A M. Lempereur, curé d’Aimargues

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À M. Lempereur, curé d’Aimargues : poésie pour la pose de la première pierre de la nouvelle église d’Aimargues


I


Où vont ces travailleurs dans cette plaine immense ?
Pourquoi ce formidable et bruyant attirail ?
C’est le réseau de fer qui s’achève ou commence,
C’est l’homme courant au travail ;

Déjà le viaduc, le pont nouveau, la digue,
S’élèvent chaque jour ; partout la flamme a lui ;
L’homme sent redoubler sa force, et la prodigue,
Car l’homme travaille pour lui !

C’est bien ! Et gardons-nous de jeter l’anathème
Sur ce labeur humain qui s’accroît en tout lieu ;
C’est ton devoir, mortel : travaille pour toi-même,
Mais travaillons aussi pour Dieu !


II

Tandis qu’autour de nous étalant ses merveilles,
L’industrie a couvert le sol de ses palais,
Pauvre église, à nos yeux, vieille entre les plus vieilles,
Pierre à pierre tu t’écroulais ;

La dalle s’effondrait sous les pas des fidèles,
Les baisers du soleil rongeaient le lour pilier,
Et la bise ébranlait de ses larges coups d’ailes
Le toit toujours prêt à plier ;

Noble église d’Aimargue, humble, tremblante et noire,
Que saint Louis dota d’un emblème si fier,
Et qui portes encor, comme un titre de gloire,
Une croix flottant sur la mer,

Nous ne l’oublîrons pas, ce poétique emblème ;
Dans le temple nouveau, ce trésor du passé,
Au plus haut du portail ou près de l’autel même
Ce vieux marbre sera placé ;

Il nous rappellera cette foi de nos pères
Qu’on veut troubler en nous, mais qu’on ne peut bannir :
Dans les jours de malheur ou dans les jours prospères,
On est fort pour le souvenir !

Maintenant, au travail pour l’église nouvelle !
Offrons, les uns leurs bras et les autres de l’or ;
Vous travaillez pour Dieu : redoublez donc de zèle,
Donnons toujours ! Donnons encor !

Faites que la maison soit digne de son maître,
Faites la part de Dieu dans vos prospérités,
Et vos biens, vos trésors centupleront peut-être,
Par cette ombre auguste abrités !