] que comme d’une chose convenue. Je dirai en parlant des dents d’éléphant trouvées au Canada et à Kentucke : Ce sont les dépouilles des éléphants qui vivaient dans ces contrées quand elles étaient plus chaudes.

Il faudra mettre dans la bouche de quelqu’un la sublime invocation qui ouvre le Paradis perdu… Esprit Saint, soit que tu erres sur les sommets d’Oreb ou de Sina, etc. et imiter beaucoup de morceaux de ce grand Milton.

Un jeune héros-poète dira que dans sa jeunesse il ne chantait que les amours ; mais que depuis, sa muse est devenue guerrière, qu’elle aime à se jeter l’épée à la main dans la mêlée, et qu’elle ne craint plus d’entendre les épées qui se croisent, les tambours, les canons, les hennissements des chevaux et les cris guerriers des sauvages.

Alonzo d’Ercilla[8] est le Phemius[9] de l’Amérique. Pendant qu’ils sont à table, ils le prient de chanter. Il chante les nouveaux astres qui ont conduit les Européens et montré un nouveau monde. Pléiades, hyades. Il invoque les muses qui habitent tels et tels lieux… de l’Amérique. « Oui, s’écrie-t-il, venez… » Il faudrait là quelque chose de dévot.


....................
Active, indépendante, à ses forces livrée,
La nature sublime, en ces augustes lieux,
Ne connaît point de l’art les fers injurieux ;
Et l’âme qui s’embrase à cet ardent modèle
Devient indépendante et sublime comme elle.


Puis il dit… il dit… quand j’aurai son poème, je verrai s’il y a quelque chose à traduire…

Le poète Alphonse, à la fin d’un repas nocturne en plein air, prié de chanter, chantera un morceau astronomique. Quelles étoiles conduisirent Christophe Colomb.

Ô nuit… ô ciel… ô mer…
Ô enthousiasme, enfant de la nuit.

Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre ! Viens sur ton char noir… vêtue…


Que pour bandeau royal sur ton front lumineux
Des étoiles sans nombre étincellent les feux.
....................
Accours, reine du ciel, éternelle Uranie,
Soit que tes pas divins sur l’astre du Lion
Marchent, ou sur les feux du superbe Orion,
Soit qu’en un vol léger .....emportée
Tu parcoures au loin cette voie argentée ;
Soleils amoncelés dans le céleste azur

Où le peuple a cru voir des traces d’un lait pur.
Lune, paisible sœur..........
De ses rayons brûlants pâle dépositaire
Écoute quand je vais chanter, etc


Ἐν τῶ ἀστρονομικῶν ἤ κοσμικ. γ. ηδ.[10]

 
« Salut, ô belle nuit, étincelante et sombre,
Consacrée au repos. Ô silence de l’ombre,
Qui n’entends que la voix de mes vers, et les cris
De la rive aréneuse où se brise Téthys.
Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre.
Comme un fier météore, en ton brûlant délire,
Lance-toi dans l’espace ; et, pour franchir les airs,
Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs.
Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme.
Mes vers impatients, élancés de mon âme,
Veulent parler aux dieux, et volent où reluit
L’enthousiasme errant, fils de la belle nuit.
Accours, grande nature, ô mère du génie ;
Accours, reine du monde, éternelle Uranie.
Soit que tes pas divins sur l’astre du Lion
Ou sur les triples feux du superbe Orion
Marchent, ou soit qu’au loin, fugitive, emportée,
Tu suives les détours de la voie argentée,

Soleils amoncelés dans le céleste azur,
Où le peuple a cru voir les traces d’un lait pur,
Descends ; non, porte-moi sur ta route brûlante,
Que je m’élève au ciel comme une flamme ardente.
Déjà ce corps pesant se détache de moi.
Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus à toi.
Terre, fuis sous mes pas. L’éther où le ciel nage
M’aspire. Je parcours l’océan sans rivage.
Plus de nuit. Je n’ai plus d’un globe opaque et dur
Entre le jour et moi l’impénétrable mur.
Plus de nuit, et mon œil et se perd et se mêle
Dans les torrents profonds de lumière éternelle.
Me voici sur les feux que le langage humain
Nomme Cassiopée et l’Ourse et le Dauphin.
Maintenant la Couronne autour de moi s’embrase.
Ici l’Aigle et le Cygne et la Lyre et Pégase.
Et voici que plus loin le Serpent tortueux
Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux.
Féconde immensité, les esprits magnanimes
Aiment à se plonger dans tes vivants abîmes,
Abîmes de clartés, où, libre de ses fers,
L’homme siège au conseil qui créa l’univers ;
Où l’âme, remontant à sa grande origine,
Sent qu’elle est une part de l’essence divine… »


Lucain dans le panégyrique de Pison[11] et Paterculus racontent que la colonie de Chalcis en Eubée venant fonder Cumes en Italie, sous la conduite d’Hippocle et de Mégasthène, fut conduite par une colombe.

Philostrate dit que les Muses, sous la forme d’abeilles, conduisirent en Ionie une colonie d’Athéniens.

Dans l’hymne à Délos, Callimaque représente Mars et Iris sur des sommets de montagne faisant trembler la terre et défendant de recevoir Latone. Ces images sont grandes et homériques. Tout ce qui se passera en Amérique et que je raconterai moi-même sera rempli de tableaux homériques, de ce ton-là. Les guerres et combats passes en Asie ou ailleurs seront racontés par des personnages et n’auront point de ces sortes de figures.

