Accidents consécutifs aux opérations

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE


────────


ACCIDENTS


CONSÉCUTIFS


AUX OPÉRATIONS


PAR


Joseph CAZAUX


Né à Villecomtal-sur-Arros (Gers)


────────


THÈSE POUR LE DIPLÔME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


────────


TOULOUSE
IMPRIMERIE CENTRALE. — E. VIGÉ
43, RUE DES BALANCES, 43


――


1875


JURY D’EXAMEN
――
MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
Mauri, Chefs de Service.
Bidaud,
Laulanié,
Laugeron.


――✾oo✾――


PROGRAMME D’EXAMEN
――
INSTRUCTION MINISTÉRIELLE
12 octobre 1866.
――


THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.


INTRODUCTION


De toutes les parties de l’art de guérir, la médecine opératoire est peut-être celle qui, pendant une longue suite de siècles, a mis le plus d’hésitation dans sa marche et de lenteur dans ses progrès. Privée du concours de l’Anatomie, dont une superstition funeste, ou plutôt l’orgueil d’une caste, lui interdisait la conquête, elle marcha à tâtons jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, dans des sentiers inconnus et bordés de précipices. Bien que les anciens aient parfois essayé des opérations d’une hardiesse remarquable, car nous trouvons, au temps de Moïse, les premiers essais de la castration, nous voyons, qu’à l’époque de Columelle, vers l’an 42, le nombre en était fort restreint. Les accidents redoutables qu’ils voyaient si souvent surgir et qu’ils ne savaient ni prévenir ni combattre, étaient à la fois la cause et l’excuse de cette réserve timide qui, presque toujours, les condamnait à l’inaction, en présence des indications les plus urgentes, les plus précises.

C’est surtout à la Révolution française qui, nivelant toutes les institutions, abolit la Société royale de médecine, l’Académie royale de chirurgie, et rétablit, par une organisation nouvelle, l’unité dans l’art de guérir que, dégagée de toute entrave, libre, obligée même de participer à toutes les branches médicales, la chirurgie pût prendre son essor et arriver à être la science complète des temps actuels.

La chirurgie vétérinaire, loin d’offrir cette brillante et rapide évolution, profita de ses enseignements et, vers la fin du siècle dernier, à l’époque de la fondation de nos écoles, Lafosse et Bourgelat ayant fait progresser les sciences anatomiques et physiologiques, notre médecine opératoire put être assise sur des bases solides. Depuis ce temps, elle n’a cessé de se perfectionner, malgré l’influence funeste d’une multitude de préjugés qu’ont eu à combattre les hommes éminents qui se sont voués à sa cause. De nos jours, l’art ne recule plus devant les dangers contre lesquels il peut s’armer à l’avance, et le fer du chirurgien anatomiste pénètre sûrement à travers l’épaisseur des tissus de nos animaux, devenus, pour ainsi dire, transparents, jusqu’aux parties les plus profondes.

Malgré les progrès incontestables qui, depuis un siècle, ne cessent de prouver en faveur de la Chirurgie, il faut cependant se garder de croire que tout soit si bien prévu et calculé dans les opérations, qu’il ne se trouve plus de place pour les événements anormaux qui constituent les accidents. — Sans parler des fautes que peuvent commettre le chirurgien et ses aides, à combien de circonstances, indépendantes de celles-ci, n’est pas subordonné le succès d’une opération ? L’opérateur a-t-il toujours le choix du moment ? Ne lui est-il pas souvent impossible de satisfaire aux exigences les plus rigoureuses de l’hygiène ? Il sait très bien que l’état de l’atmosphère exerce, sur les animaux opérés, une influence qu’il n’est pas possible de nier, et qui peut avoir des conséquences assez graves sur le résultat de l’opération ; mais lui est-il donné de prévoir ces brusques changements de température qui, survenant quatre, cinq, six jours après que l’animal a été opéré, alors même qu’il est en pleine voie de guérison, apportent souvent les complications les plus fâcheuses ? Lui est-il toujours possible de tenir un compte exact des dispositions individuelles, d’apprécier, de soupçonner même ces idiosyncrasies si bizarres, ces degrés si divers de résistance vitale, qui font que telle secousse de l’économie, à peine ressentie par l’un, devient mortelle pour l’autre, sans qu’on puisse trouver dans l’état apparent des organes, rien qui explique une susceptibilité si différente dans les deux cas ? — Ces influences, aussi puissantes qu’insaisissables, qui déjouent parfois tous les calculs de la prudence de l’opérateur, ne sont-elles pas souvent activées par les milieux ambiants, par la manière dont sont suivies les prescriptions du vétérinaire, souvent laissées aux mains d’hommes ignares ?

