Acadie/Tome I/04

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Texte établi par Henri d'Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome Ip. 1-).

PRÉFACE


Le travail que nous entreprenons n’a jamais été fait.

Que le lecteur ne s’étonne pas trop de cette assertion à l’emporte-pièce, car elle repose sur une excellente raison, à savoir : que les Archives se rapportant à la partie la plus importante de cette histoire ont été ou enlevées, ou détruites, ou simplement perdues. Nous verrons plus tard laquelle de ces alternatives est la plus vraisemblable.

Un écrivain américain[1] traitant le même sujet, a donné pour titre à son ouvrage : Acadia — A lost chapter in American History. L’auteur ne possédait pas les documents nécessaires pour recomposer ce chapitre en entier ; cependant, avec son jugement sûr et sa grande impartialité, et en faisant bon usage des pièces qu’il avait sous la main, il nous a en quelque sorte laissé entrevoir ce qui se cachait dans la partie des archives qui est disparue.

Or, ce « chapitre perdu », nous croyons l’avoir rétabli dans ses formes essentielles. Et le lecteur jugera si le titre que nous avons choisi convient à l’ouvrage que nous avons l’honneur de lui présenter. Avons-nous donc eu l’avantage de découvrir des archives qui étaient demeurées jusqu’ici introuvables ? Oui et non. Il est probable qu’une portion considérable de ces documents évanouis ne reverra jamais le jour. Pourtant, une chance heureuse en a mis sur mon chemin des fragments en quantité suffisante pour jeter la lumière, sinon sur les détails secrets de cette histoire, du moins sur ses points principaux, ses plus grandes lignes. Le reste est le fruit de ma pensée qui, depuis des années, a vécu en relations intimes avec ce sujet.

L’on comprendra aisément l’intérêt que ces événements offraient pour un arrière-petit-fils des Acadiens déportés. Une attraction puissante émanait pour moi de ces choses qui n’avaient pour d’autres que le mérite de piquer la curiosité ; et je me sentais comme fortement pressé d’entreprendre des recherches, de me livrer à des méditations qui semblent avoir rebuté tous ceux qui jusqu’ici se sont occupés de la question. Le mystère même qui l’environnait a fasciné bien des écrivains ; mais l’on se lasse vite d’un labeur qui se heurte à des difficultés de toute nature ; aussi est-il arrivé que tous ont fini par enjamber le vide oupar exploiter un mince filon emprunté à ceux qui avaient ouvert la voie.

Toute l’importance de cette histoire de l’Acadie, depuis la conquête anglaise, en 1710, jusqu’en 1763, se concentre dans les actes qui ont amené la déportation, dans cette déportation même avec tout ce qui s’en est suivi. Et cela embrasse une période qui s’étend de 1743 à 1763, ou même 1766. Ce qui précède ne renferme rien qui soit vraiment digne de mémoire. L’on ne s’attarde pas à dépeindre la rivière qui coule paisible à travers une vallée dont la physionomie est plate et uniforme. Que si, laissant derrière soi cette ennuyeuse monotonie, l’on atteint des escarpements prodigieux et fantastiques, des rochers qui surplombent, des flots écumants qui se précipitent d’abîme en abîme, alors l’on s’arrête comme saisi, l’on reste émerveillé de cette nature tourmentée, déchirée par les efforts incessants de l’onde qui passe. C’est là l’image de l’histoire que nous allons parcourir. Mais au lieu de décrire minutieusement la partie qui seule offre un intérêt réel et varié, l’on s’est borné jusqu’ici à en tracer quelques coups de crayons grossiers qui ne nous laissent rien voir des événements palpitants dont elle est parsemée.

Comment expliquer la disparition des documents ayant trait à une période si importante ? Faut-il voir là un simple hasard ou un coup prémédité ? Telle est la question que beaucoup d’écrivains se sont posée avant nous. Ceux qui y ont répondu l’ont tous fait dans le même sens, d’autres ont fait semblant de l’ignorer, c’est-à-dire qu’ils n’ont voulu en tenir aucun compte, et qu’ils l’ont délibérément passée sous silence. Mais si ces derniers ne partageaient pas les soupçons de leurs confrères, l’on conviendra que leur devoir était de les combattre, ou à tout le moins de mentionner le fait de la disparition de ces documents, ne fût-ce que pour se justifier auprès de leurs lecteurs d’avoir exposé brièvement une période aussi importante de l’histoire. Avaient-ils peur qu’on ne tirât de là des conclusions qui s’imposent ? On pourrait le croire.

Quoi qu’il en soit, le développement que nous avons donné à un sujet que nos devanciers avaient seulement effleuré devra suffire pour prouver que nous nous sommes imposé un travail sérieux et que nous avons trouvé bien des renseignements nouveaux. Sur ce point, nos lecteurs ne seront pas déçus. Quelque opinion qu’ils conçoivent de notre œuvre ils ne pourront nous refuser le mérite de les avoir intéressés par une masse de documents inédits, par des aperçus originaux et des conclusions dont il est difficile de se défendre. D’aucuns même, nous eu sommes persuadé, ne seront pas loin d’admettre que ce livre est toute une révélation, et qu’il renferme la solution du problème qui se posait depuis un siècle.

L’on sait quelles impressions profondes produisent sur l’enfant les récits du foyer, surtout lorsque ces récits sont tout pleins d’éléments dramatiques. Et si les événements qu’il entend raconter furent personnels aux auteurs de ses jours, ils prennent à ses yeux des proportions démesurées et s’enracinent à jamais dans son esprit. Ainsi en fût-il pour moi des événements qui ont précédé, accompagné et suivi la déportation des Acadiens. C’est sur les genoux de ma mère[2] qu’ils m’ont été cent fois contés ; et les larmes que souvent ils m’ont fait verser suffiraient seules à en perpétuer en moi le souvenir. Toute mon enfance s’est écoulée au sein d’une population acadienne. Alors vivaient encore les fils de ceux qui avaient été déportés ; ces souvenirs étaient frais dans leur mémoire ; et chaque famille pouvait recomposer la série de ses malheurs, depuis le départ de Grand-Pré, Beaubassin ou Port-Royal, jusqu’au moment de son établissement définitif en Canada[3].

Une génération nouvelle a maintenant remplacé celle qui disparaissait ; moi-même, voilà bien des années que j’ai quitté le toit paternel, dit adieu au village natal ; les impressions et les souvenirs de mon enfance, si vivaces qu’ils soient encore au fond de ma pensée, ont perdu cette précision qui fait la valeur des traditions soigneusement recueillies et rend si précieux leur témoignage. Du reste, mes souvenirs ne portant que sur les faits purement matériels de la déportation et les infortunes qui en furent la conséquence, le lecteur n’y prendrait qu’un médiocre intérêt. Nous dirons seulement que la réponse invariable de tous ceux à qui s’adressaient nos questions touchant les causes de la déportation fut celle-ci : refus de la part des Acadiens de prêter le serment d’allégeance sans la réserve expresse qu’on ne leur ferait jamais prendre les armes contre les Français.

« Mais, leur objections-nous souvent, cela est difficile à croire. Vos pères ont dû se rendre coupables de quelque acte d’hostilité qui a forcé le gouvernement à user envers eux de rigueur. Leur châtiment a sans doute été trop sévère, et il faut blâmer l’autorité d’avoir eu recours à un si violent moyen de répression ; mais comment penser qu’ils ne méritaient pas au moins quelque peine ? » — Et notre question évoquait toujours la réponse, précise et formelle, qu’à aucun moment la population qui résidait dans la péninsule, en territoire anglais, n’avait pris ou même menacé de prendre les armes contre ses maîtres.

En dépit de leurs affirmations, nous nous imaginions que nos interlocuteurs devaient se tromper. Le dirons-nous ? notre désir était de nous convaincre nous-même qu’ils faisaient erreur. L’amertume que ces souvenirs suscitent en nous eût été amoindrie par la certitude que la déportation avait eu une cause avouable. Nous aurions alors confondu ou essayé de confondre ces néfastes événements avec tant d’autres qui, à des époques reculées, ont frappé indistinctement toutes les nations. Quelque cruel qu’ait été un châtiment, l’idée qu’il a été en partie mérité est déjà en soi une consolation[4], le pardon et l’oubli deviennent possibles, si ce n’est même un devoir.

Or, l’étude consciencieuse que nous avons faite ne nous a pas donné cette consolation-là. Nous avons au contraire acquis, au cours de nos recherches, la persuasion absolue que la tradition était, sur le point qui nous occupait, le fidèle écho de la vérité historique. Ajoutons seulement, si extraordinaire que cela puisse paraître, que le gouvernement de la métropole ne fut pour rien dans l’arrêt et l’exécution de la mesure barbare dont le souvenir causera toujours une impression douloureuse au monde civilisé[5].

Il est des événements ou des hommes qui s’imposent à l’attention de leurs contemporains avec une telle force qu’il semble que leur souvenir subsistera longtemps et sera même consacré par l’histoire. Ils passent cependant sans laisser de trace ; le vain bruit qu’ils ont fait s’éteint dans un prompt oubli. D’autres, moins importants en apparence et moins remarqués, se prolongent indéfiniment dans l’avenir, sans rien perdre de l’intérêt qu’ils avaient d’abord suscité. Enfin, certains faits ou certains personnages paraissent grandir en raison de la distance qui nous en sépare : ils prennent d’autant plus de majesté qu’ils s’enfoncent dans un passé plus lointain[6]. Dans l’antiquité, le siège de Troie, le combat des Thermopyles, les noms d’Homère, de Socrate, de Platon ; dans les temps modernes, la Grande Charte, la St-Barthélemy, Colomb, Shakespeare, Washington, voilà de ces choses et de ces hommes qui projettent dans l’histoire une ombre gigantesque. Ainsi en sera-t-il, croyons-nous, de la déportation des Acadiens[7]. Ce fait unique de la dispersion d’un peuple prendra toujours plus de relief avec le recul des siècles. L’effort même qu’on a fait pour effacer tout vestige de cet événement, en supprimant les documents et les mémoires où son empreinte était gravée, contribuera plus que tout le reste à en perpétuer le souvenir. Là où l’historien ne peut pénétrer, entre le poète avec ses admirables facultés d’intuition et de divination. Ces chapitres tronqués ou perdus de l’histoire des nations deviennent alors le domaine mystérieux où celui-ci, glanant les rares épis échappés à la destruction, empruntant le reste à son propre génie, compose ces chants attendris qui lui vaudront l’immortalité [8]. Et quelle riche moisson poétique offre le sujet que nous allons exposer ! Un peuple heureux et prospère arraché violemment à ses foyers, disséminé sur toutes les plages ; des familles brisées dont les membres épars se cherchèrent pendant des années ; des existences vouées désormais à la tristesse et à la douleur, oh ! comme de tout cela se dégage une impression pénétrante. Même après plus d’un siècle, impossible à celui qui médite sur ces événements de n’en pas recevoir une sensation d’infinissable mélancolie. Les victimes de ce drame lugubre vous prennent au cœur et aux entrailles, comme les personnages d’une tragédie antique. L’esprit se perd à vouloir calculer les conséquences de cette affreuse dispersion : elles ont atteint chacun des membres de chaque famille ; pas un cœur qui n’en ait été torturé ; pas un muscle qui n’en ait tressailli.

Si nous ne pouvons nous dire que le châtiment infligé à nos pères fut, même pour une part, mérité, du moins la conviction que la métropole n’avait pas décrété officiellement ce crime a apporté comme un adoucissement aux pensées amères qui hantaient notre esprit. Non ! Le gouvernement anglais n’a jamais ordonné cette déportation ; et nous voulons croire qu’il n’en a jamais entretenu la pensée sous la la forme odieuse qui a été adoptée [9]. Cet ouvrage fournira la preuve indiscutable qu’au moment même où le gouverneur Lawrence, se couvrant indignement du nom de Sa Majesté, mettait à exécution ce dessein depuis longtemps nourri, on lui adressait de là-bas des ordres condamnant en termes énergiques le projet pourtant atténué, la mesure adoucie qu’il avait soumis aux Lords of Trade. Chose étrange, et qui montre avec quelle légèreté s’écrit parfois l’histoire : aucun des historiens anglais ne cite un seul des documents qui établissent ce fait si important, les uns pour des raisons que nous expliquerons au cours de ce récit, les autres parce qu’ils ont aimé mieux suivre le sentier battu que de s’ouvrir un chemin à travers la brousse.

Nous n’entendons point, dans une préface, indiquer, fût-ce brièvement, sur quoi s’appuie notre ouvrage, quelles en sont les substructions. Cela nous entraînerait trop loin. Que ceux qui prennent un sincère intérêt aux choses de l’histoire soient seulement assurés de trouver ici de quoi satisfaire pleinement leur légitime curiosité. Nous osons même nous flatter que notre ouvrage leur donnera la solution de l’énigme qu’ils cherchaient depuis longtemps : nos explications mises à part, l’enchaînement progressif des faits à la lumière des nombreux documents inédits que nous apportons, — voilà ce qui sera surtout de nature à leur plaire.

Dans l’esprit de nos lecteurs va sans doute s’élever une foule de préventions, que nous espérons voir tomber une à une, et se dissiper tout à fait bien avant le dernier chapitre de notre livre. Loin de nous étonner de ces préventions, nous les comprenons parfaitement : comment en effet se défendre de l’impression que celui qui décrit des événements auxquels tous ses ancêtres ont été si douloureusement mêlés ne puisse les envisager avec le calme et l’impartialité nécessaires à l’historien ? — Il est vrai, le souvenir du traitement infligé aux Acadiens a laissé en notre âme une empreinte indélébile ; notre cœur a saigné au récit des malheurs qui ont accablé nos pères. Et cependant cela est resté sans influence sur notre jugement, et c’est avec la plus grande liberté d’esprit que nous avons examiné un problème obscur et tenté de le déchiffrer. L’éducation fixe souvent dès l’enfance les opinions de toute la vie. Pour le plus grand nombre, cette éducation est tout ; elle met dans leur intelligence des semences d’idées, dans leur cœur des germes de sentiments qui se développeront normalement et leur serviront à tout jamais de règles et de principes : en sorte que les choses seront toujours teintées à leurs yeux des couleurs sous lesquelles elles leur sont apparues d’abord. Mais il y a des tempéraments plus souples, plus élastiques, et aussi plus personnels, qui, tout en respectant les traditions puisées au foyer, les discutent, en pèsent la valeur, font même table rase de tout ce dont l’éducation les a chargés pour revoir les questions dans une lumière nouvelle et sous un angle plus large. Telle est, croyons-nous, la disposition de notre caractère.

Les historiens n’ont pas l’habitude de faire leur propre psychologie. Quelque naïveté qu’il puisse y avoir à l’avouer, l’on nous permettra de dire que la bienveillance — trait le plus saillant de notre nature — nous a guidé dans tout le cours de notre étude. Chaque fois que cela a été possible sans compromettre trop gravement la vérité, il nous a été doux de céder à ce sentiment. Nous nous sommes gardé, encore que cela eût été facile, de suspecter la sincérité de bien des historiens ; nous avons même poussé l’indulgence jusqu’à prêter à tel ou tel des intentions honnêtes quand nos convictions nous disaient tout le contraire, pensant qu’il valait mieux nous taire ou pécher par excès de bonté que de risquer de tomber dans une sévérité outrée. Pourtant devant les efforts systématiques, bien caractérisés et sans cesse renouvelés que certaine école a tentés pour fausser l’histoire, le silence de notre part eût été une faute ; notre conscience nous faisait un devoir de dévoiler ces pratiques honteuses et d’en stigmatiser les auteurs.

C’est du compilateur des Archives de la Nouvelle-Ecosse et de M. Parkman que nous voulons ici parler. [10]

Nous regrettons d’avoir eu à traiter avec rigueur ces deux derniers historiens, mais l’évidence avec laquelle nous est apparue leur mauvaise foi nous en faisait une obligation. Comme nous n’avançons rien sans preuves, le public jugera par lui-même de la valeur des motifs qui nous ont inspiré à cet égard. Nous nous exposons sans doute à des représailles que nous sommes du reste en mesure de pouvoir repousser victorieusement. Malgré toutes nos recherches pour nous rendre maître de la question, il est possible que nous ayons pu nous tromper sur quelques points, laisser de

côté certains faits secondaires ou même importants. Il n’y aurait rien d’étonnant à cela, puisqu’il s’agissait de reconstituer un chapitre perdu avec des fragments échappés à la destruction. Si donc nos erreurs se sont glissées dans notre travail, nous sommes prêt à les reconnaître et à les corriger. Mais autre chose est ignorer un fait inédit et dénaturer ou passer sous silence une vérité que tout le monde connaît et qui s’impose à l’esprit.

La plupart des historiens ont cependant tiré des conclusions peu différentes des nôtres. Tout ce qui s’est écrit sur le sujet pendant au delà de cent ans procédait à peu près du même point de vue. D’abord vient Raynal, qui écrivait vers 1780, peu de temps après la déportation [11]. Son ouvrage — Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes — pourrait avoir quelque valeur si l’auteur avait vécu sur les lieux, ou s’il avait seulement pris la peine de les visiter et de recueillir par lui-même des informations. Faute d’avoir personnellement contrôlé ses sources de renseignements, Raynal, bien que contemporain des événements qu’il raconte, ne compte guère comme historien. Sans mettre en doute sa bonne foi, nous attachons si peu d’importance à son récit que nous ne le citons pas une seule fois. Ses opinions ne sont que le reflet des idées et des sentiments qui régnaient alors en France. Ce n’est pas un écrivain sérieux, c’est tout au plus un beau conteur dans le style pompeux et ampoulé de l’époque. La peinture flatteuse qu’il fait des mœurs acadiennes est trop idéale pour n’avoir pas été enjolivée par son imagination. Néanmoins, nous avons des preuves nombreuses qu’à Halifax même, une partie de la population ne paraissait pas supposer qu’il s’éloignât beaucoup de la réalité. Haliburton, qui écrivait quarante ans plus tard, cite les appréciations de Raynal en faisant observer qu’elles sont plus près de la vérité qu’on ne pourrait le croire.

Cet Haliburton n’était pas un étranger, mais un enfant du sol[12]. Son père, un Loyalist, s’était en effet établi en Nouvelle-Écosse, après la guerre de l’indépendance américaine ; et c’est à Windsor, dans cette province, que naquît, en 1796, celui qui devait illustrer le nom de la famille. Thomas-Chandler Haliburton, s’est élevé jusqu’au rang de juge de la Cour Suprême de sa Province ; il a laissé des ouvrages remarquables ; il a toujours joui de l’estime de ses compatriotes et a mérité d’être honoré par son Souverain. Par son caractère, son esprit juridique, sa position sociale, ses talents supérieurs et variés, il est peut-être l’homme le plus distingué qu’ait encore produit cette Nouvelle-Écosse, pourtant si féconde en natures d’élite.

Dans son Historical and Statistical Account of Nova Scotia, Haliburton n’a sans doute pas donné la mesure de son talent d’écrivain, mais l’on y voit percer l’élévation de son caractère, sa droiture naturelle : l’on constate que l’auteur a fait de louables efforts pour se rendre maître de son sujet et pour guider le public dans la voie que sa conscience lui disait être la bonne. Il a aussi fondé l’histoire de sa province ; la législature de son pays lui vota des remercîments officiels. Encore aujourd’hui, il est l’autorité que l’on consulte et sur laquelle s’appuient ceux qui s’occupent d’histoire locale. Haliburton fut presque contemporain de quelques-uns des personnages qui avaient figuré, à un titre

ou à un autre, dans l’épisode de la déportation, soit comme acteurs, soit comme témoins. Et s’il a pu en étudier l’histoire à ses sources, il a eu en outre l’immense avantage de pouvoir recueillir les renseignements qui lui étaient transmis par une tradition encore fraîche. L’on verra que ses conclusions se rapprochent sensiblement des nôtres. Trente ans plus tard vint Rameau, avec La France auxColonies (1859) et Une Colonie féodale en Amérique ; [13]puis en 1865, Beamish Murdoch, avec son History of Nova Scotia. Le volume des Nova Scotia Archives, commencé en 1857, fut complété en 1869. En 1873, Campbell donnait aussi une History of Nova Scotia, tandis que Moreau publiait son Histoire de l’Acadie. En 1879, parut History of Acadia, par Hannay ; en 1884, AcadiaA lost chapter in American History, par Philip H. Smith. En 1884 encore, ce fut au tour de Parkman qui, dans son Wolfe et Montcalm, traite assez au long de l’Acadie. Enfin, en 1885, l’abbé H.-R. Casgrain décrivait son Pèlerinage au pays d’Évangéline, ouvrage rempli de détails inédits, et que l’Académie Française a couronné en 1888.

À l’exception de Hannay et de Parkman, et peut-être de Murdoch, qui pourtant ne se prononce guère sur les événements qu’il raconte, tous les écrivains que nous venons de citer ont donné à peu près dans le même sens que Haliburton.

Ces dernières années, l’histoire de l’Acadie s’est enrichie d’une collection extrêmement précieuse qui jette un jour nouveau même sur les points restés les plus obscurs. Il est regrettable que des hommes apparemment sincères, comme Murdoch et Hannay, n’aient pas eu l’avantage de la connaître. Quant à Parkman, nous avons des raisons de croire qu’il la connaissait, encore qu’il ait paru l’ignorer. Il s’agit des papiers laissés par le révérend Andrew Brown, ministre de l’église presbytérienne, qui mourut à Edimbourg. Il était professeur de Rhétorique à l’Université de cette ville. Brown avait vécu à Halifax de 1787 à 1795, et avait profité de son séjour dans la Nouvelle-Ecosse pour réunir des matériaux relatifs à l’histoire de cette province, qu’il se proposait d’écrire. Son travail resta en cours d’exécution. La partie qui en était faite, ainsi que les pièces très précieuses que l’auteur avait découvertes et dont il se fut servi pour étayer tout l’ouvrage, après avoir été longtemps perdues, furent retrouvées par le plus grand hasard. Le British Muséum s’est empressé de les acheter et de les classer. La Nova Scotia Historical Society et le Canada-Français, de Québec, ont rendu aux sciences historiques un service signalé en publiant des fragments considérables de cette collection, dont on ne peut assez hautement proclamer l’importance [14]. Nous lui devons, en effet, d’avoir recomposé, à peu près en entier, notre « chapitre perdu ». Il nous manquait un historien, plus voisin de ces événements sur lesquels on avait voulu faire l’oubli, que ne l’avait été Haliburton. Grâce aux manuscrits du Dr Brown, cette lacune est maintenant comblée, et d’autant mieux que la probité de l’auteur ne laissait rien à désirer.

Le volume d’archives, publié en 1869 par ordre de la Législature de la Nouvelle-Ecosse, eut pour éditeur Thomas B. Akins, commissaire des archives publiques de cette province. Nous n’hésitons pas à affirmer que la plus grande partialité a présidé au choix des documents qui le composent : cette compilation a été faite dans le but mal déguisé — ainsi qu’il appert par la préface même — de réunir tout ce qui était de nature à justifier la déportation des Acadiens. Nous nous bornerons à dire pour le moment que, sans avoir pris à tâche de relever par le menu toutes les accusations qu’on y fait peser sur nos pères et d’en montrer l’inanité, nous avons incidemment apporté suffisamment de preuves à l’encontre pour éclairer quiconque désire sincèrement connaître la vérité. Il est évident que Akins a voulu produire une réaction contre les opinions et les sentiments qui régnaient depuis au delà d’un siècle. Sa compilation, qui viole toutes les règles de l’équité, serait, il s’en flattait du moins, l’arsenal où l’on viendrait chercher des armes, sachant bien que peu d’historiens se donneraient la peine de pousser plus loin leurs investigations.

L’histoire de cette période ne saurait avoir pour base le simple résumé des documents qui nous en sont parvenus. Celui qui s’en tiendrait à cela n’aurait aucunement fait œuvre d’historien. Ces documents sont d’abord peu nombreux et puis, jusqu’en 1758, l’on se trouve en face d’une autorité omnipotente incarnée dans la personne d’un gouverneur militaire. Habitués à la rigoureuse discipline des camps, ces gouverneurs n’étaient bons qu’à commander, et qu’à exiger de leurs sujets une obéissance passive. Or, est-ce avec les proclamations et les ordres d’un potentat, ses lettres au Secrétaire d’Etat représenté dans l’instance par les Lords of Trade, que l’on pourra écrire une impartiale histoire ? — Ces lettres ne montrent qu’un côté de la question, — le sien ; il n’y a rien mis qui lui soit défavorable à lui-même, rien qui puisse donner prise contre lui, ou justifier ceux qui auraient eu le courage de le contredire ou de faire entendre un murmure. Voilà cependant tout ce que nous possédons comme source de renseignements. Et encore ces pièces sont loin d’être complètes, une grande partie en ayant disparu. Du moins, celui qui entreprend de donner au public un travail où l’image de la réalité soit peinte aussi fidèlement que possible, doit-il, autant pour sa propre satisfaction que pour celle de ses lecteurs, s’aider de ces misérables débris, tâcher de les ajuster et d’en pénétrer le sens caché ; il lui faut s’efforcer de découvrir les motifs secrets qui pouvaient inspirer la conduite de ce despote, de saisir les indices qui permettront de juger de son caractère et de ses actes. Si donc, analysant ces pièces officielles dans lesquelles le gouverneur n’a dit que ce qu’il a voulu et a eu toute liberté de s’attribuer le beau rôle et de donner aux mesures qu’il a prises la couleur de la légalité, l’historien parvient cependant à percer leur louche phraséologie, à montrer ce qui se cache sous leur forme habile, et à prouver de façon péremptoire que tel acte public a eu pour cause déterminante, non pas les raisons fictives qui sont données là, mais de tout autres mobiles, honteux et inavouables, et que cette conclusion s’impose avec toute la force de l’évidence, — certes, pareil résultat serait bien propre à créer l’étonnement.

Or, ce résultat, nous l’avons atteint dans l’examen des documents rédigés par Lawrence et ses complices[15]. Les historiens ont été à peu près unanimes à admettre que les Acadiens n’avaient rien fait qui pût justifier leur déportation. Leurs actes, tels que présentés par Lawrence lui-même, ne motivaient pas un traitement aussi barbare. Ce fut là le sentiment général pendant un siècle. S’il est vrai, d’autre part, que le gouvernement anglais n’a jamais ordonné la déportation, il faut donc supposer que Lawrence avait un intérêt quelconque à agir comme il l’a fait. Cet intérêt, nous en avons eu comme l’intuition dès le début de nos études sur ce sujet ; nous avons parfaitement compris en quoi il avait pu consister. Mais là n’était pas la difficulté. Le point essentiel était de prouver que nous avions vu juste et que notre pressentiment avait un fondement dans la réalité. Chose ardue, quand on se souvient que les documents sur lesquels nous aurions pu appuyer notre démonstration avaient disparu. Quelqu’un a dit avec plus d’esprit peut-être que de justesse : « Vous voulez connaître la raison d’un crime ? cherchez la femme ! [16] » Nous, nous dirons à propos du plus monstrueux attentat que relatent

les annales des nations : « cherchez l’intérêt !» Oui, ce crime affreux a eu pour mobile l’intérêt, la rapacité sordide. Nous ne nous trompions pas dans nos calculs en soupçonnant que l’intérêt avait inspiré cette barbarie ; et, grâce à Dieu, nous avons réussi à en donner une preuve assez claire et assez nette pour satisfaire même les exigences d’un tribunal ; alors que personne n’avait cependant le droit de nous demander d’établir la vérité, sur un fait vieux de cent quarante ans, avec toute l’exactitude et toute la rigueur prescrites dans les cours de justice.

Il est relativement facile d’écrire l’histoire d’une nation qui compte de longs siècles d’existence, comme la France ou l’Angleterre. Tant de documents font contrepoids aux pièces officielles qu’il suffit presque de citer les sources, de les comparer, de confronter l’un avec l’autre les divers moyens d’information pour se former sur toute chose une opinion : les interprétations, les commentaires deviennent en quelque sorte superflus. Tandis que, dans la question dont il s’agit ici, l’instrument de travail est si ingrat et d’une nature telle qu’il faut le peser consciencieusement, méditer à fond son essence, avoir recours à toutes les subtilités de l’argumentation pour en tirer quelque chose qui ressemble à l’histoire : l’esprit doit faire appel à toutes ses ressources pour en dégager d’irréfutables conclusions. Nous aurions pu nous borner au rôle de compilateur, et, à l’exemple de tant d’autres, copier à droite et à gauche, sans apporter à nos recherches le moindre sens critique, le moindre souci de faire œuvre de vérité. Mieux eut valu alors ne rien écrire du tout. S’il en est qui ont été à même de compulser plus de documents que nous n’avons fait, en revanche nous affirmons que personne ne s’est appliqué autant que nous à faire la critique interne des pièces, officielles ou autres, concernant ce sujet, pour en dévoiler l’âme, la substance réelle, surprendre, sous les mots vagues ou trompeurs, entre les lignes d’une rédaction de commande, les intentions, les vrais sentiments des parties intéressées. Nous avons abordé cette étude dans un parfait esprit d’impartialité, et avec l’espoir de trouver quelque raison valable à cette déportation, et de délivrer ainsi notre âme de la lourde oppression qui la faisait gémir. Hélas ! nous n’avons rien vu qui ait pu justifier cette mesure, tout au contraire. Du moins avons-nous acquis la consolation de savoir que ce crime ne porte pas directement ou tout entier sur une nation, mais sur des individus que l’histoire n’a pas encore flétris convenablement. Le gouvernement de la Métropole sort indemne de l’enquête approfondie que nous avons menée pour découvrir les véritables auteurs de ce forfait. Toute la honte en rejaillit sur les Lawrence, les Belcher, les Wilmot, les Morris et leurs complices. Il est juste que le front de ces personnages en demeure stigmatisé.

Tout en réprouvant la politique égoïste et astucieuse qui fait invariablement le fond de la diplomatie britannique, l’on ne peut se refuser d’admettre que l’Angleterre doit sa haute position à la sagesse et à la largeur de vues de ses hommes d’Etat. Un ministère succédait à un autre, mais dans les grandes lignes de sa politique, rien n’était changé. Sans enthousiasme subit, mais aussi sans défaillance, sans volte-face inattendue, l’Angleterre marchait vers son but avec la même ferme résolution, la même âpre ténacité. Les obstacles qu’elle rencontrait sur sa route ne semblaient servir qu’à aiguiser ses convoitises et à fortifier ses déterminations.

La politique de la France peut se résumer en une définition à peu près contraire. L’on fondait des colonies avec enthousiasme, pour les abandonner à elles-mêmes quelques années après. Il en fut ainsi pour l’Acadie entr’autres. L’on y implanta une centaine de familles qui eurent bientôt à subir, sans recevoir de la mère-patrie les secours auxquels elles avaient droit, des luttes héroïques contre un ennemi beaucoup plus fort[17]. Lorsque cette poignée de colons fut devenue un petit peuple heureux et prospère, lorsque l’on vit quel prix l’Angleterre mettait à sa conservation, on se reprit à convoiter ce que l’on avait négligé ou laissé perdre. Au lieu de fonder des colonies avec des colons, l’on y élevait des forteresses coûteuses en s’imaginant que c’était en cela surtout que consistait la colonisation. Un seul des trente millions dépensés sur le rocher de Louisbourg eut suffi à peupler l’Acadie de manière à en assurer à la France la possession définitive. Pendant que le Canada, avec ses soixante mille âmes, tenait en échec les douze cents mille de la Nouvelle Angleterre, la France, livrée aux courtisans, s’amusait. Voltaire, qui présidait la cour des beaux esprits, déclarait que l’on aurait bien tort de se déranger pour « quelques arpents de neige » [18]. Le mot fit fortune, détermina tout un courant d’opinion défavorable à notre cause, — et le Canada fut perdu[19]. Les colonies d’outre-mer avaient des devoirs envers la France, dont elles se sont généreusement acquitté. La France peut-elle à son tour en dire autant à leur égard ? Un père de famille est-il quitte envers ses enfants après leur avoir donné le jour ? Ne leur doit-il pas en plus éducation et protection ?

Après plus d’un siècle d’oubli, la France a constaté que l’enfant lointain qu’elle avait conçu dans un élan d’amour pour l’abandonner ensuite à son propre sort, avait grandi, et qu’il gardait toujours de son ancienne mère-patrie un tendre souvenir ; elle s’est aussi aperçue que les arpents de neige qu’elle avait dédaignés étaient devenus presque un empire, dont les immenses ressources enrichissaient sa rivale. Elle a pu regretter alors d’avoir été si peu clairvoyante, de n’avoir pas prévu l’avenir qui était réservé à ce pays et de ne s’être pas résolue à faire les plus grands sacrifices pour le garder. Inutiles regrets ! Depuis longtemps, l’Angleterre s’est appropriée toutes les terres désirables de notre planète. Sa langue, ses institutions, ses capitaux couvrent tous les points du globe. Elle s’est constituée le plus magnifique empire colonial que le monde ait vu. Pendant que la France s’occupait de folies, l’Angleterre travaillait activement à accroître ses possessions : cela valait bien le mot d’esprit qui fit rire un jour et qui eut été oublié le lendemain si la France n’avait encore à en déplorer le néfaste succès.

Pauvre France ! Pour garder ton sceptre en mains fermes, tu avais inventé la loi salique. Tu ne voulais pas être gouvernée par des reines, et tu l’as été par des courtisanes. Tu étais riche et honorée : les maîtresses royales ont gaspillé tes écus et ton honneur. Tes beaux esprits ont fait rire, mais à tes dépens. Il te reste aujourd’hui le privilège de faire sécher ton poisson sur un petit coin de ce continent qui t’appartenait ou pouvait t’appartenir en entier. Tu t’es faite plus sage, tu as reconnu tes erreurs, pleuré tes légèretés ; tu as vu que l’Angleterre était devenue riche et puissante pour avoir su apprécier ce que tu avais méprisé. Il est trop tard ! Quelques arpents de sable dans le Sahara, où tes enfants ne peuvent habiter ; quelques milliers de nègres dans le Sénégal, le Dahomey ou le Congo, ne compenseront jamais pour toi la perte de ces cœurs français qui eussent surgi en nombre des vastes et salubres plaines de ce beau continent. Ô France ! pardonne à un fils des malheureux Acadiens d’invoquer ces souvenirs cruels… Nous avons tant souffert[20] !

Abandonnés par la France, les Canadiens ont cependant toujours aimé leur ancienne patrie. Ils ont changé de domination, mais pour devenir bientôt les maîtres de leurs propres destinées. S’ils ont été très sensibles à l’oubli dans lequel la France les tenait, ils n’ont pourtant guère eu à se plaindre autrement de leur nouveau sort. En fut-il ainsi des Acadiens ? Peuvent-ils, eux, ne pas se souvenir des affreux malheurs que leur a causés le fait d’avoir été lâchement abandonnés ? Si les maux incalculables qui nous ont été infligés restent gravés dans notre mémoire, nous croyons toutefois équitable de pardonner à l’Angleterre la part qui peut lui être attribuée dans ce triste drame de notre misère. Mais, ce qui nous est impossible, c’est de pardonner aux vrais coupables ; non, nous ne pardonnerons jamais à ceux qui, sans raison aucune, sans mandat, sans ordre officiel et même contre les ordres de la Métropole, nous ont dépouillés et jetés sur toutes les plages. De pareilles injustices ne se peuvent oublier. Tant que nos enfants pourront retracer leur origine, ils se rappelleront les souffrances de leurs pères et flétriront leurs persécuteurs. Il n’est pas en notre pouvoir d’effacer de nos cœurs ces poignants souvenirs. Nous voulons bien aimer et bénir le drapeau qui flotte au-dessus de nos têtes ; nous voulons bien pardonner au gouvernement Britannique la faiblesse qu’il a commise en n’intervenant pas contre ceux qui tramaient notre ruine. Mais, de grâce ! que l’on cesse de nous calomnier à seule fin d’exonérer une douzaine d’individus que toute l’eau du Niagara ne saurait laver de leur crime. Que l’on se joigne plutôt à nous pour nous aider à rétablir les faits que certains historiens de la dernière heure ont pris à tâche de dénaturer ! Compatriotes anglais, montrez-nous que le British fair play n’est pas un mot vide de sens. Imprimez sur le front des coupables le stigmate qu’ils méritent ! Et nos frères acadiens pardonneront le passé, ils l’oublieront même… si cela leur est toutefois possible après tant d’infortunes.

Une curiosité bien naturelle nous a poussé à étudier cette histoire ; des convictions profondes nous ont amené à l’écrire. Nous regrettons d’avoir cédé à cette curiosité : elle a jeté sur notre vie un voile de tristesse que rien ne saurait dissiper. Nous nous sommes condamné à refaire sans cesse par la pensée le calvaire d’opprobres et d’ignominies que nos pères avaient dû gravir. Notre esprit s’est rivé à cette lugubre épopée, comme autrefois Pygmalion à sa statue, avec cette différence essentielle que celui-ci se complaisait dans la contemplation de son œuvre, tandis que nous sommes hanté par un cauchemar qui ne nous laisse aucune trêve. Nous avons voulu voir : nous avons vu. Quand nous avons voulu reculer, il était trop tard. Comme le fiancé qui n’avait pu résister au désir de revoir dans la mort les traits de celle qui avait charmé son cœur, nous avons cherché à nous enfuir épouvanté ; mais l’impression était faite ; nous restions victime de notre témérité.

Un profond penseur a dit : « Heureux les peuples qui n’ont pas d’histoire !» — Cette pensée est aussi vraie et profonde qu’elle semble étrange. Elle soulève dans nos esprits un flot de réflexions amères. L’on serait tenté de la prendre pour un paradoxe, tant d’ordinaire les nations, fortes ou faibles, humbles ou superbes, glorifient leur passé, le regardent avec aise et s’ingénient à embellir et à magnifier les traits de leurs ancêtres à la faveur du recul dans le lointain des âges, à travers le mirage de leurs patriotiques illusions. Mais il en va bien autrement pour les Acadiens. Pour eux, rappeler le bonheur et les vertus de leurs pères, évoquer les félicités du siècle qui a précédé leur déportation, c’est ressusciter les misères et les deuils de celui qui l’a suivie. Leur malheur est inséparable de leur bonheur ; regarder l’un, c’est regarder l’autre ; grandir l’un, c’est donner à l’autre des proportions infinies. Leur histoire est comme ce Janus à deux visages, dont l’un, le plus récent, le plus frais dans leur mémoire, — celui qui offre un aspect horrible, — est constamment tourné vers eux, les fixant comme une obsession. Oh ! il leur serait doux de pouvoir contempler l’autre, et, oubliant les terreurs que celui-ci leur inspire, de se reposer avec délices dans la vision des temps primitifs de leur morte patrie. Mais ils ont beau faire, quand ils remontent dans leur passé, ils sont comme infailliblement attirés par les destins où leur vie a sombré. Tout le reste s’évanouit dans ce spectacle lugubre. Leur bonheur ancien n’est plus qu’une petite lueur qui se perd dans la tempête et la nuit. En vérité, pour les Acadiens, la parole célèbre est d’une absolue justesse : « Heureux les peuples qui n’ont pas d’histoire ! [21] »

CHAPITRE PREMIER


DÉCOUVERTE DE L’ACADIE


Fondation de Port-Royal. — Résumé de l’histoire de la colonie sous la Domination Française jusqu’à l’époque de sa cession à l’Angleterre.


1604-1710


La découverte d’un nouveau continent avait été pour le monde civilisé l’aurore d’une ère nouvelle. Christophe Colomb avait été l’homme providentiellement destiné à doter l’univers ancien de cette terre inconnue : pour accomplir sa mission, il avait bravé tous les préjugés, brisé tous les obstacles[22].

L’horizon que cette découverte déroulait aux regards de l’Europe émerveillée était trop immense et trop éblouissant dans sa nouveauté pour se dessiner clairement à l’esprit. L’émotion qu’elle suscita fut sans doute très grande, mais il serait difficile de dire jusqu’à quel point furent comprises et calculées les conséquences qui allaient en dérouler. L’enthousiasme que fait subitement éclore une importante découverte est souvent le meilleur guide pour faire saisir ce qui doit en résulter dans la suite des siècles. Sous son influence, l’esprit s’illumine tout à coup, comme, par une nuit d’été, le firmament sillonné par l’éclair : dans cet instant fugitif, plus rapide que la pensée, l’œil suit le trait enflammé qui déchire l’espace, il voit des amoncellements de nuages, des formes bizarres, des contours nettement formés. Puis tout s’efface. L’esprit n’a presque rien gardé de ce tableau grandiose ; la vision a été trop prompte et trop brève pour que les détails infinis qu’elle renfermait aient eu le temps de se graver dans l’imagination. Le regard n’a guère fait qu’apercevoir le fond, que suivre les lignes principales de ce spectacle magique : le reste lui a échappé.

Il en fut peut-être ainsi lors de la découverte de l’Amérique : dans l’enthousiasme que cet événement provoqua, I’on dut se rendre compte que l’équilibre du monde en allait être changé, l’on entrevit confusément tout ce qui allait surgir de trésors de ce continent nouveau. À l’horizon des mers apparaissaient des vaisseaux sans nombre apportant à l’Europe les richesses de cette terre. Et c’étaient des agglomérations qui se formaient, des villes qui se fondaient comme par enchantement au sein des solitudes vierges. Les rois caressaient des rêves d’empire dans ces régions inexplorées, les ambitieux s’y taillaient déjà de superbes domaines, tandis que le prolétaire se réjouissait à l’idée de pouvoir trouver là bas un petit coin qui fût bien à lui et où il pût habiter en paix.

Tel était le tableau qui fascinait les imaginations enfiévrées. Mais que de choses ces beaux rêves n’embrassaient pas ! De quelles difficultés leurs réalisations ne seraient-elles pas entourées ! Il faudrait parcourir de vastes espaces pour atteindre le but désiré, toucher la chatoyante vision. Et quand on aurait enfin abordé à ces mystérieux rivages, des difficultés sans nombre et toujours renaissantes se présenteraient, des obstacles imprévus se dresseraient devant lesquels succomberaient bien des courages. Que d’espoirs seraient anéantis au contact de la réalité ! En vérité, la découverte de l’Amérique devait déplacer l’axe du monde, et tout ce que les rêves les plus fous en avaient attendu devait un jour prendre corps sur cet immense continent. Mais quatre siècles ne seraient pas de trop pour faire éclater toutes les forces qui dormaient dans ces étendues sans limites, pour donner une forme précise au brillant avenir que cette terre nouvelle promettait. L’on s’étonne aujourd’hui qu’il ait fallu aux européens plus de cent ans pour s’assurer la possession définitive de notre beau continent. Pour comprendre ce fait, il faut se rappeler les difficultés de toute nature qui arrêtèrent les premiers explorateurs. Pas moins de seize expéditions régulières furent organisées par l’Angleterre, la France et le Portugal, dans le cours d’un siècle, soit pour trouver par le nord un passage vers la Chine, soit pour faire des reconnaissances à travers le continent même, soit pour y jeter les bases d’un établissement. Aucune de ces tentatives ne put aboutir à un résultat pratique. Sur le nombre il y en eut qui furent d’abord assez heureuses pour faire concevoir de grandes espérances ; mais invariablement elles étaient suivies d’une autre si désastreuse que la nation qui en était la victime perdait pour un temps toute idée de fondation de colonie. Chacun des pays qui s’aventurèrent dans ces entreprises connut ainsi tour à tour le succès et les déceptions. Une, deux, et quelquefois même trois expéditions se succédaient rapidement pour se terminer par un nouveau malheur, et la partie était abandonnée. L’on passait de l’enthousiasme au découragement et du découragement à l’enthousiasme. Chaque nation voulait faire mieux que sa rivale ; à chaque expédition nouvelle l’on s’efforçait d’éviter les fautes commises dans les précédentes ; mais la même fin déplorable guettait les plus beaux débuts. Il fallait que l’appât du gain, l’ambition, les jalousies fussent bien tenaces pour ne pas détourner à jamais les peuples de ces stériles tentatives. Des nombreuses croisières d’explorations qui cinglèrent vers l’ouest, quatre trouvèrent leur sort dans les flots de l’océan ; quelques autres furent dispersées par les tempêtes et partiellement détruites ; le reste fut décimé par la maladie et la misère.

L’expédition qui approcha le plus près du succès définitif fut entreprise en 1541, sous la direction de Roberval[23], que François I avait nommé Vice-Roi de la Nouvelle-France, avec Jacques Cartier comme capitaine-général et maître- pilote[24]. L’organisation était sur une plus large échelle qu’aucune de celles qui l’avaient précédée. Néanmoins, un retard considérable apporté au départ de Roberval, des malentendus survenus entre Cartier et lui, et d’autres causes tirées de la rigueur du climat et de la barbarie des indigènes, firent qu’il n’en résulta rien de sérieux. Après trois ans d’efforts et de sacrifices pour essayer de coloniser ce pays, tout était à recommencer.

