Dans un champ de millet, les moineaux venaient picorer les épis. Le
chat du meunier les guettait depuis longtemps, sans réussir à les
attraper ; car, aussitôt qu’il s’approchait, les oiseaux s’envolaient.
« Je vous prendrai quand même, petits nigauds, » dit le chat en méditant
une ruse.
Il alla tremper une de ses pattes de devant dans le ruisseau, puis il
courut au moulin la plonger dans un tas de millet en grain, de façon
que les grains restèrent collés autour de sa patte mouillée.
« Ainsi, se dit-il, ma patte ressemblera à un gros épi de millet, et
les oiseaux s’y laisseront prendre. »
À cloche-pied, il gagne le champ de millet, s’y couche sur le dos et
lève la patte en l’air.
Les oiseaux la prirent pour un épi et se mirent à en picorer les
grains. Alors vite, avec l’autre patte, le chat les attrapa.
Bientôt les moineaux s’aperçurent du piège, et ils cherchèrent un
autre champ. Mais l’un d’eux, qui avait failli être mangé, en garda
une telle frayeur, qu’il prit désormais chaque épi pour une patte de
chat, et jura de ne plus manger que des fruits pendus aux branches des
arbres.