Il faut que j’invente entièrement une sorte de mythologie probable et poétique avec laquelle je puisse remplacer les tableaux gracieux des anciens, ces Néréides accompagnant le navire d’une femme, etc…

Il y a des choses pleines de génie et dignes de l’antiquité dans le poème de Sannazar sur l’enfantement de la Vierge. Il revêt le Tout-Puissant d’une robe que la nature lui a tissue, où elle a représenté les mondes, soleils, etc… Il peint le fleuve Jourdain appuyé sur une urne où sont ciselés divers événements analogues au sujet… Il faut donner au Marannon[12] une urne pareille.

Ô nymphes de Mondego… et toi, belle ombre de la belle Inès, qui erres toujours dans les feuilles de ce bocage mélancolique aux bords de cette fontaine… venez m’inspirer.

Ô postérité ! souverain juge !… Tu ne crois point ce que tu lis. Ta accuses les auteurs d’avoir calomnié leurs contemporains. Tu lis avec effroi que des hommes blancs vont acheter des hommes noirs et les plongent vivants dans les mines d’Amérique. — C’est vrai. — Tu lis qu’ils dépendent du plus vain caprice d’un maître imbécile, féroce et doué d’une âme de vil esclave. — C’est vrai. — Que pour la plus légère faute ils sont déchirés de coups de fouet… que… que les femmes se distinguent par leur cruauté à commander et à regarder ces horribles spectacles… — C’est vrai ; rien n’est plus vrai ; c’est la vérité même… barbares Européens, vous faites tant d’institutions inutiles !… (Voir Montesquieu.) Vos livres parlent tant d’humanité… Cœurs pitoyables, vous ne connaissez pas la pitié de loin !… Vous osez vous enrichir du fruit de ces horreurs… Vous n’avez aucune honte. Vous ne tremblez pas à l’idée des malédictions de la postérité qui vous attendent… Ô bons, ô respectables quakers…

L’âme de Colomb peut dire cela.


CÉRÉMONIES


Pourquoi ne pas exprimer la messe dite dans l’église ; et, après que tout le monde a entendu debout le premier évangile, un prêtre vertueux, Las Casas, par exemple, montant à la tribune sainte et faisant le sermon : il dit… il dit… — Oui, s’écrie-t-il, j’ai vu en songe tous ces hommes sanguinaires et avides d’or, plongés à jamais en enfer dans des chaudières d’or liquide…

Belle idée empruntée du Spectateur.

Exprimer aussi la messe dite sur une pile de tambours avant le combat.

Peindre une procession… Les moines de différentes couleurs… de différents habits… Les surplis, les cierges… traduire quelquefois, transitoirement, par allusion, par prétérition, quelques prières de l’Église… en représenter les différentes cérémonies dans les différents temps de l’année. Car enfin Homère est entré et a du entrer dans tous ces détails… et les couteaux victimaires, et l’or dont on dorait les cornes de la bête, et le poil de la victime coupé et distribué…

Virgile a fait de même. Et le Tasse qui a parlé de la confession.

Ne pas oublier les fêtes de l’Église dont plusieurs sont intéressantes, comme Noël, le dimanche des Rameaux, le vendredi saint, et plusieurs histoires du Nouveau Testament. La femme adultère, la Samaritaine, le Samaritain charitable… Quoi qu’on en dise, toutes ces fables ont leur prix sans valoir peut-être celles d’Homère. Encore ce dernier point peut-il être contesté. D’ailleurs, bonnes ou mauvaises, elles sont du temps, elles en peignent les mœurs, les caractères, il ne faut pas les omettre.

Parmi les cérémonies catholiques qu’il faut peindre, ne pas oublier les Cendres… et aperite portas principes vestras… et les rogations… et les enterrements… les baptêmes… viatique… extrême-onction…

Et ces prêtres barbares après cela vont à l’autel, entrer à l’autel de Dieu…[13] et consacrer la sainte hostie… Dieu s’indigne de voir le pain devenir lui-même entre leurs mains sacrilèges ; de voir le vin devenu son sang par les paroles sorties de leur bouche impie, aller nourrir leur poitrine… nourriture de mort… en vain ils osent dire à l’autel qu’ils lavent leurs mains parmi les innocents… Dieu ne ratifie pas ce qu’ils disent. En vain l’eau sainte coule sur leurs doigts,


Que toute l’eau des mers ne pourrait point laver,
Tant la fureur de l’or, les meurtres, les parjures
Ont gravé sur leurs mains d’éternelles souillures.


Il faut qu’un éloquent missionnaire prie l’Esprit-Saint de prendre un charbon sur l’autel où les chérubins, etc… et de lui purifier les lèvres comme au prophète Isaïe.

Un prêtre ou quelque autre disant :


De ton sceptre enchanté frappe ce roc stérile,

fais-en jaillir des sources d’eau vive.


Il faut tâcher d’imiter quelque part les honneurs funèbres rendus par le grand Germanicus aux légions massacrées sous Varus par les Germains, sous Arminius… et les affronts faits aux cadavres… et le rêve de Cæecina… et la nuit bruyante et les fêtes et les cris et les chants des barbares… et tous ces autres détails si divinement peints au premier livre des Annales[14]… Je ne sais rien de plus épique nulle part.