Il ne faudrait cependant pas croire qu’en dehors de ces expéditions officielles, les côtes d’Amérique, et particulièrement du Canada, ne fussent pas fréquentées. Dès 1504, des pêcheurs Basques, Bretons et Normands avaient commencé de les visiter. « Quelquefois, dit Hakluyt, il n’y avait pas moins de cent bateaux y faisant la pêche.[25] » Lescarbot fait mention d’un nommé Savalet qui avait longé quarante-deux fois les côtes du golfe St-Laurent[26]. Ces voyages qui se répétaient chaque année pour des fins d’industrie avaient fini par familiariser les habitants des villes maritimes, anglaises et françaises, avec cette partie du continent nord américain.

La France fut la première à reprendre, dans les premières années du dix-septième siècle, les projets de colonisation qui avaient été tour à tour formés et abandonnés au cours du siècle précédent. Cette fois, si le succès ne répondit pas encore aux espérances, la fondation d’une colonie devait du moins être assurée ; et cet exemple allait être suivi de près par l’Angleterre et par d’autres nations.

De Monts, gentilhomme de la cour de Henri IV, fut l’organisateur de la nouvelle expédition qui allait avoir un résultat durable. Il s’embarqua au Hâvre de Grâce en avril 1604, en compagnie de Pontgravé, du baron de Poutrincourt, de Champlain, de Champdore et d’autres… Leur destination était la péninsule de la Nouvelle-Ecosse, alors nommée la Cadie ou l' Acadie, et le lieu définitivement choisi pour y asseoir les bases d’une colonie fut Port-Royal, que de Monts octroya, avec le territoire adjacent, à son ami Poutrincourt. Dans le cours de l’été suivant, on érigea quelques habitations, un magasin, une enceinte de palissades. Port-Royal était fondé, à la place même qu’occupe aujourd’hui la ville d’Annapolis. C’était le premier établissement fixe formé par les Européens dans ces contrées septentrionales[27].

Comme la tâche que nous nous sommes imposée ne commence qu’en 1710, alors que Port-Roval fut de nouveau capturé et l’Acadie définitivement cédée à l’Angleterre par le traité d’Utrecht, il n’entre pas dans le plan de notre travail d’insister longuement sur les événements qui ont marqué les origines de cette province. Nous avons simplementf voulu résumer en quelques pages les péripéties de tout un siècle, comme préparation à l’intelligence des faits qui ont suivi la conquête anglaise. Ce n’est pas que ces temps primitifs soient dépourvus d’intérêt, bien loin de là ; l’on chercherait vainement sur ce continent un autre coin de terre dont l’histoire, à la même époque, présente un charme aussi vif. C’est dans les eaux de la Baie Française que se sont joués les drames les plus émouvants de l’Amérique au dix-septième siècle. Il n’est peut-être pas de pays au monde où les vicissitudes de la guerre aient été plus tragiques que dans cette petite colonie, séparée du Canada par d’énormes distances et des forêts impénétrables, livrée à elle-même, jamais renouvelée ni renforcée par l’immigration, et ne recevant pas du dehors des secours proportionnés aux dangers de sa situation. L’Acadie était, ou pouvait être d’une grande utilité à la France ; sa position géographique constituait une menace constante pour le commerce et la tranquillité des établissements britanniques. C’était là que s’organisaient les expéditions aventureuses contre les colonies de la Nouvelle Angleterre ; là également que l’ennemi venait relancer la France. L’endroit était favorable à l’offensive, mais il prêtait aussi à l’attaque et à l’incursion étrangères. Que la France et l’Angleterre fussent en guerre ou en paix, ce fut souvent la guerre quand même pour la péninsule acadienne ; il suffisait d’un grief ou d’un prétexte quelconques pour déterminer des hostilités désastreuses. Boston d’un côté, l’Acadie de l’autre, faisaient quelquefois la guerre pour leur compte, sans se soucier que les deux couronnes eussent conclu un pacte d’amitié ; et nous pourrions ajouter qu’en certaines occasions le pays fut le théâtre de luttes fraticides prolongées entre les français qui se disputaient le droit de le gouverner.

Rien, à notre sens, n’est plus captivant que l’histoire de cette province de 1604 à 1710.

Elle est à l’Amérique ce que la Grèce est à l’Europe. La Baie Française évoque presque autant de souvenirs que la mer Egée. Les événements qui s’y sont déroulés furent si nombreux et si âpres, les personnages qui y ont pris part donnent une telle impression d’héroïsme et de grandeur à demi-sauvage, que l’on ne peut se défendre de reléguer tout cela dans le domaine de la légende, comme s’il s’agissait d’une époque très reculée et pour ainsi dire enfoncée dans la nuit des temps. Biencourt, d’Aulnay, les deux de La Tour, Saint-Castin, Denys, Subercase, autant de noms que répètent encore les échos des forêts et des plaines depuis le New Hampshire jusqu’au fond de la Baie Française [28]

Aux difficultés que Poutrincourt, et son fils Biencourt, eurent à essuyer pour placer leur colonie de Port-Royal sur des bases solides, vint s’en ajouter une qui fut la plus sérieuse de toutes. Les essais de colonisation dans le Nouveau Monde qui avaient été tentés au siècle précédent durent leur insuccès surtout à l’inexpérience des chefs, à la nature du climat, aux épidémies. Maintenant c’était au tour des passions humaines, ambition, jalousie, cupidité, d’empêcher l’œuvre de la civilisation dans ces contrées nouvelles. Il semble que cet immense continent n’était pas encore assez vaste pour satisfaire les convoitises de plusieurs nations. Samuel Argall, qui a laissé un si triste souvenir en Virginie, a l’honneur d’avoir inauguré le conflit qui avait pour objet la possession de tout le territoire nord américain, si nous pouvons ainsi parler des actes de piraterie dont il fut l’auteur. Son premier coup fut la destruction de l’établissement de Saint-Sauveur, dans l’île du Mont Désert, sur la côte du Maine, et le prétexte qu’il allégua pour couvrir son infamie fut le voyage de Cabot, entrepris cent seize ans auparavant. Encouragé par ce succès facile, il revint à la charge, et cette fois ce fut Port-Royal qui fut anéanti.

Tous les sacrifices de temps et d’argent que Poutrincourt s’était imposés se trouvaient donc réduits à néant ; et la France devait se soucier bien peu de sa colonie, sinon de l’honneur national, puisqu’elle ne fit aucune démarche pour demander réparation de l’outrage commis par Argall[29]. Aussi, pendant vingt ans, il n’est pour ainsi dire plus question de l’Acadie, tellement qu’en 1621, Sir Wiliam Alexander, comte de Stirling, en obtint la concession du roi d’Angleterre [30]. Et cependant, les colons que Poutrincourt avait amenés étaient encore dans le pays : quelques-uns continuaient leurs cultures dans le haut de la rivière, à quelques milles de l’ancien fort ; d’autres s’étaient mis au service de Biencourt et de Latour.

Voyant leurs espérances ruinées par la destruction de Port-Royal, Biencourt et ses compagnons, profitant de l’amitié des sauvages, s’étaient faits coureurs de bois, chasseurs, traitants. Les choses allèrent ainsi jusqu’au traité de Saint-Germain-en-Laye, en 1632, par lequel l’Acadie fut rendue à la France. De la colonie écossaise que Sir William avait fondée à Port-Royal, il ne resta que trois ou quatre familles qui se fondirent dans la population française : les Colson, les Paisley, les Mellanson ; ces derniers devinrent très nombreux et jouèrent un rôle important sous le nom de Melançon.

Après cette rétrocession, la France tourna de nouveau ses regards vers l’Acadie. Une compagnie fut formée ayant à sa tête Isaac de Razilly, son parent d’Aulnay de Charnisay, et Nicolas Denys de la Ronde. Comme le but de cette association était plutôt le commerce que la colonisation, ces hommes se fixèrent d’abord avec tout leur monde à la Hève, laquelle

était mieux située pour le trafic que Port-Royal. En sa qualité de gouveneur, Razilly accorda en fief à Denys toute la côte du golfe depuis la Baie des Chaleurs jusqu’à Canso, et à Latour l’ancien poste du Cap Sable et la rivière Saint-Jean. C’est en ce dernier endroit que s’établit Latour, au lieu nommé Jemsek ; il y construisit un fort auquel il donna son nom. Grâce à sa longue expérience et à son infatigable activité, grâce aussi à la sécurité qui régnait alors dans le pays, Latour put faire de ce poste un centre de commerce très florissant.

De Razilly mourut en 1636, sans avoir pu mettre à exécution tous les grands projets qu’il avait conçus. D’Aulnay et de Latour furent nommés tous deux Lieutenant-Gouverneurs ; mais la délimitation de leurs fonctions et des territoires soumis à leur juridiction respective avait été si vaguement définie qu’il s’ensuivit entre eux des hostilités qui paralysèrent longtemps le développement de la colonie. Quelles qu’aient été les fautes de d’Aulnay, l’on ne peut guère douter qu’il n’ait voulu fonder un grand établissement agricole et qu’il n’ait eu en vue l’avancement de l’Acadie. C’est dans ce but qu’il abandonna la Hève pour se fixer à Port-Royal qui, pour la culture, offrait des avantages bien supérieurs. Après avoir groupé autour de lui les anciens habitants de la Hève, il passa en France d’où il amena une vingtaine de colons. Ce fut lui encore qui inaugura ces travaux d’endiguement qui plus tard devaient prendre tant d’extension ; mais son humeur querelleuse lui attira des difficultés qui rendirent ses efforts à peu près stériles.

La France, ayant subi sans protester la destruction de Port-Royal par Argall, et ayant laissé, sans intervenir efficacement, Latour et d’Aulnay, Latour et Le Borgne, Le Borgne et Deuys se disputer à main armée la possession de l’Acadie, Cromwell, sans égard pour la paix qui régnait entre les deux royaumes, conçut le projet de s’emparer de cette colonie. Comme l’Angleterre et la Hollande étaient alors en guerre, il envoya des vaisseaux avec l’ordre de conquérir d’abord la Nouvelle Hollande (New York) ; cela fait, la flotte devait remonter les côtes jusqu’en Acadie et se saisir de cette province. La paix fut signée avant que le premier projet put être accompli ; le second fut exécuté, et d’autant plus facilement que l’Acadie n’était pas en état d’opposer une résistance sérieuse (1645). L’expédition était sous le commandement du major général Sedgwick.

En 1667, l’Acadie fut de nouveau rendue à la France par le traité de Bréda, et en 1670 M. de Grandfontaine vint officiellement en prendre possession[31]. Comme on le pense bien, ces dissensions, ces attaques répétées, l’incurie de la France, ces perpétuels abandons et recommencements, tout cela n’était pas de nature à assurer l’avenir de l’œuvre coloniale ; aussi le recensement qui fut fait en 1671 par M. de Grandfontaine, — recensement déposé aux archives du ministère des colonies, à Paris, ci-devant au ministère de la marine, — accuse-t-il un triste état de choses.[32] Après tant de sacrifices de temps et d’argent, ce dénombrement ne donne qu’une population d’environ quatre cents âmes, dont plus des trois quarts résidant à Port-Royal. Il devait y avoir, en d’autres endroits, une population flottante relativement assez considérable, et dont cette pièce ne tient pas compte ; mais elle se composait plutôt de quelques familles métisses échelonnées le long des côtes, particulièrement à la Hève, et de Français qui, s’étant alliés avec les sauvages, avaient adopté leurs modes de vie.

Le recensement de 1671, ainsi que les suivants, ne comprend donc que les colons de pure souche française ; et c’est de ce petit groupe de quarante-sept familles que le peuple acadien tire en grande partie son origine. En voici les noms : Bourgeois, Gaudet, Kuessy, de Forêt, Hébert, Babin, Daigre, Blanchard, Aucoin, Dupeux, Terriau, Scavoye, Corperon, Martin, Pèlerin, Morin, Brun, Gauterot, Trahan, Sire, Thibaudeau, Petitpas, Bourg, Boudrot, Guillebaut, Grangé, Landry, Doucet, Girouard, Vincent, Brot, Lebland, Poirié, Commeaux, Pitre, Bellineau, Cormié, Raimbault, Dugast, Richard, Melanson, Robichaut, Lanaux ou Lanoue, Laudremont ou Dautremont, de la Tour, Bertrand, de Bellisle. Ce sont des familles-souches. Mais plusieurs d’entre elles s’étaient déjà divisées en plusieurs branches, telles les Boudrot, les Hébert, les Gaudet, les Girouard, les Bourg, les Martin, les Terriau, les Blanchard, les Aucoin, les Brun, les Commeaux, les de la Tour. Chaque famille avait une bonne moyenne de six enfants, et c’est par milliers que se chiffre aujourd’hui leur descendance.

Le recensement de 1686 nous montre une population d’environ 800 âmes, dont 461 à Port-Royal, 164 aux Mines, 78 à Beaubassin, 90 en d’autres lieux indiqués, et le reste disséminé çà et là sur les côtes ; c’est-à-dire qu’en quinze ans la population avait doublé. En 1671, il était arrivé soixante personnes, dont 5 femmes ; mais comme le recensement de 1686 ne nous donne que 36 nouveaux noms, l’on peut supposer que quelques-unes de ces personnes passèrent au Canada, ou prirent du service dans la garnison pour retourner en France plus tard. Ces nouveaux noms sont : le Prince, Brassard, Douaron, Levron, Lort, Arsenaut, Bergeron, Bellefontaine, Tourangeau, Barillot, Godin dit Chatillon, Benoît, Préjean, Bastaroche, Fardel, Henry, Gareau, Laperrière, Michel, Gourdeau, la Bauve, la Pierre dit Laroche, Pinet, Rivet, Mirande, la Barre, Aubin, Mignault, Cochu, Cottard, Mercié, Lavallée, Blon, Désorcis, Martel, Dubreuil. De ceux-ci, les trois derniers durent, croyons-nous, passer au Canada, et Cochu, Cottard et Fardel en France, car leurs noms ne figurent plus dans les recensements subséquents. C’est au plus si, de 1686 à 1710, il arriva 85 nouveaux colons dont plusieurs étaient des soldats licenciés provenant de la petite garnison que le gouvernement entretenait à Port Royal[33] . Le dernier recensement nominal est de 1714 et fournit 78 noms nouveaux : Le Basque, Moyse, Olivier, Parisien, Dubois, Bernard, La Tibaude, La Rossette, Le Breton, Lionnais, Lafont, Allard, Nantais, Le Marquis, Emmanuel, Dupuis, Denis, Barnabé, Beaumont, Maistre, Allain, Cadet, Lessoille, Raimond, Donat, Maillard, Vilatte, Surette, Savary, Dumont, La Vergue, Bonappétit dit des Brousses ou Lalande, Simon, Ponbomcoup, Babinot, Paris, Cosse, Mer Saint Scène, L’Espérance, Manceau, Potier, Dambouc, Laliberté, Delaurier, Yvon, Champagne ou Orillon, Samson, Bideau, Gentil, Blondin, Gousille, Maurice ou Vigneau, etc., etc.

À partir de 1671, la population agricole se confina de plus en plus dans ses terres ; tout immigrant, tout soldat licencié devenait cultivateur. Lorsqu’après quelques années, les familles se trouvèrent à l’étroit dans Port-Royal, elles commencèrent à essaimer et à chercher ailleurs des établissements pour leurs enfants. C’est ainsi que successivement Beaubassin, les Mines, Cobeguit, Chipody, Peticodiac, Menrancou se sont formés. Des familles entières se transportèrent dans ces nouvelles colonies qui, par leur éloignement, avaient l’avantage d’échapper presque aux vexations d’une autorité centrale souvent importune et tracassière et en même temps celui d’offrir une plus grande sécurité contre les attaques fréquemment répétées des Anglais. Depuis le traité de Bréda jusqu’à 1710, savoir dans un espace de quarante ans, Port-Royal eut à subir pas moins de cinq assauts, tandis qu’à l’exception d’une descente à Beaubassin et aux Mines par Church, en 1696, les habitants de ces endroits restèrent à peu près à l’abri des dangers auxquels Port-Royal était exposé[34]. Tous les noms qui apparaissent à Beaubassin, aux Mines, à Grandpré, Rivière-aux-Canards, Pipiguit, etc., sont une répétition de ceux de Port-Royal. Il en fut de même, un peu plus tard, à Cobequid et Peticodiac, au sud du bassin des Mines, à Chipody et Menrancou, au nord de la Baie Française.

À la faveur des nombreux recensements dressés en Acadie par l’ordre des gouverneurs français, il est facile de suivre les progrès des divers groupements qui s’étaient établis çà et là et de se faire une idée à peu près exacte du nombre des nouveaux colons qui vinrent s’adjoindre aux noyaux primitifs. Ces nouveaux venus étaient pour la plupart des célibataires qui, tout naturellement, furent portés à épouser les filles des anciens pionniers, de ces quarante-sept chefs de familles qui s’étaient fixés dans le pays avant 1671. Car nous avons vu que, parmi les soixante immigrants qui arrivèrent à Port-Royal en 1671, il ne se trouvait que cinq femmes. Et donc, trente à quarante ans plus tard, toute la population de l’Acadie était, à un degré ou à un autre, unie par des liens de parenté qui contribuèrent puissamment à empêcher les dissensions de s’introduire dans son sein et à produire cet état particulier de société que nous connaissons.

Des écrivains modernes ont voulu voir dans la peinture des mœurs acadiennes un tableau fantaisiste. Ils ont pensé que l’imagination des poètes et des historiens en avait fait tous les frais, et que ce monde idéal était incompatible avec ce que nous savons de la nature humaine. Nous ne doutons pas, en effet, que cette peinture n’ait, été quelque peu embellie et enjolivée par le prisme de l’art. Cependant, quand nous nous reportons aux conditions tout à fait spéciales dans lesquelles ce petit peuple est né et a grandi, il nous faut bien admettre que tout ce que l’on a raconté de sa vie contient une part très large de vérité et de réalité. Les défauts communs à tous les Français, tels que la jalousie, la médisance, les commérages, — défauts qui ont peut-être leur source dans l’extrême sociabilité de la race et qui seraient alors comme la rançon de ses qualités, — existaient en Acadie aussi bien qu’ailleurs ; mais il semble que ces défauts étaient comme atténués chez ces colons par des raisons toutes particulières. Les circonstances au milieu desquelles ils évoluaient apportaient une sorte d’adoucissement au caractère national, naturellement enclin à la critique et aux coups de langues. Dans les premiers temps de la colonie, alors que les familles étaient étrangères les unes aux autres, et probablement durant toute la durée du régime français, les misères humaines ordinaires devaient s’offrir aux regards. La destruction de Port-Royal par Argall, l’abandon dans lequel la France les laissait, les incursions fréquentes des anglo-américains, avaient poussé un certain nombre des premiers colons à se faire aventuriers, coureurs de bois, pêcheurs, à la suite de Biencourt, Denys, La Tour. Une telle vie est peu favorable à la moralité ; et l’on ne saurait s’attendre à rencontrer chez ces batteurs de forêts et de grèves les vertus qui distinguaient les premiers colons amenés par Poutrincourt ou qui signalèrent la petite société qui se forma plus tard du rassemblement de tous ces débris. Quand la vie fut devenue plus sédentaire, que des habitudes d’ordre et d’économie se furent introduites parmi eux au contact d’une population sobre et laborieuse, et que l’extrême fertilité du sol leur eut procuré une honnête aisance, l’épuration des mœurs se fit graduellement. Cette carrière aventureuse avait du moins eu pour effet de tremper fortement les caractères pour les luttes nécessaires qu’ils eurent à soutenir jusqu’à la conquête définitive du pays. D’autre part, comme ces hommes s’étaient accoutumés à se passer de frein, et que le délaissement où la France les avait tenus si longtemps leur avait appris à vivre en dehors de toute règle administrative et de la discipline officielle, il s’était développé au sein de la colonie un certain esprit d’indépendance qui devait mal s’accommoder des entraves que les gouverneurs français imposèrent dans la suite. Aussi, lorsque la France, après le traité de Bréda, reprit avec quelque fermeté la conduite de l’Acadie, des mécontentements et des récriminations éclatèrent contre une autorité jalouse de ses droits et qui se complaisait à multiplier autour de ses subordonnés les chinoiseries administratives et à les embarrasser dans le mécanisme compliqué des chancelleries européennes. La correspondance des gouverneurs porte la trace des difficultés auxquelles ils se heurtèrent de ce chef : M. de Brouillan, par exemple, dans une de ses lettres, qualifie les Acadiens de demi-républicains[35] . Cependant ces difficultés ne sont rien au prix de celles qui surgirent entre ceux qui se partageaient le pouvoir. Par l’effet des conditions spéciales où ils avaient vécu, les Acadiens s’étaient donc formés à se gouverner par eux-mêmes, à se réunir, à se concerter, et à régler leurs différends à l’amiable ou selon des principes très simples qui convenaient à leur situation. Ils avaient ainsi acquis l’usage et le goût de la liberté. Ils savaient par expérience qu’ils pouvaient se dispenser d’être régis par une autorité centrale dont l’action ne serait que gênante pour eux, et qui ne contribuerait en rien à améliorer leur position ou à donner à leurs rapports mutuels une plus grande sécurité. C’est également pour ces motifs que, sous la domination anglaise, ils cherchèrent à se soustraire autant que possible au formalisme gouvernemental et à se suffire à eux-mêmes. Or, il est certain que, dans leur état particulier de société, il y avait de bien meilleurs résultats à attendre de ces procédés, de la politique du laisser-faire, que de l’ingérence d’une autorité sans contrôle. Tout ce qui concernait l’intérêt public se décidait en assemblée ; les travaux d’ordre général se faisaient en commun. C’est ainsi que furent accomplies les vastes entreprises d’endiguement. Il fallait sûrement beaucoup d’harmonie et de bonne volonté pour exécuter en si peu de temps des œuvres aussi considérables. Les Acadiens en étaient récompensés par une abondance qui satisfaisait à leurs besoins et à leurs goûts modestes : leur ambition n’allait pas au delà. Ils n’avaient pas non plus à s’inquiéter de l’avenir de leurs enfants : de bonne heure s’était établie la coutume que la communauté fît les frais de leur établissement, lequel comprenait tout le nécessaire, eu sorte que, an bout de quelques années, les fils se trouvaient dans une situation de fortune égale à celle de leurs pères. Je le répète, tout cela suppose qu’un parfait esprit d’entente régnait dans ce petit monde, puisque, même sous la domination anglaise, pas un seul cas de divergence ne s’éleva dans les décisions ayant trait aux intérêts communs : l’on décidait dans un sens ou dans un autre, mais toujours, en autant qu’on peut le voir, l’opinion était unanime[36].

Cette forme sociale, telle que nous avons essayé de la décrire, n’a cependant rien qui doive nous surprendre ; nous croyons au contraire que les mêmes circonstances eussent amené ailleurs des effets à peu près semblables. Pendant un siècle, les Acadiens restèrent sans relations avec la France et le Canada ; leurs coutumes et leurs traditions avaient fait d’eux un peuple distinct. Et si l’accroissement de la population ne dut à peu près rien à l’immigration, en revanche la race était tellement prolifique, les familles se multipliaient avec une telle intensité que, quatre-vingts ans plus tard, cette petite nation comptait dix-huit mille âmes[37]

De 1690 à 1710, ce ne fut qu’une suite ininterrompue d’hostilités entre la Nouvelle-Angleterre d’un côté, le Canada et l’Acadie de l’autre : hostilités dont le motif ou l’objet était tantôt la saisie de vaisseaux pêchant dans les eaux françaises, tantôt la destruction d’un port s’élevant sur les frontières mal définies de l’Acadie, du côté du Maine. En 1690, Port Royal fut pris et dévasté par l’amiral William Phips, et M. de Menneval, gouverneur de l’Acadie, emmené prisonnier à Boston, avec la petite garnison qui n’avait même pas songé à défendre la place[38] . Phips, tout entier à l’expédition qu’il préparait contre Québec, expédition qui échoua d’ailleurs pitoyablement, négligea de prendre les mesures nécessaires pour s’assurer de la possession définitive de Port-Royal. Aussi les Français, sous le commandement de M. de Villebon, eurent-ils beau jeu de s’y réinstaller en maîtres, l’année suivante.

Cette période de 1690 à 1710 fut probablement la plus sombre de toute la vie coloniale en Amérique, et la plus désastreuse pour la colonisation anglaise notamment. Pendant vingt ans, sans repos ni trève, sur terre comme sur mer, il n’y eut que dévastations, pillages, surprises et embûches. Si l’on attaquait un fort et que l’assaut fut couronné de succès, alors la population que ce fort protégeait était massacrée parfois par les vainqueurs ; le plus souvent, une bande de sauvages alliés de la France profitait de la nuit pour s’abattre sur un fort sans défense : ceux qu’ils faisaient prisonniers étaient gardés en vue d’un échange ou d’une rançon. Par des avantages séduisants offerts aux flibustiers et des primes données à quiconque pourrait exhiber des chevelures d’indiens, l’on surexcita tellement l’appat du gain qu’il surgit des organisations dont le but était la maraude, le pillage et le massacre : occupations dangereuses qui provoquaient souvent de terribles représailles ; et cependant il ne manquait jamais d’hommes assez rapaces et en même temps assez hardis pour remplacer ceux que le sort avait fait disparaître à la fin de l’une ou de l’autre de ces aventures tragiques. En pareilles occurrences, l’homme civilisé se montre souvent supérieur au sauvage en cruauté ; et nous relevons au cours de ces événements des actes de basse trahison et de barbarie, commis par des blancs, qui n’ont pas été dépassés ni peut-être égalés par aucune des tribus indigènes. Il n’est pas douteux que les colons anglais n’aient été vivement provoqués à rendre mesure pour mesure ; les sauvages prenaient tous parti pour les Français, et il était difficile de ne pas tenir ceux-ci solidaires des sanglantes incursions auxquelles se livraient leurs alliés. C’était une nécessité de l’époque que les barbares figurassent dans les luttes que se livraient les deux nations ; mais rien ne saurait justifier les européens d’avoir adopté leurs procédés féroces et méprisé toutes les lois de l’honneur.

Cet état de choses ne pouvait durer longtemps. L’Acadie était trop faible et trop peu soutenue pour que ses ennemis lui permissent de continuer à menacer ainsi le commerce et la sécurité des établissements de la Nouvelle-Angleterre. Exaspérés, poussés à bout par les désastres nombreux qu’ils avaient essuyés, les anglo-américains se résolurent à tenter les plus grands efforts pour sortir d’une situation qui était devenue intolérable. Le sort final ne pouvait qu’être en leur faveur, car leur nombre était bien supérieur à celui des Acadiens ; la France, insouciante, ou occupée ailleurs, ne viendrait pas au secours de sa colonie. Et pourtant, encore que les forces des deux adversaires fussent extrêmement disproportionnées, la lutte fut plus longue et plus acharnée qu’on n’eût dû s’y attendre, les succès et les revers également balancés tinrent longtemps en suspens le résultat. Il ne fallut pas moins aux Anglais de quatre expéditions pour s’emparer de Port-Royal, où l’intrépide Subercase, puissamment secondé par le baron de Saint-Castin et d’autres capitaines, ayant sous leurs ordres des indiens, fit des prodiges de valeur. La première de ces expéditions fut entreprise par Church, le fameux Squaw-killer ; mais, poussé plutôt par l’idée du pillage et désirant remporter des exploits faciles, Church ne tenta aucun coup sérieux contre Port-Royal ; il fit seulement une descente à Beaubassin où il enleva tout le bétail qu’il put trouver, après avoir fait rompre les digues, brûler les habitations et causer toutes sortes d’autres dommages[39]. Une seconde expédition, <tiret|com|mandée> mandée par le colonel Marsh, présenta un caractère beaucoup plus redoutable. Le Rhode-Island et le New-Hampshire s’étaient joints au Massachusetts pour rendre l’attaque décisive. Cependant après un siège de onze jours, Marsh, repoussé sur tous les points, dut reprendre la mer ; mais au lieu de s’en retourner à Boston où il craignait d’être blâmé, il se réfugia à Casco. De là il écrivit au gouverneur Dudley pour l’informer de l’insuccès de sa tentative qu’il attribuait à ses officiers et à ses soldats, lesquels auraient refusé de le seconder. Le désappointement fut immense dans la capitale : l’on s’attendait si peu à un tel résultat que des préparatifs avaient même été faits pour célébrer avec pompe la prise de Port-Royal. Humilié, mais non découragé, Dudley ne pouvant se résigner à licencier les troupes qu’il avait organisées et sur lesquelles il avait fondé de si belles espérances, intima à Marsh l’ordre de retenir bon gré mal gré ses soldats à bord de ses vaisseaux et de revenir sans tarder à Port-Royal avec le renfort qu’il lui envoyait. En même temps avaient été nommés trois commissaires chargés de surveiller les opérations d’un nouveau siège. Marsh, incapable de surmonter l’abattement et la tristesse qui s’étaient emparés de lui, déclina l’honneur de présider à cette expédition. Wainright, qui commandait en second, dut en prendre la responsabilité. Mais il ne fut pas plus heureux que son ancien chef ; et après un siège qui fut assez long, il se rembarqua sans avoir pu rien effectuer. Ceci se passait en août 1707 [40]. [ 61 ]

Jusque-là au moins, Port-Royal avait été ravitaillé et secouru par la France, encore que dans une faible mesure. Subercase avait réussi à satisfaire les sauvages en leur faisant quelques présents et surtout en les comblant de promesses. Ses bons procédés envers tous avaient eu pour effet d’inspirer l’ardeur et le courage qui étaient absolument nécessaires, étant donné l’état d’infériorité numérique dans lequel on le laissait. Tous les capitaines de Sauvages, d’Amours d’Echauffours, Saint Aubin, Bellefontaine, de Saillan, Denys de la Ronde, de la Tour ; les corsaires François Guyon, Pierre Maisonnat, de Morpain, s’étaient rangés

sous ses rangs et l’avaient soutenu avec entrain. Avec leur aide et celle des habitants, il avait pu manœuvrer en dehors de la place, harceler l’ennemi sans affaiblir sa propre garnison, laquelle ne se composait que d’environ cent soixante soldats, dont les trois quarts étaient des jeunes gens indisciplinés que l’on avait recrutés au hasard sur les quais de Paris.

Informé que l’on se disposait à une attaque plus formidable que toutes les précédentes, Subercase fit instances sur instances auprès du gouvernement pour en obtenir des secours : ses appels demeurèrent infructueux ; rien ne put secouer la torpeur dans laquelle la Métropole semblait plongée. Pendant trois ans, la colonie dénuée de tout, compta presque entièrement pour subsister sur les rapines opérées par les corsaires. Pour comble de malheur, en 1710, la récolte manqua, et les pirates qui avaient été si nombreux l’année d’avant, quittèrent l’Acadie, chassés par une épidémie. Aussi, lorsqu’en septembre une flotte considérable, portant 3,400 hommes de débarquement, se présenta devant Port-Royal, il n’y eut qu’une voix dans la garnison et dans toute la colonie pour conseiller la reddition immédiate de la place[41]

Bien qu’il eût conscience de sa faiblesse et de l’ impossibilité de sortir encore une fois victorieux d’une lutte où tout était conjuré contre lui, Subercase résolut cependant de tenter la fortune ; et sans vouloir entendre les propositions du général Nicholson, commandant de la flotte, il se mit en devoir de résister à l’ennemi. De leur côté, les Anglais que les échecs inattendus et répétés des années précédentes avaient rendus circonspects, ne procédèrent qu’avec une extrême prudence. Ils furent repoussés plusieurs fois ou durent se désister de leurs travaux d’investissement. Mais Subercase n’avait plus à sa disposition, comme autrefois, de corps de troupe qui lui permit de manœuvrer à l’extérieur des fortifications et d’aller harceler les assaillants dans leurs propres quartiers. La flotte avait paru devant Port-Royal le 24 septembre, et ce ne fut que le 12 octobre que fut signée la capitulation, à des conditions si honorables que Nicholson exprima son regret de les avoir accordées quand il se fut rendu compte du dénûment dans lequel se trouvait la garnison. Au manque de munitions de guerre s’était ajoutée une disette si grande que Nicholson eut à fournir des rations aux soldats français jusqu’à leur embarquement pour la France.

Port-Royal était donc devenu, et cette fois définitivement, possession anglaise : l’Acadie tout entière allait bientôt subir la même destinée. En un siècle, Port-Royal avait connu plus de vicissitudes qu’aucune autre ville d’Amérique : il avait été pris, pillé, détruit, abandonné, repris, sans que jamais la France eut songé à faire de sérieux sacrifices pour le garder : il semble que la mère-patrie ait ignoré l’importance de ce point stratégique, que les leçons de l’expérience soient demeurées pour elle infructueuses, qu’elle ne se soit pas émue du sort injuste et cruel auquel de fidèles sujets étaient abandonnés.

Il y aurait de quoi s’étonner de cette impardonnable insouciance de sa part si ce cas eut été unique. Mais la France n’a-t-elle pas donné ailleurs et partout le même exemple d’incurie ? L’Acadie, coin de terre si exposé, ne comptait encore qu’une population d’environ deux mille âmes, alors que les seules provinces de la Nouvelle-Angleterre en comptaient cent cinquante mille. Etait-ce donc que les souverains français, et les gouverneurs qui les représentaient au Canada, n’appréciaient pas à leur valeur ces possessions coloniales ? Mais nous avons de nombreux documents qui prouvent au contraire que les gouverneurs de ces provinces ont en général attaché un grand prix à la conservation de ces domaines et qu’ils ont bien vu les moyens qu’il fallait prendre pour les rendre prospères, puissants, et utiles à la Métropole. Quelques-uns des rois de France ou certains de leurs ministres ont également fait preuve, en la matière, d’un grand sens politique et de vues élevées. Et, d’autre part, nous savons qu’en dépit du délaissement où il se trouvait, l’esprit d’entreprise, l’activité, l’audace ne faisaient nullement défaut au colon français. Ses courses hardies l’avaient rendu familier avec tout l’intérieur du continent, alors que les Anglais ne connaissaient encore que les côtes de l’Atlantique. Mais il aurait fallu que la mère-patrie secondât ses efforts et lui envoyât des secours au moins en hommes. Sous un gouvernement absolu qui s’arroge tous les droits et se réserve toutes les initiatives, qui soumet toutes choses à son action, même le peuplement d’une colonie dépend du pouvoir central. Et le roi de France n’avait qu’à en formuler le désir et à donner des instructions en conséquence pour qu’aussitôt se créât un mouvement régulier d’émigration parallèle à celui qui se manifesta en Angleterre. Pareil fait n’eut jamais lieu. Et qui donc faut-il en rendre sable, si ce n’est l’autorité souveraine, qui n’était certes pas sans comprendre l’importance de la colonisation, mais qui s’est acquittée de ce soin avec la légèreté et l’inconstance qui caractérisaient tous ses actes.

« Lorsque je compare la fin des guerres de l’Europe depuis cinquante ans, écrivait M. d’Avaugour, en 1663, et le progrès qu’en dix ans l’on peut faire ici, non seulement mon devoir m’oblige, mais il me presse d’en parler hardiment. La France peut en dix ans et à moins de frais s’assurer en Amérique plus de puissance réelle que ne sauraient lui en procurer toutes ses guerres d’Europe[42]. »

« Qui peut entreprendre, disait Vauban, quelque chose de plus grand et de plus utile qu’une colonie ? N’est-ce pas par ce moyen, plus que par tout autre, qu’on peut avec toute la justice possible s’agrandir et s’accroître ?[43] » Et Louis XIV lui-même, qui pendant quelque temps parut s’occuper un peu sérieusement de ses colonies, le comprenait bien aussi lorsqu’avec tant de sagesse il écrivait en 1686 à M. de Champigny, intendant du Canada : « Pénétrez-vous bien de cette maxime qu’il vaut mieux occuper moins de terrain et le peupler entièrement, que de s’étendre sans mesure et avoir des colonies faibles, à la merci du moindre accident[44]. » Ce n’était peut-être là, pour le grand monarque, qu’une pensée fugitive, entre deux plaisirs. Pour mener à bonne fin ces beaux projets, la France avait besoin de calme et de paix. Mais, toujours emportée par l’orgueil, l’ambition ou le caprice de ses souverains, elle n’eut jamais le repos nécessaire pour se consacrer entièrement à leur réalisation. L’on voulait éblouir les peuples, faire rayonner l’éclat de la gloire royale, et Louis XIV estimait sans doute que son prestige et sa renommée ne pouvaient gagner beaucoup à l’entretien, dans les forêts d’Amérique, de modestes hameaux, et cela au prix de coûteux sacrifices. Cependant, l’avenir de la France était là plus que partout ailleurs. Le travail, il est vrai, serait lent et patient, les résultats lointains. Mais aussi quelle riche moisson, quelle gloire solide, quelle grandeur durable la France pouvait s’assurer !

La meilleure preuve de l’incurie gouvernementale est l’abandon dans lequel on laissa l’Acadie. Cette province reçut dans l’espace de tout un siècle, à peine deux cents colons, quand, à cause des dangers qu’elle courait et de son importance stratégique, il lui en aurait fallu cinquante fois autant. Comme l’Angleterre savait traiter autrement ses colonies ! Deux cents colons ! Mais le plus humble des établissements britanniques s’augmentait au moins de cet apport en une seule année. Dans le seul été de 1620, la colonie de Virginie vit venir douze cents soixante et un émigrants, et elle était déjà forte de six cents. En 1625, mille autres s’adjoignirent à ce nombre : aussi en 1648 comptait-elle déjà une population de vingt mille âmes. Avant 1640, deux cent quatre-vingt-dix-huit vaisseaux chargés d’immigrants avaient déjà jeté l’ancre dans le port de Boston[45]

L’Acadie offrait trop peu de sécurité pour que des colons vinssent d’eux-mêmes la peupler en foule. Il appartenait donc à la mère-patrie de se mettre à la tête d’un mouvement d’émigration régulier qui eût assuré à cette lointaine province la force du nombre et lui eût permis de se défendre elle-même et d’exploiter sans crainte les ressources que la nature lui offrait. Les choses se passèrent tout autrement. Le pouvoir ne s’occupa jamais sérieusement de cette question vitale : ah ! qu’il y avait loin de cette apathie aux sages maximes que Louis XIV faisait entendre à son intendant. Aussi, au lieu d’être le rempart des possessions françaises en Amérique, comme sa position l’y destinait, l’Acadie, faible en hommes, privée de secours, fut constamment pour elles une menace et un danger.

Il y a ceci encore d’inconcevable dans l’attitude de la France à son égard : pendant que cette colonie livrait les combats héroïques qui allaient décider de son sort, Louis XIV, toujours facilement séduit par les projets qui avaient de la grandeur, se prenait d’un véritable engouement pour la Louisiane et les régions intérieures reliant cette province aux Grands Lacs et au Canada. Certes il y avait là tout un empire à créer, si l’inconstance qui présida à tous les essais de ce genre n’avait fait tourner ce dessein en chimère coûteuse et n’avait hâté la ruine de la puissance coloniale française dans le Nouveau-Monde [46]

La France peut à bon droit se glorifier de son histoire qui compte des siècles remarquables ; mais nous ne croyons pas qu’elle puisse s’enorgueillir de sa politique coloniale. Loin de nous étonner que ses colonies aient eu une fin malheureuse, nous admirons plutôt qu’elles aient pu se maintenir si longtemps dans des conditions aussi désavantageuses. L’énergie, le courage, les efforts intelligents n’ont pourtant pas fait défaut chez les colons eux-mêmes. Nous en avons la preuve dans les nombreuses luttes, et tant de fois couronnées de succès, qu’ils ont dû soutenir contre un ennemi seize fois plus fort, soit pour se développer et pour étendre la puissance de la France, soit pour défendre leur propre existence. Leur conduite nous inspire une légitime fierté. Si tant d’héroïsme fut dépensé en pure perte, la honte en rejaillit sur l’administration qui se montra incapable et inhabile, frappée de stérile impuissance. Le caractère national de la France, dans ses qualités comme dans ses défauts, était déjà fixé au dix-septième siècle, et l’on peut dire que Louis XIV en offrait la synthèse parfaite. Les grandeurs et les faiblesses de la race se résumaient, se reflétaient dans son monarque. L’âme d’un peuple est le plus souvent la résultante de circonstances apparemment insignifiantes, à peine remarquées lorsqu’elles se produisent. Ce n’est que peu à peu, et parfois bien tardivement, que les germes latents s’épanouissent et que les causes obscures sortent leurs effets. Pendant tout le moyen-âge, les peuples de l’Europe occidentale présentaient des différences peu sensibles encore ; leur physionomie n’avait pas ces traits saillants qui devaient les caractériser par la suite et leur mettre une si forte empreinte individuelle. L’Angleterre ne se distinguait guère de la France, et la France de l’Espagne, que par des nuances. Ces trois nations avaient déjà acquis quelques notions de liberté. Et c’était précisément leur manière de voir à l’égard de la liberté qui allait le plus puissamment contribuer à déterminer le caractère de chacune : suivant qu’elles en favoriseraient l’expansion ou qu’au contraire elles tendraient à la limiter et à en restreindre l’exercice, surgiraient entre elles ces différences, s’accentueraient ces particularités, qui donneraient à leur âme un cachet nettement distinct, la modèleraient selon un idéal divers. Et la conséquence allait en être une orientation nouvelle de leurs destinées, la marche vers un avenir conforme à leurs aspirations récemment écloses. En ces temps lointains, la France et l’Angleterre nous apparaissent comme deux petits ruisseaux dont le cours paresseux sillonne la même plaine, et qui tour à tour se rapprochent, s’éloignent, se rapprochent encore : ils semblent couler dans la même direction. Vont-ils donc finir par se réunir ? Peut-être ! mais ce qui est certain, c’est que le même océan les recevra tous deux, après qu’ils se seront agrandis et que, chargés des eaux de nombreux affluents, ils seront devenus deux fleuves majestueux et puissants. Le même océan ? Non. Un tout petit accident de terrain a suffi pour faire dévier le cours parallèle de leurs flots et pour lui imprimer une direction opposée : l’un de ces fleuves ira vers l’Est, l’autre vers l’Ouest, ils auront pour terme deux océans. Tandis que l’un se déroulera, imposant et calme, à travers des prairies bien grasses, l’autre se précipitera avec fracas dans des gorges étroites, baignera tour à tour des paysages charmants ou d’arides contrées, tantôt élargira sa nappe limpide et tantôt se resserrera pour franchir un passage difficile. Ce petit accident qui devait changer le cours de ces deux fleuves et orienter en sens inverse leurs destinées, ce fut le concept de la liberté. Pour l’avoir interprété différemment, la France et l’Angleterre se sont engagées dans des routes dissemblables. La France, par la main de ses monarques avides de gouvernement absolu, restreignait les libertés, tandis que l’Angleterre travaillait à leur expansion : et voilà ce qui a marqué ces deux nations d’une empreinte à part et ce qui a donné à l’âge moderne sa physionomie pleine de contrastes. Pendant que les grands seigneurs anglais se renfermaient dans leurs domaines, gardant ainsi un certain degré d’indépendance à l’égard du souverain, et se rangeaient ostensiblement du côté du peuple[47] pour conserver et croître les libertés communes ; en France, tout ce qu’il y avait de noblesse se précipitait vers la Cour, attiré par l’appât des faveurs et des plaisirs. Ce fait peut paraître insignifiant : en réalité, il fut l’origine du mouvement qui devait aboutir à la perte des libertés françaises. Ces hommes en quête de distinctions et d’honneurs, avides de jouissances, se firent plats courtisans pour les obtenir et restèrent silencieux devant les empiètements du roi. Privé de ses défenseurs, le peuple ne put résister à l’abolition des privilèges qu’il avait péniblement acquis. C’est ainsi que disparurent l’un après l’autre les conquêtes de la liberté, tant celles de la noblesse que celles du peuple. Quand Louis XIV, entrant botté et éperonné dans son Parlement, put s’écrier sans soulever une protestation : « L’Etat, c’est moi ! » — tout était consommé [48] La liberté avait vécu. Il ne restait plus que l’éclat précaire du trône et le prestige douteux du passé. La majesté du pouvoir royal finirait par s’incarner dans une Pompadour ou une Du Barry. De dégradation en dégradation, Louis XV se permettrait de dire : « Après moi, le déluge ! » Le déluge ne devait pas tarder en effet, mais ç’allait être un déluge de sang, prélude de nombreux essais infructueux pour recouvrer les libertés populaires, de réactions violentes déchaînées par les colères et les haines, avec des alternatives de gloires et d’humiliations.