Des faits nombreux prouvent, en effet, qu’une opération, quelque simple qu’elle soit, peut se compliquer d’accidents graves et même devenir mortelle. Malgré les progrès récents de la médecine opératoire, ces suites fâcheuses ont été observées plus souvent de nos jours qu’à aucune autre époque, et, on le conçoit sans peine, quand on considère que le champ de la chirurgie est devenu beaucoup plus vaste qu’il ne l’était, et l’observation des maladies, de tous les phénomènes qui les accompagnent, plus minutieuse et plus exacte. On comprend donc que l’histoire de ces accidents est un point important des connaissances chirurgicales.

Divisés en immédiats et en consécutifs, il n’est pas toujours facile d’établir des limites précises dans la part faite à chacun d’eux. Les premiers surviennent pendant le cours d’une opération ; les seconds, après un temps plus ou moins long et qu’il est impossible de déterminer d’une manière générale. Les accidents immédiats, si communs chez les anciens, sont devenus de nos jours des faits rares, presque exceptionnels. Une hygiène plus avancée, une thérapeutique mieux entendue ont bien aussi diminué le nombre des accidents consécutifs ; mais ils sont néanmoins beaucoup plus nombreux que les accidents immédiats ; ils sont même la principale et, pour ainsi dire, l’unique cause d’insuccès dans les opérations. C’est presque toujours une inflammation vive et phlegmoneuse, une résorption purulente, des accidents nerveux consécutifs, etc., qui entravent les efforts de la nature, arrêtent le travail de cicatrisation et mettent en danger les jours du malade.

Toutefois, remarquons ici que tous les phénomènes qui, à la suite d’une opération, sortent de l’ordre physiologique, ne peuvent, par cela seul, être considérés comme des accidents consécutifs. Il en est quelques-uns qui sont une suite nécessaire de certaines opérations et auxquels on doit toujours s’attendre en pareille circonstance ; tels sont : un écoulement d’urine par la plaie, quelque temps après l’opération de l’uréthrototomie ; le froid, l’engourdissement d’un membre après la ligature d’une artère principale, etc. D’autres encore peuvent s’en rapprocher davantage et, jusqu’à un certain point, être confondus avec eux. Ainsi, on opère une hernie inguinale étranglée ; l’anse intestinale rentre dans l’abdomen, mais les symptômes graves qui préexistaient continuent et le malade succombe. On ne pourra pas assurer que ces symptômes soient des accidents survenus après l’opération ; tout ce que l’on sera en droit de dire, c’est que l’opération a pu hâter la terminaison fatale.

Les complications qui peuvent survenir accidentellement à la suite des opérations sont presque aussi nombreuses, aussi variées que les opérations elles-mêmes. Ne pouvant les étudier dans leur ensemble, des circonstances particulières m’imposant l’obligation de me renfermer dans des limites assez restreintes, je me bornerai à mentionner brièvement les quelques accidents qui peuvent survenir à la suite de toutes les opérations.

Après avoir passé en revue, d’une manière générale, les principales circonstances qui favorisent le développement des accidents consécutifs, je rappellerai en quelques mots, les symptômes et le traitement de la fièvre de réaction, des hémorragies consécutives, du séjour et de l’infiltration du pus dans les tissus, de l’infection purulente et de la gangrène traumatique. Je terminerai par un exposé succinct du tétanos, apparaissant le plus souvent, dans notre médecine, après la castration des solipèdes ; mais pouvant cependant survenir à la suite de toute lésion traumatique, si légère qu’elle soit.



Principales circonstances qui favorisent le développement des accidents consécutifs.


Les opérations, comparées entre elles, offrent des nuances si variées qu’il est impossible d’en déterminer, d’une manière précise, le degré de gravité. Depuis les plus simples jusqu’aux plus compliquées, elles sont toujours sous la dépendance d’agents morbifiques qui, à chaque instant, peuvent en modifier la marche. On peut cependant dire, d’une manière générale, qu’une opération qui doit durer longtemps, qui doit s’exercer sur des organes doués d’une grande vitalité et jouant un rôle important dans l’économie, est toujours une opération grave. Il en sera de même chaque fois que l’on se trouvera en présence d’une vaste solution de continuité. Avant tout, une opération doit être rationnelle ; mais l’expérience a démontré qu’il est bien difficile, en médecine opératoire, de fixer les limites du possible et de déterminer le point précis où la hardiesse devient de la témérité. On a vu des opérations qui, au premier abord, semblaient d’une gravité inouïe, avoir un succès complet, alors que d’autres, en apparence des plus simples, emportaient le malade en peu de temps. À quoi attribuer ces résultats si différents ?