OBSERVATIONS GÉNÉRALES


Il faut mettre ceci dans la bouche du poète (qui n’est pas moi).


Le poète divin, tout esprit, tout pensée,
Ne sent point dans un corps son âme embarrassée ;
Il va percer le ciel aux murailles d’azur ;
De la terre, des mers, le labyrinthe obscur.
Ses vers ont revêtu, prompts et légers protées,
Les formes tour à tour à ses yeux présentées.
Les torrents, dans ses vers, du droit sommet des monts
Tonnent précipités en des gouffres profonds.
Là, des flancs sulfureux d’une ardente montagne,
Ses vers cherchent les cieux et brûlent les campagnes ;
Et là, dans la mêlée aux reflux meurtriers,
Leur clameur sanguinaire échauffe les guerriers.
Puis, d’une aile glacée assemblant les nuages
Ils volent, troublent l’onde et soufflent les naufrages,
Et répètent au loin et les longs sifflements,
Et la tempête sombre aux noirs mugissements,
Et le feu des éclairs et les cris du tonnerre.
Puis, d’un œil doux et pur souriant à la terre,
Ils la couvrent de fleurs ; ils rassérènent[15] l’air.

Le calme suit leurs pas et s’étend sur la mer.


La tempête en feu, ardente… cette côte infâme de naufrages.


Tous les vents à la fois assemblant les orages
Sur sa faible nacelle ameutent les naufrages.


 
....................
Magellan, fils du Tage, et Drake et Bougainville
Et l’Anglais dont Neptune aux plus lointains climats
Reconnaissait la voile et respectait les pas.
Le Cancer sous les feux de son brûlant tropique
L’attire entre l’Asie et la vaste Amérique,
En des ports où jadis il entra le premier.
Là l’insulaire ardent, jadis hospitalier,
L’environne : il périt. Sa grande âme indignée,
Sur les flots, son domaine, à jamais promenée,
D’ouragans ténébreux bat le sinistre bord
Où son nom, ses vertus, n’ont point fléchi la mort[16].
J’accuserai les vents et cette mer jalouse
Qui retient, qui peut-être a ravi La Pérouse.
Il partit. L’amitié, les sciences, l’amour
Et la gloire française imploraient son retour.
Six ans sont écoulés sans que la renommée

De son trépas au moins soit encore informée[17].
Malheureux ! un rocher inconnu sous les eaux
A-t-il, brisant les flancs de tes hardis vaisseaux,
Dispersé ta dépouille au sein du gouffre immense ?
Ou, le nombre et la fraude opprimant ta vaillance,
Nu, captif, désarmé, du sauvage inhumain
As-tu vu s’apprêter l’exécrable festin ?
Ou plutôt dans une île, assis sur le rivage,
Attends-tu ton ami voguant de plage en plage ;
Ton ami qui partout, jusqu’aux bornes des mers
Où d’éternelles nuits et d’éternels hivers
Font plier notre globe entre deux monts de glace,
Aux flots de l’Océan court demander ta trace ?
Malheureux ! tes amis, souvent dans leurs banquets,
Disent en soupirant : « Reviendra-t-il jamais ? »
Ta femme à son espoir, à ses vœux enchaînée,
Doutant de son veuvage ou de son hyménée,
N’entend, ne voit que toi dans ses chastes douleurs,
Se reproche un sourire, et, tout entière aux pleurs,
Cherche en son lit désert, peuplé de ton image,
Un pénible sommeil que trouble ton naufrage.


Dans un ouvrage de si longue haleine, on peut hasarder beaucoup de hardiesses nouvelles. Il faut essayer d’employer le mot hiver dans le sens de tempête, — comme chez les anciens Hyems, Χειμών : de cette manière par exemple :


Quand les vents et la grêle et l’orageux hiver
Soudain couvrent le ciel et soulèvent la mer.

Il ne peut qu’il ne fasse telle ou telle chose… tournure antique de notre langue et qu’il faut employer.

Il faut employer le mot exorable.

Rendu plus exorable.

Que la richesse des États est l’agriculture. Appliquer à cela la fable d’Erysichton et répéter ce que j’aurai dit in γεωπον.[18].

Il faut décrire cette imagination ardente et primitive d’un peuple sauvage. Qu’est-ce qui les épouvante le plus ? ce sont nos canons…

Ils pourront, dans leurs assemblées, dire, en parlant de la religion qu’on leur prêche :

Le Dieu des Castillans aux cent bouches d’airain, et les Castillans eux-mêmes :

Ces enfants du tonnerre.

Les assauts enflammés tonnant sur les murailles ou sur les remparts.

Peindre quelque part d’une manière intéressante un pèlerinage… des bois… des eaux…

Comme Homère fait la généalogie du sceptre (Iliad., liv. I), il faut que quelque belle Espagnole ait donné à son amant un bijou… une croix… un tel de ses ancêtres l’apporta de Jérusalem, etc.. (plusieurs détails de ce genre.)

« Et entre les mains des dames ne se voyait que morions et armets, auxquels elles attachaient des bernaches de diverses couleurs, sayes et cottes d’armes qu’elles enrichissaient d’ouvrages. » Plut. Philop.[19]

Il faut peindre ce tableau-là et ne pas oublier quelqu’un de ces accidents intéressants, comme une belle armure brodée par quelque belle et bientôt enlevée à celui qui la porte et devenue la proie d’un ennemi.