L’Angleterre seule eut le bonheur de conserver la somme de ses privilèges. Ce n’est peut-être pas qu’au dix-septième siècle elle fut déjà parvenue à un degré de sagesse et de matûrité qui la distinguait des autres nations. Mais sa position insulaire, et d’autres causes tenant plus du hasard que de la volonté humaine, l’ont sauvée du naufrage dans lequel sombrait partout la liberté des peuples.

« L’Angleterre, a dit Macaulay, a échappé à l’absolutisme, mais il s’en est fallu de bien peu qu’elle n’y tombât.»[49]


Or, il est heureux pour l’humanité, que cette exception se soit produite. L’Angleterre doit sa grandeur à son culte de la liberté : c’est par là qu’elle est devenue pour les autres nations un exemple et un guide. En présence des résultats produits chez elle par le régime de la liberté, les peuples ont ouvert les yeux ; ils se sont inspirés de sa conduite ; ils ont voulu l’imiter. Ils ont également vu un modèle à suivre dans la nation que l’Angleterre a créée sur ce continent avec des éléments rajeunis et dans des conditions que seule pouvait en offrir une terre nouvelle.

Il semble que l’évolution de l’Angleterre dans le sens de la liberté soit un peu le fruit du hasard : c’est petit à petit pour répondre aux besoins du moment, pour se soustraire aux caprices ruineux d’un despote, pour donner satisfaction à cet instinct d’indépendance qui est si naturel au cœur humain, qu’elle s’est acheminée, en quelque sorte inconsciemment, dans cette voie. Mais les conséquences d’une telle évolution se dessinèrent enfin de façon précise et apparurent si avantageuses que la liberté fut adoptée comme principe de gouvernement. Il devint bientôt évident que la liberté avait pour accompagnement nécessaire l’éducation, que le progrès de l’une demandait le progrès de l’autre : et donc, au fur et à mesure que croissait la liberté, l’éducation étendait aussi son domaine : et c’est au développement simultané de ces deux puissances que notre siècle doit d’être parvenu à un si haut degré de civilisation.

Bonne en soi et si on la considère de façon abstraite, la liberté peut cependant devenir la source de bien des maux. Elle ne produit des effets salutaires que dans la mesure où les moyens et les procédés que l’on a mis en œuvre pour l’obtenir furent légitimes. Et de tous les moyens de la conquérir, le meilleur, celui qui donne les résultats les plus durables, c’est la lutte, une lutte constante, calme, réfléchie, qui s’appuie sur l’opinion publique pour l’éclairer à la fois et la guider, qui s’avance méthodiquement, d’une chose à une autre, par une gradation insensible et soutenue. Quand une réforme, une liberté nouvelle est entrée ainsi dans le champ des réalités, elle constitue une acquisition solide et permanente, un acheminement vers d’autres conquêtes.

C’est cette manière de procéder, plus encore que la liberté qui en a été le terme, qui a donné aux institutions anglaises cette physionomie stable et progressive que le inonde admire. Elle a eu aussi son contre-coup dans le caractère de la nation, et c’est là peut-être son effet le plus important ; elle a empreint le tempérament britannique d’une modération, d’une fermeté, d’une dignité qui font sa supériorité dans les grandes entreprises et qui se manifestent dans ses différends avec les autres peuples. De là également est venu ce respect de la loi et de l’autorité qui est comme instinctif en Angleterre. L’on aime et l’on révère ce que l’on a obtenu à force de patience et de ténacité ; l’on ne songe pas à attaquer des privilèges qui sont le fruit de longs efforts. Le pouvoir lui-même se montre jaloux de conserver les droits que le peuple a acquis : l’idée ne lui vient pas de protester contre les sacrifices qu’il a consentis aux exigences de la nation, ouvertement exprimées par ses représentants légitimes, ni de violer les droits qu’il lui a accordés.

C’est pour avoir été privée de ses libertés et rejetée violemment en arrière que la France s’est lancée dans les révolutions. Lorsque Louis XIV confisquait à son profit personnel les privilèges de ses nobles et de ses peuples, il ne se doutait guère qu’il décrétait la ruine de sa dynastie. On l’a appelé grand parce qu’il a su éblouir ; en vérité, il fut plutôt médiocre, et fatal à son pays, car il a manqué, à un degré extraordinaire, de clairvoyance pratique, et l’œuvre qu’il a édifiée péchait par la base.

Les événements dramatiques dont la France a été le théâtre depuis 89 ont eu pour cause la suppression des libertés par la monarchie absolue. Mais la réaction contre la tyrannie du souverain s’est faite avec une violence et une brutalité qui ont gravement compromis les bons effets que l’on pouvait espérer de ce mouvement populaire. Si la France eut évolué lentement vers la liberté, elle eut acquis, par la force des choses, les meilleures qualités qui distinguent l’Angleterre, en même temps qu’elle eût heureusement développé ses propres dons. Mais il n’en fût pas ainsi. En opérant avec violence, elle a fait éclater dans son sein des troubles sociaux qui ne sont peut-être pas encore terminés. La liberté qui se fonde dans le sang n’est pas la vraie liberté : son origine la rend odieuse à une grand nombre et ne lui assure par conséquent qu’une existence précaire. La révolution provoque la contre-révolution ; le sang appelle le sang. Le régime qui s’impose par la brutalité suscite des adversaires qui chercheront à le renverser par les moyens qui ont servi à l’établir. De là un antagonisme irréductible entre les classes, le mépris des lois, les haines jamais désarmées, les conspirations sans cesse ourdies : de là naît dans le caractère national une tendance néfaste à vivre dans une perpétuelle agitation, tendance qui va s’accentuant et qui devient comme une habitude de l’esprit. Entre l’homme qui désire la république et celui qui voudrait revenir à l’ancien ordre de choses se creuse un abîme.

Si le caractère d’un peuple a une influence marquée sur les institutions qu’il se donne, l’on peut dire également que les institutions modèlent un peuple à leur image. Car dans la vie psychologique aussi bien que dans la vie sociale, tout effet devient cause, et tout phénomène déterminé devient à son tour phénomène déterminant. Les nuances qui, il y a trois ou quatre siècles, séparaient les Anglais des Français se sont accentuées grâce aux voies différentes dans lesquelles ces deux nations se sont engagées. Ce n’est pas à la faveur d’un idéal abstrait ou d’un système préconçu que la liberté s’est introduite en Angleterre. Des besoins nouveaux en réclamaient l’application graduelle. Et l’expérience a démontré que la liberté accordée sous l’empire de pareilles conditions est du plus grand prix. Le peuple anglais a eu le temps de se faire à ce nouveau régime, où le gouvernement évoluait sagement dans le sens de la liberté au fur et à mesure que la nation le demandait.

Et ainsi, tandis que l’Angleterre, élargissant de plus en plus sa conception du pouvoir, voyait grandir son prestige, la France enfoncée dans l’absolutisme, voyait au contraire diminuer son éclat et son influence. Or, un moment vint où cette dernière nation voulût non-seulement reprendre les privilèges qu’elle avait perdus, mais encore se placer d’un coup à la tête des peuples libres, briser soudainement toutes les antiques servitudes, et du jour au lendemain opérer une émancipation qui avait coûté à l’Angleterre trois siècles de patients efforts. L’expérience prouva que l’édifice social n’a de solidité que s’il est lentement construit, pierre par pierre, et si chacune de ses parties est alignée et cimentée avec beaucoup de soin : l’évolution d’un peuple vers le progrès doit se faire sagement, étape par étape.

Vouloir lui faire franchir d’un bond tous les intermédiaires qui le séparent du but rêvé serait compromettre son avenir. Quand l’Angleterre en était encore à la période difficile de l’incubation, les nations européennes étaient surtout frappées des maux engendrés par ses luttes pour la liberté : le bien qui allait sortir de là ne se précisait pas encore ; ce qui attirait l’attention, c’étaient les désordres qui accompagnent toujours les périodes de transition. Dans l’ardeur du combat se commettaient des crimes particuliers qui pouvaient faire douter de la légitimité du but que l’on se proposait d’atteindre. Il n’est pas étonnant que Louis XIV, et même sa noblesse, témoins de ces faits, aient jugé que l’absolutisme du souverain était seul capable d’assurer l’unité d’action, la stabilité, l’ordre, l’harmonie au sein d’une nation. Ce qui se passait au delà du détroit paraissait leur donner raison. Il est très probable qu’ils ne virent, dans les dissensions qui agitaient alors l’Angleterre, qu’une coalition d’intérêts personnels au plus grand désavantage du bien public. La liberté n’ayant pas encore jailli du creuset où s’élaborait son essence, il était bien impossible aux esprits d’en prévoir les effets sur le caractère national. Louis XIV s’entourait d’ailleurs d’une telle gloire factice que la nation française éblouie se berçait de l’illusion que le règne de ce monarque réalisait l’idéal du gouvernement et qu’un tel régime pouvait se prolonger indéfiniment. Mais la carrière du grand Roi s’est terminée dans les humiliations de la défaite, les revers de la fortune. Et après lui, les folies de la Régence, l’indifférence et les vices de Louis XV ont réveillé le peuple de son engourdissement ; et la France, travaillée par les philosophes, a commencé d’être remuée par ce grand souffle qui devait amener le renversement du trône et causer les plus profonds bouleversements sociaux que l’histoire ait enregistrés.

En dépit d’adversités accablantes durant lesquelles l’activité d’esprit et le patriotisme des français se sont manifestés en exemples vraiment touchants, le rôle de la France reste encore très grand dans le monde. La France est toujours la première des nations par le rayonnement de son génie, les ressources de son cœur, ses idées nobles et généreuses, son culte pour l’art et la beauté, l’œuvre de ses savants. Mais la mission prépondérante qu’elle pouvait exercer à l’égard de la colonisation et du peuplement de vastes régions de notre globe, elle ne peut plus espérer la remplir. La perte de ses immenses possessions d’Amérique l’a fait déchoir du rang supérieur qu’elle occupait comme puissance coloniale. Et à qui doit-elle s’en prendre de cette déchéance sinon à elle-même, à son apathie, à l’inconstance de ses desseins ?

Lorsque la France et l’Angleterre se disputaient l’Amérique du Nord, l’Angleterre comptait treize millions d’habitants et la France vingt-sept. Aujourd’hui, malgré son énorme expansion coloniale, l’Angleterre compte une population égale à celle de la France. Dans l’Amérique du Nord, Etats-Unis et Canada, près de cent millions d’habitants parlent sa langue, sont imprégnés de ses idées et de son génie particulier. [50] Qu’adviendra-t-il d’ici à un siècle ou deux, quand l’Angleterre aura transformé ses vastes colonies en de puissants empires ? Que ces colonies deviennent ou non indépendantes, elles auront servi à répandre au loin l’influence et le prestige britanniques et auront rapporté à la mère-patrie des avantages de toute nature.

Ce n’est pourtant pas à l’infécondité de la race qu’il faut attribuer l’insuccès de la colonisation française en Amérique. Car la prodigieuse expansion des Acadiens et des Canadiens, expansion qui n’a peut-être été égalée que par celle des Boers, montre au contraire que la race française est admirablement prolifique. Cet insuccès, il faut en chercher la cause dans les calculs erronés du gouvernement : il n’entrait pas dans les vues de ce dernier de renforcer les établissements qu’il avait fondés par l’envoi de nombreux contingents. Sans doute craignait-on que la Métropole ne se trouvât affaiblie si on laissait l’émigration se diriger vers le Canada. Il semble que les intérêts commerciaux étaient les seuls que l’on eût en vue et que l’on ne se préoccupât pas d’autre chose que de recueillir des bénéfices matériels immédiats. Quant à faire des sacrifices pour assurer l’avenir de ces vastes domaines où tout était à développer, et où les « possibilités » étaient en quelque sorte infinies, cela n’entrait pas en ligne de compte.

D’ailleurs, il est fort probable que les hommes d’Etat anglais n’ont pas prévu, beaucoup mieux que ceux de France, l’avenir que leur réservaient leurs colonies. Il ne faudrait pas dire qu’ils ont procédé, dans la création et le développement de celles-ci, en vertu d’un ordre d’idées sagement préconçues, qu’ils ont été mus par des desseins longuement mûris. Sous ce rapport, le gouvernement anglais ne fut ni plus actif ni plus clairvoyant que le gouvernement français. Il est vrai que l’émigration vers les colonies anglaises fut, dès leur début, considérable ; mais n’est-ce pas surtout l’initiative privée qui en fit les frais ? Les Puritains et les Quakers cherchaient un refuge contre l’intolérance, et l’Amérique leur paraissait être l’asile désiré. Ils espéraient y être leurs propres maîtres ou au moins se libérer là des entraves que l’on mettait en Angleterre à la liberté de leur conscience. Tandis que la France ne laissa jamais supposer aux Huguenots qu’ils ne seraient ni inquiétés ni molestés en Canada. Pendant qu’en France l’influence pernicieuse de la Cour débilitait la noblesse[51], en Angleterre les gentilshommes et les riches négociants se montraient pleins d’ardeur pour les entreprises lointaines, et si le gouvernement ne les encourageait guère, du moins ne leur suscitait-il pas d’obstacles ; mais en France, le contrôle et la règlementation de l’Etat paralysaient l’initiative privée, tuaient les desseins personnels. Si, comme l’Angleterre le fit pour les Puritains, la France eut laissé les Huguenots libres de venir s’établir en Amérique, ceux-ci n’eussent pas demandé mieux que d’y former un groupement indépendant[52]. Et de même les Ordres Religieux eussent bien voulu essaimer en ces vastes territoires. Mais, dans un cas comme dans l’autre, le pouvoir se montra défiant, ombrageux ; il ne voulut octroyer ni aux Huguenots ni aux moines la latitude nécessaire pour leur permettre de fonder des établissements. Et ainsi les colonies françaises se débattaient dans l’impuissance, victimes de l’inaction des particuliers et de la tyrannie du pouvoir. Sans doute, le gouvernement anglais, loin de se montrer d’abord sympathique aux Puritains, chercha au contraire à leur créer toutes sortes d’embarras et de difficultés : mais, détail important, duquel a peut-être dépendu le sort des colonies anglaises, la Grande Bretagne laissa s’amollir sa rigueur première, elle céda aux instances qui lui étaient faites : aussi, moins d’un siècle plus tard, cette florissante colonie puritaine comptait 75,000 âmes, quatre fois plus que la population totale de la Nouvelle-France [53]. C’est bien le cas de dire que le sort des Empires tient le plus souvent à des faits non prévus et en apparence insignifiants.

L’Angleterre n’a cependant pas procédé d’une manière bien supérieure à la France dans l’administration de ses colonies. Comme celle-ci, elle octroya à des particuliers des chartes ridicules qui leur permettaient de confisquer à leur profit de vastes domaines : et ces chartes, d’une teneur imprécise, s’annulaient souvent l’une l’autre ; on les accordait ou les retirait selon le caprice du moment. Et pour ce qui est de la qualité des émigrants, l’Angleterre fut loin de se montrer aussi difficile que sa rivale : celle-ci a mis parfois trop de rigueur dans son choix, mais l’autre pas assez[54]. Nous faisons toutefois exception pour les Puritains, qui, après avoir quitté l’Angleterre pour se réfugier en Hollande, passèrent de là en Amérique[55],. Les Puritains étaient animés par des motifs élevés et avaient une grande pureté de mœurs. S’ils demandèrent et finalement obtinrent la permission de venir s’établir dans le Nouveau-Monde, ce fut non pas seulement pour échapper à la persécution religieuse et pour trouver un asile où ils pussent vivre en conformité avec leurs convictions — car à ce point de vue la Hollande eut pu leur suffire — ; mais ayant entendu parler des établissements d’Amérique, ils décidèrent de s’y rendre, « attendu que s’ils restaient en Hollande, disaient-ils, leur postérité, après quelques générations, deviendrait hollandaise et perdrait tout intérêt dans la langue et la nationalité anglaises ». Ce n’était donc ni la richesse, ni les plaisirs, ni les satisfactions de la vanité ou de l’ambition que cherchaient ces « pèlerins de Dieu et de la liberté ». De tout autres motifs les guidaient vers une nouvelle « terre promise ». Ils trouvèrent ici cependant, non pas seulement ce qu’ils désiraient, mais encore tous les biens que peuvent procurer la frugalité, l’ordre, l’esprit d’économie, l’intelligence. En somme, cette émigration puritaine, à laquelle l’Angleterre s’était tant opposée, fut la plus fructueuse de toutes pour les intérêts anglais [56]

Il n’en fut pas de même de la colonie de la Virginie : on y emmena d’abord des familles choisies avec soin ; mais bientôt l’immigration se recruta parmi une population interlope [57] . « Dans les provinces du Sud, — dit Rameau, en son bel ouvrage Une colonie féodale en Amérique, auquel nous avons emprunté la plupart des considérations qui précèdent, — l’immigration, pour être moins excellente, n’en eut pas moins ses bons jours ; dans la Virginie et dans le Maryland, on vit des gentilshommes, des négociants, amener avec eux leurs tenanciers ou des familles choisies avec soin, pour les établir sur leurs fiefs et sous leur patronage. Cette immigration fut encore souvent fort bonne ; mais on ne saurait en dire autant du recrutement des engagés célibataires, qui dans ces colonies formèrent promptement la majorité des immigrants. Ce recrutement, qui s’opérait d’abord directement par les seigneurs pour le peuplement de leurs seigneuries, tomba bientôt dans le domaine commercial. Les capitaines de navires engageaient, moyennant une prime, des hommes qui consentaient à aller travailler dans les colonies, en aliénant d’avance leurs services pour un temps déterminé (de trois à cinq ans) ; en arrivant en Amérique, les capitaines se remboursaient de leurs primes et de leurs frais de transport en cédant aux colons leurs contrats d’engagement, avec un certain bénéfice. Tant que ce transport d’engagés fut très limité, il ne présenta que des inconvénients médiocres ; l’appât du gain étant minime, les capitaines n’enrôlaient guère que ceux qui se présentaient spontanément ; mais les profits étant devenus assez considérables pour que le trafic des engagés prit des proportions toujours croissantes, il ne tarda pas à en sortir de très fâcheux excès. On enlevait dans les ports de mer des enfants de quatorze ou quinze ans, et même des valétudinaires, on enlevait tous les vagabonds et repris de justice qui sentaient le besoin de s’éloigner des lieux où ils étaient trop connus[58], et sur les côtes du Nouveau-Monde, la vente de ces contrats, qui souvent n’étaient que fictifs, offrait un spectacle encore plus révoltant : c’était en réalité l’organisation de la traite des blancs, en une servitude temporaire ; de là à la traite des nègres pour une servitude indéfinie, il n’y avait qu’un pas ; il fut vite franchi.

« En 1619, dit Hildreth, il arriva en Virginie douze cents immigrants ; il y avait parmi eux cent vagabonds ou repris de justice qui furent vendus comme les autres, et aussi vingt nègres qui furent amenés et vendus par un capitaine «hollandais : c’étaient les premiers [59] !» Voilà comment s’opéra la transition.

« On enrôlait aussi et même on enlevait quelquefois des jeunes filles qui se vendaient très bien en Virginie : en 1620, un premier convoi de quatre-vingt-dix jeunes filles, recrutées par un capitaine adroit et industrieux, fut vendu à raison de 100 livres de tabac par tête ; un exemple si profitable fut promptement suivi, et l’année suivante une nouvelle cargaison atteignit les prix de 150 livres de tabac par tête de fille. Le gouvernement anglais, éclairé par ces habiles manœuvres, songea alors à se débarrasser de ses prisonniers de toute nature, en réalisant un double bénéfice ; en les déportant, en effet, on s’épargnait les frais de leur entretien, et en vendant leurs services à titre d’engagement, on se procurait de l’argent. Ces envois furent fréquents, et cette déportation des criminels conduisit bientôt, par extension, à la déportation de tout ce qui était qualifié prisonnier ; on joignit aux prisonniers ordinaires les prisonniers politiques, et les dissensions civiles de l’Angleterre devinrent une des sources les plus importantes qui alimentèrent l’immigration d’Angleterre en Virginie : commerce honteux qui s’étendit peu à peu dans les autres colonies et jusque dans la Nouvelle-Angleterre :

« Ce trafic d’hommes de race anglaise devint si commun, dit encore Bancroft, que non seulement les Ecossais faits prisonniers à la bataille de Dunbar furent expédiés en Amérique pour y être réduits en servitude, mais encore les royaux qui tombèrent au pouvoir des parlementaires à la bataille de Worcester, ainsi que les chefs de l’insurrection de Penruddoc, furent embarqués pour les colonies. En Irlande, les exportations de catholiques irlandais étaient nombreuses et fréquentes, et accompagnées de traitements si cruels qu’ils le cédaient à peine aux atrocités de la traite africaine. En 1685, près de mille prisonniers, compromis dans l’insurrection de Monmouth, furent condamnés à la déportation ; et aussitôt plusieurs hommes influents à la cour se disputèrent cette proie, comme une marchandise de grand profit. » [60] Comme on a pu le voir, le gouvernement anglais n’eut qu’une faible part dans le peuplement de ses colonies, et cette part ne fut pas toujours à son crédit. Toutefois, pour une raison ou pour une autre, ses erreurs ne furent pas aussi profondes que celles de la France, et ces erreurs même tournèrent à son avantage. Il valait peut-être mieux ne pas se montrer trop difficile sur le choix que de rester inactif à l’égard d’une chose aussi essentielle que la colonisation et surtout que de mettre des entraves à son progrès. Ces criminels que l’Angleterre exporta avaient à vivre quelque part ; et n’y avait-il pas chance de les réhabiliter en les laissant s’établir dans un pays nouveau ? Placés dans un milieu tout différent, propice aux libres initiatives, n’était-il pas possible que ces « avariés » se refissent un avenir et redevinssent de bons sujets, moraux et prospères ? La population primitive était d’ailleurs assez nombreuse déjà et assez morale pour absorber sans grands inconvénients ces rebuts de la société [61] Néanmoins, si le fait d’une pareille exportation peut avoir ses excuses, si l’on peut même aller jusqu’à soutenir qu’il pouvait produire de bons résultats au point de vue colonial, la forme dans laquelle il a été accompli est absolument blâmable, et rien ne saurait exonérer le gouvernement anglais « non seulement d’avoir toléré, mais plus encore d’avoir suscité cette traite odieuse des blancs qui devait conduire à la traite des noirs et vicier dans leur source les qualités précieuses dont cette société nouvelle avait été dotée à son berceau [62]. »

Une grande erreur de la France fut de ne pas coloniser, quand cela lui eut été si facile, le littoral de l’Atlantique, en tout ou en partie, de la Virginie en remontant vers le nord : elle se fût ainsi assurée des domaines sous des latitudes différentes et dans des climats variés. Le commerce, on l’a vu, était à l’origine l’idée dominante qui poussait les nations européennes à fonder des colonies. À ce point de vue, le choix que fit la France en s’implantant au Canada et en Acadie fut très heureux, pour un demi-siècle au moins, car ces pays offraient des avantages exceptionnels pour la pêche et la traite des pelleteries. Mais la rigueur de leur climat devait être un obstacle à l’avancement de la colonisation proprement dite. Si les établissements français sont restés dans une infériorité numérique aussi considérable, il faut en chercher une des raisons dans le climat. L’on ne tenait pas à émigrer en Acadie parce que l’on trouvait cette

péninsule trop exposée aux incursions de l’ennemi ; et quant au Canada, sa température sévère rebutait les meilleures volontés. Louis XIV avait bien compris cela : aussi avait-il conçu le projet de coloniser les Illinois et le haut du Mississipi, afin d’ouvrir à l’expansion française de nouveaux débouchés dans des milieux plus doux, plus favorables à la culture. Mais il était trop tard.

L’on dit communément que le français n’est pas colonisateur. Il ne l’est peut-être plus. Depuis au delà d’un siècle, la France, jetée dans les révolutions et les contre-révolutions, bouleversée au dedans, durement éprouvée par les guerres, ayant à lutter pour maintenir sa situation en Europe, n’a pas eu le loisir de s’occuper sérieusement de ses colonies. Mais il est difficile d’admettre que le français du dix-septième et du dix-huitième siècle ne fut pas tout aussi colonisateur que l’anglais, l’espagnol ou le hollandais. L’infériorité, sous ce rapport, venait des institutions, des gouvernants et de la situation peu avantageuse dans laquelle se trouvait la France à l’égard de l’équilibre européen. Quant aux Français eux-mêmes, ce qu’ils ont accompli sur le sol d’Amérique nous paraît détruire l’assertion que ce peuple est impropre à coloniser.

Nous avons signalé comme l’une des causes principales de leur infériorité numérique le climat rigoureux qui régnait dans leurs colonies : combien de braves colons y furent décimés par le froid et la misère, et combien de leurs compatriotes de France renoncèrent à émigrer sur les bords du St-Laurent par crainte de venir y augmenter le nombre des victimes qui avaient déjà succombé aux intempéries des saisons. Mais ceux qui eurent le courage de venir quand même s’y établir ont manifesté des aptitudes physiques, une énergie, une habileté, un esprit d’entreprise qui nous semblent supérieurs à tout ce que l’on a pu observer chez les Anglais : et ces qualités personnelles expliquent qu’ils aient pu résister pendant un siècle et demi à un ennemi seize fois plus nombreux.

Les Français avaient exploré l’intérieur du continent et fondé partout des postes quand les colons anglais ne s’étaient pas éloignés encore des rivages de la mer. C’est de 1680 que datent les établissements de Détroit, de Frontenac, de la Baie Verte, de Vincennes, et quelques autres dans les Illinois [63] que les habitants de Détroit offrirent de lancer trois mille colons dans le pays avoisinant, afin de dominer l’intérieur du continent, si le gouvernement français voulait seulement leur accorder une compensation en facilitant l’envoi d’une forte émigration en Canada.

Abandonnés, délaissés par la Métropole, sans direction et sans secours, les Français firent face aux difficultés de leur situation avec un courage et une intelligence rares. La loyauté de leurs procédés, leur sagesse et leur justice leur assurèrent une influence considérable sur les tribus indiennes. Il est à remarquer en effet que les nôtres n’eurent jamais à combattre les sauvages habitant les pays dont ils s’emparaient au nom du roi de France, qu’ils s’en firent au contraire des alliés fidèles, même dans les circonstances les plus critiques. L’on n’ignore pas qu’il en fut tout autrement dans les colonies anglaises : pour une raison ou pour une autre, les anglo-américains ne surent pas se concilier l’affection des indigènes : ceux-ci se livrèrent souvent contre eux à des actes de cruauté et de vengeance qui provoquèrent des représailles terribles de la part des Anglais, représailles qui se terminèrent souvent par l’extermination de ces tribus.

« Enfin, dit Rameau [64], s’il est un point où éclata surtout l’intelligence des colons français, ce fut dans la juste appréciation de la topographie et des circonstances locales qui les entouraient, dont ils tirèrent constamment un si excellent parti ; c’est par là qu’ils parvinrent à se soutenir dans leur défense et à faciliter leurs attaques. La sûreté et la rapidité du coup d’œil, l’habileté des combinaisons, la promptitude de la résolution, l’énergie de l’action ne le cédaient en rien, chez eux, à la vigueur du tempérament, à la souplesse du corps, à la sobriété et à la rusticité des habitudes. Le travail de l’intelligence se joignait donc à l’œuvre de la nature pour former en ce pays une race d’élite à laquelle rien n’a manqué, excepté la fortune, et le concours de la mère-patrie ! »

Les français succombèrent enfin, mais comme épuisés par leurs victoires, et après avoir longtemps, et à maintes reprises, au cours des luttes suprêmes, remporté des avantages qui tinrent en suspens le résultat. Quand Port-Royal se rendît, il avait déjà résisté deux fois à une armée supérieure en nombre à la population totale de l’Acadie. Et lorsque le Canada dût à son tour céder à l’envahisseur, c’est qu’il n’y avait plus pour lui d’autre issue possible. Que faire en effet avec cinq ou six mille soldats contre les soixante mille que lui opposait l’ennemi[65] ?

Nous n’avons pas voulu déprécier les mérites des colons anglais ni rehausser jusqu’à l’excès ceux des colons français, ni même établir entre eux des comparaisons. Les uns et les autres avaient leurs qualités et leurs défauts. Nous avons seulement voulu protester contre l’opinion qui attribue le succès final des Anglais à leur prétendue supériorité dans l’art de coloniser. Cette supériorité est une lubie. Ils avaient le nombre, la force matérielle : cela explique tout. Quant aux colons français, ils ont donné des preuves d’endurance, d’initiative et d’intelligence qui leur eussent permis d’accomplir des merveilles s’ils se fussent trouvés dans des conditions seulement normales. La déplorable issue de la colonisation française en Amérique est imputable, non pas aux colons mêmes, mais au gouvernement, et à un fâcheux concours de circonstances qui ont rendu vains les plus admirables mérites personnels et les plus nobles efforts de l’héroïsme.

CHAPITRE DEUXIÈME


Reddition de Port-Royal. — Port-Royal est cédé avec le territoire dans son rayon. — Vetch nommé gouverneur de la place. — Cinq habitants de Port-Royal faits prisonniers. — La garnison décimée par la maladie. — Saint-Castin avec 42 Abénaquis vient diriger des opérations contre le Fort. — Bataille de Bloody Creek. — Port-Royal investi. — Les Acadiens se retirent du territoire cédé. — La garnison est secourue et le siège projeté est abandonné.


La reddition de Port-Roval à Nicholson [42] par de Subercase fut signée le 2 octobre 1710.

La place était assiégée depuis le 24 septembre. La résistance n’avait donc duré que quelques jours, mais elle avait été héroïque. Subercase, en succombant, avait du moins sauvé l’honneur. Seul, avec quelques officiers d’élite, il avait lutté contre le sentiment général qui était pour qu’on rendît le Fort sans coup férir et dès la première sommation. Hélas ! il lui était difficile d’imposer bien longtemps ses volontés quand rien ne pouvait faire espérer le succès, quand, à la disette, au dénuement dont souffrait la garnison, se joignait, chose plus grave encore, un complet délaissement de la part de la Métropole. Dans ces conditions, comment s’opposer aux efforts d’un ennemi pourvu de tout ce qu’il lui fallait en munitions de guerre et en vivres, et pouvant, au besoin, aller se ravitailler ? Cependant Subercase fit contre fortune bon cœur, ranima le courage de ses hommes, et déploya tant d’énergie et d’habileté que les Anglais en furent dans l’admiration. Incapable de tenir plus longtemps, obligé de se rendre, il obtint, grâce à la bravoure qu’il avait montrée, une capitulation honorable dont les termes furent loyalement exécutés par le général Nicholson[44].

Le traité de capitulation comprenait douze articles se rapportant au Fort de Port-Royal et au territoire qui en dépendait immédiatement. Nous omettrons les dispositifs qui ont trait à la garnison, à la manière dont elle devra évacuer la place, etc., pour nous en tenir à l’article cinquième, qui concerne les habitants demeurant dans le rayon du Fort, « within cannon shot of Port-Royal », comme dit le texte anglais. En voici la teneur :

« Art. 5 : Que les habitans de la banlieue resteront sur leurs biens avec leurs bleds, bestiaux, et autres meubles pendant deux ans si mieux nayment en sortir avant le dit temps : après les deux années écoulées ils seront obligez de prester serment de fidélité à Sa Sacrée Majesté, de la Grande Bretagne. (A. C. Amérique du Nord, Acadie. Corresp. gén. 1709-1711. F. 122). »

Dans un memorandum accompagnant le traité de capitulation, le général Nicholson déclarait que within cannon shot devait s’entendre de trois milles anglais dans le périmètre du Fort[66]. D’après une liste fournie au général, le nombre

de personnes habitant ce territoire était de quatre cent quatre-vingt-sept[67].

Pour se faire une idée exacte de la situation, il ne faut pas oublier que la capitulation ne se bornait qu’à Port-Royal et au pays compris dans un rayon de trois milles tout autour du Fort. Les habitants de ce district avaient deux ans, comme limite extrême, pour passer en territoire français avec leurs biens mobiliers. Et en attendant leur décision à cet égard, l’on dût sans doute exiger d’eux une sorte de promesse solennelle ou de serment temporaire de ne rien faire contre la paix et l’intérêt du gouvernement anglais. Nous ne voyons nulle part la formule de ce serment,

mais les circonstances mêmes nous portent à croire qu’un serment fut imposé aux Acadiens, par mesure de prudence. N’oublions pas que d’après le commentaire même de Nicholson, tout ce qui était en dehors de ce rayon de trois milles, demeurait territoire français. Il est important de se rappeler également que la guerre entre les deux nations se continua pendant près de trois ans, jusqu’au traité d’Utrecht. L’intelligence claire de ces données est nécessaire pour bien comprendre les faits qui ont suivi et pour éviter la confusion dans laquelle sont tombés bon nombre d’historiens[68].

Après le départ de la garnison française, Nicholson se rembarqua avec ses troupes, laissant dans le Fort, comme lieutenant-gouverneur, le colonel Vetch, avec environ 450 soldats. De Boston, où il arriva le 26 octobre, Nicholson se rendit à Londres où il réussit à organiser une expédition pour la conquête du Canada par terre et par mer : lui-même eut le commandement des forces qui devaient opérer sur Montréal par le lac Champlain, tandis qu’une flotte puissante, sous les ordres de l’amiral Hovenden Walker, irait s’emparer de Québec. Mais les vaisseaux anglais ayant essuyé de grands revers dans le golfe St-Laurent, à la hauteur de l’Île-aux-Œufs, l’expédition fut abandonnée[69].

Dans l’intervalle, les désertions, mais surtout la maladie, réduisirent tellement la garnison d’Annapolis (Port-Royal), qu’au dire d’un témoin oculaire, il ne restait plus qu’une centaine de soldats valides, au mois de juin de l’année suivante. Il devenait donc assez facile aux Acadiens, qui se trouvaient en dehors des limites comprises dans la capitulation, d’engager les hostilités et même de reconquérir le Fort. L’occasion d’une revanche était excellente : dans ce but, ils se mirent en communication avec Saint-Castin, que M. de Vaudreuil avait nommé provisoirement lieutenant du Roi en ces quartiers. [70] « Un nommé Abraham Gaudet, de

Beaubassin, dressa une embuscade, à la suite de laquelle il fit prisonnier un commissaire anglais de la garnison. Le gouverneur, pensant qu’il y avait quelque connivence entre les habitants d’Annapolis et les gens du dehors, fit saisir cinq des principaux Acadiens de la banlieue : Pierre Leblanc, Jean Commeaux, Guillaume Bourgeois, son père Germain, et François Brossard, un des fondateurs et habitants de Chipody. Ce dernier était revenu à Port-Royal après la prise de la place, pour visiter son fils et sauvegarder les biens qu’il y avait laissés, mais son vrai domicile était toujours à Chipody. On arrêta en même temps le Père Récollet, Justinien Durand, curé de la paroisse. » [71]


Saint-Castin, dont l’humeur batailleuse n’était jamais en repos, ne se fit pas prier pour venir prendre part à la lutte que les Acadiens demeurant en amont de la rivière se préparaient à livrer aux Anglais. Avec quarante Abénaquis de la rivière Penobscot, il parvint à traverser la baie de Fundy, et à dérober assez bien ses mouvements pour que sa présence ne fut pas soupçonnée par la garnison. Quatre-vingts hommes de cette dernière, sous les ordres du capitaine Pigeon, s’étant aventurés jusqu’à douze milles du Fort, dans le but de surprendre des guerriers sauvages qui, par leurs menaces, empêchaient les habitants d’Annapolis de livrer le bois nécessaire aux fortifications, Saint-Castin, qui épiait leurs mouvements, tomba sur eux à l’improviste, tua une trentaine de ces soldats, parmi lesquels le major et l’ingénieur du Fort, et fit le reste prisonnier. La scène où se passa ce fait d’armes est encore appelée de nos jours Bloody Creek.

La position devenait donc critique pour les nouveaux maîtres d’Annapolis. L’action ayant eu lieu à douze milles du Fort, et à neuf milles au delà des limites comprises dans la capitulation, elle avait été de bonne guerre et parfaitement légitime. On ne peut l’envisager autrement. Les assaillants étaient sujets français. Que dis-je ? Puisqu’ils opéraient sur leur propre territoire, leur acte était simplement un acte de défensive. De quel droit la garnison était-elle sortie de ce rayon de trois milles au delà duquel c’était terre française, aux termes même du traité ? — Quelques historiens, oubliant l’article 5 de la capitulation et l’interprétation que Nicholson, l’un des signataires, en avait donnée, parlent de cette rencontre, désastreuse pour la garnison, comme si toute l’Acadie eut été déjà cédée à l’Angleterre et comme si Saint-Castin et ses guerriers se fussent rendus coupables de trahison. C’est une erreur absolue de leur part.

La nouvelle du succès remporté par Saint-Castin redonna aux Acadiens l’espoir de reprendre leurs possessions. L’abbé Gaulin, curé des Mines, s’efforça d’organiser une expédition contre Annapolis[72] . Il réussit à réunir deux cents

hommes qu’il confia à l’habile Saint-Castin. Annapolis fut investi, et l’on n’attendait plus, pour donner l’assaut au Fort, que l’arrivée des canons et des munitions que l’abbé Gaulin avait été demander à Plaisance, (Terreneuve). Mais ces secours ne venant pas, et la garnison ayant reçu de son côté du renfort, le projet d’attaquer le Fort fut abandonné, et l’on dut se disperser [73] .

« Dès avant cet investissement, dit Beamish Murdoch, les habitants se retirèrent au delà du rayon du Fort et transportèrent aussi leurs bestiaux en amont de la rivière. Les Acadiens de la banlieue firent savoir au gouverneur qu’ayant violé à leur détriment les articles de la capitulation, ils se trouvaient par conséquent dégagés du serment qu’ils avaient prêté de ne pas prendre les armes : après quoi ils se joignirent à leurs compatriotes pour le blocus du Fort. » History of N. S., vol. I, ch. XXXVII, p. 324.

Nous avons beaucoup d’estime pour Beamish Murdoch, et nous le considérons comme un guide généralement sûr dans toutes les questions de fait. Cependant nous devons dire que nous n’avons trouvé nulle part la confirmation de ce qu’il avance dans la partie de la citation que nous avons soulignée. Nous croyons donc que ce dernier membre de phrase est une conclusion tirée par l’auteur et basée sur ce qui précède. Cette conclusion peut être logique, sans toutefois être l’expression de la vérité. En histoire, ce qui compte, c’est le fait : l’esprit n’opère pas dans l’abstraction, mais sur le réel. Et rien ne nous prouve qu’ici Beamish Murdoch n’a pas donné, aux prémisses qu’il avait posées, une conséquence rigoureuse en bonne logique, encore que peu conforme aux faits. En quoi donc le Gouverneur avait-il violé les articles de la capitulation ? Nous l’ignorons, et nous ne saurions entreprendre de justifier la conduite des Acadiens en cette occurrence. Le moment était d’ailleurs bien mal choisi pour se prévaloir d’une violation, quelle qu’elle fût. Et les circonstances dans lesquelles les griefs auraient été formulés feraient naître un doute sérieux sur leur légitimité.

Néanmoins, à défaut de renseignements précis sur la nature et la gravité des plaintes que les Acadiens pouvaient avoir à faire au sujet de leur Gouverneur, nous pouvons y suppléer dans une certaine mesure par un document qui se rattache de près à la question, et qui nous fait voir, en autant qu’on en peut juger par la version d’une seule des parties, quel était le sort que leur faisait le représentant de l’Angleterre. Quelques mois en effet avant l’incident dont nous avons parlé, les habitants résidant dans les limites du territoire compris dans la capitulation envoyaient au Gouverneur du Canada, M. de Vaudreuil, par l’intermédiaire de M. de Clignancourt[74] , la lettre suivante :

« Monsieur,

« Comme votre bonté s’estend sur tous ceux qui estants sujets de Sa Majesté ont recours à vous pour les soulager dans leurs misères, nous vous prions de vouloir bien nous donner secours pour nous retirer de ce pays auprès de vous ayant eu le malheur d’estre pris des anglois comme vous l’avez sans doute appris par l’envoyé de Monsieur de Nicholson et par le Sieur de Saint-Castin qui est party d’icy chargé des lettres de Monsieur de Subercase. « Monsieur de Clignancourt, Monsieur, vous fera un fidèl rapport de tout ce qui s’est passé dans cette occasion, comme aussi depuisp le départ de la flotte anglaise il vous fera connoistre le fond de nos cœurs et vous dira mieux que nous ne pourrions faire par une lettre la manière dure avec laquelle Monsieur Watche nous traite, ne nous regardant que comme des nègres et voulant nous persuader que nous lui avons beaucoup d’obligation de ce qu’il ne nous traitte pas plus mal, pouvant, dit-il, le faire avec justice et sans que nous ayons lieu de nous en plaindre.

« Nous avons remis à Monsieur de Clignancourt les copies de trois ordonnances de Monsieur Watche a rendu et dans le moment que nous avons l’honneur de vous escrire, nous apprenons qu’il vient d’envoyer aux Mines et à Beaubassin, nous ne sçavons pas encore ce qu’il y a envoyé faire, mais nous sommes persuadés qu’il n’aura pas plus d’égards pour les liabitans de ces quartiers qu’il en a eu pour nous. « Nous vous prions, Monsieur, d’avoir égard à notre misère et de nous honorer de quelques-unes de vos lettres pour notre consolation, en attendant que vous puissiez nous fournir les secours nécessaires pour nous retirer de ce malheureux pays :

Nou sommes avec bien du respect, » etc [75].

CHAPITRE TROISIÈME


Traité d’Utrecht. — Cession de l’Acadie. — Clauses du Traité et Lettre de la reine Anne. — Retour de Nicholson. — De la Ronde et de Pensens à Port-Royal avec mission d’écarter les obstacles que l’on mettait au départ des Acadiens. — Il en est référé à la reine. — Subterfuges des autorités locales. — Caractère de Nicholson et de Vetch. — Archives de la Nouvelle-Écosse. — Procédés malhonnêtes de leur compilateur.


La guerre entre la France et l’Angleterre s’étant enfin terminée, un traité de paix fut signé à Utrecht, le 11 avril 1713, (31 mars, vieux style,) par lequel l’Acadie fut définitivement cédée à l’Angleterre [76]. Aucune clause de ce traité ne définissait l’étendue et les limites précises du pays que la France abandonnait. Une commission, nommée par les deux Couronnes, allait avoir à régler plus tard cette importante question. En attendant sa décision, la France, aux termes du traité, cédait à la Reine d’Angleterre, à perpétuité « la Nouvelle-Ecosse, ou l’Acadie, en son entier, conformément à ses anciennes limites, comme aussi la ville de Port-Royal, maintenant appelée Annapolis Royale, et généralement tout ce qui dépend des dites Terres et Isles de ce pays-là », — ainsi qu’il est dit à l’article 12[77] . Or, il était elle qu’une déclaration aussi mal formulée n’engendrât pas des malentendus. Ce qu’était exactement l’Acadie, ce qu’était ou avait été la Nouvelle-Ecosse, n’aVait jamais été nettement déterminé. Déjà embrouillée de ce chef, la phrase le devenait encore plus à cause de ces mots : « comme aussi la Ville de Port-Royal, maintenant appelée Annapolis Royale». Quelle étrange rédaction ! Mais quoi, l’Acadie ou Nouvelle-Ecosse, ne comprenait-elle qu’une partie de la péninsule à laquelle le traité, par extension, adjoignait Port-Royal ? Ce n’était certainement pas cela qu’on avait voulu signifier, puisque Port-Royal faisait essentiellement partie de l’Acadie, qu’il en avait été le berceau et que, pendant tout un siècle, il avait été le siège du gouvernement. Il était donc impossible de prétendre que Port-Royal n’appartînt pas à l’Acadie proprement dite, puisqu’il en était comme le cœur. Et c’est justement parce que l’idée contraire ne pouvait venir à l’esprit de personne qu’on ne s’explique pas la présence de ces mots-là dans un traité qui cédait toute l’Acadie. L’insertion de cette note inintelligible fut la source de conflits qui devaient se résoudre, cinquante ans plus tard, par la force des armes, en laissant supposer raisonnablement que l’Acadie ou Nouvelle-Ecosse pouvait s’entendre tout au plus de la péninsule [78].

