A Clement Marot

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Texte établi par Prosper Blanchemain Daffis (2p. 262-263).

SONNET À CLEMENT MAROT[1].


D’un seul malheur se peut lamenter celle
En qui tout l’heur des astres est compris,
C’est, ô Clément, que tu ne fus espris
Premier que moy de sa vive estincelle.

Son nom cogneu par ta veine immortelle,
Qui les vieux passe, et les nouveaux esprits[2],
Apres mille ans seroit en plus grand pris
Et la rendroit le temps tousjours plus belle.
Pussé-je au moins mettre en toy de ma flamme,
Ou toy en moy de ton entendement,
Tant qu’il suffit à louer telle Dame !
Car estans tels, nous faillons grandement :
Toy de pouvoir un autre sujet prendre,
Moy, d’oser tant sans forces entreprendre.

  1.   Imprimé en tête de la deuxième édition des Amours de Ronsard (Paris, V. Sertenas, in-8). avec ce titre : Sonnet de Melin de Sainct-Gelays en faveur de P. de Ronsard. Adressé primitivement à Cl. Marot, ce sonnet ne fut que prêté par Sainct-Gelays à son jeune rival. On trouvera plus loin, dans les œuvres inédites, un autre sonnet à Ronsard.

    Quant à savoir quelle est celle en qui tout l’heur des astres est compris, ce n’est certes point Cassandre, comme le dit Ménage en son commentaire sur Malherbe (1666, in-8, p. 553). M. Phelippes-Beaulieux pense avec raison qu’il s’agit d’une grande dame, probablement Marguerite de Navarre, sœur de François Ier. Je partage cet avis en tant que le sonnet s’adresse à Marot ; mais, en le transportant à Ronsard, Sainct-Gelays a du même coup transporté les éloges de la tante à la nièce, à Marguerite de France, sœur de Henri II, la protectrice de Ronsard, dans sa querelle avec Sainct-Gelays. Et cela est d’autant plus vraisemblable que le différent eut lieu en 1550, un an après la mort de la première Marguerite, p. b.

  2. Var. :
    Les meilleurs esprits.