Les accidents consécutifs ont parfois leur source dans l’oubli de quelques précautions de la part du chirurgien, dans une faute commise en exécutant l’opération ; mais, le plus souvent, ils sont dus à une prédisposition individuelle, à l’état de l’atmosphère, à la manière dont sont faits les pansements.

Quoiqu’il soit impossible de connaître, d’une manière précise, l’influence des dispositions individuelles sur la production des accidents consécutifs, et qu’on ne l’admette ordinairement que par voie d’exclusion, les effets n’en sont pas moins incontestables. De deux opérations exécutées de la même manière sur deux individus qu’on aura entourés des mêmes soins et placés autant que possible dans les mêmes conditions, l’une échouera et l’autre aura une complète réussite. Devons-nous chercher ailleurs, que chez le sujet lui-même, la cause de terminaisons si dispârates ?

Le tempérament, la constitution, l’idiosyncrasie, l’hérédité, ont une influence marquée sur la manière dont les fonctions s’exécutent chez nos animaux domestiques. À l’état de parfaite santé, ils sont de véritables agents pathogéniques ; leur action deviendra donc bien plus puissante, alors que les animaux sur lesquels ils s’exercent seront sous le coup d’une affection morbide. Chacun apportera son tribut, qui, enlevant aux tissus l’activité vitale nécessaire pour produire la suppuration, la cicatrisation, la réunion des parties divisées, qui, emmenant des complications agissant parfois sur toute l’économie, conduisent le plus souvent les sujets affectés à une mort certaine.

Chez un animal fort, sanguin, en bonne santé, les inflammations traumatiques s’activent davantage, peuvent devenir générales et déterminer plus facilement une violente fièvre de réaction, des convulsions, le tétanos. Les conditions opposées sont encore la source de complications, mais pour des motifs différents. Un animal lymphatique, faible, débile, épuisé par de longues souffrances, par des fatigues exagérées ou par un défaut d’alimentation, sera loin de présenter une force de réaction suffisante pour produire une suppuration favorable ou la réunion des parties divisées. Alors, la mortification commence et la gangrène peut s’emparer des tissus lésés. D’un autre côté, si la suppuration s’établit, elle ne cesse plus et devient, pendant un temps plus ou moins prolongé, une véritable source de déperditions, qui augmente encore l’épuisement et la maigreur du sujet, entraîne le marasme et la mort. La gourme, la morve ou toute maladie constitutionnelle organique peut transformer des lésions traumatiques en plaies indéfiniment suppurantes, produire des engorgements, des abcès métastatiques très difficiles à combattre. C’est surtout en médecine humaine que l’on en rencontre des exemples fréquents. Des sujets, sous le coup d’une diathèse scrofuleuse, syphilitique, périssent souvent à la suite d’opérations parfois fort légères, qui, chez un individu sain, marcheraient vers une prompte cicatrisation. Sous l’action de ce stimulus morbide, la suppuration, le bourgeonnement prennent des caractères si alarmants qu’on ne peut, ni les arrêter, ni souvent même en pallier les effets. L’hérédité joue aussi un rôle dans le développement des accidents consécutifs. Pour ne donner qu’un exemple frappant de son action sur le résultat d’une opération, rappelons que tous les produits dont le père sera mort, par suite de l’apparition d’une hernie après la castration, subissent inévitablement le sort de leur procréateur. Soumis à l’opération, la hernie ne tarde pas à se produire, et les animaux succombent.