COMPARAISONS


La nuit vient… et passe… le jour renait… Et comme on voit une nation de fourmis… dans les champs le noir peuple chemine et va en rampant…


Ainsi pour les travaux, pour le gain, pour la peine,
S’éveille avec le jour la fourmilière humaine.


Aussitôt dans la cité, dans le port…


Tout s’émeut et s’empresse........
On traîne, on porte, on court. L’aigre dent de la scie
Mord la pierre ou le bois. La lime ronge et crie.
Sur les longs clous de fer tonnent les lourds marteaux.
Les roues..... glissent sous les fardeaux.
Les fouets sifflent dans l’air et les chevaux dociles
Poussent, en agitant leurs sonnettes mobiles.
Partout au loin se mêle un tumulte de voix
Et de hennissements et de rauques abois.


Le héros couché entend ce bruit, etc.


....................
Comme un chien vigilant couché près de son maître,
D’aussi loin qu’il a cru reconnaître le bruit
D’un passant vagabond qui chemine la nuit,
Se dresse, jappe, écoute ; et si le bruit augmente.
Crie et s’élance et gronde et saute et se tourmente ;
Ainsi...............


Homère compare les fleuves à l’huile : ὥσπερ ἔλαιον[20]

Moins lente on voit couler la liqueur de l’olive.

Doux comme la vertu, beau comme la pudeur.


Ainsi, sur une cime élevée une immense quantité de neige s’amoncelle et demeure suspendue et immobile au penchant du mont. Mais un seul flocon qui se détache donne à tout le mouvement ; il en entraîne un second, puis un autre ; et bientôt tout cet amas énorme s’éboule dans la vallée avec un fracas épouvantable.


Ainsi, quand la tempête aux ailes ténébreuses.


Le serpent (voyez Virgile[21]), aux rayons du soleil,


De sa queue à longs plis sillonne la poussière
Et de son triple dard fait siffler la lumière.


Ainsi, une génisse dans l’étable, si quelqu’un vient toucher et caresser son veau, croit qu’on veut le lui enlever elle tourne la tête, elle fait effort pour se détacher et venir à son secours et mugit douloureusement.

Ainsi, un homme qui, dans le cœur de l’hiver, veut passer un fleuve glacé… Il s’avance… mais au milieu, tout à coup, il entend la glace crier et se fendre sous ses pieds… il s’arrête.


Il pâlit. Sur son front se dressent ses cheveux.
Tremblant, l’effroi l’agite et roule dans ses yeux.
Le tumulte, la mort égarent son visage,
Et sa mère, à grands cris, le rappelle au rivage.


ÉPISODES


Un héros qui a souffert des injustices s’éloigne comme Coriolan et cache partout son nom comme Ulysse. Qu’il s’appelle Alphonse, par exemple. Il trouve un vieillard comme Philoctète qui lui demande des nouvelles de l’armée, et celui-ci… et celui-là… et ce vieillard…


Il invoque la mort, il a pleuré son fils.


Ô dieux ! réplique le vieillard, c’était mon plus ancien ami. Nous avions ensemble étudié… et ce jeune héros… cet Alphonse… Alphonse ? — Il a vécu.

Puis il finit par aller chercher un asile chez un prince américain à qui il a fait tout le mal possible. Il entre non à la manière des suppliants… mais le prince hospitalier, qui est alors dans un festin, s’approche de lui… « Étranger, viens t’asseoir à ma table… Tous les humains rencontrerontchez moi l’hospitalité… Il n’en est qu’un seul qui y trouvera le châtiment de ses barbaries… Plût aux dieux que la tempête le jetât ici !… C’est ce dur Espagnol, c’est ce cruel Alphonse… » L’étranger l’interrompt… « Je suis Alphonse… C’est moi qui t’ai fait tant de mal et qui viens t’aider à le réparer. »


Un Inca, racontant la conquête du Mexique par les Espagnols, que le peuple prenait pour des dieux, s’exprime ainsi :

 
Pour moi, je les crois fils de ces dieux malfaisants
Pour qui nos maux, nos pleurs, sont le plus doux encens,
Loin d’être dieux eux-même ils sont tels que nous sommes,
Vieux, malades, mortels. Mais, s’ils étaient des hommes,
Quel germe dans leur cœur peut avoir enfanté
Un tel excès de rage et de férocité ?

Chez eux peut-être aussi qu’une avare nature
N’a point voulu nourrir cette race parjure.
Le cacao sans doute et ses glands onctueux
Dédaignent d’habiter leurs bois infructueux.
Leur soleil ne sait point sur leurs arbres profanes
Mûrir le doux coco, les mielleuses bananes.
Leurs champs du beau maïs ignorent la moisson,
La mangue leur refuse une douce boisson.
D’herbages venimeux leurs terres sont couvertes.
Noires d’affreux poissons, leurs rivières désertes
N’offrent à leurs filets nulle proie ; et leurs traits
Ne trouvent point d’oiseau dans leurs sombres forêts[22].