L’article 14 du traité d’Utrecht pourvoyait en ces termes à la situation des Acadiens : « Il est expressément convenu que dans toutes les dites places et colonies qui doivent être cédées et remises par le Roi Très Chrétien en conséquence de ce traité, les sujets du Roi auront la liberté de se retirer ailleurs, dans l’espace d’un an, avec tous leurs effets mobiliers… Que ceux néanmoins qui voudront y demeurer et rester sous la domination de la Grande-Bretagne, devront jouir du libre exercice de leur religion conformément à l’usage de l’Eglise de Rome, autant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne. »

Or, « peu de jours après la signature du traité, dit l’abbé Casgrain[79], la reine Anne, ayant appris qu’à sa demande le roi de France avait accordé la liberté à des prisonniers détenus aux galères pour cause de religion, voulut lui en témoigner sa satisfaction en octroyant aux habitants français de la Nouvelle-Ecosse des conditions plus favorables encore que celles qu’on avait stipulées. Elle fit adresser, en conséquence, au général Nicholson, gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, une lettre dans laquelle elle lui donnait des ordres qu’il est important de citer textuellement[80]:


Anne R.
À notre fidèle et bien-aimé, salut.

Notre Bon Frère, le Roi Très-Chrétien, ayant accédé à notre désir, de relâcher quelques-uns de ses sujets qui étaient retenus comme prisonniers à bord de ses galères parce qu’ils professaient la religion protestante, Nous avons voulu lui en montrer notre satisfaction en accordant quelque marque de faveur à ses sujets, et nous avons pensé vous signifier par la présente notre volonté et notre bon plaisir, de permettre à ceux de ses sujets qui ont des terres ou des propriétés en notre gouvernement d’Acadie et de Terre-Neuve, qui nous ont été ou qui doivent nous être cédés en vertu du dernier traité de paix, et sont dans l’intention de devenir nos sujets, de retenir et posséder les

5. Le texte anglais de cette lettre royale est aux Sélections frorn the Public Documents of Nova Scotia, edited by Thomas B. Akins, D. C. L. — Halifax, Charles Annand, Publisher, 1869, page 15, ad calcem. Casgrain ne la cite qu’en partie. Nous l’avons traduite intégralement.

dites terres et propriétés sans être molestés, aussi pleinement et librement que nos autres sujets font ou peuvent posséder leurs terres et biens, ou de les vendre, s’ils aiment mieux se retirer ailleurs. En foi de quoi nous vous délivrons la présente et vous souhaitons un cordial adieu. Donnée à notre cour de Kensington, le 23e jour de juin 1713, et dans la douzième année de notre règne.

Par ordre de Sa Majesté,
(Signé) Dartmouth.


« À notre fidèle et bien-aimé Francis Nicholson, écr., gouverneur de la province de la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, et général et commandant-en-chef de nos forces, dans la dite province et à Terreneuve en Amérique. » La situation des Acadiens se trouvait donc nettement établie par l’article 14 du traité d’Utrecht et confirmée par la lettre de la reine Anne que nous venons de citer. Sur les points essentiels, cette situation était très claire. Les Acadiens avaient, outre le libre exercice de leur religion, le choix de rester au pays en conservant tous leurs biens, ou de s’en éloigner, en emportant avec eux leurs effets mobiliers ainsi que le produit de la vente de leurs immeubles. La lettre royale ne fixait pas de limite concernant leur départ. Cette omission, si omission il y avait, était de nature à jeter du doute sur ce point. Le traité, qui avait été signé trois mois auparavant, avait porté le délai à un an. Fallait-il entendre maintenant que ce délai était indéfini ? Ou restait-il tel qu’il avait été réglé d’abord ? — Le compilateur des Archives de la Nouvelle-Ecosse, au bas d’une note dans laquelle il cite l’article 5 de la capitulation de 1710, explique que les mots «within cannon shot», selon l’interprétation qu’en donna Nicholson lui-même, signifient trois milles anglais dans le rayon du Fort, et ajoute que la Reine Anne, par sa lettre de 1713, a étendu à tous les habitants le droit de demeurer en Acadie sans restriction au point de vue du temps [81]. Est-ce que par hasard Akins aurait cru que le fait qu’aucun délai n’était mentionné dans la lettre en question laissait aux Acadiens toute latitude et les rendait libres de rester ou de s’en aller quand bon leur semblerait ? Quand nous aurons fait mieux connaître l’esprit d’exclusivisme et de fanatisme qui animait ce compilateur, l’on pourra en conclure que, certes, telle n’était pas sa pensée, et qu’il ne pouvait accepter d’interpréter dans ce sens favorable le document royal. C’est donc une simple constatation qu’il fait en passant et sans y attacher autrement d’importance. Nous estimons d’ailleurs de notre devoir de dire que, selon nous, et strictement parlant, la lettre de la reine ne modifiait en aucune façon le délai d’un an stipulé par le traité [82]. Quelque opinion que l’on ait là-dessus, la chose, après tout, ne tire pas à conséquence, puisque les Acadiens avaient déjà décidé de quitter cette province et qu’ils se préparaient activement à le faire. Leur départ eut été un fait accompli dès l’automne de 1713, sans les empêchements qu’y mit le lieutenant-gouverneur Vetch, empêchements repris sous toutes les formes par Nicholson, Caulfield, Doucett, Richard Phillips, Armstrong, et plus tard encore par Cornwallis [83] Pendant dix-sept ans, de 1713 à 1730, tous les événements d’Acadie se rattachent par un lien ou par un autre aux ruses qui furent déployées par les autorités pour faire échouer le plan d’exode que les Acadiens avaient formé, et pour river ceux-ci au sol par un serment d’allégeance. Ne pas parler de ces faits, c’est fausser à dessein l’histoire de cette période, et la rendre inintelligible. Soit pour n’avoir pas eu accès aux documents que nous possédons, soit pour des causes moins avouables, les historiens, de même que le compilateur des Archives de la Nouvelle-Ecosse, ont négligé de mettre ces choses en lumière ou même n’en ont pas soufflé mot. Quant à ce dernier, nous avons déclaré hautement, dans notre préface, qu’il a accompli son travail avec une partialité révoltante et dans le but évident de semer dans le public des préjugés contre les Acadiens. Et c’est délibérément, après mûre réflexion, avec preuves à l’appui, que nous avons porté contre lui une aussi grave accusation ; la bienveillance et la charité qui nous animent ont dû céder devant les manifestations répétées de sa mauvaise foi. Nous aurons à parcourir son indigeste et menteuse compilation, et il nous sera facile alors d’en montrer les lacunes volontaires, les fins tendancieuses, par des raisons toutes basées sur les faits tels qu’ils se présenteront à nous dans la suite du récit. Disons d’abord dans quelles circonstances la publication de Akins fut entreprise. Le 30 avril 1857, la Législature de la Nouvelle-Ecosse adopta la motion suivante présentée par l’Honorable Joseph Howe :

« Son Excellence le Gouverneur est respectueusement prié de nommer une commission à fin d’examiner, de conserver et de classifier les anciennes pièces et documents propres à jeter la lumière sur l’histoire de cette Province et à faire voir le progrès social qui y a été réalisé, — et ces pièces et documents seront gardés comme références, ou seront publiés, selon que la Législature en décidera [84]… »

Cette citation est tirée de la préface même du volume compilé par les soins de Akins pour répondre au vœu exprimé par la Chambre d’Assemblée de la Nouvelle-Ecosse. Et c’est au même endroit que nous cueillons ce qui suit :


« L’année suivante (1858), le Lieutenant-Gouverneur fut autorisé par la Législature à demander au Bureau des Archives de l’Etat, en Angleterre, des copies de toutes dépêches ou de tous documents dont nous pouvions avoir besoin pour compléter notre collection, ainsi que le commissaire des archives eu avait fait la recommandation. »


Le 4 avril 1859, le même Lieutenant-Gouverneur, par un autre vote de la Législature, avait faculté de se procurer, auprès du Gouvernement du Canada, copies de tous papiers des Archives de Québec, se rapportant aux temps primitifs de l’Acadie, —copies of such papers in the Archives of Quebec as related to the early history of Acadia. Akins continue : « En 1864, ce travail de compilation était si avancé qu’au delà de deux cents volumes de manuscrits avaient été recueillis, arrangés, catalogués et reliés, lesquels comprenaient un choix abondant de documents coloniaux provenant du Bureau des Archives de l’Etat, à Londres, et du Bureau des Archives de Québec, qui les avait obtenus des Archives de Paris. En 1865, la Législature référa le rapport annuel du commissaire des Archives à MM. S. L. Shannon, J. Bourinot et A. G. Archibald. Et ces messieurs recommandèrent la publication « d’un volume de documents publics à être choisis par le commissaire des Archives, à la condition que cette collection puisse tenir en un seul tome in-octavo pas trop considérable », et ils ajoutaient que cette publication devait être faite sans tarder. » Par un vote du 15 mars 1865, la chambre adopta les conclusions de la commission.

« En préparant ce volume, j’ai choisi la partie de nos archives qui possède la plus grande valeur historique : je veux dire les documents qui se rapportent aux Acadiens et à leur expulsion de la Nouvelle-Ecosse ; — aux empiètements des autorités françaises du Canada sur les territoires de la Nouvelle-Ecosse ; — au siège du Fort Beauséjour en 1755, et à la guerre continentale qui eut pour résultat la chûte de la domination française en Amérique ; et aussi les pièces qui ont trait à la colonisation de Halifax en 1749, et au premier établissement anglais en cette Province ; enfin, la correspondance officielle qui préluda à l’institution d’un gouvernement représentatif, en l’année 1758.

« L’expulsion des Acadiens Français de la Nouvelle Ecosse est un événement important dans l’histoire de l’Amérique britannique ; et dans ces dernières années ce fait a pris un intérêt tout particulier à cause des allusions que les écrivains modernes y ont faites. Encore que l’on ait beaucoup écrit sur ce sujet, cependant, jusqu’à tout récemment, il a été l’objet de peu de recherches aux sources,et par conséquent l’on n’a pas clairement vu la nécessité de cette mesure d’expulsion, et, les motifs qui ont forcé le gouvernement à l’exécuter ont été souvent mal interprétés. J’ai donc choisi avec soin, parmi les documents que possède le Gouvernement de cette Province tous ceux qui sont de nature à jeter quelque lumière sur l’histoire et la conduite des habitants Français de la Nouvelle-Ecosse, à partir du jour où ils passèrent sous la domination anglaise jusqu’à leur expulsion définitive de ce pays. »

T. B. A. »

« Janvier 1869.


Or, la susdite préface contient deux parties bien distinctes : 1° l’une qui expose le but qu’avait eu en vue la Législature de la Nouvelle-Ecosse, savoir, de réunir les documents les plus importants concernant l’histoire générale de la Province, et de se procurer à Londres et à Québec les pièces qui seraient de nature à compléter les lacunes des archives locales, à cette fin ; 2° et l’autre qui se rapporte à l’idée qu’a conçue le compilateur et qu’il a exécutée sans vergogne, et sans prendre garde qu’elle ne cadrait point du tout avec l’intention de ses mandataires. L’intention de ces derniers était manifestement de rassembler en un volume tout ce qui pouvait contribuer à l’histoire de la Province ; mais le compilateur se réservait d’interpréter à sa façon une volonté si clairement exprimée. Pour lui, il s’agissait particulièrement de choisir, de mettre à part, de publier tout de suite, parmi les quelques deux cents volumes manuscrits que l’on était parvenu à se procurer de 1857 à 1865, les seuls documents originaux propres à jeter de la lumière sur les causes qui motivèrent l’expulsion des Acadiens. Car, dit-il en substance, on n’a pas compris les raisons qui déterminèrent cette mesure : the necessity for their removal lias not been clearly perceived, and the motives which led to its enfoncement hâve been often misunderstood. C’est cela : pendant un siècle, on avait fait fausse route ; et Thomas Akins allait mettre les historiens présents et à venir dans la bonne voie, c’est-à-dire qu’il allait grouper en un faisceau tout ce qui pourrait porter préjudice aux pauvres Acadiens, qu’il allait faire de ce volume d’archives un arsenal commode et facile où les écrivains viendraient chercher des armes pour accabler des victimes sans défense.

En matière d’histoire, toute opinion plausible, qu’elle soit ou non le résultat des travers de l’esprit ou du cœur, mérite une certaine indulgence, et Akins pouvait fort bien entretenir les opinions qu’il émet dans sa préface. Mais il nous est permis de trouver étrange qu’il passe condamnation sur les écrivains de tout un siècle, y compris ceux qui furent contemporains des événements dont ils ont parlé. Et nous ne pouvons nous empêcher non plus de regarder comme malséante l’expression d’idées toutes personnelles au seuil d’un ouvrage de pure compilation. Dans l’esprit des législateurs qui l’avaient commandée, cette compilation devait être objective et menée avec la plus rigoureuse impartialité : autrement, elle ne répondait plus à l’intention qui l’avait inspirée. Il eut été, sûrement, plus habile, de la part de Akins, de garder le silence sur ses sentiments intimes. En les énonçant, au contraire, ouvertement, il a commis la maladresse qu’il devait le plus redouter : celle de nous mettre en garde contre une partialité possible et des procédés tendancieux. Pouvions-nous supposer libre de tout préjugé un homme qui prenait carrément parti contre nous ? N’avions-nous pas quelque raison de soupçonner sa probité, et de croire qu’il n’était peut-être pas un guide sûr à travers les archives quand nous le voyions s’y engager avec des idées nettement préconçues ? Aussi bien, nos soupçons à son sujet n’étaient que trop fondés. L’étude que nous avons faite de ses méthodes, la comparaison que nous avons établie entre les documents qu’il a publiés et les sources originales ont confirmé de façon éclatante nos justes appréhensions : Akins, et c’est la conclusion de notre enquête, a montré une partialité qui n’a été surpassée que par sa mauvaise foi. Et nous en fournirons plus tard la preuve convaincante.

Pour le moment, contentons-nous de dire que sa compilation est en réalité, non pas, comme le voulait la Législature de la Nouvelle-Ecosse, un recueil des documents les plus importants concernant l’histoire générale de la Province, mais un assemblage indigeste de tout ce qui pouvait paraître justifier la déportation des Acadiens : l’auteur en a soigneusement omis tout ou à peu près tout ce qui était de nature à servir, d’une façon ou d’une autre, la cause de ces derniers ; il a systématiquement laissé de côté tous les papiers dont la teneur était défavorable aux gouverneurs anglais et les montrait sous un jour odieux. Et que le lecteur ne s’imagine pas que nous avons relevé une à une toutes les pièces, sciemment éliminées par Akins, pour les introduire dans notre ouvrage. Nous nous sommes arrêté aux omissions les plus importantes, les plus grosses de conséquences. S’il nous eût fallu les signaler toutes, notre travail en eût été singulièrement encombré, tant elles sont nombreuses.

Et donc, le volume de Akins comprend d’abord des documents qui sont datés de novembre 1714 [85]. Il me semble qu’il eût été convenable de remonter plutôt jusqu’à la capitulation de Port-Royal, en 1710, ou au moins jusqu’au traité d’Utrecht, lequel fut signé en avril 1713. Depuis cette date jusqu’en novembre 1714, des choses avaient dû se passer qui offraient un intérêt particulier ; et les archives contenaient certainement des pièces déterminant d’une manière précise l’attitude des gouverneurs aussi bien que celle des Acadiens relativement à la clause du traité qui laissait à ces derniers la liberté de quitter le pays. Comme on se le rappelle, les Acadiens avaient l’espace d’un an pour s’en aller avec leurs effets, leurs bestiaux et le produit de la vente de leurs immeubles. Or, nous savons, par la suite des événements, qu’un bien petit nombre d’entre eux profitèrent alors de cette permission. S’ils restèrent, fut-ce volontairement ? Ne furent-ils pas au contraire empêchés de partir ? Rien dans le volume de Akins n’offrait de solution à cette question. Pour nous éclairer sur ce point, nous avons dû recourir ailleurs ; et, comme nous le montrerons, ce qui découle de nos recherches est d’une importance capitale et réduit à néant les prétentions du compilateur. En omettant tous les documents se rapportant à la période comprise entre 1710 et la fin de 1714, Akins a induit en erreur presque tous les écrivains qui se sont occupés de l’histoire de la Nouvelle-Ecosse. L’on commence où il commence ; l’on finit où il finit ; l’on omet ce qu’il a omis, sans se douter qu’il y a, par delà son livre, un vaste champ inexploré d’où surgissent des pièces accablantes pour le nom anglais. Le compilateur s’est bien gardé de faire entrer ces pièces dans sa collection : il les trouvait trop compromettantes. S’il a cru cependant les enfouir à jamais dans l’oubli, s’il a espéré qu’il ne se rencontrerait pas d’homme assez courageux pour les exhumer et pour les produire à la grande lumière de l’histoire, il s’est trompé. Assez longtemps l’ombre a plané sur des scènes douloureuses pour nos pères ; assez longtemps la calomnie s’est attachée à leur mémoire ; assez longtemps, grâce à Akins, le drame palpitant qui s’est déroulé en Acadie a été tronqué de son premier acte, sans lequel il est impossible de bien apprécier tout le reste. Rétablissons maintenant ce drame dans son intégrité, montrons-en l’âpre et amère unité, exposons-en le prélude et l’entrée, afin que l’enchaînement des causes et la responsabilité des personnages apparaissent dans toute leur vérité, et que le dénouement fatal n’ait rien qui nous surprenne, après un tel début.

Revenons un peu en arrière. Après la capitulation de 1710, le colonel Vetch avait été nommé lieutenant gouverneur de Port-Royal. L’année suivante Vetch alla rejoindre Nicholson dans l’expédition projetée contre Montréal, laissant à sa place, à titre provisoire, sir Charles Hobby. L’entreprise contre le Canada ayant été forcément abandonnée, Vetch revint à son poste et reprit ses fonctions qu’il exerça jusqu’à l’été de 1714. En cette année il fut remplacé par le major Caulfield, auquel succéda le capitaine Doucett, tandis que Nicholson resta gouverneur et commandant-en-chef de la Nouvelle-Ecosse jusqu’en 1717. Or, dès la signature du traité d’Utrecht, les Acadiens, ainsi que nous l’avons dit, avaient résolu, à peu près unanimement, de quitter le pays, mais ils en furent empêchés par tous les moyens et toutes les ruses imaginables. Et d’abord, en août, ou peut-être même en juillet 1713, ils envoyèrent des délégués à Louisbourg, en l’Ile Royale, pour s’entendre avec le gouverneur, M. de Costebelle, et apprendre de lui les conditions qu’on leur ferait s’ils se transportaient en territoire français [86]. Le rapport des délégués ayant paru trop peu encourageant, les Acadiens, par une lettre en date du 23 septembre 1713, renoncent à émigrer. [87] Ils donnent pour raison qu’ils ne peuvent accepter d’aller s’établir à l’Ile Royale sans une assistance sérieuse de la part des autorités, attendu que le sol y est de qualité inférieure, en grande partie boisé, et qu’il ne s’y trouve pas de pâturages naturels pour la nourriture de leurs bestiaux. Que si cependant on les oblige de prêter serment, ils partiront quand même. Et ils ajoutaient : « Nous ignorons d’ailleurs de quelle façon les Anglais entendent nous traiter. S’ils nous créent des embarras à cause de notre religion, ou s’ils morcellent nos propriétés afin de les partager également entre nous, nous nous embarquerons immédiatement. »

M. de Costebelle fut très vexé de cette attitude, et plus encore peut-être d’une lettre qu’il avait reçue de l’abbé Gaulin sur qui il comptait pour favoriser l’exode des Acadiens vers l’Ile Royale. L’abbé Gaulin avait en effet répondu en ces termes un peu vifs aux avances du gouverneur : « Il lui était impossible de se prêter à ses manœuvres ; le secours que M. de Costebelle promettait ne reposait pas sur des garanties suffisantes ; il ne convenait pas au gouverneur de vouloir se servir de l’influence des missionnaires pour mener à terme une affaire qui pouvait avoir des résultats fâcheux, et dont l’issue, en tout cas, était bien incertaine. Que si M. de Costebelle ne pouvait donner des gages de la droiture de ses intentions et fournir aux Acadiens une assistance effective, alors l’abbé Gaulin préférait voir ces derniers rester sur leurs terres, avec les Anglais qui font tout en leur pouvoir pour les empêcher de partir [88]. » Autant, comme nous le montrerons plus loin, le gouvernement français désirait que les Acadiens prissent avantage du traité d’Utrecht pour se transporter en territoire français, autant les autorités de Port-Royal y mettaient d’opposition. Les négociations, entre le gouverneur de Louisbourg et les Acadiens, ayant été reprises, et des terres sur l’Ile Saint-Jean ayant été offertes, ceux-ci s’apprêtèrent à partir. Mais Vetch entrava leur dessein, sous le prétexte fallacieux qu’il n’était qu’en sous-ordre à Annapolis et qu’il appartenait au gouverneur en titre de leur accorder l’autorisation qu’ils sollicitaient. Or le temps s’écoulait. Nicholson ne fut de retour en Acadie qu’à l’été de 1714, quand l’année de grâce accordée aux Acadiens pour aller se fixer ailleurs venait justement d’expirer. Voici des documents qui jettent un jour singulier sur la conduite des Anglais en cette affaire. Ce sont des lettres du major L’Hermitte, second lieutenant du roi à Louisbourg. La première est adressée à Nicholson lui-même :

« Ayant appris, Monsieur, par plusieurs habitans du Port-Royal, des Mines et de Beaubassin, que celui qui commande à votre absence au Port-Royal (Vetch) leur a fait défense de sortir, et même en a refusé la permission à ceux qui lui ont demandé, ce qui fait que les habitants qui seraient maintenant établis sur les terres du Roi, se trouvent la plupart hors d’état de se retirer cette année… C’est ce qui m’a déterminé, Monsieur, suivant l’ordre que le Roy m’en donne, d’y envoyer M. de la Ronde Denys, à qui j’ai remis en mains les ordres de la Reine Anne, et conférera avec vous des raisons pour lesquelles ils sont détenus. J’espère, Monsieur, que vous rendrez toute la justice due et que vous n’aurez d’autre vue que de suivre les volontés de la Reine[89]. »

La seconde est adressée au conseil de Marine :

« Celui qui commande au Port-Royal a fait défense de sortir du pays avant l’arrivée de M. Nicholson ; de sorte que tous ceux qui sont venus ici s’étaient échappés. Ils m’ont représenté, ainsi que M. Gaulin et les Pères de l’Acadie qui m’ont tous envoyé des express, qu’il était nécessaire d’y envoyer un officier pour soutenir leurs droits, les Anglais ayant défendu aux missionnaires de se mêler des affaires de ces habitans. [90] »

Ces lettres sont très claires : le lieutenant-gouverneur Vetch avait, par ses défenses arbitraires, empêché les Acadiens de profiter de la clause du traité d’Utrecht qui leur donnait un an pour régler la question de leur départ ; le gouverneur de Louisbourg avait été informé de l’attitude de Vetch, et il avait communiqué ses renseignements au Roi de France ; celui-ci avait obtenu de la reine Anne un ordre permettant aux habitants de l’Acadie de disposer de leurs propriétés en toute liberté, de vendre leurs biens à leur juste valeur ; cet ordre avait été transmis au gouverneur de Louisbourg ; le major L’Hermitte, qui commandait eu cette dernière place en l’absence de M. de Costebelle, avait dépêché à Port-Royal M. de la Ronde Denys avec une lettre pour Nicholson et la copie authentique de l’ordre signé par la reine Anne.

Donc, M. de la Ronde, à qui on avait adjoint M. de Pensens, arriva à Port-Roval vers le 20 juillet, avec la mission de remettre à Nicholson les ordres très précis que le roi de France tenait de la reine Anne. Nicholson leur fit un accueil superbe, il prit connaissance des ordres dont ils étaient porteurs et promit de laisser partir les Acadiens dans le cours de l’année, si telle était leur intention. Il permit même aux délégués de convoquer les habitants en assemblée afin de s’assurer de leur volonté. Ceux-ci réitérèrent unanimement leur ferme détermination d’évacuer le pays[91]. Nicholson . Nicholson parut d’abord convenir de tout, mais, sous prétexte d’en référer à la reine, il finit par tout refuser. Il fallait vraiment que cet homme eût une dose peu commune d’effronterie pour passer outre aux ordres formels de sa Souveraine. Or, nous avons la preuve qu’il ne craignît pas de le faire et de violer ouvertement les obligations de son mandat. Cette preuve est contenue dans le document que voici et qui est le compte-rendu officiel de la mission remplie par de la Ronde et Pensens :

« En 1714, les sieurs de la Ronde et Pensens, capitaines, furent envoyés à l’Acadie pour obtenir de M. de Nicholson une liberté pour les Acadiens de se retirer avec leurs bestiaux et leurs grains à l’Ile Royale. M. de Nicholson permit à ces officiers de faire assembler les habitants pour savoir leurs intentions. Ils déclarèrent tous qu’ils voulaient retourner à leur légitime souverain. Il fut demandé à M. Nicholson que conformément à l’article quatorze du traité de paix, ces habitants eussent l’espace d’une année pour rester sur leurs biens sans empêchement ; qu’il leur fût permis, pendant ce temps, de transporter leurs grains et leurs bestiaux, de construire des bâtiments pour le transport de leurs effets et de recevoir de France des agrès et des apparaux pour ceux qui seroient bâtis. Ces deux articles furent renvoyés à la décision de la Reine. On demanda encore qu’il leur fut permis de vendre leurs habitations ou de laisser procuration. Il fut répondu à cet article remis à la Reine, de plus renvoyé à sa lettre qui doit en être un sûr garant. M.

de Nicholson promit, en outre, une prompte expédition de tous ces articles… mais depuis ce temps on n’a eu aucune réponse sur ce sujet.[92] »

Ce document officiel est confirmé par plusieurs autres, dont nous ne donnerons que le suivant, parce qu’il renferme d’autres faits importants. C’est un rapport de M. de Costebelle au ministre, à la date du 29 août 1714, c’est-à-dire immédiatement après le retour de MM. de la Ronde et de Pensens :

« Le 13 juillet, je fis partir M. de la Ronde Denys pour le Port-Royal, dans un bateau de l’Acadie que j’avais frété. J’envoie à Votre Grandeur la copie de la lettre que j’ai écrite à M. de Nicholson, et des instructions que j’ai données à M. de la Ronde. Je lui ay remis les ordres de la Reine en anglais et en français. M. Gaulin s’embarqua avec lui, et plusieurs Acadiens qui étaient ici. J’ai cru, Monseigneur, de ne pas rendre un plus grand service au Roy que d’aider à ces habitans à sortir d’un abîme où ils vont tomber.

« Votre Grandeur me dit qu’elle envoyt pour eux les agrès que j’avais demandés ; mais ils viendront tard ; avant qu’on les leur ait fait tenir la saison sera bien avancée. Ils avaient écrit à Boston pour en avoir ; M. de Nicholson l’a défendu, même a fait arrêter leurs bateaux et chaloupes qu’ils avaient bâtis. Ils m’ont paru être dans le sentiment de ne pas sortir qu’ils n’aient vu la décision de M. de Nicholson. Il est constant qu’il fera tout ce qu’il pourra pour les retenir ; ils ont même déjà tenu deux fois conseil pour quitter le Port-Royal… ; c’est en partie ce qui m’a déterminé à y envoyer, d’autant plus que les Anglais les ont mis hors d’état de pouvoir subsister, s’ils ne recueillent pas leurs récoltes en achetant leur blé [93]. »

Nicholson, qui venait d’arriver d’Angleterre, n’avait probablement pas eu le temps de réfléchir aux conséquences fâcheuses qu’entraînait pour le pays le départ des Acadiens. Aussi, après avoir pris connaissance des ordres de sa Souveraine, promit-il d’abord d’y obtempérer, et de ne pas s’opposer au vœu si légitime des habitants. Mais, bientôt mis au courant par ses officiers des résultats qu’aurait pour la Province l’exode en masse des colons français, il s’avisa, pour gagner du temps, de référer la question à la Reine. Le subterfuge était absurde et grossier. Pourquoi proposer de référer à la Reine ce que celle-ci lui ordonnait de faire ? Pourquoi remettre encore à sa décision les clauses formelles et limpides d’un traité qu’elle avait sommé le gouverneur d’exécuter ?

Par malheur pour les Acadiens, la Reine Anne mourut le 17 août 1714. Sans quoi, nous pouvons croire qu’en dépit des conséquences, elle eut tenu à honneur de faire respecter ses engagements. De nombreuses communications furent alors adressées aux Lords of Trade, pour leur représenter les graves inconvénients qui allaient découler du départ des Acadiens, si l’on ne se hâtait pas de l’empêcher. Et c’est ainsi que les questions, soi-disant référées à l’autorité royale par Nicholson, ne furent jamais résolues ni dans un sens ni dans un autre ; pendant longtemps on tint les Acadiens sous l’impression que ces questions étaient toujours à l’étude, quand il était parfaitement entendu que l’on mettait tous les obstacles possibles à leur départ. Pleins de naïve confiance, persuadés que la justice fait le droit, que les traités étaient choses sacrées, que l’honneur est la force et l’appui des gouvernements, les Acadiens attendirent, mais en vain, une réponse qu’on leur disait être sous considération. Ils étaient si certains d’avoir gain de cause et de pouvoir quitter le pays dans le cours de l’été suivant (1715), que, le printemps venu, un grand nombre n’ensemencèrent même pas leurs terres.

M. de Costebelle, dans une lettre au Ministre, à la date du 9 septembre 1715, marque « qu’on l’a assuré que les habitants françois des Mines n’ont point ensemencé leurs terres en 1715, qu’ils avaient des grains pour vivre deux ans, et qu’ils restaient disposés à une entière évacuation lorsqu’ils auraient des bâtiments pour les transporter à l’Isle-Royale avec leurs familles et leurs effets [94] ».

Et voici d’autres documents provenant de la même source :

« Le Père Dominique (de la Marche) lui a présenté (à M. de Costebelle) un mémoire par lequel il paraît que les peuples de l’Acadie étaient déterminés à tout abandonner pour sortir de la domination des Anglois ; que la plupart même n’avoient pas voulu ensemencer leurs terres dans l’espérance qu’on les retireroit au printemps. Que plusieurs avaient construit des bateaux pour le transport de leurs familles et de leurs effets ; qu’il y en avait dix prêts à naviguer dès qu’on leur aurait envoyé les agrès [95]… » M. Bégon [96], par sa lettre du 25 septembre 1715, marque «que le Père Justinien (Durand), missionnaire récollet au Port-Royal, lui a marqué que tous les habitants françois de l’Acadie ont pris la résolution d’aller s’établir à l’Isle Royale, à quoi une Lettre Pastorale de M. l’Evêque de Québec[97] a beaucoup contribué… Les Anglois font tout ce qu’ils peuvent pour retenir les François, non seulement en les ménageant, mais aussi en leur refusant les choses nécessaires pour leur passage et leur faisant entendre qu’ils ne leur permettront pas de disposer de leurs immeubles ni de leurs bestiaux, qu’on leur donnera seulement quelques vivres ».

« Par sa lettre du 6 novembre 1715, il (M. de Costebelle) marque qu’il a parlé au sieur Capon, envoyé du gouverneur de Port-Royal, de la manière dure et injuste avec laquelle le général Nicholson avait traité les habitants françois de l’Acadie, contraire en tout aux ordres qu’il avait reçus de la feue reine d’Angleterre, et à la parole qu’il avait donnée aux sieurs de la Ronde et Pensens. Cet envoyé a convenu que la conduite de ce général n’avait été approuvée d’aucun officier de sa maison ; mais que le gouverneur général ne pouvait rien changer sans de nouveaux ordres du roy d’Angleterre, ainsi tous les autres différents mouvements sont suspendus pour la libre évacuation des habitants jusqu’à une plus ample décision des deux couronnes [98]. »

Des documents que nous avons produits, et qui sont tous de nature officielle, d’autres pièces encore que nous avons eues sous les yeux, il ressort, de façon éclatante : — que, dès l’automne de 1713, quelques mois seulement après la signature de la paix, les Acadiens signifièrent au lieutenant-gouverneur Vetch leur intention de quitter le pays ; que, dès ce moment, ils se préparaient à partir, mais qu’ils en furent empêchés par ce dernier, sous le prétexte qu’il leur fallait attendre l’arrivée de Nicholson ; que celui-ci, sans égard pour les clauses du traité et pour les ordres formels de la Reine, à lui transmis par M. de la Ronde, sans autre motif que de gagner du temps et de frustrer les Acadiens des droits qui leur avaient été assurés, référa leurs légitimes demandes à Sa Souveraine ; que, subséquemment, après avoir refusé aux Acadiens de les transporter sur des vaisseaux anglais, on refusa également l’entrée des vaiseaux français dans les ports de l’Acadie ; que la détermination des Acadiens de quitter le pays était telle qu’ils se construisirent eux-mêmes des bateaux ; que, voulant se procurer à Louisbourg des apparaux pour les gréer, permission leur en fut refusée ; qu’ayant voulu s’adresser à Boston pour le même objet, on le leur défendit également, et que de plus on s’empara de leurs bateaux.

Rien de ce qui précède ne se trouve au volume des Archives : il est possible que le compilateur n’ait pas eu quelques-uns des documents en question. Et alors, quelle que soit l’importance des faits qui y sont allégués, l’on ne saurait le blâmer de ce chef. La mission que lui avait confiée la Législature de la Nouvelle-Ecosse lui imposait en effet la tâche de collectionner les matériaux qui pouvaient se trouver à Halifax, à Londres et à Québec : à cela se bornait son rôle.

Pourtant, parmi les pièces que nous avons soumises, il y a une lettre de Costebelle à Nicholson, accompagnant les ordres de la Reine dont de la Ronde était porteur et que celui-ci remit au gouverneur. Il y a aussi le compte rendu que MM. de la Ronde et de Pensens firent de leur mission à ce sujet : tout cela devait se trouver dans les Archives de Halifax, et cependant il n’en est pas soufflé mot dans la compilation. Et pourquoi ? Est-ce que ces pièces, par hasard, auraient été jugées insignifiantes ? — Akins n’ignorait cependant pas les empêchements qui furent mis au départ des Acadiens ; comme on le verra, il avait pris forcément connaissance de documents se rapportant à cette question, laquelle ne laissait pas de lui causer un certain malaise. Ainsi, à la page 265 de son livre, quand il en est rendu déjà à produire les pièces qui ont trait à la déportation de 1755, il met en note ce qui suit : « Le gouverneur Nicholson vint à Annapolis en 1714, et soumit alors aux Acadiens les termes qui avaient été convenus à leur sujet, à savoir : qu’ils pouvaient garder leurs terres à la condition de devenir sujets de la Couronne Britannique, ou disposer de leurs propriétés et quitter le pays, à leur choix, dans l’espace d’un an. Ils choisirent unanimement la dernière alternative et se préparèrent à évacuer le pays ; mais les vaisseaux que l’on avait promis de leur envoyer du Cap Breton pour opérer leur émigration n’étant pas venus, ils se trouvèrent forcés de demeurer où ils étaient. Ils continuèrent cependant de refuser à prêter le serment, alléguant qu’ils avaient été retenus contre leur désir, ce qui, dit le gouverneur Mascarene dans une lettre à Shirley, datée d’Annapolis, le 6 avril 1748, « n’était vrai qu’en partie, puisque le gouverneur Nicholson « avait déclaré qu’ils ne pouvaient pas être transférés par « le moyen de vaisseaux anglais, et que les Français du Cap « Breton pouvaient venir et les prendre à bord de leurs « propres navires, ce que ces derniers ne voulurent pas « faire » ; autrement il est probable que la plupart d’entre eux se fussent retirés à l’Ile Royale ou à l’Ile St-Jean. »

Tout n’est pas exact dans ce qui précède, bien loin de là. Il n’y a de vrai que ce qui concerne l’arrivée de Nicholson et la détermination des Acadiens de quitter le pays. Et aussi, sans doute à son insu, le compilateur confirme par une preuve nouvelle, l’infamie déjà signalée dans les documents que nous avons publiés plus haut. En effet, si nous comprenons bien sa pensée, les Acadiens n’avaient pas eu le privilège que leur assurait le traité, c’est-à-dire de pouvoir, advenant leur départ, emporter avec eux leurs effets ni emmener leurs bestiaux, etc. ; on les avait seulement laissés libres d’en disposer par la vente. Or, comme ils étaient les seuls habitants du pays, à qui donc auraient-ils vendu ces choses ? Dans ces conditions, dire qu’on leur permettait d’en disposer n’était qu’un vain mot et une fourberie. Cela équivalait à une spoliation de la part de l’autorité. Et quand Akins ajoute que « les Français ne partirent pas parce qu’on ne leur envoya pas, du Cap Breton, les vaisseaux qui leur avaient été promis », ne fausse-t-il pas outrageusement la vérité ? La question même de leur départ ayant été référée à la Reine par Nicholson, celui-ci n’avait donc pas convenu que les Français du Cap Breton viendraient prendre les Acadiens dans leurs propres vaisseaux. Ce renvoi à la Reine fut si peu une fiction que, le 7 novembre 1714, M. de Pontchartrain, ministre de la Marine, faisait tenir à Monsieur d’Iberville, ministre de France à Londres, copie du compte rendu de la mission de MM. de la Ronde et de Pensens à Port-Royal, avec instruction de presser la solution des questions référées par Nicholson à l’autorité royale. Quelques jours après, le 15 novembre 1714, Lord Townshend, secrétaire d’Etat, soumettaitces questions au Board of Trade [99] .

D’ailleurs, peut-on supposer raisonnablement que les Français, qui avaient tout intérêt à ce que cette transmigration eut lieu, eussent négligé d’envoyer des vaisseaux à cette fin ? Les documents officiels de l’époque, tels que le compte rendu de tous les points discutés entre de la Ronde et de Pensens d’un côté, et Nicliolson de l’autre, et aussi le rapport au gouverneur de Louisbourg, et le rapport de celui-ci au gouvernement français, en parleraient. Dans le cas même où il serait vrai que les Français n’eussent pas voulu ou eussent été empêchés de fournir des bateaux de transport, comme les Acadiens s’en étaient construits eux-mêmes, pourquoi leur a-t-on refusé de s’en servir ? Et pour quelle raison leur fut-il interdit de se procurer des apparaux à Louisbourg et même à Boston ?

L’opinion émise par Akins est si absurde qu’elle porte en soi sa réfutation. Comme personne avant lui ne s’était avisé d’énoncer une pareille sottise, l’on ne peut s’attendre à trouver nulle part de discussion qui la contredise directement et qui en fasse justice. Cependant voici deux documents anciens où la prétention du peu honnête compilateur a été confondue à l’avance. Le premier est une délibération du Conseil de Marine touchant un rapport fait par le Père Dominique de la Marche sur la situation présente des Acadiens. Nous nous contenterons d’en donner l’extrait suivant : « Le refus absolu qu’ont toujours fait les gouverneurs anglais de souffrir que les vaisseaux même du roi vinssent à l’Acadie pour transporter ceux qui étaient de bonne volonté, ou à prêter des agrès pour les bâtiments qu’ils avaient construits et qu’ils ont été obligés de vendre aux Anglais, la défense qui leur a été faite depuis de transporter avec eux aucuns bestiaux ni provisions de grains, la douleur d’abandonner leurs biens, héritage de leurs pères, leur travail et celui de leurs enfants, sans aucun remboursement ni dédommagements. Toutes ces infractions sont les motifs principaux de l’inaction dans laquelle ils sont demeurés… Qu’il n’avait pas tenu à eux qu’ils ne se fussent retirés en 1714, mais que la porte leur avait été fermée par le refus du général Nieholson, qu’ils étaient dans la même résolution et prêts à se retirer sur les terres de la domination de France, mais qu’il fallait qu’on leur fît raison sur la convention mutuelle entre les deux couronnes, ce qu’ils ne pouvaient espérer par le refus actuel qu’on leur faisait de transporter pour leur vie et la subsistance de leurs

<ref follow=p173 demander la permission à l’Angleterre, vu qu’il n’était pas certain que le vaisseau pourrait entrer dans) (Dans le Rapport des Arch. du Canada pour 1899, Supplément, p. 499-500.)le port sans sauf-conduit… »

(A. C. Lettre de Pontchartrain à MM. de Costebelle et de Soubras, datée de Versailles le 4 juin 1714. Aux Archives de la Marine. Série B. Fin du vol. 37,{lié} fol. 336, 33 pages.</ref/ familles les grains suffisants pour leur nourriture, et leurs bestiaux [100]… »

Le second est une lettre de M. St-Ovide de Brouillan, gouverneur de Louisbourg, au gouverneur d’Annapolis, Richard Phillipps, en date du 8 juin 1720 : « L’inaction dans laquelle ces peuples sont restez jusqu’à présent ne peut ni ne doit leur estre imputé à crime tant par rapport au deffaut des Secours essentiels à leur transmigration que par les obstacles que les gouverneurs généraux et particuliers qui vous ont précédé y ont mis. Je ne puis non plus me dispenser Monsieur de vous exposer que les deux clauses de vostre Proclamation qui concernent le terme, et les circonstances de leur Évacuation me paroissent peu conformes aux assurances de bienveillance qu’ils auaient de la part de la Cour d’Angleterre surtout après un Traitté et une Convention de bonne foy entre la feu Reyne Anne et le Roy Louis Quatorze de glorieuse mémoire Traitté qui a été exécuté en Entier de la part de la France et en partie de la part de l’Angleterre. Vous n’ignorez pas Monsieur que par cette convention Le sort des Habitants de l’Acadie étoit et deuoit être le même que celuy des habitans de Plaisance. On ne peut rien adjouter à la gracieuseté et à la bonne Foy avec laquelle cest Traittée cette Evacuation et j’auray l’honneur de vous représenter présenter que rien ne pourroit estre de plus dur que l’Extremité ou pour mieux dire l’impossibilité à laquelle se trouveroient réduits ces pauvres Peuples Si vous ne vouliez vous relâcher en rien du temps que vous leurs accordez et de la manière dont vous Exigez leur sortie [101].… » Si le compilateur pouvait alléguer qu’il ne connaissait pas la plupart des documents qui ont été cités plus haut, lesquels n’étaient ni aux archives de Halifax, ni à celles de Londres ou de Québec, ignorait-il d’autre part ceux que nous allons maintenant offrir à nos lecteurs ? Voici d’abord une lettre de Vetch au Bureau de Commerce (Board of Trade) de Londres :

Le 9 mars 1715.

« Milords,

« Je crois de mon devoir, en considération du bien public, d’exposer à vos Seigneuries la situation qui règne en Nouvelle-Ecosse : les habitants français ont été en quelque sorte obligés de quitter le pays à cause du traitement que leur a infligé le gouverneur Nicholson, ainsi que Vos Seigneuries pourront le constater par le témoignage de quelques personnes récemment arrivées de cette province, et auquel je me permets de les renvoyer. J’ose donc suggérer à Vos Seigneuries d’expédier au plus tôt des ordres pour empêcher cette émigration des habitants français, avec leurs bestiaux et leurs effets, vers le Cap Breton : car pareil événement aurait pour effet de dépouiller et de ruiner la NouvelleEcosse et ferait immédiatement du Cap Breton une colonie populeuse et riche, résultat que la France, de loin, serait incapable d’obtenir par plusieurs années de travaux et de grandes dépenses, comme j’ai eu l’honneur de le faire remarquer à Vos Seigneuries dans une communication préalable et où cette question était traitée avec plus d’ampleur [102]… »

L’on se souvient que, d’après Akins, Nicholson, à la fin de juillet 1714, aurait donné un an aux Acadiens pour quitter le pays. Or, la lettre ci-haut est du 9 mars 1715, c’est-à-dire neuf mois après la permission accordée par le gouverneur, ou mieux, la promesse qu’il avait faite aux habitants de les laisser partir librement. Cette promesse n’avait donc pas encore été exécutée, puisque Vetch suppliait le Board of Trade d’envoyer des ordres pour empêcher leur départ : speedy order to prevent the Inhabitants removal. Et Vetch ne faisait que répéter ici ce qu’il avait déjà dit dans une lettre du 24 novembre précédent, laquelle se trouve bien, par exemple, à la page cinq de la compilation. Les lettres suivantes éclaireront d’un jour nouveau la situation :

Le colonel Sam. Vetch au Bureau de Commerce.


Londres, 2 septembre 1715.