L’air atmosphérique peut influer d’une manière fâcheuse sur les suites des opérations, soit par sa composition, soit par son contact avec les solutions de continuité des tissus. De tout temps, il a été considéré comme exerçant une grande influence sur la marche générale de la cicatrisation ; mais cette influence n’a pas toujours été bien comprise ; on n’a pas toujours su distinguer sa véritable action. La production de la suppuration, et par suite, la non réussite de la réunion immédiate, étaient autrefois attribuées à une action pernicieuse de l’air en contact avec la solution de continuité. Cette opinion, combattue par Hanter, fut soutenue de nouveau en 1857, au sein de l’Académie de médecine, par M. Jules Guérin, qui expliquait ainsi la cicatrisation plus prompte des plaies sous-cutanées. Il n’y a évidemment dans cette manière de voir qu’une apparence de raison. Par le fait même du contact de l’air avec la plaie, la surface de celle-ci devient libre ; or, toute surface traumatique libre tend à suppurer, ce qui résulte du mécanisme même du travail néoplasique : la néoplasme cellulaire qui s’effectue de ce côté ne peut fusionner avec celle du côté opposé, d’où la suppuration. En un mot, la formation du pus n’est pas le résultat d’une action particulière de l’air ; elle est tout simplement la conséquence de la mise à nu de la surface de la plaie. Cela est incontestablement démontré par une observation de Hunter, de laquelle il résulte que la suppuration s’est établie dans le vide et sur des plaies submergées.

Dans les plaies sous-cutanées, le contact de l’air peut avoir une action directe sur le caillot sanguin qu’elles renferment ; il déterminera la décomposition de celui-ci et provoquera indirectement une suppuration éliminatrice. Le même phénomène peut se constater dans les plaies extérieures qu’on veut réunir par première intention, et dont les lèvres sont séparées par un caillot sanguin trop épais.

Mais si l’air n’a aucune influence par lui-même sur le travail réparateur des plaies, pourquoi ce principe chirurgical, en quelque sorte classique, qui veut qu’on recouvre les plaies bourgeonnantes pour les préserver de son action ? C’est qu’avec l’air agit la température extérieure, qui à une influence certaine sur la marche des plaies. L’action astrictive du froid sur un tissu sain est incontestable. Elle sera bien plus intense si elle s’exerce sur un tissu délicat, très vascularisé, comme le tissu bourgeonnant. Elle détermine un resserrement des vaisseaux, et, par suite, un arrêt de nutrition dans les parties superficielles qui se mortifieront. Ce résultat est obtenu en appliquant sur la plaie une vessie de glace, tandis qu’au moyen d’un cataplasme on obtient un effet opposé ; si bien que, par l’emploi de ce topique sur une plaie de mauvais aspect, ulcéreuse, on la ramène à un état régulier et on rétablit le travail cicatriciel auparavant suspendu par une température trop basse.

Il faut donc maintenir sur les plaies une température convenable, celle du corps, afin de favoriser le travail de production dont elles sont le siège. C’est dans ce sens d’ailleurs qu’agissent les pansements. C’est, du reste, à ce que cette condition se trouve le plus convenablement remplie dans les plaies sous-cutanées que ces lésions doivent, en partie, de guérir avec tant de rapidité. Puisqu’une basse température retarde le bourgeonnement des plaies, elle sera indiquée, dans une certaine mesure, lorsque celles-ci seront comblées et que devra s’opérer la cicatrisation. C’est ce qui est d’ailleurs mis en pratique par les chirurgiens qui, alors, les découvrent et les laissent à l’air libre. Cependant, sous l’influence d’une température élevée, coïncidant avec une grande humidité atmosphérique, comme cela s’observe par un temps orageux, on voit fréquemment les plaies suppurantes se terminer par gangrène ; mais cet accident est dû alors à une décomposition putride du pus en contact avec la plaie, sur laquelle il est retenu par le pansement.

