ΨΥΧΗ

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Floréal. III : ΨΥΧΗ
Œuvres complètes : Les Chansons des rues et des boisOllendorf30 (p. 20-21).


III


ΨΥ̓ΧΗ.


Psyché dans ma chambre est entrée,
Et j’ai dit à ce papillon :
« — Nomme-moi la chose sacrée.
Est-ce l’ombre ? est-ce le rayon ?

« Est-ce la musique des lyres ?
Est-ce le parfum de la fleur ?
Quel est entre tous les délires
Celui qui fait l’homme meilleur ?

« Quel est l’encens ? quelle est la flamme ?
Et l’organe de l’avatar,
Et pour les souffrants le dictame,
Et pour les heureux le nectar ?

« Enseigne-moi ce qui fait vivre,
Ce qui fait que l’œil brille et voit !
Enseigne-moi l’endroit du livre
Où Dieu pensif pose son doigt.

« Qu’est-ce qu’en sortant de l’Érèbe
Dante a trouvé de plus complet ?
Quel est le mot des sphinx de Thèbe
Et des ramiers du Paraclet ?

« Quelle est la chose, humble et superbe,
Faite de matière et d’éther,

Où Dieu met le plus de son verbe
Et l’homme le plus de sa chair ?

« Quel est le pont que l’esprit montre,
La route de la fange au ciel,
Où Vénus Astarté rencontre
À mi-chemin Ithuriel ?

« Quelle est la clef splendide et sombre,
Comme aux élus chère aux maudits,
Avec laquelle on ferme l’ombre
Et l’on ouvre le paradis ?

« Qu’est-ce qu’Orphée et Zoroastre,
Et Christ que Jean vint suppléer,
En mêlant la rose avec l’astre,
Auraient voulu pouvoir créer ?

« Puisque tu viens d’en haut, déesse,
Ange, peut-être le sais-tu ?
Ô Psyché ! quelle est la sagesse ?
Ô Psyché ! quelle est la vertu ?

« Qu’est-ce que, pour l’homme et la terre,
L’infini sombre a fait de mieux ?
Quel est le chef-d’œuvre du père ?
Quel est le grand éclair des cieux ? »

Posant sur mon front, sous la nue,
Ses ailes qu’on ne peut briser,
Entre lesquelles elle est nue,
Psyché m’a dit : C’est le baiser.


24 juillet 1859.

Attention : la clé de tri par défaut « Psyche » écrase la précédente clé « ψυχη ».