« … M. Nicholson ayant tout fait pour empêcher les habitants de se livrer à aucun commerce et ayant ordonné qu’on leur tienne fermées les portes du Fort, de jour et de nuit, de façon qu’ils ne puissent avoir aucun rapport avec la garnison, ayant en plus, par Proclamation, défendu qu’ils entretiennent des relations avec les indigènes, comme ils en avaient toujours eu l’habitude pour la traite des pelleteries, cela a eu pour effet de détourner les Acadiens de prolonger leur séjour dans la Province. Aussi se sont-ils construits un grand nombre de petits vaisseaux pour se transporter, avec leurs effets, au Cap Breton : chose que les officiers français avaient toujours demandée et qu’ils avaient même menacé de faire [103]... »

Vetch se garde bien de mentionner les raisons qui empêchèrent les Acadiens d’utiliser les nombreux bateaux qu’ils s’étaient construits : on les devinerait facilement, même si des documents authentiques ne les signalaient pas.


Samuel Vetch au Bureau de Commerce.


« Londres, le 21 février 1716.


« …Quant aux habitants français de cette Province, d’après ce que je sais, bien peu ont émigré, encore que les tracasseries auxquelles ils ont été en butte eussent dû les porter à s’en aller. Je ne doute pas qu’ils ne fussent heureux de pouvoir continuer à demeurer sur leurs terres, (dont quelques-unes sont d’une étendue considérable,) à la condition de trouver protection et encouragement de la part de la Couronne. Du reste, comme un pays sans habitants ne compte plus, le départ des Acadiens, avec leurs bestiaux, pour le Cap Breton, serait une source de richesse pour cette colonie nouvelle, en même temps qu’il entraînerait la ruine de la Nouvelle-Ecosse, à moins que des colons anglais ne vinssent les remplacer, ce qui prendrait plusieurs années. Il est donc tout à fait à l’avantage de la Couronne que les Acadiens restent dans cette province avec tous leurs troupeaux [104]… »

Le Maor Caulfield au Col. Vetch.


« Annapolis Royale, le 2 novembre 1715.


« Monsieur,

«L’arrivée du transport chargé de provisions m’a procuré le plaisir de recevoir votre lettre. Je ne ressens que trop l’inconcevable malice de Nicholson. Si ses desseins eussent été exécutés, je suis persuadé qu’il ne resterait plus un seul habitant dans tout le pays, et pas même de garnison. Je me rappelle en effet son étrange déclaration aux Acadiens et ensuite aux soldats : ne dit-il pas à ces derniers que les Français étaient tous des rebelles et qu’ils méritaient qu’on allât leur couper la gorge dans leurs propres maisons ? Ne nous fit-il pas défense expresse d’avoir avec eux aucune espèce de rapports ? Ne nous obligeât-il pas à garder fermées les portes de la garnison ? Et cependant il n’était pas sans se rendre compte que nous ne pourrions pas subsister pendant l’hiver qui approchait sans l’aide des habitants, qu’il n’y avait pas pour nous d’autre moyen de vivre qu’en nous adressant à eux… Si l’on dressait un bilan exact de toute son administration, il serait bien difficile Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/180 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/181 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/182 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/183 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/184 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/185 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/186

CHAPITRE QUATRIÈME


Thomas Caulfield lieutenant-gouverneur. — Il envoie Peter Capoon et Thomas Button pour faire prêter serment d’allégeance aux Acadiens. — Réponses de ceux-ci. — Omissions du compilateur. — John Doucett lieutenant-gouverneur. — Nouvelle injonction de prêter serment. — Acadiens consentiraient à rester dans le pays si l’on voulait mettre des restrictions au serment qu’on leur demande. — Autres omissions.


Avec le présent chapitre, nous entrons pour de bon dans le volume des Archives.

L’on conviendra que les deux chapitres qui précèdent ne manquent pas de signification. La suite fera comprendre que les événements de ces cinq années, de 1710 à 1715, ont plus d’importance à eux seuls que ceux des quinze années subséquentes. En fait, les événements ultérieurs sont si intimement liés à ceux que nous venons d’esquisser, que, sans eux, ils deviennent inintelligibles ou revêtent une couleur toute différente.

En attendant que le cours de notre récit ait pleinement familiarisé le lecteur avec les méthodes savantes du compilateur Akins, nous le laisserons à ses réflexions personnelles sur les causes possibles des lacunes étranges que l’on constate dans l’œuvre de ce dernier. Si l’indignation vient mettre sous notre plume des expressions sévères à l’égard de ce monsieur, nous en demandons pour l’instant pardon. Mais l’on ne tardera pas à nous en absoudre, car l’on ne verra que trop, au fur et à mesure que se déroulera notre Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/188 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/189 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/190 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/191 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/192 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/193 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/194 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/195 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/196 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/197 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/198 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/199 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/200 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/201 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/202 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/203 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/204 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/205 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/206 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/207 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/208

CHAPITRE CINQUIÈME


Administration de Richard Philipps, 1720-1722. — Proclamation ordonnant aux Acadiens de prêter le serment d’allégeance ou de s’en aller dans l’espace de quatre mois, sans rien emporter de leurs biens. — Les habitants se décident pour cette dernière alternative. — Désappointement de Philipps. — Nouvelles omissions du compilateur Akins. — Les Acadiens entreprennent d’ouvrir un chemin pour effectuer leur départ. — Philipps ordonne la suspension des travaux. — Prolongation du délai d’abord fixé. — Cajoleries pour retenir les habitants. — Lettre importante du Secrétaire d’État Craggs. — Parkman


En 1720, le général Richard Philipps, qui en réalité était déjà depuis près de trois ans gouverneur de la Nouvelle Écosse, vint à Annapolis prendre charge de sa province. Il était revêtu de plus amples pouvoirs que ses prédécesseurs ; et sa haute situation dans l’armée donnait encore du poids et du prestige à son autorité.

Philipps le prit d’abord de très haut avec les Acadiens. À peine était-il arrivé qu’il lança une proclamation leur intimant l’ordre de prêter serment sans réserve, ou d’évacuer le pays dans un délai de quatre mois, sans pouvoir emporter aucun de leurs biens ni en disposer à leur gré. Voici le texte de cette étrange proclamation :


G. R.


« Par son Excellence Richard Philipps, Escuyer, Capitaine Général et Gouverneur en Chef de la Province de sa Majesté la Nouvelle Écosse ou Accadie, etc. Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/210 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/211 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/212 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/213 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/214 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/215 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/216 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/217 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/218 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/219 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/220 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/221 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/222 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/223 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/224 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/225 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/226 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/227 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/228 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/229 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/230 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/231 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/232 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/233 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/234 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/235 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/236 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/237 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/238 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/239 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/240 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/241 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/242

CHAPITRE SIXIÈME


Départ de Philipps, 1722. — Doucett reprend ses fonctions de lieutenant-gouverneur qu’il exerce jusqu’à 1725. — Absence totale de documents au volume des archives pour cette période. — Armstrong succède à Doucett. — Son caractère. — Prestation du serment à Annapolis. — Le capitaine Bennett et Philipps parcourent la Province dans le même but. — Leur mission échoue. — Armstrong envoie alors Robert Wroth qui ne réussit pas davantage. — Rapport de ce dernier.


Le gouverneur Richard Philipps, n’ayant rencontré partout qu’échecs et déceptions, se sentait profondément dégoûté : la tâche ingrate qui lui avait été échue, le pitoyable état des fortifications d’Annapolis, la faiblesse de la garnison, l’apathie des autorités à l’égard de ses projets, son impuissance à faire respecter ses volontés, les insuccès constants qui avaient marqué son administration, tout cela était certes plus que suffisant pour le décourager. Au reste, cette vie de garnison dans un lieu écarté, loin du centre de la civilisation, cette existence dépourvue de tout confort, s’accordait mal avec ses goûts de grand seigneur et de courtisan. Aussi s’embarqua-t-il pour l’Angleterre dans l’été de 1722, sans se soucier de l’ouverture générale des hostilités avec les sauvages, qui venait de se produire. Il n’en resta pas moins gouverneur en titre de la Province, avec tous les émoluments attachés à cette charge, jusqu’à la fondation de Halifax, en 1749, alors qu’on lui donna pour successeur Cornwallis.

John Doucett, qui avait été déjà lieutenant-gouverneur, Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/244 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/245 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/246 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/247 javelot[105] » Tels étaient ses instincts belliqueux qu’il ne parlait que de les passer par le fer et par le feu. Il disait, par exemple, dans une lettre au Secrétaire d’Etat : « J’ai écrit aux autorités de la Nouvelle-Angleterre pour les prier de m’envoyer un parti de soixante indiens du pays, avec douze baleinières : à l’aide de ce renfort, que je joindrais à nos troupes et à quarante hommes fournis par le commodore John St. Lo, je me propose de parcourir toute la province pour mettre à la raison les vilains habitants français, aussi bien que les sauvages. J’espère que nous ferons notre devoir[106]. » Il entendait par là répandre la terreur parmi ces pauvres gens, et leur imposer par force le fameux serment.

Les Acadiens savaient de longue date à quoi ils pouvaient s’attendre de la part d’un pareil homme. Aussi, dans le cours de l’été de 1726, ils se disposèrent à émigrer en masse, bien résolus, si les circonstances le permettaient, de ne tenir aucun compte des défenses que l’on pourrait leur opposer. Quelques familles étaient déjà en route pour l’Ile St-Jean, où le gouverneur français faisait des préparatifs pour les recevoir. Le 27 juillet 1726, Armstrong écrivait au secrétaire d’Etat[107] : « Je voudrais avoir des instructions de Sa Majesté au sujet du serment de fidélité à faire prêter aux habitants français : ceux-ci ont refusé de le prêter toutes ces années dernières ; on m’informe qu’ils sont encore résolus Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/249 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/250 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/251 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/252 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/253 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/254 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/255 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/256 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/257 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/258 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/259 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/260 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/261 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/262 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/263 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/264 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/265 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/266 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/267 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/268

CHAPITRE SEPTIÈME


Retour de Philips. — Tous les Acadiens de la péninsule prêtent le serment. — Ce serment fut désigné sous le nom de serment de fidélité. — On appela du nom de neutres (french neutrals) les habitants qui le prêtèrent. — Opinion du compilateur Akins là-dessus. — Encore Parkman


Lorsque l’on jette un regard d’ensemble sur les comptes-rendus de Armstrong touchant la question du serment, sur sa lettre aux Lords du commerce concernant ses négociations à Annapolis, son autre lettre aux mêmes personnages pour leur relater l’insuccès de la mission qu’il avait confiée à Bennett, ses instructions à Robert Wroth, et le rapport circonstancié dressé par ce dernier, selon la recommandation que son maître lui en avait faite, l’on comprend que les Seigneurs anglais se soient sentis pris d’impatience et de dégoût en face de tant de bouffonneries administratives, de ridicules et inutiles menées. La grotesque comédie jouée par Wroth avait mis un comble à toutes les sottises que l’on avait amoncelées. Il fallait en finir, relever la dignité du gouvernement si gravement compromise par Armstrong, et tâcher de résoudre d’une manière définitive, et dans un sens aussi raisonnable que possible, cette éternelle question acadienne.

Les Lords du commerce s’adressèrent donc pour cela à Richard Philipps, qui demeurait toujours gouverneur en titre de la Nouvelle Écosse. Ce ne fut pas sans regret que Philipps consentit à s’éloigner de Londres, où les gros apPage:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/270 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/271 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/272 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/273 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/274 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/275 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/276 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/277 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/278 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/279 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/280 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/281 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/282 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/283 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/284 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/285 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/286

CHAPITRE HUITIÈME


Philipps retourne en Angleterre, 1731. — Armstrong reprend l’administration de la Province. — Son caractère, ses difficultés avec Cosby, Blinn, Winnieth, etc. — Ses relations avec Maugeant. — Autres lacunes au volume des Archives. — Armstrong se suicide, 6 décembre 1739


Enfin, la question du serment, qui, depuis si longtemps, était un sujet de litige, de vexations et d’incertitudes, était réglée, et, du moins en apparence, d’une façon à n’y plus revenir. Et, en effet, elle demeura close pendant vingt ans, c’est-à-dire jusqu’à la fondation de Halifax, en 1749.

Las d’une lutte sans issue, les Acadiens avaient accepté le serment de fidélité, lequel leur concédait la réserve qui leur tenait tant au cœur. Ils devenaient donc par là sujets anglais et abandonnaient définitivement l’idée toujours entretenue d’un départ. Leurs cultures et leurs établissements, qui avaient tant souffert de l’état d’incertitude dans lequel ces colons s’étaient trouvés, allaient prendre de grands développements. La paix, le contentement succédaient à la défiance ; la prospérité allait renaître.

Cette période de vingt années fut la plus tranquille, la plus heureuse et la plus fructueuse de toute l’histoire acadienne. Sans doute, les Acadiens eurent encore à souffrir de la part d’Armstrong, qui, pendant neuf années, occupa la charge de lieutenant-gouverneur, Philipps étant retourné en Angleterre. Mais la garnison d’Annapolis, les officiers anglais, les membres du conseil durent souffrir autant, et Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/288 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/289 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/290 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/291 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/292 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/293 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/294 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/295 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/296 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/297 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/298

CHAPITRE NEUVIÈME


Difficultés d’Armstrong avec le clergé. — Le cas de l’abbé de Breslay, de l’abbé Isidore et de MM. de Chauvreulx et de St-Poncy. — Situation épineuse du clergé. — Son attitude.


Dans le chapitre précédent, il n’a été question que des difficultés que le gouverneur Armstrong eut avec ses officiers, son conseil, et des marchands d’Annapolis. Par ce que nous connaissons de son caractère, l’on peut bien penser qu’il ne manqua pas d’avoir également des démêlés avec les Acadiens et leurs prêtres. Chose étrange ! Ses démêlés avec les Acadiens furent peu nombreux et n’eurent trait qu’à la question du serment, avant qu’elle n’eût été réglée par Philipps, en 1730 : ce ne furent d’ailleurs que des vétilles dont nous ne croyons pas devoir entretenir le lecteur. Tout se borne à des plaintes aux Lords du commerce au sujet du serment qu’il exige des habitants français. Que si les faits mentionnés dans ces messages n’ont pas par eux-mêmes grande importance, les expressions dont Armstrong se sert pour les qualifier ont une énergie qui frise le ridicule : la conduite des Acadiens est trouvée insolente, leur résistance à ses volontés est flétrie comme impliquant une audace hors de pair…

C’est avec le clergé que ce gouverneur a eu le plus souvent maille à partir : s’il a laissé les Acadiens relativement tranquilles, il semble que ce ne fut que pour causer plus d’embarras à leurs missionnaires. Nous allons donc examiPage:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/300 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/301 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/302 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/303 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/304 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/305 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/306 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/307 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/308 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/309 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/310 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/311 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/312 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/313 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/314 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/315 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/316 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/317 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/318 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/319 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/320 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/321 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/322 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/323 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/324 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/325 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/326 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/327 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/328

CHAPITRE DIXIÈME


Le major Paul Mascarène succède à Lawrence Armstrong. — Caractère du nouveau gouverneur. — Son habileté. — Ses succès.


C’est avec une vive satisfaction que nous passons maintenant à l’administration de Paul Mascarène, appelé à remplacer Armstrong dans la charge de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse ou Acadie. La mort de ce dernier, en créant une vacance dans le régiment de Philipps, valut au major Cosby la promotion au grade de lieutenant-colonel, et au capitaine Mascarène, celle de major ; mais, comme premier conseiller du gouverneur, celui-ci devint, suivant la coutume, lieutenant-gouverneur de la province.

Depuis plusieurs années, Mascarène, dégoûté vraisemblablement de la brutalité et des travers d’esprit d’Armstrong, et désireux d’éviter les froissements auxquels il aurait été exposé en demeurant à Annapolis, avait passé la plus grande partie de son temps à Boston. Il s’y trouvait encore au mois de décembre 1739, quand Armstrong mit fin à ses jours ; et ce ne fut qu’au printemps suivant qu’il put prendre possession de la charge qui venait de lui échoir.

Il serait difficile d’imaginer un contraste plus frappant que celui qui distinguait Mascarène de son prédécesseur. Autant Armstrong était fougueux, mobile, emporté, autant Mascarène était ferme, calme et doux. L’un ne pouvait faire un pas sans se créer des difficultés ; l’autre non seulement ne s’en forgeait pas, mais il avait le don rare d’aplanir celles qui se présentaient, si épineuses qu’elles fussent. Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/330 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/331 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/332 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/333 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/334 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/335 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/336 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/337 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/338 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/339 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/340 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/341 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/342 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/343 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/344

CHAPITRE ONZIÈME


Guerre entre la France et l’Angleterre. — L’Acadie envahie par les Français, commandés par Du Vivier et de Gannes. — Efforts de ces derniers pour soulever les Acadiens. — L’expédition se retire. — Nouvelle tentative en ce sens par Marin, plus tard par de Ramesay. — Combat de Grand-Pré. — Fidélité des Acadiens à leurs maîtres. — Témoignages de Mascarène et d’autres à ce sujet. — Le compilateur Akins. — Parkman.


La conduite sage et prudente de Mascarène avait produit les plus heureux résultats. Non seulement il avait réussi à se concilier l’estime et la confiance de tous, mais il avait en toutes choses établi des règlements et des procédures, propres à assurer l’harmonie, et à éloigner ces malentendus qui furent si fréquents au temps d’Armstrong. Le 28 juin 1742, il écrivait au duc de Newcastle : « Les bruits qui ont souvent couru d’une déclaration de guerre à la France, n’ont pas eu pour effet jusqu’à présent de changer le caractère des Acadiens, qui se montrent bien disposés à garder leur serment de fidélité, ainsi qu’à se soumettre aux ordres et réglements édictés par ce gouvernement pour le maintien de la paix [108]. »

Cependant, Mascarène n’était pas sans avoir encore bien des inquiétudes ; il savait que, si les Français envahissaient la Nouvelle-Écosse, ils ne manqueraient pas de faire tous Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/346 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/347 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/348 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/349 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/350 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/351 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/352 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/353 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/354 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/355 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/356 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/357 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/358 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/359 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/360 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/361 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/362 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/363 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/364 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/365 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/366 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/367 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/368 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/369 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/370 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/371 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/372 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/373 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/374

CHAPITRE DOUZIÈME


Autres événements de la guerre. (1744-1748). — Projets iniques de Shirley à l’égard des Acadiens. — Alarmes que ceux-ci en conçoivent. — Lettre de ce gouverneur répudiant les projets qu’on lui prête. — Cette lettre n’est pas jugée de nature à calmer les appréhensions des habitants. — Après s’être muni de l’autorisation du Secrétaire d’État, Shirley lance une proclamation aux Acadiens. — Sa correspondance avec le Duc de Newcastle. — Proclamation du commandant français aux Acadiens. — Fermeté de ces derniers.


En d’autres circonstances de cette guerre, qui a duré de 1744 à 1748, la loyauté acadienne a eu l’occasion de se manifester avec un éclat qui ajoute encore à son mérite.

Si Mascarène n’avait pas eu à subir l’ingérence de Shirley [109], gouverneur du Massachusetts, dans les affaires de la Nouvelle-Ecosse, il est probable que les habitants français, sans une seule exception, fussent restés dans les bornes de la plus stricte fidélité.

Mascarène, par ses procédés empreints d’équité et de douceur, avait gagné, à un degré extraordinaire, l’estime et la confiance des Acadiens. Ceux-ci venaient à lui comme à un ami, presque comme à un père. Avaient-ils quelque doute concernant l’étendue de leurs obligations, ils s’empressaient de le lui soumettre ; et sa réponse était invariablement acceptée sans un murmure. Les documents officiels nous offrent plusieurs exemples de ceci ; citons seulement le suivant : Des officiers anglais avaient obligé quelques Acadiens à servir comme guides et comme pilotes contre les français. Interprétant ces ordres comme une violation de leur neutralité, ces gens adressèrent à Mascarène une supplique pour le prier de les exempter d’un tel service. Le gouverneur, dans sa réponse, développa de longs arguments, pour leur démontrer que leur serment n’était pas incompa- Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/377 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/378 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/379 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/380 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/381 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/382 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/383 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/384 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/385 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/386 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/387 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/388 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/389 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/390 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/391 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/392 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/393 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/394 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/395 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/396 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/397 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/398 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/399

APPENDICE I


ÉDOUARD RICHARD ET SON ŒUVRE « ACADIA » [110]


Par J. E. Prince, Docteur-en-Droit (Laval)


Édouard Richard, voici un écrivain d’un rare mérite, mais un écrivain dont l’œuvre est en réalité peu connue parmi nous, et le motif en est facile à comprendre : l’unique ouvrage, pour bien dire, qu’il ait laissé, « Acadia », a paru en anglais. Richard avait d’abord composé son livre en français, mais en reprenant la question acadienne comme il le faisait, il crut qu’il importait surtout d’atteindre le public anglais. Il fît donc préparer sans délai la version anglaise, seul travail livré à la publicité jusqu’ici. Des voyages, puis un événement toujours inattendu, la mort, empêchèrent l’auteur de mettre au jour le manuscrit original. En attendant que quelque ami de l’histoire exécute ce dessein pieux, nous n’avons malheureusement pour juger de son œuvre qu’une traduction. C’est peut-être assez pour parler de l’historien, ce ne l’est guère pour parler de l’écrivain. Sand doute, pour quiconque connaît la manière de penser d’Édouard Richard, la tournure originale de son esprit, ses opinions intimes sur divers sujets, l’on sent bien que l’anglais n’est pas étranger à la composition française : mais enfin le livre est écrit en anglais. Au reste les critiques l’ont loué unanimement : et le style et la langue y seraient tels qu’il est impossible de ne pas lui reconnaître la valeur d’un original. C’est un éloge que l’on aime à donner en passant au traducteur, le Rév. P. Drummond, de la Compagnie de Jésus, déjà apprécié dans les lettres et qui a, — avec quelle réserve discrète ! — si généreusement mis son talent au service d’une cause chère au patriotisme français. Si l’ouvrage a obtenu de la réputation, l’on ne saurait douter qu’une bonne part d’honneur n’en revienne à celui qui les a su le revêtir d’une forme de langage aussi parfaite. Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/402 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/403 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/404 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/405 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/406 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/407 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/408 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/409 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/410 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/411 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/412 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/413 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/414 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/415 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/416 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/417 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/418 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/419 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/420 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/421 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/422

APPENDICE II


(Cf. Chapitre Troisième)


ARCHIVES DU CANADA — ÎLE ROYALE, 1712-1716.
M. de Costebelle, Gouverneur.


Série F. Vol. 133-A. p. 409.



Mémoire

à Messieurs de Costebelle Chevalier de l’ordre Militaire de Saint Louis, Gouverneur de l’Isle Royalle, et de Soubras, Conseiller du Roy et Commissaire Ordonnateur en la ditte Isle.


Messieurs,


Suivant vos intentions, nous nous sommes transportés au Port Toulouze, autant pour rendre à quelques habitants de l’Accadie que le zèle de leur religion et l’obéissance qu’ils doivent à leur souverain y a attiré, les secours spirituels qu’ils pouvoient attendre de notre Ministère, que pour les soutenir et les fortifier dans la généreuse résolution qu’ils ont prise d’abandonner leurs biens et de se fixer dans le lieu que Sa Majesté leur destine pour celuy de leur retraite.

Nous avons à la vérité trouvé en eux des sentiments conformes à la conduite qu’ils tinrent l’année dernière et dont la Cour a esté suffisamment informée par les actes qui luy en ont été adressez, mais la connoissance que nous avons acquis de la situation dans laquelle se trouvent tous ceux qui restent tant à Port Royal qu’aux Mines et Beaubassin, nous engage à vous adresser ce mémoire pour vous supplier de prévenir s’il est possible les secours que la Cour leur a promis pour faciliter leur évacuation, la saison commençant à presser et n’y ayant aucune apparence que le vaisseau du Roy « l’Affriquain » puisse estre icy à temps pour le faire.

Vous avez sceu, Messieurs, avec quelle fermeté ces peuples se déclarèrent l’année dernière, il paroist aujourd’huy qu’ils n’ont rien à se reprocher sur les témoignages de fidélité qu’ils peuvent donner à leur souverain, par l’impatience où ils sont d’abandonner leurs terres, leurs maisons et touttes les commoPage:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/424 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/425


APPENDICE III


(Cf. Chapitre Troisième)


ARCHIVES DU CANADA — ÎLE ROYALE, 1712-1716.
M. de Costebelle, Gouverneur.


Série F. Vol. 133-A. p. 415.


CONSEIL
à Louisbourg ce 7 Septembre 1715.


Le Conseil assemblé sur la demande de Monsieur Soubras, Commissaire Ordonnateur à l’Isle Royalle, par ordre de Monsieur de Saint Ovide de Brouillan, Lieutenant de Roy, commandant en l’absence de Monsieur de Costebelle, pour délibérer sur le Mémoire présenté par le Révérend Père Dominique Supérieur dans cette Isle des Récollets de la Province de France, et grand Vicaire de Monseigneur l’Évesque de Québec.

A esté d’avis qu’il convenoit au bien du service d’envoyer un bâtiment au plustost à l’Acadie pour tâcher par négotiation d’obtenir que les habitants françois qui seront en disposition de passer sur cette Isle ayent la liberté de le faire, que ne pouvant point cette année disposer à cet effet du « Semslack » occupé aux transports nécessaires dans les changements de Postes de cette Isle, et « l’Affriquain » devant arriver trop tard pour pouvoir remplir cette mission, la frégatte la « Mutine » commandée par Monsieur le Chevalier de Coursy, mouillée dans ce havre, paroissoit seule propre à cette expédition, soit par les qualitez du bâtiment, soit par les facilités qui se trouvent de la mettre en peu de jours en estât d’entreprendre ce voyage.

Que pour ne point la risquer il falloit trouver auprès des Anglois quelque prétexte pour authoriser sa mission, dont le premier doit être l’entier désaveu que les officiers de cette garnison doivent faire de la part du Gouvernement françois de cette isle, des hostilitez commises par les sauvages, en remettant au commandant anglois l’ordre que Monsieur de Costebelle a fait courir parmy ces nations barbares.

Le second, la permission que l’on demande de remplacer le Missionnaire qui manque aux Mines par la mort du Révérend Père Bonnaventure que pour cet Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/427

APPENDICE IV


(Cf. Chapitre Troisième)


ARCHIVES DU CANADA — ÎLE ROYALE.
M. de Costebelle, Gouverneur.


Série F. Vol. 133-A. p. 554.

Copie

de la lettre escrite par Monsieur de Costebelle Gouverneur à l’Isle Royalle, au Père Justinien, en datte du premier Novembre 1716.


Mon Révérend Père


Le Révérend Père Dominique est arrivé en parfaite santé au Port Toulouze où pour lors je me suis rencontré, il m’a remis la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire par laquelle j’ay esté informé de tous les mouvemens que vous avez pû pratiquer ensemble pour déterminer les habitans du Port Royal et des Mines a se transporter à l’Isle Royalle pour faire l’essay des terres de la petite rivière de Saint Pierre ; je ne doute pas que s’ils agissent de bonne foy dans cette découverte, ils ne soient très satisfaits de leurs travaux, les dernières terres cultivées par un nommé Jean Pitre et autres ayant donné de grandes espérances il ne s’agit plus que d’y vouloir travailler et ne pas se faire un fantosme d’un défrichement d’un pays médiocrement boisé.

Vous pouvez, mon Révérend Père les assurer de ma part qu’ils y seront bien reçus, et que le Roy leur donnera tout le secours qu’ils pourront raisonnablement espérer qui est celuy d’une année de vivres, dès que les habitans qui se présenteront auront fait leur soumission de s’établir solidement et de vivre et mourir sous la domination du Roy de France, leur Prince légitime, je ne vous repeteray point tout ce qui doit les engager à prendre ce party, je laisse à vos soins apostoliques ce luy de leur inspirer les sentimens de religion, vous leur preschés si pieusement cette morale qu’il faudrait qu’ils eussent le cœur fort endurcy pour ne pas en tirer un fruit salutaire.

Je m’en remets à la continuation de votre sainte doctrine sur cet article sans pouvoir vous marquer positivement pour le temporel les moyens que le Roy pourra donner à ces peuples pour se transporter à l’Isle Royalle, vous connoissés comme moy que la saison ne permet pas aujourd’huy d’y envoyer aucun vaisseau du Roy et quand même cette difficulté n’y apporteroit aucune objection il pourroit s’en former du costé des Anglois qui interromproient nos plus justes mesures, à moins qu’il n’y aye quelque nouveau règlement entre les Couronnes pour une libre évacuation.

Pour prendre le milieu dans une affaire aussy douteuse j’ay pensé qu’il conviendroit mieux de faire passer à l’Isle Royalle les peuples bien intentionnés sur des batteaux du pays qui naviguent tous les printemps des Mines à Canceau au Port Toulouze, une semblable retraite éclateroit moins, et insensiblement les dits habitans du Port Royal et des Mines seroient transportés à l’isle Royalle aux frais du Roy par un marché secret que nous ferions icy avec les maîtres des batteaux qui les embarqueroient, proposés leur cet expédient je vous prie, mon Révérend Père, et faites leur concevoir qu’il est le plus seur et le plus praticable.

Je passe cette année en France sur la frégatte « l’attalante », je representeray à la Cour combien les dits habitans françois de l’Accadie méritent d’estre secourus, j’espère qu’elle fera une favorable attention à mes justes sollicitations, engagés les entre cy et ce temps, autant qu’il vous sera possible à se transporter sur ses terres, c’est l’ouvrage que je vous recommande.


J’ay l’honneur d’estre, mon très Révérend Père
Vostre très humble et très obéissant serviteur
Signé : De Costebelle.



APPENDICE V


(Cf. Chapitre Troisième)


ARCHIVES DU CANADA — ÎLE ROYALE, 1717.
M. de Costebelle, Gouverneur.


Série F. Vol. 134, p. 255.


MÉMOIRE


J’ay rapporté verballement le peu de disposition que j’ay veüe parmi les habitants françois de l’Acadie pour se venir établir sur l’isle royalle, tous ces soins que j’ay peu me donner jusqu’à présent pour les y déterminer n’ont eus qu’une foible réussite et je ne prévois pas que l’advenir produise rien de certain sur ce sujet, ainsi il ne panse pas qu’on doive se donner des grands mouvements pour les y engager, ces peuples sont naturellement lants et peu accoutumes à des grands travaux tels qu’il en faut pratiquer pour défricher des terres aussi boisées que celles de l’isle royalle, il pourroit se détacher dans la suitte des nouvelles tiges des anciennes familles qui insensiblement peupleraient ce nouveau pais mais cet objet me paroist bien éloigné, il conviendroit beaucoup mieux de permettre aux soldats de se marier et de leurs donner des terres à mesure qui se présentera des bons sujets pour les faire valoir ; pour précépitter cette peuplade, il faut leurs accorder leurs congé et quelque médiocre gratiffication soir en argent ou rations en vivres pendant deux ans, car dans la première on ne se peut guère mettre en état de subsister de son travail, ce dernier moyen est le plus seur et le plus convenable.

Je joins dans cette feuille les lettres que jay écrittes aux missionnaires des habitants françois de l’Acadie, (en copie) de mesme que celles que jay receues de leurs part, au retour du Père Dominique nostre envoyé du port Dauphin pour estre informés au juste de la disposition de ces peuples encor ne peut on pas beaucoup compter sur les relations des religieux qui pallient ces sortes d’affaires et les rapportent toujours à leur politique spirieuelle.


De Costebelle.

APPENDICE VI


(Cf. Chapitre Dixième)


Transcripts of Colonial Office Records. Nova Scotia. — Minutes of Executive Council. B. Vol. 2, folios 102 & 103.
Monday the 30th August 1736.


Mett According to Adjournment, The same Members being Present.

The Patent for the lands on the South side of the Bason of Chiconecto, now called Norwich in the County of Norfolk fairly Drawn out on Parchment was read and Approved of by the Council & Signed & Sealed in their presence.

Ordered that the said Patent be Recorded & an Attested Copy thereof be transmitted home to the Right Honble the Lords Commissioners for Trade & Plantations.

Tuesday August 31st. 1736.


Mett according to Adjournment.

Present

The same Members as yesterday.

His Honour laid before the Board the Patent for the Lands on the south side of the Bason of Menis or the Township of Harrington in the County of Southampton which was Read & Approved of Signed & Sealed in ye presence of ye Council.

Ordered that the said Patent be Recorded & a Copy thereof be transmitted home to the Lords Commissioners for Trade & Plantations.

Otho Hamilton Secy.



APPENDICE VII


(Cf. Chapitre Dixième)


Appendix to Chapter LVII of Beamish Murdoch’s History of Nova Scotia. Vol. I, pp. 519 & 520.


(3.)


On the 30th August, 1736, lieutenant governor Armstrong signed a grant of 50,000 acres of land at Chiconecto, called Norwich, in the county of Norfolk, in Nova Scotia, to 35 grantees, with all mines, &c. This is entered in the book of registry for deeds and grants, and on the margin is stated to have been escheated 21 April, 1760. It extends twelve miles, and is bounded by the Bason of Chiconecto and the creek Petite Nyagan, &c.

To the first grantee named, viz’t., Governor Philipps, 2-36, two thirty-sixth parts are given, and to each other grantee one thirty-sixth.

The grantees are —

Governor Philipps.
Lieut. Gov’r. Lawrence Armstrong.


Members of council —

Cosby, Mascarene, John Adams, Skene, Shirreff, Henry Cope, E. J. Philipps, O. Hamilton, and Edward How, esquires. — King Gould, Allured Popple, Henry Popple, Andrew Robinson and Henry Daniel, esquires. Messrs. John Handfield, Donald McQueen, Edward Amhurst, Archibald Rennie, Thomas Armstrong, James Gibson, Rowland Philipps, Charles Vane, Samuel Cottnam, John Hamilton, John Slater, John Dyson, George Mitchell, Wm. Winniett, Nathaniel Donnell, Peter Blin, George Craddock, Robert Baden, John Forrest.

The quit rent reserved was one penny sterling per acre, to begin 30 August, 1739, and another penny per acre, if the Crown require it, for provincial expenses. Minister’s and schoolmaster’s lots to be laid out. A space of one hundred yards wide along the banks of all creeks and rivers to be left open for ways and public uses. Fifty houses to be erected within three years. The grant to be annulled if the conditions are not performed.

(This grant was escheated 21 April, 1760.)

(4.)


On 31 August, 1736, Lt. Governor Armstrong signed a grant of 50,000 acres of land, "on the South side of the Bason of Mines, beginning and stretching from the mouth of Piziquet river along the shore North East to Cape Fendu six miles, and from thence running easterly along the shore thirteen miles, and from this extremity ranging backwards five miles, and from thence by a line running due West to the mouth of Piziquet river sixteen miles, being in the township of Harrington, on the county of Southampton, in the said province of Nova Scotia," with all the mines, &c. Grantees : Governor Philipps, Lieut. Gov’r. Armstrong, Hon. Alex’er. Cosby, Lt. Gov’r. of Garrison of R. A., Paul Mascarene, John Adams, Wm. Skene, Wm. Shirreff, Henry Cope, Erasmus James Philipps, Otho Hamilton, and Edward How, esquires, members of council. King Gould, Allured Popple, Henry Popple, Andrew Robinson, and Henry Daniels, esquires. Messrs. John Handfield, Donald McQueen, Edward Amhurst, Archibald Rennie, Thomas Armstrong, James Gibson, Rowland Philipps, Charles Vane, Samuel Cottnam, John Hamilton, John Slater, John Dyson, George Mitchell, William Winniett, Nathaniel Donnell, Peter Blin, George Craddock, Robert Baden, and Samuel Donnell.

2-36 to Gov’r Philipps, and 1-36 to each of the other grantees. Same conditions and quit rent as the Norwich grant.

(This was also escheated on the 21 April, 1760, as stated in margin of Record Book.)



APPENDICE VIII


(Cf. Chapitre Dixième)


(Extrait de Knox’s Historical Journal. Appendice XXV).


THE ABBE DESENCLAVES.


[See vol. i. p. 275. The editor is indebted to Mr. Placide Gaudet, Genealogist of the Canadian Archives, for the interesting information contained in this note. If the Acadians had had more advisers of the type of the Abbé Desenclaves, they might have been spared much of the suffering which fell to their lot. It seems incredible that the English should have neglected a man who rendered them such signal service.]

The Abbé Jean Baptiste Gay Desenclaves was born, January 29, 1702, in the parish of Saint Leonard-de-Limoges, France. He was ordained priest June 15, 1726, was admitted to the order of Saint Sulpice a few months after his ordination, and, two years later, was sent to Canada. On September 1, 1728, he arrived at Montreal, and spent the next nine years in missionary work in the parishes of Notre Dame de Montréal, Sainte Anne du Bout-de-l’ile, Repentigny, Longue Pointe, and Sault au Récollet. After a visit to France he came to Louisbourg with the Abbé Nicolas Vauquelin in September, 1739. The Abbé Vauquelin was appointed parish priest of Annapolis Royal by Lieutenant-Governor Armstrong, and Desenclaves was sent successively to Cobequit (now Truro), Grand Pré, and Rivière aux Canards (now Canning). In June, 1742, Desenclaves became parish priest of Annapolis Royal, and for twelve years lived on good terms with the Governor and the principal ofîicers of that place. When Du Vivier failed to capture Annapolis in 1744, he attributed his want of success to the missionary priests in Acadia, and reported to the Comte de Maurepas that the priests had not encouraged the Acadians to support him. That minister, writing to the Bishop of Quebec on May 12, 1745, said :

« [His Majesty] is far from being satisfied with the conduct displayed during the past year by some of the missionaries in Acadia, on the occasion of the expedition undertaken in that country. He has, indeed, been informed that the Sieurs Maillart, La Goudalie, Laboret and Le Loutre alone endeavoured to obtain assistance for the French who had been sent there, and that the Sieur Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/435 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/436 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/437 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/438

APPENDICE IX


(Cf. Chapitre Onzième)


LETTRE DE M. DUCHAMBON AU MINISTRE


(Arch. du Can. Île Royale. Corr. gén. 1744, vol. 26.
M. Du Quesnel, gouverneur, c. 11, fol. 19, 18 pp.)


Isle Royale M. Duchambon


Louisbourg 18 9bre 1744


Monseigneur,


Nous avons monsieur Bigot et moy par vne de nos depeches Communes Eu Lhonneur de rendre Compte a vôtre grandeur du projet qu’avoit formé feu monsieur Duquesnel pour L’aceadie ; ayant Connû Les choses au point ou elles Etoit par L’avis que monsieur Duvivier en donnoit par L’Expres qu’il avoit depeché à cet Effet nous avons pensé ne devoir point abandoner cet objet Important pour une aussy petite depence que celle nécessaire pour cet ouvrage ; feu monsieur Duquesnel m’avoit fait venir de L’Isle St. Jean pour me Faire Embarquer Sur Les Vaisseaux du Roy pour Commander Les Troupes qu’il Comptoit Envoyer pour Cette Expédition, Les difficultés qu’il a rencontrées à L’occasion des vaisseaux du Roy qui s’apretant Lantement occasionnairent vn retard, Les risques qu’on Luy fit paroitre en suite, Le determinerent a noser prendre sur luy Seul de les faire Partir ; Sur Les avis que nous Recumes, nous nous determinames Comme j’ay Eu lhonneur de le dire d’Envoyer ce que L’on demandoit ;

Monsieur de Lapperelle Major vint me demander Le Commandement de cette Expedition, je le luy donné ; trois Jours après Comme l’on Etoit pret à faire Embarquer Les Trouppes il vint me dire qu’il ne prevoyait pas pouvoir revenir L’automne, n’y renvoyer Le détachement ; Je luy dis que je Connoissés cette Navigation que par La Baye verte il ne pouvoit y avoir aucune difficulté pour s’en revenir dans Tout novembre qu’il auroit Le tems necessaire pour ce qu’il y avoit à faire ; il me dit pour Lors qu’il ne pouvoit marcher avec Cinquante soldats qu’oy qu’il y en eut à L’accadie Cinquante Quatre Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/440 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/441 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/442 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/443

APPENDICE X


(Cf. Chapitre Onzième)


Apologie Pro Domo, présentée au Ministre par M. de
Gannes. (Arch. du Can., Ibid. fol. 204, 7 pages).


Isle Royale Louisbourg 28 9bre 1744.