Si l’air pur n’a aucune fâcheuse influence par lui-même, on ne peut en dire autant de l’air altéré dans sa composition par des émanations diverses. Ainsi, la seule présence dans l’atmosphère d’émanations non dangereuses par elles-mêmes, mais tenant la place de l’air respirable, suffit, par le défaut de nutrition que subissent les malades, pour déterminer des altérations organiques assez sensibles ; des infiltrations séreuses se développent, les plaies prennent un mauvais aspect, fournissent un pus incolore, sanieux, et se cicatrisent avec peine. L’air confiné devient d’autant plus nuisible qu’il est mélangé aux miasmes morbides qu’exhalent les animaux malades, ou bien aux fluides élastiques, provenant de la décomposition putride des sécrétions des animaux en santé, de leurs litières, ou des sécrétions morbides des animaux affectés de diverses maladies ou de plaies suppurantes. On sait que la fermentation putride de ces matières, comme celle de toutes les matières animales, donne naissance à un principe organique insaisissable, nommé miasme putride, à de l’acide carbonique, de l’hydrogène carboné, du gaz sulfhydrique, du carbonate et du sulfhydrate d’ammoniaque, tous gaz qui peuvent nuire par les propriétés méphitiques et délétères dont ils sont doués. Un d’entr’eux surtout, le gaz sulfhydrique, est nuisible au plus haut degré, puisque, d’après de Chaussier, il suffit de la présence dans l’air de de ce gaz pour donner la mort à un cheval. L’ammoniaque et l’acide sulfhydrique exercent principalement leur action sur le pus ; ils le rendent alcalin et lui communiquent une odeur fétide. C’est cette fétidité qui, rendant l’air de nos écuries insalubre, provoque, chez nos animaux opérés, la fièvre d’hôpital, complication des plus graves qui, trop souvent, compromet le succès des grandes opérations. C’est principalement alors que les plaies prennent un caractère gangréneux ; les fonctions digestives s’altèrent profondément, s’accompagnent de diarrhée, etc., et la mort arrive. La lymphangite, la phlébite, l’infection purulente, la gangrène des sétons, divers accidents de cachexie, sont encore des effets de l’air confiné. Ces complications se manifestent surtout dans les locaux où sont rassemblés les animaux malades, à l’occasion des opérations chirurgicales, des solutions de continuité accidentelles, etc. Autrefois, à l’école de Toulouse, les cas d’infection étaient communs dans les écuries à dix chevaux ; sur la demande de M. Lafosse, on réduisit ce nombre à huit, puis à six, et, depuis, l’infection ne s’est plus manifestée.

Certaines directions des vents sont regardées à Toulouse comme funestes à toutes les opérations, quelques simples qu’elles soient : tels sont les vents du Sud-Est, du Sud-Ouest. Pendant que règnent ces vents, il se produit des engorgements qui ont une marche très rapide et une tendance à se terminer par la gangrène. Les suppurations se tarissent, la nature du pus change, de louable qu’il était, il devient séreux, parfois sanieux ; les forces se dépriment et la prostration s’empare vite des malades. Si tout à coup le vent vient à cesser ou à changer de direction, les plaies reprennent un bon aspect et marchent d’une manière régulière vers la cicatrisation.

Une chose dont on doit aussi tenir compte, c’est l’état de la constitution médicale, du génie épizootique régnant dans la contrée. On sait combien les opérés sont sensibles aux diverses influences morbifiques et avec quelle facilité ils contractent les maladies régnantes ; aussi, dans ce cas, doit-on toujours, chez un sujet opéré, ne pas attendre que le mal se soit développé, mais chercher à le prévenir par un traitement approprié.

Enfin, pour terminer, une dernière circonstance, dont l’influence est bien marquée sur le résultat des opérations, c’est la manière dont sont faits les pansements. Nous pourrions démontrer, par une foule d’exemples, l’importance d’un pansement bien fait. Nous dirons, d’une manière générale, que toutes les parties d’une plaie sont solidaires et doivent marcher vers le même but ; si tous les points ne se trouvent pas dans les mêmes conditions, la cicatrisation ne peut s’effectuer.

Comme on le voit, nous ne nous sommes occupés que des principales circonstances qui favorisent le développement des accidents consécutifs aux opérations chirurgicales, qui ont pour conséquence des plaies assez étendues. Dans la seconde partie de ce travail, où nous parlerons de quelques-uns de ces accidents, nous envisagerons moins leur étiologie et leurs symptômes que la prophylaxie et la thérapeutique qui doivent leur être appliquées.


FIÈVRE DE RÉACTION


Le phénomène accidentel, appelé fièvre de réaction, accompagne toute lésion traumatique ; mais il ne constitue véritablement un accident que lorsqu’il atteint un haut degré d’énergie ou qu’il se continue au delà d’une certaine limite que l’expérience apprend à connaître. Certaines organisations, les tempéraments sanguins, nerveux, les sujets irritables, pléthoriques, y sont plus disposés que d’autres. La gravité de l’opération, la douleur dont elle a été accompagnée, contribuent encore l’augmenter.

Cette maladie, qui précède la formation du pus, s’accompagne de lassitude, de pesanteur de la tête, d’augmentation de la chaleur animale. Elle est, en outre, caractérisée par l’anorexie, une soif vive, la constipation, une raideur des reins très prononcée, l’accélération de la respiration, la violence des battements du cœur, la force et la plénitude du pouls, la diminution des sécrétions sébacée et urinaire.