Ce sera un épisode touchant que cette histoire que je voulais mettre dans un autre poème… Une jeune héroïne suit son amant… il est mort… Elle va sur son tombeau… on l’entraine… dans les délires de la fièvre… Enfin un jour elle éloigne tous ses gardiens… et mourante, languissante, elle marche vers ce tombeau… Avant d’y arriver… elle tombe… On l’entend, on y court… on veut la reporter chez elle… Elle s’attache aux branches d’un arbre en criant… On consent à la porter sur le tombeau… on obtient qu’elle mange… on lui donne du lait… Elle allait porter la coupe à sa bouche… elle s’arrête… réfléchit… des larmes coulent de ses yeux… elle incline la coupe sur le tombeau, verse la moitié du lait en disant : « Tiens, mange aussi, toi… » elle avale le reste… elle meurt sur le tombeau.

Il pourra être intéressant de représenter cette jeune Américaine qui fut amoureuse de Cortès, se plaisant à caresser le cheval du héros, à lui peigner la crinière, à lui présenter de la nourriture, et ne voulant pas le laisser soigner par…


... Ô Fernand ! Ah ! mourir loin de toi !
Adieu, mon père, adieu, je meurs, pardonnez-moi.


Dans le récit des expéditions orientales des Portugais, donner une vingtaine de vers au Camoëns. Peindre géographiquement ses travaux guerriers et poétiques et ses malheurs ; le retour de cet Homère guerrier dans sa patrie après la mort de Sébastien.


....................
Pour guides au tombeau dans sa vieillesse amère,
Ayant la faim, la soif, les douleurs, la misère.
Gens durs, peuples ingrats, monarques indolents
Chez qui le ciel eut tort de créer des talents.


Campos d’Almodovar, dites-nous ce qui se passa à telle et telle bataille…


....................
J’ai trouvé l’Hippocrène en ces fougueux torrents
Qu’au sang de ses coursiers dans son festin barbare
Mêle pour sa boisson l’indomptable Tartare[23].


Un vieillard outragé par des fils ingrats, retiré à la campagne, a planté des arbres. On vient lui annoncer qu’il est vengé de ses fils et qu’il peut recouvrer son pouvoir… Il les mène dans son jardin et leur montre ses arbres chargés de fruits, en disant : — Ceux-ci ne sont pas des fils ingrats… Je les ai plantés et ils me donnent des fruits…

La persuasion aux paroles mielleuses.


CARACTÈRES


Un homme (peut-être un fourbe), tenant un discours passionné et persuasif, emploiera ce tour… telle et telle chose arrivait… vagues de telle mer !… ô telle rive ! n’est-il pas vrai qu’alors vous vîtes… (quelque chose d’incroyable et de prodigieux).


S’agiter une mer bruyante et montueuse ?


........de sa barbe sauvage
Le fer n’avait jamais dépouillé son visage.


… Je le connais. C’est l’âme d’un enfant


....................
Un cœur sensible et tendre et jusqu’à la faiblesse ;
Mais un esprit de fer, mais un courage altier,
Que l’aspect de la mort ne peut faire plier ;
Une volonté forte, intraitable, invincible,
Une équité sauvage, indocile, inflexible.


Un cœur tendre et facile, une tête indomptable.


Dans les jeux ou ailleurs… on examine, le cou tendu, l’œil fixe, celui qui… et quand il est au plus difficile, on sue pour lui, on n’ose respirer, comme si on avait peur de le troubler de si loin ; et si quelqu’un tousse ou fait quelque bruit, on lui fait signe brusquement de se taire.

L’Américaine qui va pleurer sur le tombeau de son enfant et y exprimer du lait de ses mamelles.


Déguise son courroux qu’il mûrit en silence,
El dans son cœur profond enfouit sa vengeance.


Le prince américain qui racontera la mort de Guatimozin et de son suivant et ce beau mot : Et moi, suis-je sur un lit de roses ? les peindra allant au supplice ; Guatimozin en silence… l’autre s’écriant : vous, feux éternels qui éclairez les cieux ! Toi, soleil, notre père ! et vous, astres des nuits ! ô cieux ! ô terre ! ô mers ! voyez, etc…

Un prédicateur peindra la mort du Messie… La terre tremblante… Les tombeaux ouverts… La nuit… cette nuit ne fut point l’effet du mouvement de la terre ; une partie du globe ne fut point éclairée et l’autre dans l’obscurité… La lune ne passa point entre la terre et le soleil pour intercepter la lumière… Non, l’antique nuit, la mère du chaos, celle à qui appartenait le monde avant que la lumière fût créée, sortit de son antre… Elle entoura le soleil d’un voile noir pour qu’il ne fut pas témoin… Elle étendit le deuil sur toutes les sphères qui composent notre univers. Toutes pleurèrent la mort de leur créateur.


Le sommeil, doux frère de la mort.....


M. de Chastelux écrit avoir vu chez Mme Beech, la fille de M. Franklin, deux mille deux cents chemises faites par les dames et les demoiselles d’Amérique pour les soldats américains. Chacune avait mis son nom… Ce lin qui sera trempé des sueurs qui couleront pour la liberté.[24]


On leur offre la paix… mais cette paix n’est point riante… elle n’est point couronnée d’épis et de fleurs… Elle a le regard dur, la tête haute, des chaînes dans ses mains… C’est la paix de l’esclavage, elle ressemble à la guerre.