M. le Ch. de Gannes


Monseigneur,


Vôtre grandeur a Eté Informée par Celle que Jeu Lhonneur de Luy Ecrire Lors de mon départ pour l’accadie que feu monsieur Duquesnel m’avoit destiné a y aller relever monr Duvivier. Je me Rendis au port royal le 2e 8bre, je Communiquay amon arrivée mes ordres amr. duvivier Comme II me L’etoit ordonné ainsy que Monseigneur le pourra voir par La Coppie de mes ordres, que Jay L’honneur de Lui envoyer, monsieur Duvivier me parut fort surpris de ce que J’Eusse ordre de Retirer Les troupes du Port royal disant quil avoit Ecrit a Ces messieurs pour Les engager a Lui Envoyer du secours avec lequel II esperoit Reduire le Commandant dud. port Royal ase Rendre que meme II avoit vn espece de formulle de Capitulation qui portoit que Le gouverneur se Rendroit a lui, et antidaroit La Capitulation de deux Jours sy les Vaisseaux du Roy paroissoient, J’assuray monsieur Duvivier que Je ne pensois pas que monsieur Duquesnel prit Le parti D’Envoyer Ces Vaisseaux dans vne Saison aussi advancée, d’autant que Jetois parti de Louisbourg le meme Jour que monsieur de Meschin etoit sorti pour chasser Les Corsaires qui etoint sur nos Cotes, que d’ailleurs monsieur Duquesnel m’avoit assuré qu’il ne feroit aucune Entreprize pour Cette année monsieur Duvivier m’objecta que sy les Vaisseaux du Roy ne pouvoint venir quil demandoit vn vaisseau marchand et vne goallette, Je Luy répondis que Je ne Croyais pas qu’on pût lui accorder vne demande de cette nature, s’agissant de faire un siégé en forme, et qu’auparavant que les vaisseaux poussent se Rendre, Il seroit le Commencement de novembre, sur toutes Ces Considérations, Nous Convimmes monsieur Duvivier et moy de nous Retirer, parti qui me parut le seul plus conforme a mes ordres, et le plus Convenable a la situation dans Laquelle nous Etions au port royal, sans Vivres, Comme Monseigneur Le pourra voir par le Certifficat quo J’en ay des officiers du dettaPage:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/445 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/446

TABLE DES MATIÈRES


 
Pages
 vii

DÉCOUVERTE DE L’ACADIE
1604-1710
Fondation de Port-Royal. — Résumé de l’histoire de la colonie sous la Domination Française jusqu’à l’époque de sa cession à l’Angleterre. 
 33


Reddition de Port-Royal. — Port-Royal est cédé avec le territoire dans son rayon. — Vetch nommé gouverneur de la place. — Cinq habitants de Port-Royal faits prisonniers. — La garnison décimée par la maladie. — Saint-Castin avec 42 Abénaquis vient diriger des opérations contre le Fort. — Bataille de Bloody Creek. — Port-Royal investi. — Les Acadiens se retirent du territoire cédé. — La garnison est secourue et le siège projeté est abandonné 
 97


Traité d’Utrecht. — Cession de l’Acadie. — Clauses du Traité et Lettre de la reine Anne. — Retour de Nicholson. — De la Ronde et de Pensens à Port-Royal avec mission d’écarter les obstacles que l’on mettait au départ des Acadiens. — Il en est référé à la reine. — Subterfuges des autorités locales. — Caractère de Nicholson et de Vetch. — Archives de la Nouvelle-Écosse. — Procédés malhonnêtes de leur compilateur. 
 111
Thomas Caulfield lieutenant-gouverneur. — Il envoie Peter Capoon et Thomas Button pour faire prêter serment d’allégeance aux Acadiens. — Réponses de ceux-ci. — Omissions du compilateur. — John Doucett lieutenant-gouverneur. — Nouvelle injonction de prêter serment. — Acadiens consentiraient à rester dans le pays si l’on voulait mettre des restrictions au serment qu’on leur demande. — Autres omissions 
 155


Administration de Richard Philipps, 1720-1722. — Proclamation ordonnant aux Acadiens de prêter le serment d’allégeance ou de s’en aller dans l’espace de quatre mois, sans rien emporter de leurs biens. — Les habitants se décident pour cette dernière alternative. — Désappointement de Philipps. — Nouvelles omissions du compilateur Akins. — Les Acadiens entreprennent d’ouvrir un chemin pour effectuer leur départ. — Philipps ordonne la suspension des travaux. — Prolongation du délai d’abord fixé. — Cajoleries pour retenir les habitants. — Lettre importante du Secrétaire d’État Craggs. — Parkman 
 177


Départ de Philipps, 1722. — Doucett reprend ses fonctions de lieutenant-gouverneur qu’il exerce jusqu’à 1725. — Absence totale de documents au volume des archives pour cette période. — Armstrong succède à Doucett. — Son caractère. — Prestation du serment à Annapolis. — Le capitaine Bennett et Philipps parcourent la Province dans le même but. — Leur mission échoue. — Armstrong envoie alors Robert Wroth qui ne réussit pas davantage. — Rapport de ce dernier 
 211


Retour de Philips. — Tous les Acadiens de la péninsule prêtent le serment. — Ce serment fut désigné sous le nom de serment de fidélité. — On appela du nom de neutres (french neutrals) les habitants qui le prêtèrent. — Opinion du compilateur Akins là-dessus. — Encore Parkman 
 237


Philipps retourne en Angleterre, 1731. — Armstrong reprend l’administration de la Province. — Son caractère, ses difficultés avec Cosby, Blinn, Winnieth, etc. — Ses relations avec Maugeant. — Autres lacunes au volume des Archives. — Armstrong se suicide, 6 décembre 1739 
 255
Difficultés d’Armstrong avec le clergé. — Le cas de l’abbé de Breslay, de l’abbé Isidore et de MM. de Chauvreulx et de St-Poncy. — Situation épineuse du clergé. — Son attitude 
 267


Le major Paul Mascarène succède à Lawrence Armstrong. — Caractère du nouveau gouverneur. — Son habileté. — Ses succès 
 297


Guerre entre la France et l’Angleterre. — L’Acadie envahie par les Français commandés par Du Vivier et de Gannes. — Efforts de ces derniers pour soulever les Acadiens. — L’expédition se retire. — Nouvelle tentative en ce sens par Marin, plus tard par de Ramesay. — Combat de Grand-Pré. — Fidélité des Acadiens à leurs maîtres. — Témoignages de Mascarène et d’autres à ce sujet. — Le compilateur Akins. — Parkman 
 313


Autres événements de la guerre. (1744-1748). — Projets iniques de Shirley à l’égard des Acadiens. — Alarmes que ceux-ci en conçoivent. — Lettre de ce gouverneur répudiant les projets qu’on lui prête. — Cette lettre n’est pas jugée de nature à calmer les appréhensions des habitants. — Après s’être muni de l’autorisation du Secrétaire d’État, Shirley lance une proclamation aux Acadiens. — Sa correspondance avec le Duc de Newcastle. — Proclamation du commandant français aux Acadiens. — Fermeté de ces derniers 
 343



TABLE DES APPENDICES

— Édouard Richard et son œuvre Acadia, par J.-E. Prince 
 369
— Lettre du Père Dominique de la Marche à MM. de Costebelle et de Soubras 
 391
— Délibération du conseil de Louisbourg en date du 7 sept. 1715 
 394
— Lettre de M. de Costebelle au Père Justinien, 1er nov. 1716 
 394
— Mémoire de M. de Costebelle à la Cour de France, 1717 
 398
— Délibérations du Conseil de la N.-É., en date des 30 et 31 août 1736 
 399
— Concession de 100,000 acres de terre, à Philipps, Armstrong, etc. 
 400
— L’abbé Désenclaves, d’après Knox’s Historical Journal. App. XXV 
 402
— Lettre de M. Duchambon au Ministre, 18 nov. 1744 
 407
Pro Domo, apologie envoyée par de Gannes au Ministre, le 28 nov. 1744 
 412




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  1. Philip H. Smith. — Nous avons trouvé un exemplaire de son ouvrage au Boston Atheneum. C’est un in-octavo de 381 pages, orné d’illustrations d’un caractère très primitif. La page-titre porte la mention suivante : Pawling (New-York), published by the Author. 1884.
  2. Marie-Hermine le Prince, née à St -Grégoire de Nicolet, le 14 janvier 1818, était fille de Joseph le Prince, — frère de Mgr Jean-Charles le Prince, d’abord coadjuteur de Montréal, puis premier évêque de St -Hyacinthe, — et de Julie Doucet. Elle était sœur de ma mère Elizabeth-Esther le Prince. Le 14 janvier 1841, elle épousa à St Grégoire Louis Richard qui, cette même année, s’établit à Stanfold comme marchand et y demeura jusqu’à sa mort arrivée le 13 novembre 1876. Il avait été fait Conseiller Législatif au Parlement de Québec en 1874. Hermine le Prince mourut à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska le 13 décembre 1899 et fut inhumée à Victoriaville.
  3. « J’ai encore un vieil oncle — Raphaël Richard — qui se rappelle très-nettement avoir entendu son aïeul raconter les incidents de la déportation dont il avait été lui-même victime à l’âge de onze ans. »

    Raphaël Richard était le frère de Louis Richard, père de l’auteur à’Acadie. Il naquît à St –Grégoire de Nicolet, le 21 février 1821, du mariage de Auguste Richard et de Marie Hébert. Dès l’âge de treize ans, il entra dans la carrière commerciale à Québec, et plus tard passa en Angleterre où il vécut trois ans comme acheteur pour la maison de son frère Colbert Richard, dont le siège était dans la capitale du Bas-Canada. Le 4 septembre 1854, il épousa à St –Grégoire Elodie le Prince. Il s’établit à Stanfold où il résida jusqu’en 1863 ; il vint alors se fixer à Arthabaska. Il mourut à Victoriaville, le 27 juillet 1903, chez sa fille Madame A. –F. Poulin, née Eugénie, et fut inhumé dans le cimetière d’Arthabaska. Il était le père de M. Auguste Richard et de M. Emile Richard.

  4. C’est presque la réflexion de l’Évangile :

    « Et nos quidem juste, nam digna factis recipimus ; hic vero nîl mali gessit. »

    « Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. » — Luc. XXIII, 41.

  5. Cette assertion n’est pas juste, dans son ton absolu. Nous ne pouvons cependant croire que l’auteur l’ait faite par esprit de ménagement envers la couronne Britannique. Richard n’occupait aucune situation officielle quand il a composé son ouvrage, et il n’attendait aucune faveur de la Grande Bretagne et de ses représentants au Canada. Sa probité l’eut d’ailleurs empêché de lancer une pareille affirmation si les documents lui eussent fourni la preuve du contraire. Il était seulement insuffisamment renseigné sur ce point particulier que la mise au jour des archives coloniales a permis d’élucider depuis, comme nous le montrerons.
  6. Cette dernière phrase nous remet en mémoire la belle pensée de Cormenin, dans son Livre des Orateurs : « Les hommes extraordinaires sont comme les montagnes ; et leur image nous paraît d’autant plus grande qu’elle s’éloigne davantage de notre vue, et qu’elle s’élève toute seule sur les confins de l’horizon. »
  7. C’est beaucoup dire. Enthousiaste de son sujet, l’auteur verse ici dans une déclamation qui s’allie mal avec le ton pondéré que nous attendons de l’historien. Nos lecteurs ramèneront toutes choses à leurs véritables proportions. Et pourquoi Richard ne signale-t-il pas à cet endroit le démembrement et le partage de la Pologne ? C’est bien là pourtant le fait de l’histoire moderne qui présente le plus d’analogie avec le drame acadien.
  8. L’Acadie attend toujours son « poète national » qui chantera en belles strophes l’épopée douloureuse des ancêtres. C’est un poète américain qui a eu le premier l’honneur d’exploiter l’excellente matière d’art que renferme ce fait de la déportation d’un petit peuple. Et c’est évidemment à l’Évangéline de Longfellow que Richard fait ici allusion. Sur l’origine, les sources, le caractère de ce poème, il faut consulter l’ouvrage si documenté de M. Paul Morin, intitulé : Les Sources de l’œuvre de Henry Wadsworth Longfellow (Paris, Émile Larose, Libr.-Éditeur, 11, rue Victor Cousin, 1913) de la page 133 à la page 154. Nous empruntons à ce beau travail les notes suivantes : Dans American Note-Books (Boston, 1868, I, 203) N. Hawthorne dit qu’un « Canadien-français a raconté cette histoire d’un jeune couple acadien à H. L. Conolly. Le jour du mariage de ces jeunes gens, tous les hommes de la province reçurent l’ordre de se réunir à l’église pour entendre lecture d’une proclamation. À peine assemblés, on les fit prisonniers, et des navires les amenèrent dans la Nouvelle Angleterre où on les dissémina. Parmi eux se trouva le jeune époux ; sa femme, partie à sa recherche, erra dans le pays pendant toute sa vie, et, déjà vieille, le retrouva enfin, mais sur son lit de mort. Sa douleur fut si profonde qu’elle le suivit bientôt dans la tombe. » Hawthorne et Conolly, dînant un soir chez Longfellow, firent ce récit au poète, qui en tira Évangéline. M. Paul Morin dresse ensuite la nomenclature des sources certaines et des sources possibles de ce poème, et il conclut : Haliburton, avec son ouvrage "An Historical and Statistical account of Nova Scotia", Halifax, 1829, 2 vols., — fut la source principale de la première partie (I, 665), William Darby, avec son ouvrage A geographical description of the state of Louisiana, Philadelphia, 1816, — de la seconde (666-fin.) Puis vient l’analyse détaillée du poème, selon l’ordre des vers : l’on nous montre tout ce que Longfellow doit aux auteurs cités précédemment, au point de vue de l’histoire, de la légende, de la géographie, de l’ethnologie, etc. — Il est très intéressant de constater la part de réalités objectives qui se mêle à la fiction du poète, et de voir comment celui-ci a transformé et s’est assimilé les divers éléments qu’il avait puisés de côté et d’autre. À la fin de son étude, M. Morin établit que c’est à tort que l’on a « fréquemment comparé l' Évangéline de Longfellow à l’Hermann et Dorothée de Goethe. Les deux idylles n’ont que fort peu en commun. Dans Hermann et Dorothée ce sont les personnages qui parlent le plus souvent, les héros excitent également l' intérêt du lecteur, les caractères sont clairement décrits, les descriptions nettes et vigoureuses, enfin, et surtout, Goethe épuise ses situations et les soutient avec habileté jusqu’à la fin ; le poème américain semble au contraire être "récité ” par son auteur, et Évangéline y occupe la première et, pour ainsi dire, 1' unique place. Gabriel passe presqu’ inaperçu, et nous ne nous en faisons qu’une idée assez vague, Longfellow s’interrompt lui-même pour introduire de longues descriptions dans son texte, et ces raccords sont infiniment nuisibles à l’harmonie générale… »

    L’on sait que notre "poète du terroir”, Pamphile Lemay, a traduit en vers français l' Évangéline de Longfellow. Le 2 juillet 1902, Richard envoyait de Paris une préface pour une édition nouvelle de cette traduction, laquelle n’a paru qu’en 1912, à Montréal, chez J. Alfred Guay.

  9. Le texte primitif portait : « Le gouvernement anglais n’a jamais ordonné cette déportation, ni rien fait qui pût l’impliquer ». C’est cette version qui a passé dans la traduction anglaise : « The English Government never ordered this deportation, nor ever did anything that might imply it. » (p. 7.) L’auteur biffa subséquemment ce dernier membre de phrase et le remplaça par celui-ci : « et nous voulons croire qu’il n’en a jamais entretenu la pensée dans la forme odieuse qui a été adoptée ».
  10. Francis Parkman était le fils du révérend Francis Parkman, qui fut pendant 36 ans pasteur de la New North Church de Boston, et de Caroline Hall. Il naquit à Boston le 16 septembre 1823. L’ancêtre des Parkman en Amérique s’appelait Élias, qui venait de Sidmouth (Devon) et s’était établi à Dorchester (Massachusetts) en 1633. Francis Parkman étudia au collège de Harvard où il prit ses degrés en 1844. Sur les instances de son père, il entra alors à l’école de droit “Dane” de Cambridge, et en obtint les titres en 1846. Il ne se fit cependant jamais admettre au barreau. Il se mit à voyager dans le Nord-Ouest américain et à étudier l’ethnologie indienne. Son premier voyage The Oregon Trail (1849) contient lu récit de ses courses et de ses observations dans ces régions lointaines. En 1851 parut sa Conspiration de Pontiac ; en 1856, il donna un essai de roman sous le titre Vassal Morton. Il avait épousé, en 1850, Catherine, fille du docteur Jacob Bigelow, de Boston. Madame Parkman mourut en 1858. Vers cette époque, Parkman eut une crise de santé qui dura longtemps et qui faillit prendre une tournure fatale : il était menacé de perdre, non-seulement la vue qu’il eut toujours très faible, mais la raison. Il alla à Paris consulter des spécialistes qui ne lui donnèrent pas grand espoir de guérison. De retour dans son pays, il se fit floriculteur et obtint en cette qualité une sorte de célébrité. Les forces lui ayant été rendues, il recommença à voyager, et à préparer le grand ouvrage qu’il méditait depuis longtemps et auquel il a donné le titre général de La France et l’Angleterre dans l’Amérique du Nord. Car Parkman s’était toujours destiné à l’histoire. Il alla plusieurs fois à Paris consulter les archives et les savants ; à diverses reprises, il visita aussi le Canada, Québec, Montréal, la Nouvelle-Ecosse ; il y était allé en 1856 notamment ; il y retourna en 1873 et parcourut maintes fois la région sise entre Québec et le lac George. C’est vers la fin de la guerre de Sécession qu’il commença à donner les monographies qui ont fait sa gloire et qui toutes se rangent sous la rubrique que nous avons indiquée plus haut. Voici ces ouvrages dans l’ordre de leur apparition : The Pioneers of France in the New World (1865) ; The Jesuits in North America (1867) ; The Discovery of the Great West (1869) ; The Old Regime (1874) ; Count Frontenac and New France under Louis XIV (1877) ; Montcalm and Wolfe (1884) ; A Half Century of Conflict (1892). Francis Parkman mourut dans sa résidence de Jamaica Plains, près Boston, le 8 novembre 1893, près de deux ans avant la publication de Acadia.

    Cf. American Literary Masters, par Léon H. Vincent, (Boston and New York, Houghton, Miflin and Co. 1906.) p. 379 et seq. et et surtout A Life of Francis Parkman, par Charles Haight Farnham, Boston, Little, Brown aud Co. 1909.)

  11. Raynal (Guillaume,-Thomas-François,) historien et philosophe, né à Saint-Geniez (Rouergue) en 1713, mort à Paris en 1796. Elève du collège des Jésuites de Pèzenas, il fut ordonné prêtre, devint desservant à Saint-Sulpice (1747), mais ne tarda pas à entrer comme rédacteur au Mercure de France et se fit bientôt connaître dans le monde des lettres et des philosophes. Il publia avec grand succès plusieurs ouvrages de 1748 à 1763. Raynal conçut alors l’idée d’un grand ouvrage pour lequel il reçut de toutes mains des idées, des documents, des notes, des chapitres entiers. Il le fît paraître sous ce titre solennel : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes. (C’est de cet ouvrage qu’il est ici question). Des attaques contre la politique des peuples civilisateurs, contre le clergé, contre l’inquisition, en firent interdire l’introduction en France. Le Parlement, en 1781, ordonna que l’ouvrage serait brûlé par la main du bourreau, Raynal arrêté, et ses biens séquestrés. Celui-ci s ’enfuit auprès de Frédéric II, puis de Catherine II. En 1787, il obtint de rentrer en France, et se retira à Toulon, chez l’intendant Malouet. Élu député aux états généraux, il se désista, à cause de son grand âge, en faveur de son hôte. Le 31 mai 1791, il adressa à l’assemblée Nationale une lettre dans laquelle il rétractait les principes qu’il avait défendus dans son Histoire philosophique. “L’abbé Raynal, abbé défroqué, médiocre historien polygraphe, devint tout à coup célèbre par son livre Histoire philosophique etc., paru en 1772, et qu’il ne signa qu’en 1780, dans la grande édition qui en fut donnée à Genève. Il y a daus cette histoire de l’histoire, de la géographie, des statistiques, des renseignements précis sur le commerce et les objets du commerce, entremêlés de tirades contre la guerre, la conquête, l’exploitation des indigènes, les abus du fanatisme et du despotisme. Ce furent ces morceaux d’éloquence ampoulée, où vibraient les passions du temps et les conversations de Diderot, qui firent le succès de l’ouvrage. Raynal eut l’honneur d’être comparé à Montesquieu, présenté à Frédéric II et reçu solennellement à Londres par la Chambre des Communes. Pendant vingt ans, l'Histoire philosophique fut la bible des deux mondes ; elle passionna les opprimés et les rêveurs ; on en retrouve la phraséologie dans les essais du jeune Bonaparte, comme dans les harangues des assemblées révolutionnaires.” Cf. Hist, de France, par Ernest Lavisse. Tome IX. Ire partie. Liv. IV, c. II. La philosophie et les sciences, p. 291. Voir encore sur Raynal les Causeries du lundi, de Sainte-Beuve, notamment le tome II, p. 431, le tome IV, p. 477-478, le tome V, p. 226. Aussi Le Royaume de la rue Saint-Honoré, par le marquis de Ségur, où l’on voit que Raynal était un habitué du salon de la célèbre Madame Geoffrin. Chateaubriand parle de cet abbé-philosophe aux tomes I et III de ses Mémoires d’Outre-Tombe, édition Edmond Biré (Paris, Garnier frères, 1904) : “Il (mon père) lisait… l' Histoire philosophique des deux Indes, dont les déclamations le charmaient ; il appelait l’abbé Raynal un maître homme.” Tome I, livre IX, p. 192.
  12. Thomas-Chandler Haliburton est né à Windsor (Nouvelle-Ecosse) en 1796 ; il prit son éducation au King’s College de cette ville ; il fut admis au barreau en 1820 ; fut élu député à la Législature de sa province ; se distingua comme avocat ; fut nommé en 1828 juge-en-chef de la cour des plaids communs. — On appelait ainsi en Angleterre un tribunal créé sous Richard 1er, rendu sédentaire à Westminster dès le 12e siècle, composé d’un chief-justice, et de juges puisnés, primitivement au nombre de 6, réduits à 4 depuis Edouard VI. Sa juridiction qui s’étendait d’abord à toutes les actions civiles de sujet à sujet, avait été réduite en fait aux seules actions réelles. On appelait de ses jugements à la cour de l’échiquier. Le Judicature Act de 1873 l’a supprimé. — Haliburton est surtout célèbre comme humoriste et satiriste. Pour être juste dans l’appréciation de ses ouvrages, il faut tenir compte des conditions si peu favorables au travail littéraire dans lesquelles il les a composés. La Nouvelle-Ecosse d’alors, petite province, sans contact avec le reste du Canada, n’était pas ce qui s’appelle un milieu “entraînant” pour l’inspiration. En politique, Haliburton fut toujours du parti conservateur. Il publia en 1829 An Historical and Statistical account of Nova Scotia, en 2 vols., (Halifax). Mais ses ouvrages les plus remarquables sont des esquisses satiriques, parues d’abord sans nom d’auteur dans un journal, et publiées en 1737 sous le titre : The Clockmaker, or the sayings and doings of Samuel Stick of Slickville ; deux autres séries parurent en 1838 et 1840. Ces esquisses ont surtout pour objet de décrire les particularités du caractère yankee, elles abondent en traits piquants, en fines observations concernant ses tendances individuelles ou nationales. Il a encore publié, au retour d’un voyage en Angleterre en 1841, The Attaché, or Sam Slick in England. Ses autres ouvrages sont : The Old Judge or Life of a ColonyThe letter bag of the Great WesternRule and Misrule of the English in AmericaTraits of American HumourNature and Human nature. Ses travaux littéraires ne nuisirent pas à son avancement professionnel. En 1840, Haliburton était en effet promu juge de la Cour Suprême. Moins de deux ans après, il passa en Angleterre, et entra au Parlement comme représentant de la circonscription électorale de Launceston. Sa renommée littéraire avait fait concevoir des espérances qu’il ne tint pas comme homme politique. La pratique du droit est une pauvre préparation aux débats parlementaires, et Haliburton n’était plus d’âge à s’adapter aux exigences de son nouveau rôle. En 1865, la dissolution du Parlement mit un terme à son mandat de député, et Haliburton ne sollicita plus les suffrages de ses électeurs de Launceston. Il mourut au mois d’août, de cette même année, à Gordon House, Isleworth, âgé de soixante-dix ans. — Les Haliburton seraient alliés à Walter Scott, dont la grand’mère du côté paternel s’appelait Barbara Haliburton. Ils descendaient de la famille des Newmains et Merton, d’Écosse. Un des membres de la branche cadette des Newmains qui s’était établie à la Jamaïque, émigra dans le Massachusetts. Ce fut le grand’père du Juge Haliburton. Le père de ce dernier s’implanta dans la Nouvelle-Écosse.
  13. François-Edme Rameau de Saint-Père a contribué plus que personne à renouer les relations entre la France et le Canada. Il fut le promoteur de ces études historiques qui ont eu pour résultat de fixer le jugement de la postérité sur la question acadienne, en particulier. Et quel mérite il a eu de lancer son plaidoyer à travers les préjugés et les méconnaissances de cette époque ! Rameau avait de la fortune. Les loisirs que lui faisait sa condition, il les consacra noblement à cette œuvre de réhabilitation d’un peuple. Acadiens et Canadiens ont en vénération la mémoire de cet homme de bien. En 1889, nous avons entendu Rameau dans une conférence à l’Université Laval de Québec. Le diplôme de Docteur-ès-lettres de cette Université lui fut conféré à cette occasion par Mgr Hamel. Rameau est décédé le 15 décembre 1899. Une colonie féodale en Amérique a paru d’abord en 1877 en un volume et fut rééditée en 1889 : Cette deuxième édition est de beaucoup plus complète que la précédente.
  14. Les documents dont il est parlé ici ont été publiés en partie par le Canada-Français, dans sa Collection de documents inédits sur le Canada et L’Amérique, Tome Ier, p. 130 et seq. (Québec, L. J. Deniers et frère, 1888), et accompagnés de la note suivante : « British Muséum, Dr A. Brown’s MS. Papers relating to Nova Scotia. 1748-1757. Add. MSS. 19, 072. Le Dr Andrew Brown, natif d’Écosse, était un ministre presbytérien, venu à Halifax en 1787. Il y résida jusqu’en 1795, qu’il retourna en Ecosse, où il succéda au Dr Blair dans la chaire de Rhétorique de l’Université d’Edimbourg. Pendant son séjour dans la Nouvelle-Ecosse, il réunit des matériaux pour faire une histoire de cette province. Cette histoire, inachevée et restée manuscrite, fut trouvée, avec tous les documents originaux et autres qui l’accompagnaient, dans une boutique d’épicier, et achetée le 13 novembre 1852, par M. A. B. Grosart, de qui elle fut acquise par le British Museum. »

    Entr’autres pièces d’une valeur inestimable qu’avait pu recueillir le Dr Brown, se trouvait « Mr. Morris remarks concerning the removal of the French inhabitants, Summer 1755. ». Le juge Morris avait rédigé ces « remarks » en juillet 1755, quand la mesure d’expulsion venait d’être proposée, et avant qu’elle eût été sanctionnée en conseil avec l’approbation de Boscawen et Mostyn.

  15. Sur Charles Lawrence, consulter surtout la pièce qui se trouve parmi les papiers du Dr Brown, et intitulée Lawrence’s Character. V. Le Canada-Français. Documents inédits etc. Tome I, p. 142 et Seq.) « C’est, dit l’abbé Casgrain, un portrait de son caractère, fait de première main par ses propres compatriotes, les colons d’Halifax. Cette pièce nous apprend comment cet individu de bas-étage, d’abord simple apprenti-peintre en bâtiments, était parvenu jusqu’au grade de gouverneur de la Nouvelle-Écosse ; comment, dans ce haut poste, il avait gardé son caractère de parvenu ; quelle espèce de tyrannie il faisait peser sur ses concitoyens ; à quel genre de corruption il se livrait ; par quelles fraudes il avait accaparé à son profit et au profit de ses favoris les dépouilles des malheureux Acadiens… »

    « Lawrence mourut de la mort des persécuteurs, frappé dans la force de l’âge par un mal foudroyant, au sortir d’un bal public donné, paraît-il, en réjouissance de la capitulation de Montréal. »

    Un Pèlerinage au pays d’Évangeline — c. III, p. 90 et ch. XIe, p. 216 — Paris, Libr. Léopold Cerf. 1889.

    Lawrence était venu en Nouvelle-Écosse avec le 45e régiment ; il avait alors le grade de major ; il fut fait membre du conseil de cette province le 19 octobre 1749, et l’année suivante commanda une petite expédition à Chinecto ; c’est à cette occasion que fut bâti le fort Lawrence, au fond de la baie de Fundy. En 1753, il succéda au général Hopson dans le gouvernement de la colonie ; devint lieutenant-gouverneur en 1754 et gouverneur en 1756. En 1757, il commanda la troupe de réserve dans les opérations militaires de Lord Loudon ; le 3 décembre 1757, fut nommé brigadier-général ; il prit part au siège de Louisbourg à la tête d’une brigade. Il mourût à Halifax le 17 octobre 1760. Ce triste personnage a cependant son monument dans l’église St. Paul de Halifax. Le journal de Lawrence est au British Muséum. Addit. MSS. 32821, p. 345.

