Académie des sciences - Séance du 5 janvier 1874

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
29 décembre 1873

5 janvier 1874

12 janvier 1874

ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 5 janvier 1874.

Élection de M. Frémy. — C’est avec un vrai plaisir que nous assistons à l’élection de M. Frémy, comme vice-président de l’Académie. La respectueuse et reconnaissante affection que nous professons pour le célèbre chimiste, n’est d’ailleurs pas la seule cause de notre satisfaction. Nous voyons dans le triomphe de M. Frémy, et nous aimons à y voir, comme une protestation que l’Académie a voulu opposer aux attaques dirigées depuis quelque temps, avec tant d’aigreur, contre lui. Son compétiteur était M. Balard ; or, qui dit M. Balard, dit M. Pasteur : ce dernier ne saurait dire un mot, faire un geste, avancer un fait, sans que M. Balard ne devienne l’écho du mot, le miroir du geste, le garant du fait. M. Balard a retrouvé dans M. Pasteur son M. Chasles d’autrefois, et il est prêt, pour démontrer la vérité des assertions de son protégé actuel, à faire appel aux mêmes considérations, qui prouvaient si victorieusement que l’encre employée la veille par Vrain-Lucas, avait réellement deux cents ans d’existence. Nommer M. Balard, c’était donc sanctionner officiellement le succès apparent de M. Pasteur, qui, provisoirement, est resté maître du terrain, puisque son adversaire s’abstient de lui répondre. Nommer M. Frémy, c’était au contraire montrer qu’on fait plus de cas de la valeur réelle des travaux scientifiques que du tapage excité autour d’eux.

Fernand Papillon. — Fernand Papillon est mort subitement avant-hier, dans toute la force de l’âge et du talent. Il n’appartenait pas à l’Académie, mais elle lui eût très-certainement ouvert un jour ses portes. Aussi, passer sous silence la perte que la science fait en lui serait une lacune dans le compte rendu d’une séance, où la disparition subite de ce jeune savant, si plein de vie encore lundi dernier, produit une émotion universelle. Papillon alliait à une grande sagacité d’observation, une aptitude trop rare aux vues générales ; chez lui, le physiologiste était doublé du philosophe. Les articles qu’il a donnés à la Revue des Deux Mondes en font preuve, ainsi que le dernier volume que présentait tout récemment en son nom et avec tant d’éloges M. le secrétaire perpétuel.

Embryogénie de l’étoile de mer. — Une des découvertes les plus remarquables de la zoologie moderne est celle de l’embryogénie des échinodermes. Les faits nouveaux, exposés aujourd’hui par M. de Lacaze-Duthiers, le montreront. Dans ses explorations déjà si fructueuses des environs de Roscoff, le savant professeur de la faculté des sciences recueillit, sous certaines pierres submergées, des œufs qui fixèrent fortement son attention. Ce sont des globes assez gros, d’un jaune orangé, qu’il était impossible de rapporter à aucune espèce connue. L’auteur en vit sortir, au bout de quelque temps, des êtres tout à fait anormaux : de l’œuf émergèrent peu à peu deux prolongements amyboïdes, qui finirent par donner à l’ensemble l’aspect d’un croissant fixé par son milieu à une sphérule Aucun animal analogue n’avait jamais été signalé. Les extrémités des cornes du croissant sont adhésives, de façon que les petits animaux peuvent se fixer sur les corps sous-marins, soit par un bras, soit par les deux, et prendre toutes sortes de positions que M. de Lacaze compare à celles des gymnastes qui font le bras fort. Or ces êtres ne restent pas longtemps dans l’état que nous venons de décrire. Sur un côté de leur corps, sur le côté droit, il se produit cinq tentacules qui s’accroissent peu à peu, deviennent les rayons de l’étoile de mer, si commune, désignée sous le nom d'astericus.

Quant à tout l’embryon primitif, il est successivement résorbé. Comme ou voit, cette observation est digne du plus vif intérêt ; elle devient plus curieuse encore si on la rapproche de celles du même genre auxquelles les autres rayonnées ont donné lieu parce qu’il s’en dégage alors une notion générale. On a reconnu que de l’œuf de certaines astéries il sort un être, un proto-embryon, qui, pas plus que le croissant de tout à l’heure, n’affecte la symétrie de l’échinoderme qui l’a produit. C’est un corps ovoïde avec deux grands bras, l’un antérieur, l’autre postérieur et tous deux ramifiés : il est presque tout bras et on l’appelle brachyolaire. Puis sur le côté apparaissent les protubérances qui deviennent les rayons de l’étoile. Chez les oursins, le proto-embryon a la forme d’une pyramide à quatre faces ; c’est encore sur le côté que l’animal rayonné se forme et par conséquent suivant des lignes et des plans de symétrie qui n’ont aucune liaison avec ceux du proto-embryon lui-même. Il y a là des aperçus de la plus haute portée, quant aux relations mutuelles des divers modes de symétrie que présente le règne animal.

Premières notions de cosmographie. — Terminons en annonçant les excellentes notions de cosmographie dues à la plume, à la fois si savante et si aimable, de M. Félix Hément, et que met en vente la librairie Delagrave. On ne peut mieux caractériser ce livre qu’en disant avec l’auteur lui-même que c’est un épitomé de la science. Tout ce qu’il importe de savoir y est, mais réduit aux proportions qu’il faut pour qu’une jeune intelligence puisse, en s’en enrichissant, concevoir, non pas du dégoût pour la science nouvelle qui lui est révélée, mais au contraire aspirer à en apprendre davantage. Si tous les livres de classes étaient écrits, comme l’est celui-ci, au point de vue de l’enfant qui ne sait pas et avec le désir de lui plaire, l’âge du collège serait l’âge d’or. Stanislas Meunier.