Bravade : L’avez-vous ouï dire ? — Jamais. — Eh bien, c’est donc à moi de vous instruire que… L’autre le quitte au milieu de son discours et va faire précisément ce que l’autre prétendait lui défendre.


Un vieillard, consolant un jeune homme qui se reprochera avec amertume une faute qu’il aura commise, pourra lui dire cette sage maxime : qu’il faut être indulgent pour les autres et aussi pour soi.


Dans la prière des prêtres américains :


Et toi, Dieu castillan, Dieu jaloux, Dieu colère,
Dieu tonnant. Dieu guerrier. Dieu fort, Dieu sanguinaire.


.......... il s’avance.
Muet, le front baissé, le cœur gros de vengeance.


Conveniens vitæ mors fuit ista suæ. (Ovide[25].)


Et qui vécut ainsi devait ainsi mourir.


Il faut traduire le bel endroit de Jérémie sur le massacre de Rama[26]. On peut mettre cela dans la bouche de Las Gazas.

Gît le cadavre épars d’une ville…


Fait retentir la nue et les temples du ciel.


Donec fortunam pudeat criminis sui.
Phædre, liv. II, épil.

Sans se plaindre du ciel qui l’opprime,


Attend que la fortune ait honte de son crime.


N’est-ce pas un tel que j’aperçois revenir du combat tout sanglant ?… Apportez-moi ma lyre, Ôtez-la du clou qui la suspend à la colonne… que je chante…


Il faut placer quelque part de ces caractères d’hommes qui voient tout en beau, qui, sur un seul mot qu’on leur dit d’une chose, bâtissent un long roman…


Mettre dans la bouche de celui qui aura vu les Andes…

Ces énormes granits épars çà et là, sans ordre… ces fleuves immenses qui se précipitent… ces neiges…


Ces hauts monts que blanchit un éternel hiver,


Ce chaos semble les débris d’un monde, les Titans. On croit voir là dans ces enfantements monstrueux, sans forme, sans ordre, la nature mère agitée, déchirée, gémir dans les travaux d’un avortement.


Τενέδοιό τε ἀμφιϐέϐηκας.
Hom., Il., I[27]


Les prêtres américains peuvent dire à leur Dieu :


Toi qui................
Qui fais la garde autour de nos villes sacrées.


Hier tu pouvais tout et m’osas offenser ;
Tu n’es rien, je puis tout, et choisis la clémence.
Faible et pauvre j’allais, pour punir ton offense,
Soulever terre et ciel, quel qu’en fût le danger ;
Mais j’aime à pardonner quand je puis me venger.


Annibal avant la bataille du Tesin ouvre avec une pierre la tête de l’agneau qu’il immolait, et prie Jupiter de l’écraser de même s’il ne tient à ses soldats ce qu’il leur a promis (à imiter[28]).

Je voudrais imaginer des actions et des épisodes tragiques et grands et prouvant de grandes choses morales qui pussent être citées et vivre dans la mémoire des hommes, comme ce qui nous est resté des anciens. Je voudrais imiter la fin de l’Œdipe de Sophocle…

On pourrait feindre qu’un jeune homme aurait été se distinguer en Amérique, déshérité par son père qui, se repentant, le chercherait en Amérique. Le fils sans le connaître tuerait son père et épouserait sa mère… Cela découvert, il dirait à ses enfants avant de se tuer.


Venez, fils de l’inceste..........
Imprimez-vous bien mon visage........
Venez, venez, enfants. Vous tremblez, vous fuyez.
Venez, regardez-moi. Ces traits que vous voyez,
Ce sont ceux d’un méchant, d’un traître, d’un perfide,
D’un fils incestueux et d’un fils parricide… !


Quand, fugitifs, sans appui, sans asile, on vous appellera fils de l’inceste, alors maudissez votre père. Et quand


Un traître, un parricide, un fils incestueux,
Au gibet mérité marcheront sous vos yeux,
À leur visage impie, horrible, sanguinaire.
Rappelez-vous Fernand, maudissez votre père,
Dites : — Il ressemblait à ces hommes pervers
Que les bourreaux............


Peindre noblement et superstitieusement la force des imprécations d’un père… Dans un épisode grandement tragique. Ceci doit être un des plus beaux endroits de l’ouvrage.


Il serait bon, et neuf, et original, dans la foule de caractères qui doivent remplir cet ouvrage, d’en jeter un d’un âge mûr, devenu froid et tranquille, d’ardent et impétueux qu’il était dans sa jeunesse. Silencieux, écoutant tout et ne répondant rien, faisant et disant tout ce qu’il a à faire ou à dire sans aucune altération de visage. Dans le conseil, n’ayant que des avis ironiques. Dans la mêlée se battant sans jamais rien perdre de son sang-froid. Quand, après la victoire, chacun étale ses exploits pour avoir part au butin, lui, se taisant et s’en allant. Humain et bon, sans aménité ; ami inviolable sans être caressant ; généreux sans magnificence ; juste sans aimer la vengeance ; grand sans enthousiasme ; peu fêté, peu recherché ; mais honore de tous. Adoré du soldat qui craint même son regard. Redouté dans le conseil, même lorsqu’il garde le silence. Et lui donner un ami d’un grand caractère tout opposé qui, en l’aimant, le respecte.