  16. « On a attribué à Alexandre Dumas le mot célèbre : « Cherchez la femme ! ». C’est Joseph de Maistre qui l’a dit le premier : « Un vieux bonhomme de ministre, écrit-il le 3 novembre 1803, disait un jour à un de ses amis : « Souvenez-vous bien que dans toutes les affaires il y a une femme. Quelquefois on ne la voit pas, mais regardez bien, elle y est. » Et il ajoute : « Je crois qu’il avait raison… » — Henri Welschinger. Joseph de Maistre et Napoléon. Dans la Revue des Deux Mondes du 1er février 1914, p. 608.
  17. Sur la fondation et les origines de l’Acadie, cf. Histoire et Description générale de la Nouvelle-France, par le P. de Charlevoix, de la compagnie du Jésus. Tome Ier, Livre III. (À Paris, chez Didot, Libraire, quai des Augustins, À la Bible d’or, MDCCXL1V).— Histoire du Canada, par F.-X. Garneau. Tome I, liv. I, c. I, (Paris, librairie Félix Aican, 1913). — Histoire de France, par Ernest Lavisse. Tonie VI, 2e partie, par J. IL Mariéjol, livre 1er c. IV, p. 82 et Seq : “À la mort d’Henri IV, deux établissements durables avaient été fondés : Port-Royal et Québec. À toutes ces tentatives, le gouvernement n’avait accordé qu’un appui moral. Des particuliers avaient fait tout l’effort à leurs dépens et à leurs risques. Cependant, la politique coloniale n’était pas populaire. Sully, sur cette question comme sur celle des industries de luxe, représentait la moyenne d’idées de son temps… En toutes ces entreprises d’outremer, le gouvernement n’est guère intervenu. Il a protégé la colonisation d’une façon aussi peu onéreuse que le commerce, l’industrie. On sait que Sully tient la caisse et favorise au plus bas prix possible. Il est hostile à tout ce qui coûte, aux œuvres de magnificence, aux aventures… ”
  18. “On plaint ce pauvre genre humain qui s’égorge dans notre continent à propos de quelques arpents de glace en Canada.”— Correspondance de Voltaire. Edit, de 1830, chez Delangle frères, pp. 527 et 528 du vol. 76 des Œuvres complètes. Tome IX de la Correspondance
  19. “Vous perdre fut une légèreté de l’ancien régime, ne pas vous pleurer fût la honte des philosophes, qui, infailliblement hostiles à l’instinct national, félicitaient la Prusse de nous avoir vaincus, admiraient Frédéric, Marie-Thérèse et Catherine d’avoir dépecé la Pologne, notre alliée naturelle, et n’en voulaient pas à l’Angleterre de nous avoir pris ‘ ‘ quelques arpents de neige ’ ’. Cette neige, du moins, avait été rougie par un sang plus français que leur encre, et le rire stupide des intellectuels qui vous abandonnaient gaiement fut compensé par la fidélité silencieuse des soldats, qui, pour vous défendre, surent mourir. ’’ Etienne Lamy. Disc, prononcé au premier Congrès de la Langue française au Canada, le mardi soir 25 juin 1912. Cf. Compte-Rendu du Congrès, p. 239. “Canada, petite colonie d’hier, nation d’aujourd’hui, empire de demain.” Id. Ibid. p. 259.
  20. Ce passage éloquent appelle des rectifications. Nous établirons en temps et lieu l’exacte responsabilité de la France dans les événements qui ont amené la cession du Canada à l’Angleterre. Pour nous, d’ailleurs, cette cession n’a-t-elle pas été un coup providentiel ? — Quant à l’Algérie, l’auteur en parle bien à la légère. Tout le monde sait que la France s’enorgueillit à bon droit de cette colonie magnifique. Et le Maroc, qui peut prévoir ce qu’elle en retirera ?
  21. Cette citation nous a causé un mal inouï, en ce sens que, voulant savoir de qui elle est, nous avons, pendant des jours et des jours, fait des recherches dans plusieurs bibliothèques, consulté des humanistes distingués, sans aboutir à rien de satisfaisant. Le traducteur d’Acadie, le R. P. Druinmond, S. J., l’a prêtée à Thucydide, mais nous ne savons sur quelle autorité. Car après avoir repassé d’un bout à l’autre la Guerre du Péloponnèse, seul ouvrage de cet historien qui nous soit parvenu, nous ne l’y avons point trouvée. Dans le Dictionary of familiar quotations, par John Bartlett, (Boston, Little Brown and Co., 1896, p. 579,) il y a ceci qui est bien la traduction de la phrase en question : “Happy the people whose annals are blank in history books !” — Et Bartlett renvoie à Thomas Carlyle, History of Friedrich the Second, called Frederick-the-Great, vol. IV, Book XVI, c. I, p. 187, (New York, Harper & Bros. Publishers, Franklin Square, 1864.) Or, à cet endroit de son livre, Carlyle cite un auteur qui avait écrit déjà sur Frédéric. Il s’agit de telle période dans la vie de son héros : « A happy ten years of time. Perhaps the tinie for Montesquieu’s aphorism : Happy the people whose aunals are blank in history-books. » Ainsi, Carlyle et l’auteur à qui il emprunte quelques passages concernant Frédéric-le-Grand, attribuent l’axiôme à Montesquieu, sans indiquer d’ailleurs la source, sans dire en quel des ouvrages de ce grand penseur cela peut se rencontrer. Nous avons parcouru ses Lettres Persanes, sa Grandeur et Décadence des Romains, son Esprit des lois, ses Discours académiques, ses Pensées Diverses, sa Correspondance, etc., mais sans résultat aucun, au point de vue de ce que nous aurions voulu découvrir.
  22. Christophe Colomb, né vers 1436 ou 1441, ou plus vraisemblablement vers 1446, dans l’État de Gênes, mort à Valladolid en 1506. Se fit marin à l’âge de 14 ans. Vers 1480, épousa la fille du navigateur portugais Perestrello. Se tenait en relation avec l’astronome florentin Paolo Toscanelli. Fit d’abord un voyage dans les mers du Nord et en Islande, et plus tard en Guinée. C’est vers 1483 qu’il projeta le voyage d’Est en Ouest, à travers l’Atlantique. Il soumit son plan à Jean II, roi de Portugal, qui essaya de lui en ravir le succès. Il s’adressa enfin à l’Espagne dont les souverains lui accordèrent, après la paix de Grenade, les caravelles nécessaires pour accomplir son voyage, 17 avril 1492, à Santa-Fé. Le 3 août 1492, il partait de Palos : dans la nuit du 11 au 12 octobre 1492, il arriva devant une petite île de l’archipel des Bahama, Guanahani, qu’il appela San Salvador, il côtoya successivement une partie des îles de Cuba. Il rentra à Palos le 17 mars 1493. Le 23 septembre 1493, il organisa une nouvelle expédition, qui dura trois ans et au cours de laquelle furent explorées la Dominique, la Guadeloupe, Porto-Rico. En 1498, nouvelle expédition qui le conduisit le long du continent américain au delta de l’Orénoque. Sa dernière expédition eût lieu en 1502, où fut complétée la reconnaissance des Antilles et exploré le littoral d’une partie de l’Amérique centrale. Il mourut délaissé le 20 mai 1506.
  23. “Celui qui parût entrer davantage dans cette pensée (qu’on ne se rebutât point sitôt d’une entreprise dont le succès ne devait pas dépendre d’une ou deux tentatives) fut un gentilhomme de Picardie nommé François de la Roque, Seigneur de Roberval, et que François I appelait quelquefois le Petit Roy du Vimeu. Il demanda pour lui-même la Commission de poursuivre les découvertes. Le Roy par ses Lettres Patentes dattées du 15 janvier 1540, le déclare Son Vice-Roy et Lieutenant-Général en Canada, etc., M. de Roberval partit l’année suivante avec cinq vaisseaux, ayant sous lui Jacques Cartier en qualité de premier Pilote. La navigation fut heureuse ; Roberval bâtit un fort, les uns disent sur le fleuve St-Laurent, d’autres dans l’Isle du Cap-Breton, et y laissa Cartier en qualité de Commandant, après quoi il retourna en France… le froid et les autres incommodités du Pays rebutèrent bientôt la garnison du nouveau Fort, les Sauvages de leur côté prirent ombrage de ces étrangers et commencèrent à les molester, et tout cela joint ensemble, outre que M. de Roberval tarda peut-être un peu trop à revenir, obligea Cartier à s’embarquer avec tout son monde pour retourner en France ; mais ils rencontrèrent près de Terre-Neuve le Vice-Roy qui leur amenait un grand convoi (1542.) Dès qu’il (Roberval) eut rétabli toutes choses dans son Fort, il y laissa encore Cartier avec la meilleure partie de ses gens ; puis il remonta le fleuve St-Laurent, entra même dans le Saguenay… Il paraît que M. de Roberval fit encore quelques autres voyages en Canada, mais de bons mémoires assurent que la guerre déclarée entre François I et l’Empereur Charles-Quint l’arrêta pendant quelques années en France… Tous conviennent au moins qu’il fît un nouvel embarquement en 1549, avec son frère que François I avait surnommé le gendarme d’Annibal. Ils périrent dans ce voyage, avec tous ceux qui les accompagnaient, et on n’a jamais bien su par quel accident ce malheur était arrivé. Hist. et desc. gén. de la N. France, par Charlevoix, Paris, Didot, 1744. Tome I, liv. 1, p. 31 et seq. Garneau apporte des variantes importantes à ce simple récit de Charlevoix : « Les lettres-patentes de François I à Roberval sont du 15 janvier 1541 (Voir arch. Nat. reg. U. 734, fol. 54-62). Il faut se rappeler ici que jusqu’en 1567, l’année commençait à Pâques. Le départ de Roberval ayant été retardé, Cartier prit les devants et s’embarqua à St-Malo le 23 mai 1541. Après une traversée de 3 mois, il s’arrêta dans le havre de Carpunt, au Nord de Terre-Neuve, pour y attendre Roberval qui ne vint pas. Cartier poursuivit son voyage d’exploration jusque vers le saut Saint-Louis. Au printemps, il se décida de se rembarquer avec tout son monde. Roberval faisait justement voile vers l’Amérique. Il était parti de La Rochelle le 16 avril 1542 avec 3 navires. Suivant la version de Hakluyt, les deux petites flottes se seraient rencontrées à St-Jean de Terre-neuve, au mois de juin 1542. Cartier aurait refusé de rebrousser chemin et serait retourné à St-Malo. Roberval, rendu au Cap-Rouge en juillet, fit commencer un établissement qu’il appela France-Roy. En 1543, Roberval serait rentré en France avec la colonie entière. Découragé par l’échec de son voyage, à bout de moyens, il aurait renoncé pour jamais à ses projets sur le Canada. » (Histoire du Canada, 5e édit. Tome I, c. II-III, p. 31 et seq.) V. aussi l’appendice XXV consacré à Roberval. — Cf. Ferland. Cours d’Histoire du Canada. Tome I, ch. 2e : “Des mémoires affirment que Roberval, après s’être distingué dans les guerres entre François I et Charles-Quint, s’embarqua de nouveau en 1549 avec son frère pour continuer ses découvertes et qu’il périt misérablement ainsi que tous ses compagnons de voyage. Ces assertions sont contredites par Thénet (dans sa Cosmographie) qui dit que Roberval fut tué de nuit près de Saint-Vincent, à Paris.” — Voir Histoire Populaire du Canada par J. Casteel Hopkins, traduite par Benjamin Sulte, c. 1, p. 27 et seq. L’auteur croit à l’expédition de 1549. — V. Histoire de France, de Lavisse. Tome V, Ire Partie (par II. Lemonnier.) Livre IV, e. IV, par. 111. La France et les Mondes Nouveaux, p. 285. D’après cet auteur, Roberval, aurait fait une seule expédition de 1541 à 1543.
  24. Lettres-patentes de François I. Nouv. Requis., franç., 9269, fol 5, copie (Arch. de la Seine-Inférieure, Reg. crim. de 1539 à 1558, fol. 6, Vo.) “Les voyages de Cartier sont les premiers de France qui correspondent vraiment aux tendances scientifiques ou politiques, développées par les explorateurs… On n’a encore sur Cartier que trop peu de renseignements. Il était né à Saint-Malo vers 1491 ; il mourût en 1557. En 1533 il commandait un navire de ce port, quand il sollicita l’appui de François I pour tenter une exploration dans le Nouveau-Monde. Sa requête fut bien accueillie : le 12 mars 1534, le Roi mandait à son trésorier de payer 6,000 livres tournois pour l’équipement des navires de Cartier. Ce dernier partit de Saint-Malo avec deux navires, le 20 avril 1534 ; vingt jours après, il arrivait à Terre-Neuve, au cap Bonavista, et le 27 mai à la baie des Châteaux, (aujourd’hui détroit de Belle-Isle ;) il longea ensuite la côte occidentale de Terre-Neuve, puis attendit à l’entrée du golfe St-Laurent. De là, il retourna en France et y rentra le 5 septembre. Le 30 octobre 1534, Cartier recevait commission de conduire une nouvelle expédition. Il s’agissait de pénétrer plus avant dans le golfe Saint-Laurent et de prendre possession des terres au nom du roi de France. L’expédition fut prête au mois de mai 1535. Elle se composait de 3 navires ; l’équipage comptait environ 110 hommes. Cartier longea la côte du Labrador, pour arriver à la pointe d’une île qu’il appela l’île de l’Assomption, aujourd’hui Anticosti, et entra dans l’embouchure du St-Laurent. Il remonta le fleuve, le 17 sept, arrivait à l’embouchure du Saguenay. Il se rendit à Stadaconé, aujourd’hui Québec. Non loin de là il trouva un excellent mouillage qu’il appela Havre Sainte-Croix, où il laissa deux de ses navires, pour remonter avec le troisième le St-Laurent jusqu’à Hochelaga, aujourd’hui Montréal. Ce fut le terme de sa marche en avant. Cartier rentra au havre Sainte-Croix, où il hiverna jusqu’à la fin d’avril 1536. Le 6 mai, Cartier repartait, avec deux navires, abandonnant le troisième, faute d’un équipage suffisant pour le monter. L’expédition vint passer au large de l’île actuelle du Prince-Edouard ; elle fut de retour à Saint-Malo le 15 juillet 1536.” Jacques Cartier a laissé trois relations de ses trois voyages en Canada. « Brief récit succincte narration, de la navigation faicte es ysles de Canada, Hochelage & Saguenay & autres, avec particulières meurs, langage, & cérémonies des habitans d’icelles : fort delectable a veoir.» Paris, 1545. Ces relations sont fidèlement analysées dans Histoire de la Colonie française en Canada, Tome I, page 2 à 59. Et les notes à la fin de l’ouvrage, de I à XVIII inclusivement, sont extrêmement importantes à ce sujet. C’est le savant abbé Faillon qui est l’auteur de cette remarquable Histoire qui a paru en 1865. (Villemarie, Bibliothèque Paroissiale.) Voir aussi Charlevoix, Histoire et Description générale, etc. Livre Premier. Garneau, Histoire du Canada. Chap. Deuxième. Histoire de France, de Lavisse, Tome V, livre IV, ch. IV. Garneau dit qu’après son troisième voyage « Jacques Cartier disparaît de l’histoire. » « Il paraît toutefois, dit l’auteur de l’Histoire de la Colonie française en Canada (Introduction, page 56) — que, pour donner à Jacques Cartier un témoignage public de sa satisfaction et tout à la fois pour le récompenser de son dévouement, François I lui avait accordé des lettres de noblesse. Du moins, après ses voyages en Canada, nous trouvons qu’il est qualifié sieur de Limoilou, dans un acte du chapitre de Saint-Malo, du 29 septembre 1549 ; et que, dans un autre du 5 février suivant, il a la qualification de noble homme : titre d’honneur que l’on ne donnait, en effet, qu’à ceux qui avaient été anoblis. Mais, n’ayant laissé aucun enfant de son mariage avec Catherine Desgranges, (fille de Jacques Desgranges, connétable ou gouverneur de Saint-Malo, qu’il avait épousée en 1519,) il ne transmit sa noblesse à personne. »
  25. Richard Hakluyt, géographe anglais, né à Eyton en 1553, mort en 1616. Il introduisit en Angleterre l’usage des globes et fut pourvu de bénéfices ecclé- ecclésiastiques. Son ouvrage capital est Principal navigations, voyages, trafiques and discoveries of the English nation (1598-1600), dont Walter Raleigh l’aida à recueillir les matériaux ; il y publia les résultats, accompagnés de documents nombreux, de plus de deux cents voyages. Auparavant Hakluyt avait édité : Divers voyages touching the discovery of America (1582) et un Discours relatif aux découvertes occidentales (1584). On lui doit aussi une traduction de l'Histoire des découvertes, de Galvano, (1601) etc. Les notes. qu’il laissa en mourant ont été utilisés par Purclies dans ses Pilgrim. Une société dite Hakluyt Society s’est fondée en 1846, pour publier tous les textes relatifs aux anciens voyages, et a depuis lors édité plus de cent volumes.
  26. Marc Lescarbot, avocat, littérateur et voyageur français, né à Vervins entre 1565 et 1570, mort en 1630. Il quitta le barreau de très bonne heure et s’embarqua pour la Nouvelle-France, d’où il rapporta des renseignements précieux. Il fut attaché ensuite à Pierre Castille, ambassadeur en Suisse. Son ouvrage le plus intéressant est une Histoire de la Nouvelle-France, (1609.) Cette histoire, précieuse à plus d’un titre, a besoin d’être corrigée quant à ce qui concerne la question religieuse. Le titre complet en est : Histoire de la Nouvelle-France, contenant les navigations, découvertes et habitations faites par les Français es Indes Occidentales et Nouvelle France sous l’aveu et autorité de nos Rois Très-chrétiens, et les nouvelles fortunes d’iceux en l’exécution de ces choses depuis cent ans jusqu’à hui : en quoi est comprise l’Histoire morale, naturelle et géographique de la dite Province, avec les Tables et figures d’icelle, par Marc Lescarbot, avocat en Parlement, témoin oculaire d’une partie des choses y recitées, octavo, à Paris chez Jean Milet, sur les degrés de la Grand’ Sale du Palais 1609. Cette histoire eut six éditions de 1609 à 1618 ; une septième en 1866. Lescarbot a aussi écrit Adieu à la France (1608) ; Les Muses de la Nouvelle-France (1609) ; la défaite des sauvages amouchiquois par le Sagamo Membertou (1609) ; après un séjour en Suisse, il publia en vers un Tableau des treize cantons (1613). Plusieurs ont affirmé que Lescarbot était protestant ; ce fut par exemple l’opinion de Faillon. Mais son contrat de mariage avec Françoise de Valpergue, 3 septembre 1619, atteste qu’il était catholique. V. Jal. Dict. erit. de biogr. et histoire, édit de 1872, art. Lescarbot. Aussi Cath. Encyclop. art. Lescarbot, par L. St. G. Lindsay.
  27. Pierre du Guast ou de Gua, sieur de Monts, né en Saintonge vers 1560, mort vers 1630, obtint le titre de lieutenant général en Acadie et le monopole du commerce pendant dix ans. Ancien compagnon de Chauvin, il avait conservé de Tadoussac et de la région du St-Laurent le souvenir d’un fâcheux pays. Aussi fit-il voile plus vers le sud ; il pénétra dans la baie française (baie de Fundy), et crut rencontrer dans l’île Sainte-Croix le lieu le plus favorable à un établissement. Mais il n’y avait pas là d’eau douce et le froid y était très rigoureux. La plupart des colons périrent ; les survivants se transportèrent sur le bord opposé de la baie de Fundy, à Port-Royal (aujourd’hui Annapolis.) De Monts ayant été privé du monopole du commerce des pelleteries (1607), un gentilhomme champenois, le sieur de Poutrincourt, alla plaider sa cause auprès de Henri IV qui consentit à renouveler le privilège de de Monts pour un an. Celui-ci donna Port-Royal à Poutrincourt, qui le repeupla (26 février 1610.) Malheureusement la mort de Henri IV arrivée le 14 mai, eut des suites funestes pour la petite colonie de la baie française. Les Jésuites, par l’influence de l’Italien Concini, favori de la reine, se firent recevoir par Poutrincourt comme missionnaires en Acadie. Les Pères Biard et Massé s ’embarquèrent sur La Grâce-de-Dieu le 26 janvier 1611. Il fut entendu que la subsistance des missionnaires serait prise sur le produit de la traite des pelleteries. Cela n’alla pas sans difficultés. Après le départ de Poutrincourt, 17 juin 1611, de graves dissentiments éclatèrent. Finalement, Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, fit équiper à Honfleur le Jonas, qu’elle mit sous les ordres de La Saussaye, 12 mars 1613. Ce navire portait deux ou trois jésuites, le P. Quentin et le F. Gilbert du Thet. La Saussaye alla prendre les PP. Biard et Massé à Port-Royal et se dirigea vers la rivière Pentagouet, aujourd’hui Penobscot, dans le Maine. Arrêté par la brume, il débarqua sur l’île du Mont Désert où il fonda un établissement qu’il nomma Saint-Sauveur. En juillet 1613, Samuel Argall, armateur de la Virginie, enleva et saccagea cet établissement. Continuant ses brigandages, Argall fit voile vers Port-Royal qu’il détruisit de fond en comble (1613.) Poutrincourt peut être regardé comme le véritable fondateur de Port-Royal et de l’Acadie elle-même ; sa persévérance en assura l’établissement ; (il y revint en effet au printemps de 1614, pour ravitailler de nouveau sa seigneurie acadienne, et quitta pour jamais l’Amérique.) La destruction de Port-Royal n’amena pas l’abandon de toute la province. Elle continua toujours d’être occupée, sur un point ou sur un autre, soit par le second fils de Poutrincourt, soit par Charles Latour, et par la plupart des anciens habitants. — Cf. Garneau. T. I. Livre I, c. I, 61 et Seq. — Hist. de France, de Lavisse. T. VI. Ile P. Livre I, c. 4.
  28. Charles de Biencourt, fils de Poutrincourt, auquel il succéda dans le gouvernement de Port-Royal, en 1610. Demeura en Acadie jusqu’à sa mort, vers 1623. Charles de Menon, sieur d’Aulnay de Charnisay, gouverneur de l’Acadie en 1638, après la mort du commandeur de Razilly. Abandonna la Hève pour aller se fixer avec tous les habitants à Port-Royal. Sa mésintelligence avec La Tour eût de déplorables résultats. Mourût eu 1650. — Claude de la Tour vint en Acadie en 1604. Son fils, Charles, joua un grand rôle dans l’histoire de cette province, par ses démêlés avec d’Aulnay, dont il épousa la veuve eu 1651, Il mourut en 1664. — Le baron de Saint-Castin se distingua par sa bravoure à Port-Roval, en 1707. Il mourut en France en 1722. — Nicolas Denys reçut en propriété le tiers de l’Acadie, depuis Ganso jusqu’à Gaspé en 1632. Ruiné par les agressions de Le Borgne et de la Giraudière, il alla s’établir à Québec en 1654. — Daniel Auger de Subercase fut nommé gouverneur de Port-Royal en 1706, après la mort de M. de Brouillan. C’est sous son administration que l’Acadie passa définitivement à l’Angleterre.
  29. Samuel Argall apparaît dans l’histoire en 1609, parmi les premiers aventuriers qui vinrent tenter fortune en Amérique. C’est lui qui amena d’Angleterre Lord Delaware, le 6 juin 1610, à temps pour empêcher les colons d’abandonner Jamestown. Il est fameux pour s’être emparé par ruse de Pocahontas, fille d’un grand chef sauvage. Ses audacieux coups de mains contre les établissements français de l’Ile du Mont Désert et de Port-Royal sont diversement interprétés par les historiens. En mai 1617, il revint en Virginie avec le titre de député-gouverneur. Le 26 juin 1622, fut fait chevalier par Jacques I à Rochester. Il mourut eu janvier 1626. Fiske qualifie Argall de astute and foxy. V. New France and New England, p. 71 & seq. Houghton, Mifflin and Co. Boston & New York 1914.
  30. William Alexander naquit à Menstrie House, près de Stirling, vers 1567. Vers 1604, épousa Janet, fille de Sir William Erskine. En 1621, reçut de Jacques I, d’énormes concessions de territoire embrassant la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, la péninsule de Gaspé, avec une charte le nommant lieutenant-héréditaire de la nouvelle colonie. Il chercha à recruter des émigrants, mais les avantages qu’il promettait étaient si minces qu’il ne se trouva que des gens de basse classe pour les accepter. Alexander se rendit bientôt compte que ses immenses domaines étaient un gouffre dans lequel s’engloutissait tout son avoir. Il en coûte cher de pratiquer la mégalomanie. Depuis 1626 jusqu’à sa mort, il fut secrétaire royal pour l’Ecosse. En 1630, fut fait maître des requêtes pour l’Ecosse, et en 1631 juge extraordinaire de la cour des Sessions. En 1631, le roi Charles lui intima l’ordre d’abandonner ses possessions d’Amérique, qui furent rendues à la France l’année suivante. Alexander fut fait comte de Stirling en 1639. Il mourut le 12 février 1640, dans sa maison de Covent Garden. Alexander passa sa vie dans les dettes. Il a écrit de nombreux poèmes, des drames, une brochure intitulée Encouragement to Colonies, etc., etc. V. New France and New England, par John Fiske, p. 86 et seq.
  31. Hubert d’Andigny de Grandfontaine, ci-devant capitaine au régiment de Carignan, puis au régiment de Poitou, et maintenant major d’infanterie, avait servi avec distinction sous M. de Tracy, tant en Europe qu’en Canada. Il fut le premier gouverneur en titre de l’Acadie ; jusque là l’Acadie avait été comme une espèce de principauté où le seigneur était la seule autorité. Désormais, il y eut un gouverneur royal. M. de Grandfontaine remplit ces fonctions jusqu’en 1680. — V. Rameau. Une colonie féodale en Amérique. Tome I, c. IV. Paris, Plon, 1889.
  32. Voir ce recensement publié in-extenso dans la France aux Colonies, note 4 du cli. II, p. 124.
  33. Les chiffres que nous donne Richard ne concordent pas tout à fait avec ceux qui se trouvent dans Rameau. L’auteur d’Acadie n’indique d’ailleurs pas ses sources de renseignements, tandis que Rameau s’appuie sur les archives du ministère des colonies. Il est donc de notre devoir de rectifier et de compléter notre texte d’après les statistiques établies par ce dernier. Le recensement de 1686, dit Rameau, dressé par M. de Meulles, et nominal, porte : à Port-Royal, 592 habitants en 95 familles ; au Cap de Sable, 15 habitants en 4 familles ; à la Hève, 19 habitants en 8 familles ; aux Mines, 57 en 10 familles ; à la rivière Saint-Jean, 16 en 9 familles ; à Beaubassin, 129 en 19 familles ; à Miramichy, 5 à 6 habitants ; à Chédabouctou, 20 habitants ; à Népisiguy, 5 ; à l’île Percée, 26 en 5 familles. Plus un certain nombre de valets et d’engagés qui ne sont pas portés nominalement. Ce dénombrement contient 155 familles, dont 48 seulement proviennent d’émigrants venus depuis 1671. Nous pouvons donc en conclure que ce fut à partir de 1686 qu’il ne vint presque plus d’immigrants français en Acadie, car en 1707, il ne serait guère venu qu’une dizaine d’immigrants. En 1671, le cens nominal de toute l’Acadie donne 394 habitants ; en 1686, 885 ; en 1689, 803 ; en 1693, 1,068. Le recensement de 1714 est le premier qui ait été fait après la conquête anglaise, et c’est le dernier des recensements nominaux, ce qui lui donne un intérêt tout particulier. Il a été dressé par le père Récollet Félix Pain qui était alors missionnaire à Beaubassin et qui le transmit au gouverneur de Louisbourg. — V. La France aux Colonies. Notes 2 et 4 du ch. III, p. 128-129. — Une colonie féodale en Amérique. Pièces justificatives. 5e Série. Tome II, p. 393 et Seq.
  34. Charlevoix. Hist. et descr. gén. de la Nouv-Fr., etc. Tome III, liv. XVI, p. 205 et seq. Edit, de 1744. — Rameau. Une colonie, Tome I, p. 178 : « Dans les premiers jours de septembre 1696, une croisière anglaise de 7 navires, commandée par Church, pénétra dans la baie et débarqua 400 hommes, dont 50 indiens du Massachusetts… Le vieux Jacques Bourgeois, en considération d’une sorte de sauf-conduit délivré par Phips six années auparavant, obtint que sa maison et plusieurs autres fussent épargnées ; mais les anglais brûlèrent et pillèrent le reste des habitations, tuèrent beaucoup de bétail et après neuf jours se rembarquèrent avec leur butin.»
  35. Ce mot est cité par Rameau, (Une colonie, etc. Tome I. c. VI, à la page 232.) M. de Brouillan aurait dit cela d’abord des gens des Mines et l’aurait appliqué ensuite à tous les Acadiens, sans distinction. Rameau dit encore que les gouverneurs anglais, après la conquête, considéraient les Acadiens comme des êtres ingouvernables. M. de Brouillan succéda à M. de Villebon dans le gouvernement de l’Acadie, en 1700. Il avait commandé à Plaisance (Terreneuve). Durant l’hiver de 1704, il se rendit en France, où l’appelaient depuis longtemps ses affaires, celles de la colonie, et sa propre santé… il ne devait plus revoir l’Acadie, car à son retour d’Europe il mourut en pleine mer, et son cœur seul fut conservé et rapporté à Port-Royal, où il fut enterré le 3 octobre 1705, au pied d’une croix sur un petit tertre où il avait eu dessein de faire rebâtir l’église.
  36. Pèlerinage au pays d’Évangéline, c. IV, p. 115, et Appendice III, p. 384, les témoignages de Brook Watson (1791) et de Moïse de les Derniers
  37. « Les familles Acadiennes sont plantureuses en progéniture, » selon le mot du Sieur de Diéreville, dans son Voyage en Acadie. Le recensement de 1714, exécuté par le Père Félix Pain, donne un total de 2.528 âmes ; en 1731, nous trouvons dans l’ensemble des paroisses acadiennes. 4,849 habitants ; en 1737, 7,598 ; ce recensement de 1737 est le dernier travail d’ensemble que possèdent les archives françaises sur les Acadiens ; en 1748, bien que nous n’ayons pas de recensement direct, nous possédons assez d’éléments pour calculer que la population de la presqu’île acadienne seule s’élevait à 11,925 habitants.
    V. Rameau. La France aux colonies et Une colonie, etc., passim.
  38. Robineau de Menneval, seigneur de Bécancour. — Sir William Phips était natif de Pemaquid et fils d’un forgeron. Promu au commandement d’une frégate, il réussit à tirer d’un galion espagnol submergé sur les côtes de Cuba la valeur de 300,000 livres st., ce qui lui valut le titre de chevalier. Après s’être emparé de Port-Royal, le 11 mai 1690, il tenta de prendre Québec au mois d’octobre de la même année, mais fut repoussé. Il fut nommé gouverneur du Massachusetts et mourut à Londres en 1695. Cf. Charlevoix, loc. cit. Tome III, livre XIV, p. 96 et seq. Cf. Le Cte de Frontenac, par Henri Lorin, III, p. c. II, p. 380 (Paris 1895). Cf. Garneau, loc. cit. Livre V, c. Il, p. 382 et seq.
  39. “Le colonel Church, dit Rameau, le plus habile officier des colonies anglaises, le seul même, à dire vrai, qui entendit réellement cette guerre spéciale de partisans et de surprises, que les Français pratiquaient avec tant de succès.’’ Loc. cit. I, 217.
    Le texte de Richard porte que Church fit aussi une descente aux Mines. Cela n’est pas exact. Les documents ne parlent que de Beaubassin. Benjamin Church débarqua, il est vrai, à Jemsek, le 16 octobre 1696. Mais Villebon fit une telle défense de la place que l’ennemi dut se rembarquer sans avoir remporté aucun avantage. Cf. note 13.
  40. Joseph Dudley, ancien président de la Nouvelle-Angleterre, fut nommé en 1702, par la reine Anne, gouverneur du Massachusetts et du New-Hampshire. Il succédait dans cette charge au comte de Bellomont. Dudley remplit la fonction de gouverneur jusqu’en 1716 où il fut remplacé par Samuel Shute. Il se retira alors dans son domaine familial de Roxbury et mourut en 1720, dans sa 73e année. — En 1707, Dudley, préparant une expédition contre l’Acadie, demanda aux quatre Etats du Mass., du N.-H., du R.-I., et du Conn. de lui fournir 1000 hommes. Le Connecticut refusa d’envoyer un contingent. Le New-Hampshire fournit deux compagnies, le Rhode-Island 80 hommes, et le reste se recruta dans le Massachusetts. Les deux compagnies du N.-H. avaient à leur tête le major Shadrach Walton, né en 1658, mort le 3 octobre 1741, et le capitaine Chesley. Le total des troupes formait deux régiments commandés l’un par le colonel Wainwright, l’autre par le colonel Hilton. Le commandement général fut confié au colonel Marsh, qui s’était distingué dans plusieurs rencontres avec les Indiens, mais qui n’était pas autrement qualifié pour diriger une semblable expédition. Les troupes s’embarquèrent à Nantasket le 18 mai, sur 23 vaisseaux de transport. Le 26, elles étaient devant Port Royal. L’attaque ayant été infructueuse, l’ennemi se rembarqua les 6 et 7 juin, partie pour Casco, partie pour Boston. La compagnie du New-Hampshire était de retour à Portsmouth le 13 juin. Sur l’ordre de Dudley, ceux de Boston comme ceux du New-Hampshire durent faire à nouveau voile pour Port-Royal, qui sera assiégé une seconde fois, sans plus de résultat d’ailleurs que la première. Cf. The History of New-Hampshire, par Jeremy Belknap, D. D. — édition de John Fariner, vol. I (Dover, Stevens & Ela & Wadleigh, 1831.) — New-Hampshire as a Royal Province, par Wiliam Henry Fry (New-York, 1908.) — Aussi Military History of New-Hampshire, par C. E. Potter. {Concord, McFarland & Jenks, 1866,) page 28 et seq.
  41. . Pour cette dernière expédition qui fixa à jamais le sort de Port-Royal, le New-Hampshire avait fourni un contingent de 100 hommes de troupes. Ce fut encore Shadrach Walton, de New Castle, qui le commanda. L’armée s’embarqua à Boston le 18 septembre et arriva devant Port-Royal le 24. Après la capitulation, le nom de Port-Royal fut définitivement changé en celui d’Annapolis, en l’honneur de la reine Anne. Le général Nicholson, qui avait présidé à cet événement si malheureux pour les Acadiens, nomma comme gouverneur de la place son ami le capitaine Samuel Vetch. Nicholson avait autrefois exercé la fonction de lieutenant-gouverneur de la Virginie. Cf. Military History of N.-H., loc. cit..
  42. a et b Ces mots sont extraits d’un mémoire que d’Avaugour présenta au ministre Colbert le 4 août 1663.
    Pierre du Bois, baron d’Avaugour, succéda à M. d’Argenson comme gouverneur et lieutenant-général de la Nouvelle-France, en 1661. C’était « un homme de résolution et d’une grande droiture, dit Charlevoix ; mais il s’en picquait trop et ne savait pas se replier. » Il avait fait la guerre en Hongrie avec grande distinction. D’Avaugour fut relevé de ses fonctions et remplacé par M. de Mésy, en 1663. Il parut fort content de son rappel qu’il avait demandé lui-même, et rentra bientôt après dans le service de l’Empereur contre les Turcs et fut tué l’année suivante en défendant avec beaucoup de gloire le Fort de Serin sur les frontières de la Croatie (1663.) — D’Avaugour eut des démêlés regrettables avec Mgr de Laval, au sujet de la traite de l’eau de vie. C’est sous son administration, le 5 février 1663, que se produisit, dans presque tout le Canada, une forte secousse de tremblement de terre, suivie de plusieurs autres plus faibles, qui se succédèrent à différents intervalles jusque vers le mois d’août ou de septembre. L’administration de d’Avaugour est remarquable par les innovations qu’elle opéra dans la colonie. C’est le 25 juillet 1663 qu’il se rembarqua pour la France. Il contribua beaucoup, par son énergie et par ses remontrances, à décider le Roi à établir au Canada un régime plus favorable ; il fit dissoudre la Compagnie de la Nouvelle-France ; l’acte de cession et d’abandon des Associés fut passé le 24 février 1663 et accepté au mois de mars suivant. D’Avaugour présenta à Colbert un Mémoire de la colonie de Québec, Plaisance, Gaspé et Cap-Breton, dans lequel il conseillait de s’établir fortement en Canada, à Québec surtout : d’envoyer trois mille soldats, choisis non seulement pour la guerre, mais aussi pour le travail, et de les coloniser sur des terres, etc. Ces paroles malheureusement ne furent pas écoutées avec toute l’attention qu’elles méritaient.
    Cf. Charlevoix. T. Il, liv. VIII. — Garneau, liv. III, c. I. Hist. de France. Tome VII, vol. I, liv. II, c. I. Ferland. Tome I, liv. III, c. Xlll. Le comte de Frontenac, par Henri Lorin. Introd. Erreur de référence : Balise <ref> non valide ; le nom « p97 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents les soldats du général Hill tandis que Nicholson avait concentré au Lac George des forces qui devaient assiéger Montréal. Le plan échoua complètement. Nicholson fut nommé plus tard commandant suprême de toutes les forces anglaises en Amérique, et lieutenant-général. Il avait une grande autorité sur les Indiens des cinq nations. Il occupa la position de gouverneur et commandant-en-chef de la Nouvelle-Écosse du 20 octobre 1712 jusqu’en août 1717, où il fut remplacé par le gouverneur Phillipps. Il visita à nouveau la Nouvelle-Écosse en 1714, sans y demeurer longtemps. En son absence, le commandement fut exercé par les colonels Hobby et Vetch et par Thomas Caulfield, successivement lieutenants-gouverneurs du Fort.
  43. Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, né à Saint-Léger-de-Foucherets (Yonne) en 1633, mort à Paris, en 1707. En 1651, Vauban rejoignit un gentilhomme de sa paroisse qui servait dans l’armée de Condé et qui l’incorpora dans sa compagnie. Ses connaissances le firent bientôt attacher au service des fortifications. Fait prisonnier par les troupes royales en 1653, Mazarin le gagna à la cause du roi. En 1655, reçut le brevet d’ingénieur du roi, et de 1655 à 1659, prit une part active à la guerre de Flandre. En 1667, dirigea les sièges de Douai, Tournai, Lille, Dôle. Devint collaborateur assidu de Louvois et de Colbert. En 1673, dirige le siège de Maëstricht, qu’il oblige à capituler. En 1674, il prend sous les yeux du roi Besançon et Dôle. Nommé brigadier et maréchal de camp en 1676. En 1678, devient commissaire général des fortifications et entoure la France, de Dunkerque aux Pyrénées Orientales, d’une admirable ceinture de forteresses. En 1683 il prend Luxembourg. Nommé maréchal de France en 1703 et chevalier des ordres du roi en 1705. C’est le plus grand ingénieur militaire qu’ait eu la France. Il a aimé le peuple d’un amour profond, et l’un des premiers il a revendiqué l’égalité de l’impôt pour tous les citoyens. Ses principaux ouvrages sont : La Dîme Royale (1707) ; Traité de l’attaque et de la défense des places (1739) ; Essai sur les fortifications (1749) ; Traité de la culture des forêts, etc. — L’on disait : « Ville assiégée par Vauban, ville prise. » « Ville défendue par Vauban, ville imprenable »
  44. a et b Jean Bochart-Noray, chevalier de Champigny, cinquième intendant de la Nouvelle-France (1686-1702,) avait succédé à de Meulles. C’est lui qui attira les Iroquois dans un guet-apens qui fut désapprouvé hautement dans la colonie, comme un attentat au droit des gens. Cf. Garneau. Livre IX, e. III. Erreur de référence : Balise <ref> non valide ; le nom « p98 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents Capture of Annapolis, publié dans Report and Collections of the N. S. H. S. for the year 1878. Vol. I. Halifax 1879.
  45. Qu’il nous soit permis de contrôler et de rectifier ces données d’après des statistiques dont la précision et l’exactitude ne souffrent pas de doute : La Compagnie de la Virginie, qui succédait à la Compagnie de Londres, fut incorporée en 1608. En 1610, Thomas Dale débarqua sur les bords de la James River, avec 300 individus qu’il avait ramassés dans les bas-fonds de Londres. En 1611, 300 autres colons arrivèrent avec John Gates. En 1614, la colonie reçut plus de 1,200 personnes. En 1624, lorsque la charte de la compagnie fut abolie par l’autorité royale, la population de la Virginie n’était que d’environ 3,000 âmes ; quatorze ans plus tard, en 1638, elle s’élevait à plus de 7,000. En 1665, la population totale de la Virginie était d’environ 35,000 âmes… jusqu’en 1654, le mouvement de la population a été irrégulier et sujet à beaucoup de fluctuations : à partir de cette date jusqu’à la guerre de l’Indépendance, la Virginie a doublé le nombre de ses habitants tous les vingt-sept ans… Plusieurs milliers d’Ecossais s’étaient établis en Virginie après la révolution de 1715… Le nombre des pèlerins du Mayflower qui débarquèrent dans la baie de Plymouth, le 20 novembre 1620, ne dépassait pas 102. En 1628, deux cents émigrants anglo-saxons, sous la conduite de Endicott, s’établirent à Salem ; deux cents autres se joignirent à ceux-ci l’année suivante. En 1630, John Winthrop, avec 900 colons, jeta les fondements du Massachusetts… En 1635, les colonies de l’Est comptaient 21,200 habitants, elles en comptaient 32,000 en 1643. À partir de cette date, l’immigration de la Grande Bretagne fut fort peu nombreuse… Les provinces se peuplèrent par le seul développement naturel de la population primitive venue d’Angleterre et que les historiens évaluent généralement à 20,000 âmes. Cf. Edmond de Nevers. L’Âme américaine. Tome I. — Première Partie, passim. (Paris. Jouve et Boyer. 1900) L’on sait que cet ouvrage, pour la sûreté de sa documentation, puisée aux sources, est absolument digne de foi.
  46. Cf. History of Louisiana, by Alcée Fortier, in four volumes. Volume I. Early Explorers and the Domination of the French, 1512-1768. (Goupil & Co. Paris. Manzi & Co. Suce. New-York, 1904.) .
  47. Dans la Revue des Deux-Mondes du 1er mai 1914, page 135 et suiv. ; le comte Rodolphe Apponyi, qui fut secrétaire de l’ambassade d’Autriche sous la Monarchie de Juillet, décrit dans son Journal, la visite qu’il fit en octobre et novembre 1836, à Chatsworth, pour répondre à une invitation du duc de Devonshire. Et comme dit très bien M. Ernest Daudet, en note de ces pages, « le récit qu’il fait de son séjour chez son richissime amphitryon nous apprend ce qu’était, il y a soixante-quatorze ans, la vie que menait dans ses terres un grand seigneur anglais. » Il y a là une foule de détails qui illustrent la thèse de l’auteur d’Acadie. Nous citerons le passage suivant : « Le duc de Devonshire, lady Granville et lady Carlisle. ses sœurs, toute sa famille enfin, sont affreusement whigs ; avec cela, ils tiennent pourtant à tous les avantages qu’ils doivent à leur naissance, tels que le rang qu’ils occupent dans le monde, leur fortune, leurs titres, etc., ils sont donc whigs non par principe, mais par vanité, pour se faire adorer à la manière anglaise, c’est-à-dire pour être applaudis lorsqu’ils se montrent en public, pour être à la tête du parti qui a la majorité dans leur province, pour qu’un membre de leur famille soit élu membre du Parlement, et quelquefois par faiblesse ou par peur. Sans cela, comment expliquer cette manie de tenir à un parti qui n’a d’autre but que de leur prendre ce à quoi ils tiennent le plus au monde : rang, fortune, pouvoirs ? » — (p. 138.)
  48. L’auteur mêle ici des souvenirs historiques que nous devons remettre à leur place. D’abord Louis XIV n’a très probablement jamais dit la fameuse parole : « l’Etat, c’est moi ! » Cette formule a été inférée de la réponse qu’il fit un jour à ses courtisans. Mazarin venait de mourir. « On était si loin d’espérer d’être gouverné par son Souverain, que de tous ceux qui avaient travaillé jusqu’alors avec le premier Ministre, il n’y en eut aucun qui demandât au Roi quand il voudrait les entendre. Ils lui demandèrent tous : À qui nous adresserons-nous ? Et Louis XIV leur répondit : À moi. — On fut encore plus surpris de le voir persévérer… Sa résolution prise une fois, il la maintint jusqu’au dernier moment de sa vie… » Voltaire. Siècle de Louis XIV, ch. VII, p. 229 de l’édition de Genève, 1769. Tome 11 des Œuv. complètes. — « Louis XIV — et cela est visible dès ses premières paroles et dès ses premiers gestes — met simplement en lui-même le principe et la fin des choses. Il savait probablement en gros les longues théories savantes écrites par les gens d’Eglise et les gens de loi sur l’excellence du pouvoir royal, mais il n’avait que faire de cette érudition. Il croyait en lui-même par un acte de foi. S’il a prononcé la parole : « L’Etat, c’est moi », il a voulu dire tout bonnement : « Moi, Louis, qui vous parle. » Ce « moi » qui domina tout un siècle et lui donna sa marque, est le produit d’une longue histoire… » Hist. de France, de Lavisse. Tome VII, le p. par Lavisse. Livre II, c. I, par. III. Le « moi » du Roi. Quant à l’incident dont notre texte fait mention : « Louis XIV entrant botté et éperonné, etc., » voici d’abord le témoignage de Voltaire : « Il n’y eut qu’une occasion où ceux qui savent juger de loin prévirent ce qu’il (Louis XIV) devait être ; ce fut lorsqu’en 1655, après l’extinction des guerres civiles, après sa première campagne et son sacre, le Parlement voulut encore s ’assembler au sujet de quelques édits ; le Roi partit de Vincennes en habit de chasse, suivi de toute sa Cour, entra au Parlement en grosses bottes et le fouet à la main, et prononça ces propres mots : « On sait les malheurs qu’ont produit vos assemblées. J’ordonne qu’on cesse celles qui sont commencées sur mes édits. Monsieur le Président, je vous défends de souffrir des assemblées, et à pas un de vous de les demander. » Loc. cit., c. 25e p. 443. Mais voici qui contrôle et qui corrige le récit de Voltaire : « Le Parlement ne se résigna pas tout de suite (après la Fronde) à l’aveu de sa défaite. Il n’est pas vrai qu’il ait été terrassé par un geste et par un mot du Roi, dans la séance du 13 avril 1665. On connaît la légende de cette journée : le Roi apprend à Vincennes que le Parlement va délibérer sur des édits qui avaient été enregistrés en sa présence ; il accourt au Palais en tenue de chasse, le fouet à la main, gronde, menace, et comme le premier Président Pompone de Bellièvre invoque l’intérêt de l’Etat, il réplique : « L’Etat, c’est moi. » — Le Roi n’était pas capable d’une brutale inconvenance. La nouveauté de sa visite, c’est qu’il se présenta en tenue familière et défendit les délibérations sans observer les formes accoutumées. Aussi le Parlement envoya-t-il à Vincennes une députation se plaindre que Sa Majesté eût procédé « d’une façon étrange et fort éloignée de celle de ses prédécesseurs ». La députation fut très bien reçue, même le Parlement continua l’examen des édits, et Mazarin, après l’avoir menacé du « dernier orage, » céda sur quelques points. Encore à la fin de mai, les chambres s’assemblèrent et décidèrent qu’il serait fait des remontrances, qu’elles ne firent pas, il est vrai. »
    Ernest Lavisse, loc. cit. Liv. I, c. Il, par. VI, page 63.
    Quant au mot prêté à Louis XV, l’histoire ne dit pas que ce monarque l’ait prononcé ni surtout inventé. On l’attribue plutôt à Madame de Pompadour. C’est peut-être un proverbe vieux comme le monde. Mais il peint bien la mentalité qui a caractérisé le triste règne de Louis XV. Les historiens les plus sérieux nous parlent de « l’indifférence » de ce roi à l’égard des questions qui intéressaient le plus l’avenir de la France.
  49. Thomas Babington, lord Macaulay, né à Rothley-Temple, en 1800, mort à Holly-Lodge, en 1859. Il est surtout célèbre par son Histoire d’Angleterre (1848) qui resta inachevée, mais qui, néanmoins, est un admirable monument. Il y déploie son érudition avec une aisance et une vigueur parfaites. Les autres écrits de Macaulay, en particulier ses Essais, sont aussi d’une lecture extrêmement attachante. Le style de cet auteur a une harmonie, une richesse d’images, qui l’apparente à celui de Chateaubriand. Richard emprunte à Macaulay (cf. Tome II de son Histoire d’Angleterre, ad finem,) le sens général des belles considérations qu’il développe ici.
  50. Il peut être vrai que les Anglais du Canada ont une mentalité assez conforme à la mentalité britannique. Le mouvement impérialiste, qui s’est accentué ces dernières années, a d’ailleurs pour but de créer des liens plus étroits entre cette colonie et l’Angleterre et d’assurer à celle-ci une domination plus grande, non seulement dans l’ordre politique, mais encore dans l’ordre des aspirations et des idées. Cependant, le mouvement nationaliste n’est pas sans exercer une réelle influence surtout chez les Anglais de l’Ouest du Canada. Quant aux Etats-Unis, l’anglais y est la langue du plus grand nombre, mais c’est un anglais qu’en Angleterre l’on trouverait de qualité plutôt médiocre. Quelque jugement que l’on porte là-dessus, une chose est certaine, c’est qu’il n’y a plus de similitude entre la mentalité américaine et la mentalité anglaise. Prétendre que les Américains se modèlent le moins du monde d’après les idées britanniques est une chimère.
  51. Etudiant les origines du Pessimisme de LaRochefoucauld, M. R. Grandsaignes d’Hauterive assigne comme l’une des causes de ce pessimisme l’état où était tombée la noblesse française sous un Roi absolu : « … LaRochefoucauld appartient à cette noblesse encore féodale de la première moitié du dix-septième siècle, qui précéda l’ère de l’aristocratie domestiquée et disciplinée. Cette noblesse avait conservé des siècles passés son idéal à la fois individuel et chevaleresque… Sans nul doute, LaRochefoucauld a hérité de cet idéal individualiste et en même temps chevaleresque que l’on retrouve chez ses pairs. Il est un peu, par certains côtés, de la famille de Don Quichotte. C’est un Don Quichotte de France, très sensé, très maître de lui, assez mélancolique, qui a le sens affiné du ridicule et qui ne craint rien tant que lui. Ils apparaissent tous deux à la même époque, et y apportent des sentiments qui sont déjà d’un autre âge. La société a changé, leur antique idéal chevaleresque y est sans écho : on ne le comprend plus. Tous les deux marquent la transition entre la noblesse de chevalerie et la noblesse de cour : l’Espagnol, trop exalté pour voir la réalité, s’achemine vers la folie ; le Français la voit avec son esprit sensé et observateur, et aboutit au pessimisme des Maximes : « Le Livre des Maximes, dit très justement M. Bourdeau, pourrait servir d’épitaphe à la féodalité mourante… » LaRochefoucauld arrivait à une époque où les aspirations de la vieille noblesse féodale s’exaltaient aux rudes coups de la monarchie grandissante… » — Le Pessimisme de LaRochefoucauld, par R. Grandsaignes d’Hauterive. Paris, Armand Colin, 1914, e. II, p. 31, et seq.
  52. . La Révocation de l’Edit de Nantes fut-elle un bien ou un mal pour la France ? Nous n’avons pas à discuter la question ici. Ce qui nous paraît indubitable, c’est qu’il est fort heureux, pour l’ Acadie comme pour le Canada-Français, que le gouvernement n’ait pas laissé envahir ces colonies par les Huguenots. Ceux-ci n’eussent jamais été assez forts pour empêcher ce qui en effet a eu lieu, la cession de ces pays à l’Angleterre. Leur présence eut engendré des dissensions encore plus grandes que celles qui se sont produites : elle eut nui à cette merveilleuse conservation de la foi et de l’unité catholiques au sein de notre nationalité. Chanmplain a écrit à propos de l’expédition de de Monts en Acadie, expédition mélangée de catholiques et de Huguenots : « deux religions contraires ne font jamais grand fruit pour la gloire de Dieu parmi les infidèles que l’on veut convertir. » V. Ferland. Tome I, c. IV, p. 67. Dans ces pages, Richard suit de très près Rameau et lui emprunte idées et expressions. La citation suivante en fera foi : « …, la cour de France commença, dès le règne de Louis XIII, à exercer une funeste influence sur la noblesse ; attirés par le luxe, etc., les gentilshommes les plus intelligents et les plus entreprenants se concentrèrent de plus en plus autour du trône… la noblesse s’énerva, les promoteurs d’émigration devinrent rares et les colonies rencontrèrent peu d’appui et peu de ressources… Le courant religieux, qui revêtit en Angleterre un caractère de fanatisme rigide et d’exaltation puissante, aurait pu, sous d’autres formes, donner à la France des instruments utiles de colonisation : l’élément protestant eût volontiers alimenté une émigration libre ; tandis que les ordres religieux eussent pu, en d’autres contrées, fournir à la colonisation des cadres et une organisation vigoureuse. Si l’on eût voulu se servir de ces forces toutes préparées, si on leur eût seulement accordé une pleine liberté d’action, il n’est pas douteux, d’après les entreprises rudimentaires tentées par les Jésuites, par quelques communautés de femmes, et surtout d’après l’exemple des Sulpiciens de Montréal, que les ordres monastiques ne se fussent jetés, et même avec une grande ardeur, dans la carrière colonisatrice. Mais si l’on craignait de voir les Huguenots se constituer un centre, même hors de la France, on appréhendait tout autant de donner trop d’indépendance et de force aux ordres religieux ; on leur reprochait, dès cette époque, un grand esprit d’envahissement, et l’on redoutait, à tort ou à raison, de leur donner trop de puissance. C’est ainsi que, par une politique ombrageuse, on écarta, on répudia même, des éléments de colonisation d’une grande valeur ; on préféra ne rien faire et conserver sans émigrants, sans population, sans force, des établissements débiles et stérilisés.” Une colonie féodale en Amérique. Tome I, ch. VIII. Colonies françaises et colonies anglaises. « L’intention de la France du XVIIe siècle fut uniquement religieuse : amener des peuples à la connaissance de Dieu, les faire instruire dans la religion catholique, et peupler de chrétiens des pays nouveaux. C’est là ce que Champlain appelle : travailler pour la gloire du Christ. La conquête religieuse était son but idéal : les missionnaires furent ses ouvriers. À sa demande, des Pères Récollets et Jésuites arrivèrent de France, et les premiers chefs de famille qu’ils en amenèrent furent des hommes énergiques et pieux. » Prince de Beauvau-Craon. La Survivance française au Canada, 219-20. Paris. Emile-Paul frères, Editeurs, 100 Rue du Faubourg St-Honoré, 1914.
  53. La population de la Nouvelle Angleterre était en 1688 d’environ 75,000 âmes, et d’environ 320,000 en 1754. De Nevers, op. cit. Tome I, p. 65. Les Puritains.
  54. 33. Les historiens sont unanimes à dire que la France a tenu à honneur de n’envoyer au Canada et en Acadie que des colons fort respectables. Cette affirmation, qui repose sur d’incontestables documents, est très précieuse et très consolante pour nous. L’on ne saurait donner trop de relief à cette vérité que nos ancêtres furent des hommes d’honneur et que la source de laquelle nous descendons était d’une grande limpidité. Nous devons des actions de grâces à notre ancienne mère-patrie pour avoir veillé avec tant de sollicitude sur les origines de notre race. « C’est qu’ils étaient (les premiers colons canadiens) d’excellente race. » M. Barrés. Préface à l’ouv. du Prince de Beauvau-Craon, sur La Survivance française au Canada. Paris. Emile-Paul, 1914, p. V-VI.
  55. . C’est en 1608 que ces dissidents émigrèrent en Hollande où ils vécurent à Amsterdam et à Leyde. Ils vinrent en Amérique en 1620
  56. V. Rameau, loc. cit. p. 285 : « Les Puritains furent conduits dans la N.-A. par les mobiles les plus élevés… ils possédaient une moralité supérieure, etc. » Le nombre des “Pèlerins” qui débarquèrent dans la baie de Plymoutli ne dépassait pas 102, et sur ce nombre, d’après les documents les plus dignes de foi, déjà au mois de mars suivant, 44 avaient succombé au froid et aux privations. On leur attribue généralement une influence plus grande que celle qu’ils ont réellement exercée sur les destinées de la Nouvelle-Angleterre ; mais les circonstances qui ont accompagné le départ et l’arrivée du Mayflower, les engagements solennels par lesquels les “Pèlerins” se sont liés “en présence de Dieu” donnent à la première page de l’histoire des colonies anglaises dans l’Est de l’Amérique, un cachet romanesque qui lui manquerait autrement. Un petit groupe d’une centaine d’individus, égaux entre eux, sans chef reconnu, sans autre richesse que leur énergie et leur foi en la Providence, allant à mille lieues de la mère-patrie jeter les fondements d’un Etat, ce fait sans doute est unique dans les annales de l’humanité. De Nevers, loc. cit. T. I, p. 63. — V. aussi, pp. 65 et sq., un “Portrait”, dessiné de main de maître, du caractère puritain. — Nous avons cité ce portrait si achevé dans notre étude sur Edmond de Nevers. Voir nos Essais et Conférences, p. 214.
  57. Les membres de la Compagnie de Virginie, en majorité des marchands de Londres et des spéculateurs, avec quelques hauts fonctionnaires, tenaient surtout à ce que l’affaire fut de bon rapport… La Virginie ne fut, selon l’expression des écrivains du temps, « ni une plantation religieuse, ni une plantation politique mais une plantation commerciale ». La plupart des ouvriers qui y furent amenés appartenaient à la classe des vagabonds et des indigents de Londres, des prisonniers pour dettes et des repris de justice. — Id. Ibid. p. 19.
  58. « The emigrants of the last arrival were dissolute gallants, packed off to escape worse destinies at home, broken tradesmen, gentlemen impoverished in spirit and fortune ; rakes and libertines, men more fitted to corrupt than to found a commonwealth. »

    History of the Colonization of the United States, by George Bancroft. Vol. I, 15th edit., Boston, Little, Brown and Co., 1855, ch. IV, p. 138. Colonization of Virginia.

    George Bancroft, historien et homme politique, naquit à Worcester (Mass.) le 3 octobre  1800. Prit ses degrés à l’Université Harvard en 1817. Alla ensuite étudier dans les Universités allemandes, reçut à Gottingen, en 1820, le degré de Ph. D. Dès 1823, se mit à recueillir des matériaux pour son Histoire des États-Unis, dont le premier volume parut en 1834, et le neuvième en 1866. Bancroft a joué un rôle assez important dans la politique de son pays : de 1838 à 1841, il fut receveur de la ville de Boston ; en 1845, il fut ministre de la marine dans le cabinet Polks, et, comme tel, créa l’école navale d’Annapolis. De 1846 à 1849, il fut ministre plénipotentiaire en Grande-Bretagne ; en 1867, il remplit les mêmes fonctions en Prusse. En 1849, il avait reçu le titre de Docteur-en-Droit de l′Université d’Oxford. George Bancroft mourut à Washington, le 17 janvier 1891.

  59. 38.{{lang|eng| « During the year that Sandy’s held office, he sent to Virginia 1200 immigrants, twice as many as there were inhabitants in the colony when he became treasurer. Among them were 90 young women “ pure and uncorrupt ”, who were disposed of for the cost of tlieir passage, as wives to the planters. The price of a wife was one hundred pounds of tobacco, worth then about 75 dollars. But half as much more was obtained for those of a second cargo sent out a year or two after. There were other immigrants of a sort less desirable. By the King’s spécial order, one hundred dissolute vagabonds, the sweepings of the prison, familiary known among the colonists as “jail-birds”, were sent to Virginia to be sold as servants, — a practice long continued as a regular item of British criminal jurisprudence, in spite of the repeated complaints of the colonists and their efforts to prevent it. By the free consent and co-operation of the colonists themselves, another and still more objecttionable species of the population was introduced into Virginia, not without still enduring and disastrous effects upon the social condition of the United States. Twenty negroes, brought to Jamestown by a Dutch trading vessel, and purchased by the colonists, were held, not as intended servants for a terni of years, but as slaves for life.» The History of the United States of America, by Richard Hildreth, vol. I, ch. IV. Settlement of Virginia, pp. 119-20. (New York, Harper & Brothers, Publishers, 329-331, Pearl Str., Franklin Square, 1854). Richard Hildreth est né à Deerfield (Mass.,) en 1807. Il prit ses degrés à Harvard en 1826. Il fut admis au barreau de Boston en 1830. Il a publié plusieurs ouvrages et collaboré à plusieurs revues. En 1840 parût son Despotism in America. En 1849, parurent les trois premiers volumes de son History of the United States of America ; en 1851, deux autres, et le sixième et dernier fut publié en 1852. En 1861, Richard Hildreth fut nommé consul des Etats-Unis à Trieste ; mais sa mauvaise santé ne lui permit pas d’occuper ce poste bien longtemps. Il dut donner sa démission et mourût à Florence le 11 juillet 1865.
  60. . “So usual was this manner of dealing in Englishmen, that not Scots only, who were taken in the field of Dunbar, were sent into involuntary servitude in New England, but the royalist prisoners of the battle of Worcester, and the leaders in the insurrection of Penruddoc, in spite of the remontrance of Haselrig and Henry Vane, were shipped to America. At the corresponding period in Ireland, the crowded exportation of Irish catholics was a frequent event, and was attended by aggravations hardly inferior to the usual atrocities of the African slave trade. In 1685, when nearly a thousand of the prisoners, condemned for participating in the insurrection of Monmouth, were sentenced to transportation, men of influence at court, with rival importunity, scrambled for the convicted insurgents as a inerchantable opportunity.» George Bancroft, loc. cit., c. V. SlaveryDissolution of the London Company, pp. 175-76. Rameau, loc. cit. c. VII. Colonies françaises et anglaises, p. 286 et sq.
  61. . Il va sans dire que nous laissons à l’auteur d’Acadie la responsabilité absolue de l’opinion qu’il émet ici, laquelle est contredite par l’expérience des peuples et tout à fait opposée à la thèse soutenue par Rameau : « …la colonisation anglaise, qui jusque-là avait donné d’excellents résultats comme moralité, prit un tout autre caractère » … “ Un… résultat… de cette vicieuse . immigration fut d’altérer la virilité, les qualités sociales et le caractère de haute moralité que présentaient les colonies primitives ; cette société en devint moins forte, moins intelligente, moins propice aux grandes choses.» — Loc. cit. p. 290. Donc l’Angleterre s’est trompée en vidant ses prisons pour renforcer la population de ses jeunes colonies d’Amérique. Ce fait même est odieux : la manière dont il a été exécuté, les circonstances qui l’ont entouré, l’ont rendu plus détestable encore et plus fatal. Mais, de quelque façon que l’on s’y fût pris d’ailleurs, il n’y avait rien de bon à attendre d’une émigration pareille.
  62. . Rameau, même ouvrage, même chapitre, p. 291.
  63. « Champlain visitait les grands lacs avant qu’aucun anglais eut songé à perdre de vue le rivage de la mer ; en 1660, nos traitants de pelleteries et les coureurs de bois, parcouraient déjà tous les ans, et en grand nombre, ces contrées reculées ; en 1680, ils exploraient en amont et en aval la vallée du Mississipi, et ils établissaient partout des postes de commerce dont la série échelonnée finit par relier le Canada et la Louisiane… En 1740, alors que l’intérieur de ce vaste continent était presque inconnu des anglo-américains, les Canadiens avaient fondé, depuis 40, 50, et 60 ans, des colonies jusqu’à quatre cents lieues de la mer ; telles étaient Frontenac, Détroit, Micliillimakinae, la Baie Verte, Vincennes, et les colonies si curieuses et si peu connues de l’Illinois, qui datent de 1680, et dont les premiers registres de baptême et de mariage sont de 1695.» Rameau, loc. cit. p. 295.. Telles étaient leur activité et leur hardiesse
  64. 43. Ibid., p. 301.
  65. « Déjà vaincus par les Canadiens, en 1690, les Anglais réunirent, pour attaquer l’Acadie de 1705 à 1707, trois années successives qui furent battues ; puis une quatrième en 1710, laquelle ne put être victorieuse qu’en enrôlant deux fois plus de soldats que le pays ne contenait d’habitants… Enfin, on vit se renouveler le phénomène singulier que présenta, en 1710, la conquête de l’Acadie… La petite armée des Français, décimée par quatre années de victoires, ne recevant aucun renfort de la Métropole, réduite à cinq ou six mille hommes, fut attaquée par soixante-dix mille soldats… Pendant soixante ans, un petit peuple dont la population a varié de 18,000 à 70,000 âmes, a pu résister à l’ambition ardente et à la haine acharnée d’une nation qui, dans les mêmes temps, comptait de 260,000 à 1,200,000 habitants ! » Rameau, op. cit. p. 299-300.
  66. Journal of Colonel Nicholson at the capture of Annapolis 1710, dans les Report and Collections of the N. S. H. S. for the year 1878, vol. I., pp. 59 et seq. — Le traité de capitulation est à la page 82, et est suivi de la note : « The general declared that within cannon shot of Port Royal in the 5th art. above said is to be understood three english miles around the Fort to be Annapolis Royal and the inhabitants within the said three miles to have the benefit of that article. Which persons male and female comprehended in the said article, according to a list of their names given into the general by Mr. Allen amounts to 487 persons. »

    Ferland a dit, Hist. du Canada, vol. 2, c. 25, p. 377 : « la capitulation de Port-Royal avait été faite en des termes si équivoques que les signataires ne la comprenaient pas de la même manière. » — Le texte anglais est comme suit : « That the inhabitants within cannon shot of Port-Royal, shall remain upon their estates, with their corn, cattle, and furniture, during two years, in case they are not desirous to go before ; they taking the oath of allegiance and fidelity to her Sacred Majesty of Great Britain. » — Rameau l’a traduit ainsi : « Les habitants qui demeurent dans le rayon de Port-Royal auront le droit de conserver leurs héritages, récoltes, bestiaux et meubles, en prêtant le serment d’allégeance ; s’ils s’y refusent, ils auront deux ans pour vendre leurs propriétés et se retirer dans un autre pays. » I, p. 353. — Le texte original français, que nous avons trouvé aux Archives d’Ottawa, est plus clair que l’anglais, et que la traduction de Rameau.