Il marche d’un côté, il y trouve Cortès. Il se retourne et va de l’autre où il compte sur peu de résistance, il y trouve Cortès étincelant, terrible, Cortès qui l’avait aperçu d’abord et qui l’avait suivi pour le combattre, etc…


Je voudrais peindre quelque part un homme (peut-être un jésuite du Paraguay) qui, pour émouvoir les peuples grossiers, emploie quelqu’un de ces signes extérieurs à l’antique, comme le vase brisé par Jérémie, dont plusieurs se moquent et ont tort de se moquer[29].

L’éloquent jésuite qui, en imitant Pythagore dans Ovide[30], convertira les anthropophages du Brésil, emploiera des mouvements d’une éloquence primitive et sauvage, comme, par exemple, d’évoquer, dans une bouillante apostrophe, les âmes des malheureux qui ont péri dans ces horribles festins, de les peindre demandant vengeance devant Dieu…

Il faudra qu’un missionnaire, réunissant des sauvages en société, traduise l’hymne de Milton au mariage, très-déplacé dans sa bouche, mais plein de beautés. C’est après le divin morceau d’Éden et des amours de nos premiers parents. À ces mots : hait wedded love… Book IV, v. 750. Il ne faudra pas cependant en imiter cet endroit où il dit que c’est là que règne l’amour et non dans les sourires des p………, jouissance casuelle, ni dans les amours de cour, les mascarades, le bal de minuit, les danses mêlées, les sérénades que les amants chantent à leur orgueilleuse belle, etc…

Un vieillard dira :

… Affreux bienfait du ciel que de survivre à tous ceux que l’on aime !… Mes parents m’ont abandonné, mes amis m’ont abandonné, tous m’ont abandonné. Je suis resté seul au monde. Il n’est plus personne sur la terre avec qui je puisse parler de ce que nous avons vu autrefois. Rappeler à quels jeux nous jouions dans notre enfance. Nos premières amours, et disputer quelle maîtresse était la plus belle. Ceux qui sont vieux aujourd’hui, quand ils étaient jeunes, m’ont vu déjà vieux. La vieillesse est à charge aux jeunes gens… Ils me fuyaient alors, ils m’évitaient. Ils me fuient, ils m’évitent encore comme s’ils étaient restés jeunes et que je fusse vieux tout seul. Les jeunes gens me haïssent… — Vieillard, ne nous fais point ce reproche ; nous aimons, nous respectons tous ta vieillesse vertueuse.

Le vieillard dira : Æquam memento rebus[31]


Gardons, gardons toujours, nous qui devons mourir,
Une âme égale et ferme..........
Dans les biens, dans les maux que le ciel nous envoie
Entre la paisible… et l’insolente joie.

Horat.[32]


Il faut peindre avec des couleurs vraies et naïves un Espagnol ou autre, comme l’Hercule des anciens, principalement dans l’Alceste d’Euripide, grand, féroce, généreux, terrible, gros mangeur, etc.


Ainsi le paysan inscius s’assied sur un serpent roulé sur lui-même et qu’il prend pour un tronc d’arbre[33].


Ainsi le voyageur fatigué s’assied et se repose sous un mancenillier, ombrage vénéneux… Saisi d’un froid mortel, il se lève, il se traîne loin de cet arbre funeste, et plus il s’en éloigne, plus il sent se ranimer son cœur


Et renaître en son flanc la force et la vigueur.


Je veux, dans un tableau pathétique et sombre, mettre un homme dans une circonstance où il puisse traduire Job : pereat dies in qua[34]… et la sentence grecque : le meilleur était de ne pas naître, ensuite de mourir bientôt.


Je veux, dans un même morceau, confondre et imiter cet endroit d’Homère où Priam demande à Hélène le nom des héros de l’armée[35], et la divine scène d’Eschyle dans les Sept chefs où un messager apprend à Étéocle les noms des Chefs et les devises de leurs bouchers qu’Étéocle rétorque toujours contre eux. Cette scène est au-dessus de l’éloge. Il faut presque la traduire.


Un rôle assez important du côté des Américains sera une prophétesse comme il y en eut toujours chez les peuples barbares, laquelle attachée aux Pizarre, comme Cassandre à Agamemnon, chantera et prédira l’assassinat actuel de François Pizarre. C’est là que j’imiterai cette admirable et unique scène de Cassandre dans l’Agamemmon d’Eschyle. Plût à Dieu que je pusse trouver quelque occasion d’imiter aussi cette tragédie des Perses !


Chez les anciens, des hommes attirés dans un palais qui cachait un piège, reçus devant l’autel de Jupiter hospitalier, au moment où ils seraient attaqués dans la nuit, comme les gendres de Danaüs, s’élanceraient aux pieds de Jupiter hospitalier, paies, défaits, et s’écrieraient : Ô Jupiter hospitalier !

Quel feu, quel profond pathétique Eschyle ou Sophocle… il faut tâcher de faire un morceau dans ce genre.


La belle réponse que Sylla fit à Crassus en l’envoyant lever des troupes au pays des Marses ! Crassus lui demandait des gardes, parce que le pays était plein d’ennemis. Sylla lui dit : Je te donne pour gardes ton père, ton frère, tes parents, tes amis indignement massacrés[36].