    « Il n’était question dans les articles de la capitulation que de Port-Royal avec le territoire sous son canon. » — Gameau, Liv. VI, c. II, p. 472.

    « Cependant la capitulation de Port-Royal n’avait pas été conçue de manière à prévenir toute équivoque… peu de temps après l’évacuation de la place, MM. Nicholson et de Subercase envoyèrent au marquis de Vaudreuil l’un le major Levingston, et l’autre le baron de S. Castin, pour lui faire part des articles dont ils étaient convenus ; mais le premier les entendant à sa manière déclara au général François que, suivant le Traité, tout le pays, excepté ce qui était à la portée du canon du Fort du Port-Royal, et qui seul était compris dans la capitulation, demeurait à sa discrétion, aussi bien que les habitants. » — Charlevoix, T. IV, liv. XIX, p. 67.

  67. Haliburton dit ceci : « The prisoners, amounting to 258 soldiers, with their officers and the principal inhabitants, in all 481 persons, were transported to Rochelle. » vol. I p. 37. Rameau donne un chiffre moindre : « 252 personnes. ». Loc. cit. p. 355.
  68. Entre autres Haliburton. Vol. I, p. 88 : « Col. Vetch immediately dispatched Col. Livingston to Canada to inform the Governor-General that Acadia had fallen into the hands of the English ; that the inhabitants thereof were prisoners at discretion (except those within gun-shot of Port-Royal)… — Comment Vetch a-t-il pu affirmer une pareille chose, en contradiction si formelle avec l’interprétation que Nicholson lui-même avait donnée de l’art. 5 du traité de capitulation ?
  69. La flotte de l’amiral Walker, composée de 88 bâtiments de guerre et de transport, fit voile pour Québec, de Boston, le 30 juillet 1711. Nicholson s’ébranla de son côté et s’avança avec 2 300 miliciens et Iroquois pour l’attaque contre Montréal par le lac Champlain. Rendu au lac Saint-Sacrement (lac George) il s’arrêta et attendit l’arrivée de Walker devant Québec. Dans la nuit du 22 août, alors que les vaisseaux avaient passé l’île d’Anticosti, un gros vent s’éleva, accompagné d’une brume épaisse. Bientôt la flotte se trouva au milieu d’îles et d’écueils. Dix des vaisseaux se brisèrent sur l’île aux Œufs, l’une des Sept-Iles, et environ 940 hommes et femmes, y compris les officiers, soldats et matelots périrent sur les 1240 personnes qu’ils portaient. Après ce désastre, Walker retourna en arrière et alla jeter l’ancre dans la baie des Espagnols (Sydney), au Cap-Breton. En chemin, 3 autres transports et une frégate se perdirent dans le golfe. La résolution fut prise à l’unanimité d’abandonner l’entreprise sur Québec. Les Américains furent débarqués à Boston, et la flotte cingla vers Portsmouth, où, peu après son retour, le vaisseau amiral, The Edgar, de 70 canons, sauta avec 400 hommes d’équipage et un grand nombre de personnes qui étaient allées à bord visiter leurs amis. — Sur la flotte de Walker avaient pris place un bataillon de soldats de marine et sept régiments de vétérans de Marlborough, sous les ordres du brigadier général .John Hill.—Garneau, T. I, liv. VI, e. II, p. 474 et seq.
  70. « (M. de Vaudreuil) nomma par provision, et jusqu’à ce qu’il eût reçu les ordres qu’il avait demandés à la Cour, le Baron de Saint-Castin, qui commandait déjà à Pentagoët, son lieutenant en Acadie, et lui envoya des instructions, pour maintenir les sujets du Roy, qui étaient restés en ce pays, dans l’obéissance due à Sa Majesté.» Charlevoix. Liv. XIX, p. 69. Le Baron de Saint-Castin était un gentilhomme d’Obéron, dans le Béarn. Il avait été officier dans le régiment de Carignan. Il avait épousé une indienne, et s’était mis à vivre la vie des sauvages et avait appris leur langue : aussi son influence sur eux était très grande. Les Abénaquis l’avaient choisi comme leur grand chef. Saint-Castin eut plusieurs filles qui toutes épousèrent des Français et qu’il dota richement, car il avait acquis, par la vente des pelleteries que les sauvages ses “compatriotes” lui avaient données en échange d’autres objets qui leur étaient plus utiles, une fortune évaluée à deux ou trois cent mille couronnes. — La Hontan, cité par Haliburton, vol. I, p. 75, ad calcem.
  71. Rameau, loc. cit. Tome II, pp.  4-5. — Haliburton, sans rapporter l’incident de l’embuscade, dit ceci : “This hostile disposition of the French settlers induced the officer commanding at Port-Royal, to apprehend the Priest and five of the most respectable inhabitants of the district, as hostages for the good behaviour of their countrymen, who were informed that, upon any similar attempt, these prisoners should suffer military execution.” Vol. 1, p. 30. — Cette citation de Haliburton est dans le ms. de Richard et dans l’édition anglaise. Richard la fait précéder de la remarque suivante : « Haliburton donne une version toute différente de celle de Murdoch. Suivant lui, les arrestations opérées par le gouverneur anglais avaient eu pour but de retenir ces gens comme otages, et, par des menaces, d’empêcher les Acadiens qui ne se trouvaient pas compris dans la capitulation de commettre des hostilités. » — Et pourtant, c’était l’opinion de Haliburton que le traité de capitulation embrassait toute l’Acadie ! Il y a ici des contradictions que nous ne pouvons résoudre. Cf. Murdoch, vol. I, ch. XXXVII, p. 324.

    C’est nous qui avons introduit dans le texte la citation de Rameau. Le ms. original, à cet endroit encore, s’inspirant de cet auteur en le changeant un peu, il valait mieux donner la vraie rédaction. — Au sujet des prisonniers faits par Vetch, nous trouvons le renseignement suivant : “En janvier 1711, Vetch, gouverneur anglais d’Annapolis, fit enlever le curé du lieu, le Père Durand, pendant que celui-ci célébrait la Sainte Messe, et l’envoya prisonnier à Boston, avec cinq habitants dont l’un mourut au sortir de sa captivité.» Les anciens missionnaires de l’Acadie devant l’Histoire, par Ph.-F. Bourgeois, C. S. C. — Shédiac, N. B. Des presses du Moniteur Acadien, (S. D.) — L’ouvrage est de 1910, comme on le voit par la lettre d’approbation.

  72. Antoine Gaulin naquit en 1674, sur l’île d’Orléans, près Québec. Ses parents lui firent faire un cours d’études. Admis au Séminaire de Québec, il fut ordonné prêtre en décembre 1697. Après quelques mois d’exercice du saint ministère, il fut envoyé dans une mission de ce qu’on appelait alors la grande Acadie, laquelle comprenait même le Maine Américain d’aujourd’hui, à une station nommée Panaouské ou Pentagoët, (près de Belfast, Me.) Pentagoët ne fut pour l’abbé Gaulin qu’un pied-à-terre, car il lui fallait, disent les chroniques, visiter fréquemment une foule de petits postes habités par les blancs ou les Indiens disséminés le long de la mer ou dans l’intérieur des terres. Il lui fallait même parcourir de temps en temps toute la presqu’île de l’Acadie et traverser jusqu’au cap Breton, pour distribuer la parole évangélique aux tribus errantes de ces régions. L’abbé Gaulin a relaté lui-même le conflit qu’il eut avec M. de Villieu, agent de la Cie de Chédabouctou (Canseau), fonctionnaire dont l’âpreté au gain avait déjà été mal notée par le gouverneur de Villebon. De Villebon, dans un mémoire envoyé à la cour de France en 1697, s’était plaint que le sieur de Villieu ne couchait plus dans le fort de Naouat, (Sainte-Marie, en face de Frédéricton, N. B.), comme c’était son devoir, mais que, au contraire, il passait son temps à faire la traite avec les sauvages, à piller les soldats, et il priait la cour de “remettre le sieur de Villieu en règle”. L’abbé Gaulin a exposé ses griefs contre Villieu et s’est défendu de ses attaques dans une lettre à l’abbé Tremblay, grand-procureur des prêtres des Missions Etrangères, à Paris. — Les anciens missionnaires de l’Acadie devant l’Histoire, par Ph. F. Bourgeois, p. 26-27.

    Cf. au sujet de l’abbé Gaulin, Doc. sur l’Acadie, T. I. p. 190, et seq., — un document tiré des archives du ministère de la marine et des colonies, corresp. générale, année 1718, v. 3, F. 179. C’est une longue délibération du conseil de Régence concernant des réclamations à lui envoyées par l’abbé Gaulin. En voici des extraits qui se rapportent aux faits exposés à cet endroit de notre texte : “Le Sr Gaulin, prêtre du séminaire des Missions étrangères, missionnaire des sauvages de l’isle Royalle et côte de l’Acadie, Représente que… depuis la prise du fort Royalle ils (ses sauvages) ont continué à molester les anglois empêchant les habitans de leur fournir aucuns secours pour racomoder leur fort, et enfin n’étant que 42 leur tuèrent et firent prisonniers plus de 100 hommes de la garnison et plusieurs des principaux officiers, et auraient même repris le fort s’ils n’avaient pas manqué de munitions n’ayant que celles que le dit Gaulin leur fournissait. Le feu roi a parlé souvent avec éloge de cette action et a témoigné être content des services du dit sieur Gaulin qui passe sous silence tous les voyages qu’il a été obligé de faire à ses dépens tant à Plaisance pour demander du secours pour reprendre l’Acadie que dans toute l’étendue de cette colonie pour engager les françois et les sauvages à se délivrer de la domination anglaise… » Toute cette délibération est extrêmement favorable à l’abbé Gaulin qui y est appelé « brave homme ». Le conseil de Régence, avec l’approbation de S. A. R., décida de rembourser à l’abbé Gaulin les dépenses qu’il avait faites dans ses missions, etc.

  73. « Le 4e d’août 1711, M. de Vaudreuil reçut une lettre du P. Félix, Récollet, missionnaire en Acadie, qui mandoit que 40 sauvages, envoyés par le Baron de Saint-Castin, pour faire une irruption du côté de Port-Royal, après avoir défait un parti d’Anglois beaucoup plus nombreux, s’étaient joints à plusieurs François, avaient investi le Fort, où les principaux officiers et la plus grande partie de la garnison étaient morts pendant l’hyver, et qu’ils demandoient un prompt secours. Sur cet avis, le marquis d’Alogniés, commandant des troupes, fut nommé pour marcher en diligence de ce côté-là : le gouverneur général lui donna 12 officiers des plus braves et des plus expérimentés, et deux cents hommes choisis : tout cela fut prêt en deux jours ; mais dans le moment que ce secours allait se mettre en marche, des nouvelles que l’on reçut de Plaisance obligèrent M. de Vaudreuil à contremander le marquis d’Alognies.» — Charlevoix, liv. XIX, p. 73-74.

    « Malheureusement, on voulut attendre le canon et les officiers que l’abbé Gaulin avait été demander à Plaisance. Ce retard perdit tout. Dans l’intervalle, des renforts arrivèrent de Boston, tandis que le corsaire Morpain, parti de Plaisance avec les canons, ayant été rencontré par des navires anglais, succombait dans un combat héroïque, mais inégal, qui dura trois heures.» — Rameau loc. cit. Tome II, c. X, p. 6.

  74. René Damours, sieur de Clignancourt, naquit, le 9 août 1662, probablement à Québec, quatrième fils issu du mariage (30 août 1752) de Mathieu Damours, seigneur Des Chaufours, et de Marie Marsolet. Fondateur de la lignée au Canada, Mathieu était le fils de Louis Damours, conseiller du Roi en son château de Paris, et d’Elizabeth Tessier de St-Paul, de Paris. Son frère Gabriel Damours, était, en 1664, aumônier du roi pendant que le cadet Pierre Damours devenait maréchal de France, la même année.

    René Damours épousa, le 13 octobre 1689, à Québec, Françoise Charlotte Le Gardeur, (née en 1670). Il dut peu de temps après se transporter en Acadie, car nous le trouvons en 1693, établi sur la rivière St-Jean, avec sa femme et son enfant de deux ans. Il y fut attiré par la présence de ses deux frères aînés, Louis Damours, sieur des Chaufours, et Mathieu Damours, sieur de Freneuse. Le premier occupait la seigneurie de Jemsec et le second, la seigneurie de Freneuse, sur la rivière St-Jean.

    En 1695, René est devenu seigneur de Medoctec, (un affluent de la rivière St-Jean). Le recensement énumère ainsi ses biens : femme, 2 enfants, 2 valets, servante, 1 maison et 1 hangar, 3 bêtes à cornes, 12 cochons, 60 volailles, 3 fusils, 1 épée. Il a recueili 80 minots de blé d ’inde, 16 minots de pois et 3 minots de fèves.

    Deux frères cadets passèrent aussi du Canada en Acadie. Bernard, jeune oflicier de 28 ans, épousa en 1698 Jeanne LeBorgne et s’établit à Port-Royal, tandis que Charles, veuf de sa première femme, épousa la même année, Anne Marie Thibodeau, et fixa sa résidence sur la rivière St-Jean. En novembre 1710, René Damours fut délégué par les Acadiens auprès de M. de Vaudreuil, gouverneur du Canada.

    René Damours laissa sept enfants. Damours et ses frères, surtout Mathieu, étaient de grands coureurs de bois. D’après Hannay, ils quittèrent le Canada pour l’Acadie après avoir été pris en flagrant délit de contravention aux lois sur la traite des pelleteries. En Acadie, ils continuèrent à se livrer à leur métier et devinrent chefs actifs de partis indiens. Ils se distinguèrent dans la guerre contre les Anglais et combattirent sous M. de Villebon.

  75. A. C. Amérique du Nord. Acadie. Corresp. générale, 1709, 1711, F. 122. — Lettre escrite par les principaux habitons du Port-Royal à Monsieur le marquis de Vaudreuil en datte du 13 novembre 1710.
  76. L’ouverture du congrès d’Utrecht eut lieu le 29 janvier 1712. Louis XIV y avait envoyé comme plénipotentiaires le maréchal d’Huxelles, l’abbé de Polignac et Mesnager. Strafford, et le docteur Robinson, évêque de Bristol, représentaient l’Angleterre ; Buys, van der Dussen et cinq autres députés, les États Généraux. Les conférences furent suspendues au début d’avril 1712. Malgré la rupture des conférences la conversation continua entre Anglais et Français. En novembre 1712, les plénipotentiaires français et hollandais reprirent les conférences en présence des représentants de l’Angleterre. En ce qui concerne les territoires américains, Louis XIV avait promis à la Grande-Bretagne la restitution de la baie d’Hudson, la cession de Terreneuve et de l’Acadie, c’est-à-dire des avant-postes du Canada-Français. Mais les Anglais désiraient se faire donner encore des îlots voisins de la Grande Île, restreindre la pêche française sur la côte du « Petit-Nord » de Terreneuve, partager avec la France l’île du Cap-Breton. Sur tous ces points, les Français marchandèrent, chicanèrent, se conduisirent, dit Bolingbroke « comme des claincaliers ou même comme de véritables procureurs ». Bolingbroke comprit que, pour terminer, il fallait céder sur quelque chose, et il n’insista pas au sujet du Cap-Breton. De son côté, Louis XIV admit toutes les autres conditions. Hist. de France, de Lavisse. Tome VIII. Liv. II, c. III, p. 127 et sq. par M. de Saint-Léger.
  77. Voici le texte latin : « Dominus Rex Christianissimus… Dominæ Regiæ Magnæ Britanniæ litteras… tradentas curabit, quarum vigore…Novam Sco tiam… Sivc Acadiam totam, limitibus suis antiquis comprehensam, ut et Portas Regii urbem, mine Annapolim Rcgiam dictam, cceteraque omnia in istis regionibus quæ ab iisdem terris et insulis pendent… nunc cedit ac transfert Christianissimus… » « Le nom d’Acadie, joint à celui de Nouvelle-Ecosse, interprétait ce dernier terme, auquel la France ne pouvait donner aucune valeur, et ramenait à des idées positives l’idée vague pour elle et pour tous autres, qu’aurait présente le nom de Nouvelle-Ecosse, s’il eut été isolé… Toute la question entre les deux couronnes roule sur la différence des limites qu’elles mettent à l'Acadie. Celles que l’Angleterre établit n’ont jamais existé, ni anciennement ni récemment. Les limites de l’Acadie ancienne, constantes, reconnues par les Patentes des gouverneurs, et prouvées par le langage de tous les actes publics, ou par leur interprétation au tems de leur exécution, sont, dans la Péninsule, à l’Est, le Cap Canceau, et à l’Ouest le Cap Fourchu… Elles existent sur ce pié depuis que le mot d’Acadie existe. Les premiers navigateurs qui ont abordé à ces Côtes les ont trouvées toutes établies. Les Français qui s’y sont habitués les premiers, les ont conservées. C’est ce qu’attestent Denys, Lescarbot, Champlain, toutes les Relations. Les Nations Etrangères, les Géographes, les Écrivains de tout genre s’y sont conformés. Dans les cartes les plus récentes, et où l’usage vulgaire d’étendre les limites de l’Acadie a le plus prévalu, on voit des traces sensibles de la tradition, en ce que le mot est presque toujours renfermé dans la Péninsule, et que le plus souvent il ne fait qu’en côtoyer la partie Sud-Est. C’est donc cette partie Sud-Est, et en outre Port-Royal, que les François ont cédée aux Anglois, par le traité d’Utrecht… lors du traité d’Utrecht. l'Acadie, à cause des limites abusives qui lui étaient données dans l’usage vulgaire, aurait pu s’interpréter comme comprenant des possessions qui, avec cette Province, formaient un même gouvernement, et que la France n’entendait pas céder. Milord Bolingbroke qui prévoyait la résistance que le Roi de France apporterait à la proposition de céder l’Acadie dans l’étendue actuelle du gouvernement connu sous ce nom, demanda la cession de l’Acadie suivant ses anciennes limites, qui étaient beaucoup plus étroites et qui remplissaient également ses vues, la partie de la Péninsule qu’elles embrassent étant la plus utile de tous ces cantons… La Nouvelle-Ecosse du traité d’Utrecht et l’Acadie suivant ses anciennes limites, étaient, dans l’intention des Plénipotentiaires, une seule et même chose, ainsi qu’il appert par les termes du traité. »

    Cf. Conduite des François par rapport à la Nouvelle-Ecosse, etc., traduit de l’anglois, avec des notes d’un François, dans lesquelles il disculpe sa nation des imputations dont on la charge, etc… À Londres, chez les Frères Vaillant, 1755. Les passages plus haut sont tirés des notes 92, 110, 111, 120. Ouvrage de grande valeur pour la question qui nous occupe, puisque, d’un côté, l’auteur « expose la faiblesse des arguments dont ils (les François) se servent pour éluder la force du traité d’Utrecht et pour justifier leurs procédés illégitimes, tandis que, de l’autre, le François réfute, dans ses notes, les paralogismes de l’auteur anglois et ses fausses assertions, et établit péremptoirement les droits de la France sur les possessions qu’elle occupe dans l’Amérique Septentrionale. »

    Nous devons la communication de cet ouvrage, très précieux et très rare, à notre ami M. Louis-J. Jobin, de Boston, bibliophile aussi aimable qu’érudit.

  78. « Parmi ces clauses, (du traité d’Utrecht,) il s’en trouvait une qui avait été formulée avec l’indifférence ordinaire qui présidait aux stipulations ; elle était particulièrement destinée à fournir le moyen de recommencer la querelle entre les deux puissances contractantes. À peine le traité d’Utrecht eut-il été publié qu’on se demanda ce qu’il fallait entendre par la Nouvelle-Ecosse ou Acadie ; jamais on ne s’était donné la peine de définir clairement les limites de ce pays.» Ferland, loc. cit. vol. II, c. 26, p. 390.

    « L’article 10 du traité d’Utrecht portait que des commissaires seraient nommés pour le règlement des limites entre les colonies anglaises et françaises ; mais on négligea d’abord cette question importante qui fut plus tard l'’objet de négociations si longues et si infructueuses. L’Angleterre s’établit tant bien que mal dans la presqu’île acadienne…»

    Hist. de l'Acadie Française, de 1598 à 1755, par M. Moreau, ch. XXII, p.315. Paris, chez Léon Tèchener, Rue de l’Arbre-Sec, 52. — 1873.

  79. Pèlerinage au pays d’Evangéline, c. III, p. 41.
  80. Le texte anglais de cette lettre royale est aux Sélections from the Public Documents of Nova Scotia, edited by Thomas B. Akins, D. C. L. — Halifax, Charles Annand, Publisher, 1869, page 15, ad calcem. Casgrain ne la cite qu’en partie. Nous l’avons traduite intégralement.
  81. Queen Anne’s letter of 1713 extended the right (to remain upon their estates) to all the inhabitants of Acadia without limitation of time. N. S doc. p. 12.
  82. Et cependant, il y a un grand principe de droit qui est ainsi formulé : Favores sunt ampliandi. Si l’intention de la reine n’avait pas été de supprimer en quelque sorte ce délai en le passant sous silence et en n’en tenant aucun compte, sa lettre perd toute sa valeur ; elle n’est plus qu’une paraphrase de l’art.  14 du traité d’Utrecht et n’y ajoute rien d’essentiel. Et où serait alors la marque de faveur qu’elle voulait donner à Louis XIV en retour de ses bons procédés ? Pour nous, cette faveur consistait précisément dans le fait que la Reine non seulement voulait accentuer les dispositions favorables contenues dans cet article, mais encore les étendre en laissant les Acadiens libres de disposer de leur sort au delà des limites étroites fixées par le traité.
  83. 8. Thomas Caulfield fut lt.-gouv. de 1714 à 1717 ; — John Doucett de 1717 à 1726 ; — en 1717, Richard Phillips succéda à Nicholson comme gouverneur jusqu’en 1749 ; — Lawrence Armstrong fut lt.-gouverneur de 1726 à 1739 ; — Ed. Cornwallis fut gouverneur de 1749 à 1752. Voici des renseignements assez complets sur tous ces personnages : Pour Nicholson, nous renvoyons à la note qui est au commencement de notre chapitre II. Le général Richard Phillips naquit en 1661. Il servit à la bataille de Boyne en 1690, devint lieutenant-colonel d’infanterie, en 1712, et fut nommé gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, par commission de George I, en date du 17 août 1717, et plus tard gouverneur de Plaisance à Terreneuve. Phillips arriva à Annapolis en 1720 et retourna en Angleterre en 1722. Il visita à nouveau la N.-E. et après avoir forcé les Acadiens d’Annapolis à prêter le serment d’allégeance à l’Angleterre, retourna définitivement dans son pays en 1731, laissant M. Doucett comme commandant du Fort. D’après sa correspondance avec les autorités officielles et d’autres documents conservés dans les archives de la Province, il semble avoir été d’abord un gouverneur très actif et très intelligent. Mais une fois passé en Angleterre, il se désintéressa des affaires de sa Province et en particulier de la condition de ses troupes. À son retour en Angleterre en 1731, il recommanda le lt.-colonel Armstrong comme lt.-gouv. de la Province, et celui-ci devait recevoir, tant que durerait l’absence de son chef, la moitié des appointements du gouverneur. À la mort d’Armstrong, il requit qu’on supprimât la charge de lt.-gouv., — le gouvernement de toute la province devant être exercé par les commandants du Fort, et ces derniers durent en effet désormais remplir cette position sans salaire additionnel, Phillips demeurant en Angleterre et y recevant son traitement complet de gouverneur jusqu’en 1749. À cette époque, on lui donna pour successeur Cornwallis. Richard Phillips mourut en 1751, âgé de 90 ans. Il était le petit-fils de Sir John Phillips, de Pictou Castle, en Galles, lequel avait été créé baronet en 1621. De sa première femme, Phillips laissa un fils, le capitaine Cosby Phillips, qui fut un temps secrétaire à Annapolis. — Lawrence Armstrong était lt.-colonel du régiment du général Phillips qui stationnait en Nouvelle-Ecosse. Il fut nommé membre du premier conseil créé à Annapolis par le gouv. Phillips en 1720. Le 8 février 1724-5, il reçut la commission de lt.-gouv. de la Province, charge qu’il occupa jusqu’en 1739, où il mourut. Il servit en Amérique comme officier militaire au delà de 30 ans. En 1711, il fit naufrage dans le St-Laurent, lors de l’expédition organisée par le général Hill, et perdit alors argent et bagages, ainsi que les armes et l’équipage de la compagnie du régiment du col. Windress, qui était sous ses ordres. Il fut subséquemment envoyé à Annapolis où Vetch lui confia le soin de préparer un mémoire au Secrétaire d’Etat concernant l’état déplorable des fortifications de cette place. Armstrong se plaignait d’avoir souffert beaucoup d’ennuis et de privations durant son administration en s’efforçant de subvenir à l’entretien du régiment du gouv. Phillips dont il avait le commandement en l’absence prolongée de ce dernier, et d’avoir dû contracter à cet effet de grosses dettes qu’il était incapable d’acquitter. Aux prises avec des difficultés qui lui paraissaient insurmontables, il se découragea, perdit la tête et se suicida le jeudi 6 décembre 1739, où on le trouva mort dans son lit avec cinq blessures qu’il s’était faites à la poitrine et son sabre gisant à ses côtés. — John Doucett succéda à Thomas Caulfield comme lt-gouverneur d’Annapolis, sous Nicholson, en 1717, et continua d’exercer cette charge sous Richard Phillips, jusqu’en 1726. — Le 21 septembre de cette dernière année, son nom apparaît dans les Registres du Conseil au-dessous de celui de Lawrence Armstrong, lt.-gouverneur de la Province. Doucett y est désigné sous le titre de lt.-gouv. d’Annapolis Royale. Le nom de Doucett apparaît pour la dernière fois dans le procès verbal d’un conseil tenu le 11 octobre 1726 : “At a Council held at the Honble. Lieut. Governor John Doucett’s House in His Majesty’s Garrison of Annapolis Royal on Tuesday the 17th of October 1726, p. m. ”

    John (en certains endroits Joseph) Doucett, capitaine dans le 40e Régiment, succéda en 1717 à Caulfield, comme lieutenant-gouverneur de l’Acadie, Nicholson, le gouverneur, résidant en Angleterre. Le 17 août 1717, le général Phillips fut nommé gouverneur de l’Acadie, mais il ne vint à Annapolis Royale qu’en 1720. Cette année il établit un conseil d’administration dont Doucett devint le premier membre et président. En 1722, Phillips retourna en Angleterre, et Doucett reprit l’administration du pays jusqu’en 1726. Cette année le major Armstrong, nommé lieutenant-gouverneur de l’Acadie, arriva et prit les rênes de l’administration. Doucett devint lieutenant-gouverneur de la ville et de la garnison d’Annapolis Royale. Il mourut le 19 novembre 1726. Dans son histoire de Yarmouth, T. Brown mentionne les frères James et Joseph Doucett comme étant des descendants du capitaine Doucett.

  84. “That His Excellency the Governor be respectfully requested to cause the ancient records and documents illustrative of the history and progress of society in this province, to be examined, preserved and arranged, either for reference or publication, as the legislature may hereafter détermine, and that this House will provide for the same.” — N.-S. Doc. Preface.

    In the following year the Lieutenant-Governor was authorized by the Assembly to “ procure, from the State Paper Office, in England, as recom- mended in the report of the Commission of Records, copies of anv dispatches or documents that may be found necessary to complété our files.”Id. Ibid

  85. Pour parler exactement, la première pièce, intitulée Instructions for Mr. Capoon, Comissy and Engn. Thomas Button, to proclaim His Majesty King George, etc., etc.,-se termine ainsi : Given at His Majestie’s Garrison of Annapolis Royal, this day of Jan., 1714-5, in the first year of His Majestie’s Reign. Les trois pièces suivantes sont de novembre 1714, puis on saute à mai 1715.
  86. M. de Costebelle, lieutenant à Plaisance le 23 janvier 1692, capitaine le 25 janvier 1694, devient lieutenant du roi le 13 mars 1695. Il est créé chevalier de l’ordre de St-Louis, le 22 mars 1708. Le 10 avril 1706, il est nommé gouverneur de Plaisance. Après l’abandon de Terreneuve, le roi le nomme gouverneur de l’Isle Royale le 1er janvier 1714. Il occupe ce poste jusqu’en 1720 où il fut remplacé par M. de St-Ovide. C’est lui qui fonda Louisbourg. Sa mort arriva en France en 1767.
  87. On avait d’abord compté de transporter dans l’Ile Royale tous les Français établis en Acadie ;… mais les Français n’y ayaNt pas trouvé de quoi se dédommager de ce qu’ils possédaient en Acadie…” Charlevoix, op. c. Tome  IV, liv. XX, p. 145.
  88. Le Comte de Pontchartrain écrivit plusieurs lettres officielles à l’abbé Gaulin pour l’engager à user de tout son prestige personnel afin de déterminer les Acadiens à s’établir à l' Ile Royale. V. Dépêches et ordres du Roi regardant les colonies. Série B. vol. 35. Mars 20, 1713, fol. 11. — Mars 29, fol.  32 1/2. 8 avril, fol. 36. 1 juin, Versailles, fol.  45 1/2. et bien d’autres. L’extrait que nous venons de citer est tiré d’une lettre de Costebelle au ministre, en novembre 1713, où le gouverneur rendait compte de l’échec de sa mission auprès de l’abbé Gaulin. Le ministre lui répliqua : « Il est possible que les missionnaires en Acadie ne fassent rien pour induire les Acadiens à se porter en l’Ile Royale, mais l’important est que les Acadiens quittent l’Acadie. » Voir Dépêches, etc., Série B, vol. 36. Lettre du Ministre à Costebelle en date du 22 mars 1714. fol. 434 1/2. Il y est dit aussi que c’est l’intention du Roi de ne pas concéder de terres sous forme de seigneuries en l'lle Royale. — Cf. Murdoch, vol. I, p. 338.
  89. Cité par Casgrain. Pèlerinage, etc., p. 50.

    Archives de la Marine et des Colonies. Lettre du major L’Hermitte à Nicholson, Louisbourg, le 11 juillet 1714. — V. Lettres du Ministre à L’Hermitte, Versailles, 26 janvier 1714, 28 février, 21 mars. Série B. vol. 36, fol. 419, fol. 423 1/2, fol. 428 1/2.

  90. Cité par Casgrain, id. ibid.

    Archives de la Marine. Lettre du major L’Hermitte au Conseil de Marine, Louisbourg, 29 août 1714.

    Le 28 février 1714, le ministre Pontchartrain avait écrit à L’Hermitte pour lui faire savoir que, d’après des rapports dignes de foi, il avait appris que “les Acadiens étaient maltraités par les Anglais, et pour le prier de faire tout son possible pour attirer ces pauvres gens à l’lle Royale ”

  91. . Le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, P. Mascarene, écrivant à Shirley, gouverneur du Massachusetts, le 6 avril 1748, lui disait : “ En 1714, M. Nicholson revint ici en qualité de gouverneur et de commandant-en-chef de la Province, et exposa aux habitants les stipulations du traité d’Utrecht, lesquelles les laissait libres de garder leurs biens, ou d’en disposer à leur gré s’ils préféraient quitter le pays dans l’espace de l’année. Tous, comme un seul homme, choisirent cette dernière alternative. They, to a man, chose the last… — N. S. doc. p. 158.
  92. Conseil de Marine, 28 mars 1716. Cité par Casgrain, p. 49. Nous tenons à faire remarquer que Richard n’emprunte pas seulement à Casgrain, qui les a pris directement aux archives, les documents ci-dessus, mais encore suit de près le récit de l’auteur sur la question présente. Quant à ce référé à la Reine invoqué par Nicholson, en réponse aux demandes si légitimes des délégués, c’était de sa part pure chinoiserie. Les ordres de la Reine étaient formels, explicites. Qu’avait-il besoin de vouloir lui soumettre une requête qu’elle avait prévue et exaucée positivement ? Le 22 mars 1714, Pontchartrain avait en effet écrit à L’Hermitte : « Vous verrez par la triple copie de l’ordre reçu de la reine d’Angleterre que les habitants de l’Acadie ont le privilège de vendre tout ce qu’ils possèdent. » — Cela n’était-il pas suffisant pour convaincre tout homme de bonne foi ? — Arch. de la Mar. Série B. fin du vol 36, fol. 444 1/2.
  93. 18. Casgrain, loc. cit.
  94. 19. Conseil de Marine, 28 mars 1716. Cité par Casgrain.
  95. 20. Conseil de Marine, 28 mars 1716.

    Archives du Canada. Ile Royale, 1712-16. M. de Costebelle, gouverneur. Série F. vol. 133-A, p. 409. Mémoire à Messieurs de Costebelle… et de Soubras. — Fait à Louisbourg, ce 7 septembre 1715. Signé : Jean Dominique de la Marche, etc.

  96. Michel Bégon, huitième Intendant de la Nouvelle-France, était parent de M. de Pontchartrain. Il avait été nommé intendant en 1710, mais il ne put se rendre à Québec avant le mois de septembre 1712. Il posa en 1720 la première pierre des fortifications du Cap Diamant ; en 1724, il accorda à M. de Lanonville le privilège de tenir les postes pendant vingt ans, entre Québec et Montréal ; et lui imposa en même temps un tarif gradué sur les distances : ce fut la première institution postale du pays ; c’était un homme intègre et un collectionneur. Il fut remplacé en 1726 par M. Dupuy. Avant sa nomination comme intendant, Bégon avait été inspecteur général de marine et ordonnateur au département de Rochefort. Sa femme était, une sœur de M. de Beauharnais, qui avait été intendant, et du marquis de Beauharnais qui fut plus tard gouverneur-général. En janvier 1713, du 5 au 6, un violent incendie détruisit de fond en comble le palais de l’intendance, dans lequel M. Bégon et sa famille venaient à peine de s’installer. La lettre citée ici se trouve au Conseil de Marine du 28 mars 1716. — Bégon a été l’objet de bien des critiques de la part de ses administrés.
  97. Mgr Jean-Baptiste de la Croix Chevrières de Saint-Vallier, né à Grenoble en 1653 ; sacré évêque de Québec en 1688, en remplacement de Mgr de Laval, dont il était le vicaire-général depuis 1685. Il fonda en 1693 l’Hôpital Général de Québec, où il mourut dans la nuit du 25 au 26 décembre 1727.
  98. Conseil de Marine, 27 mars 1716. Casgrain, loc. cit.
  99. Cf. N. S. doc. Halifax, 1869, pp. 4-5. — La lettre suivante de Pontchartrain à de Costebelle et de Soubras jette un plein jour sur la question qui nous occupe : « J’ai appris avec beaucoup de surprise la manière dure et injuste avee laquelle le général Nicholson a traité les habitants de l’Acadie, et aussi l’opposition qu’il a faite au déménagement de leurs effets et de leurs instruments et à la vente de leurs biens, ce qui était contraire non seulement aux ordres qu’il avait reçus de la feue reine d’Angleterre, mais encore à la convention qui avait été passée entre lui et MM. de la Ronde et de Pensens. J’ai écrit là-dessus à M. d’Iberville, à Londres, de façon qu’il puisse porter des plaintes énergiques devant le Roi d’Angleterre. Je vous en ferai savoir le résultat. Entre temps, il est urgent que vous fassiez tout votre possible pour induire le gouverneur anglais à traiter ces colons avec justice et impartialité. Comme M. Nicholson a été rappelé et que M. Vetch lui succède, je crains que ce dernier ne soit pas mieux disposé, car il a déjà donné des preuves, quand il était en Acadie, de mauvaise volonté et de haine à leur égard. Il est nécessaire que vous me teniez informé de tout ce qui se passera à leur sujet. Je reconnais avec vous que, dans l’état des choses, la meilleure solution serait d’envoyer directement un vaisseau du Roi en Acadie pour en tirer les colons. Si l’information que vous m’avez fait parvenir sur ce point par le Sieur de la Ronde me fut arrivée plus tôt, des mesures auraient pu être prises à temps pour effectuer ce plan ; mais la permission que Sa Majesté a chargé M. d’Iberville de solliciter de l’Angleterre, ne sera pas, j’ai peur, très vite accordée, et nous la recevrons probablement trop tard pour qu’un navire puisse être dépêché cette année-ci. Dans ces circonstancees, voyez ce que vous pourrez faire vous-mêmes, en vous servant de la frégate Le Samslack et du vaisseau marchand La Charente que Sa Majesté dirige sur Port-Royal, tâchant d’agir en conformité avec les vues du gouverneur… Sa Majesté aurait très bien pu se décider à envoyer un vaisseau directement en Acadie, mais Elle a pensé qu’il valait mieux en
  100. Arch. du min. de la Marine et des Colonies. C. G. année 1719, vol. 4. Fol. 96. Délibérations du Conseil. Fait et arrêté le 23e may 1719. Ce document porte en marge les notes suivantes : «Porter à Mgr le Régent. Le Conseil croit que suivant les représentations du Père Dominique de la Marche, il convient d’envoyer un nouveau missionnaire d’augmentation à la côte de l’Acadie en réglant avec le Père de la Marche ce qu ’il faudra pour ce missionnaire.» L. B. L. M. d’.

    « Décision de S. A. R, approuvé l’avis du Conseil.» — L. B. L. M. d. Cf. Doc. sur l’Acadie, publ. par le Can.-Fr. Tome I, p.193.

  101. Public Record Office. Col. Records, Nova Scotia, vol. III. Endorsed : Nova Scotia. Letter from Mr. St. Ovide, Govemor of Cape Breton to col. Philipps. Dated 8th of June 1720. — Cf. Doc. sur l’Acadie, pièce XXIX. Tome I, p. 126. — Arch. de la Marine, vol. III, fol. 180.

    Cf. Haliburton, loc. cit. Tome I, c. III, p. 94, ad calcem

  102. Public Rec. Office. Col. Records, N. S. vol. I. — Doc. sur l’Acadie, pièce XIII. — Quand il a écrit cette lettre, Samuel Vetch était à Londres depuis septembre ou octobre précédent.
  103. Public Record Office. Col. Records, N. S. vol. 2. — Doc. sur l’Acadie, pièce XVIII.
  104. P. R. O. Col. Rec. N. S. vol 2. — Doc. sur l'A., p. XX.
  105. Dixit autem David ad Philisthœum : Tu venis ad me cum gladio, et hasta, et clypeo. ” I. Reg. XVII, 45.
  106. Cette lettre est citée par B. Murdoch, (Hist. of N. S. Vol. I, c. XLVII, p. 426-27). La date n’en est pas donnée. Mais par le contexte, je puis juger qu’elle est d’octobre ou de novembre 1725, ou même du 2 décembre 1725. V. Doc. Inéd. sur l’Acadie, pièce LII. Col. Records. N. S., vol. 4.
  107. Nova Scotia Doc., p. 65. Akins a mis au bas de cette lettre : Entered in Letter Book without address or signature.
  108. Akins, p. 119. Extracts from a letter of Gov. Mascarene to His Grace the Duke of Newcastle, dated 28th of June, 1742.
  109. William Shirley naquit en Angleterre vers 1693. Il était avocat, et pratiquait à Londres. Vers 1735 ou 1736, il émigra à Boston avec sa famille, et continua d’y exercer sa profession jusqu’en 1741, où il y fut nommé gouv. du Massachusetts. En 1745, il conçut le plan d’une expédition contre Louisbourg, et fut nommé à cette occasion colonel d’infanterie. En 1755, il fut promu au rang de major-général dans l’armée anglaise, avec la surintendance des opérations militaires dans les colonies du nord, et devint commandant-en-chef, pour une courte période, après la mort du gén. Braddock. Ayant échoué dans l’organisation d’une expédition contre Niagara, en 1756, il perdit son commandement et fut mandé en Angleterre où l’attendait une froide réception. Il réussit cependant à se disculper, et publia à cette fin de nombreux pamphlets. En 1759, il fut fait lieut.-général, et obtint le commandement des Îles Bahamas, où il eût pour successeur son fils Thomas. Il retourna finalement dans le Massachusetts, et mourut à sa résidence, près de Roxbury, en 1771 ; ses restes furent inhumés, avec tous les honneurs militaires, à l’ombre de la King’s Chapel. Cette église subsiste toujours, dans la rue Tremont, à Boston, avec son cimetière attenant. Voici le commencement de l’inscription que l’on lit sur la porte du cimetière : « King’s chapel Burial Grounds, 1630. Here were Buried — Governors of MassachusettsJohn Winthrop, 1649 — John Endecott, 1665 — John Leverett, 1679 — William Shirley, 1771... » Shirley fut un des commissaires nommés par l’Angleterre pour régler la question des frontières de l’Acadie. Il est l’auteur de la publication intitulée : « Mémoires des commissaires anglais et français », en date du 21 septembre 1750, dans laquelle il revendique pour l’Angleterre toutes les terres à l’est de la rivière Penobscot et du St-Laurent, comme comprenant l’Acadie ancienne. (La part du lion, naturellement !) Il publia également à Londres en 1757, un « Mémoire de la dernière guerre en Amérique », et d’autres ouvrages. Il insista longtemps auprès de la Métropole sur la nécessité et l’importance d’établir en Nouvelle-Ecosse une colonie britannique sur des bases solides, et en 1748, soumit au Secrétaire un projet en ce sens : lequel était minutieux et élaboré ; il y conseillait de mêler des colons anglais aux colons français à l’intérieur du pays. Ce projet ne fut pas adopté. Shirley avait soutenu l’assemblée du Mass, dans son opposition au plan de fédération des colonies américaines pour des fins de défense, plan adopté à Albany en 1754. Il mourut pauvre. — Cf. Minot ’s Hist. Mass., vol. I, 292-97. N.-Y. Col. Docum. VI, 959. — Allen’s Biog. Dict.
  110. Travail lu à l’Université Laval, à Québec, le 1er avril 1909.