Les histoires anciennes, écrites par des hommes si éloquents, fourmillent de peintures grandes et pathétiques et que l’on peut transporter à d’autres personnages. Je ne lis point sans frémir celle de Vibius Serenus, accusé par son fils, et celle de Sabinus au IVe livre des Annales. Pline rapporte une histoire intéressante du chien d’un esclave de ce Sabinus dont je ferai usage. Les héros d’Ossian marchent souvent accompagnés de leurs chiens. Le chien d’Ulysse est divin dans Homère ; et il n’y a que des hommes dépourvus de sensibilité et d’entrailles qui aient pu en être choqués. — Voici les paroles de Pline, livre VIII, ch. 40.

In nostro aevo actis populi Romani testatum… cum animadverteretur… in Titium Sabinum et servitia ejus, unius ex his canem nec a carcere abigi potuisse, nec a corpore recessisse abjecti in gradibus gemitoriis, mœstos edentem ululatus magnà populi romani coronà : ex qua cum quidam ei cibum objecisset, ad os defuncti tulisse… innatavit idem cadaver in Tiberim abjecti sustentare conatus effusà multitudine ad spectandum animalis fidem.

Même quand nous traçons des tableaux et des caractères modernes, c’est d’Homère, de Virgile, de Plutarque, de Tacite, de Sophocle, du Salluste, d’Eschyle qu’il nous faut apprendre à les peindre.


Je voudrais peindre un grand homme, injustement banni, réduit à vivre dans une cabane en quelque lieu sauvage et désert. On a besoin de lui, on va le chercher ; il salue tendrement à l’antique la cabane qui l’a conservé. (Si c’est un chrétien, il faut mêler à cela une sorte de dévotion noble et romanesque.) Il se couvre de gloire. Il a de nouveaux malheurs et meurt misérablement en regrettant son asile.


Cette voix de stentor qui se fait entendre par-dessus une armée[37], il faut appliquer cela à quelqu’un.

  1. Le canevas de ce poème, sauf deux fragments parus dans l’édition de 1819, a été publié pour la première fois par M. G. de Chénier.
  2. Homère, Illiad. liv. XVIII, v. 478 et suiv. — Virg. Énéid. liv. VIII, V. 626 et suiv.
  3. « Je le ferais subir (ce supplice) à mon fils, s’il était hérétique. »
  4. Ou Helsingland, ancienne province de la Suède, d’où partiront les colons qui civilisèrent la Finlande.
  5. Caractères de l’écriture des anciens Scandinaves
  6. C’est-à-dire dans l’Hermès.
  7. Dans le poème de l’Amérique.
  8. L’auteur de l’Araucaria.
  9. Φήμιος dans Homère, Odyss liv. I, v. 325, 327, liv. XVII, V. 263, et liv. XXII, v. 331.
  10. C’est le morceau dont on vient de lire l’esquisse. Les mots grecs signifient, selon M. Becq de Fouquières : « À mettre dans la partie de l’Hermès, qui traite de l’astronomie ou plus généralement de la cosmologie, chant troisième ou quatrième. » On aurait là précisément une indication de ce quatrième chant de l’Hermès auquel André Chénier avait peut-être songé, et qui serait devenu le poème de l’Amérique.
  11. Le panégyrique de Pison n’est pas de Lucain.
  12. Fleuve des Amazones.
  13. Introibo ad altare Dei.
  14. Voyez ci-devant le Théâtre, n° 1.
  15. Cette expression est belle et pittoresque ; j’ignore pourquoi elle est abandonnée. Sa nouveauté pourrait déplaire dans une petite pièce de cent vers : mais je pense qu’on peut la jeter avec succès dans un poème de douze mille vers. (Note de l’auteur).
  16. Ces onze premiers vers ont été publiés dans l’édition des Poésies donnée par M. Becq de Fouquières en 1862. Les vingt-six vers suivants avaient paru dans l’édition de 1819.
  17. On eut des nouvelles de La Peyrouse en 1788. Ce morceau serait donc de la fin de 1793 ou du commencement de 1794.
  18. C’est-à-dire en parlant de l’agriculture, γεωπονία. (Voy. devant page 85.)
  19. Plutarque, Vie de Philopémènes, traduction d’Amyot.
  20. Iliade, liv. II, v. 754.
  21. Géorgiques, liv. III, v. 424 et 439.
  22. Ce morceau est dans l’édition de 1819.
  23. Voy. les usages des Tartares dans Marco Polo.
  24. Voyage dans l’Amérique septentrionale en 1780, 1781, 1782. 2 vol. in-8°. Paris, 1786, t. I, p. 165.
  25. Amor. élég. X, v. 38 et dernier.
  26. Jérémie, ch. xlix.
  27. Vers 451 et 452.
  28. Tite-Live, liv. XXII, ch. xlv.
  29. Jérém., cg. xix, v 1, 10 et 99.
  30. Métamorph., liv. XV, v. 167 et suiv.
  31. Arduis servare mentem
  32. Liv. II, ode 3.
  33. Cette anecdote est tirée de l’ouvrage de T. t. Smith, le Cabinet du jeune naturaliste. (G. de Chénier).
  34. Ch. iii, v. 3.
  35. Illiad., III, v. 161 et suiv.
  36. Plutarque, Vie de Marcus Crassus, ch. ix.
  37. Homère, Iliad., liv. V, v 785 et suiv.