La fièvre de réaction est un phénomène utile, une crise favorable : c’est la manifestation de l’effort que fait la nature pour réagir contre le mal ; aussi, si elle est légère, ce serait aller contre le but qu’on se propose que de vouloir anéantir cette surexcitation salutaire. Mais, lorsqu’elle est trop vive, et que l’on craint même pour les jours du malade, on doit s’empresser de la calmer, de la ralentir. Elle est surtout à craindre, non à cause de l’abattement, de l’état de souffrance du malade, mais bien des maladies qu’elle peut entraîner avec elle. Lorsqu’elle se localise, on voit assez souvent se développer une pneumonie, une gastro-entérite, une fourbure, etc., qui, venant s’ajouter à l’état du patient, aggravent sa situation et le conduisent souvent à une mort inévitable.

La fièvre de réaction est une des maladies dont le traitement se déduit avec le plus de facilité de la nature des troubles existants. Prise au début, on la combat avec une certitude presque mathématique. Les indications consistent à enlever au sang les principes organiques solides qu’il contient en excès et à lui restituer l’eau qui lui manque. Pour combattre cet accident, la première chose à faire, c’est de suivre, avec toute la rigueur possible, le régime diététique ; si la fièvre persiste, on a recours à la saignée. Elle peut être dans ce cas préventive : c’est lorsqu’on la pratique immédiatement après l’opération, quand celle-ci a été très douloureuse, ou quand le sujet possède une grande activité vitale, sanguine et nerveuse ; on ne s’abstient alors de la saignée qu’autant que l’animal a perdu beaucoup de sang pendant l’opération. Ou bien, on la pratique lorsque la fièvre de réaction est déclarée ; elle est presque toujours nécessaire, lorsque celle-ci est intense et que la phlegmasie locale a acquis une grande violence. Cependant, il faut se garder de saigner lorsque la fièvre s’amende, et surtout quand la suppuration est établie, afin de ne pas favoriser la résorption purulente.

La diète et la saignée sont les moyens ordinaires à opposer à la fièvre traumatique. Les boissons délayantes, acidulées, nitrées, ou contenant des sels alcalins, tels que sulfate de soude, de potasse, sont encore des moyens héroïques. On peut y joindre l’administration de quelque anti-spasmodiques si des phénomènes nerveux se déclarent ; de quelques lavements pour combattre la constipation, qui survient assez habituellement dans ces circonstances. On ne doit pas non plus négliger de provoquer des transpirations, si des frissons, des sueurs froides apparaissent, etc. Rappelons, toutefois, qu’il ne serait ni prudent ni rationnel de pousser jusqu’à l’extrême l’emploi de ces différents moyens thérapeutiques ; que la fièvre de réaction est une crise favorable à laquelle on doit souvent laisser suivre son cours.


HEMORRHAGIES


Les hémorragies consécutives peuvent se présenter à différentes périodes ; elles sont d’autant moins graves qu’elles se produisent à un moment plus rapproché de l’opération. Quand elles apparaissent le même jour ou le lendemain, elles sont encore actives, c’est-à-dire résultent seulement d’une incomplète oblitération des vaisseaux. Dans ce cas, à moins qu’elles ne soient très abondantes, que le sujet ne soit lui-même dans un grand état de faiblesse, on peut, sans inconvénient, ne pas s’en préoccuper beaucoup ; elles sont généralement sans danger, et, grâce à l’obstacle qu’apporte l’appareil du pansement, elles finissent presque toujours par s’arrêter d’elles-mêmes. Il n’en est plus ainsi des hémorragies tardives, de celles qui surviennent après deux ou trois jours ; elles sont d’autant plus difficiles à arrêter qu’elles tardent davantage à paraître.

Les causes qui leur donnent naissance sont de plusieurs sortes. L’irritation que détermine un pansement grossier ; un déplacement dans les parties qui le constituent ; les mouvements insolites de l’animal, qui peut se gratter ou se coucher sur la plaie ; le renouvellement trop hâtif d’un pansement, surtout dans le cas où, à la suite de l’opération, on a pratiqué la cautérisation à blanc, voilà autant de circonstances qui favorisent l’écoulement du sang.

Les symptômes de l’hémorragie sont faciles à constater lorsque le sang s’échappe au dehors. L’imbibition rapide des pièces d’appareil annonce son début ; il faut néanmoins attendre que l’écoulement se prolonge pendant un certain temps et avec une certaine abondance pour déclarer qu’il y a hémorragie, et l’on doit se rappeler qu’une quantité de sang, même très petite, suffit pour teindre en rouge une grande quantité de boulettes et de plumasseaux. Il n’est, du reste, pas possible d’établir au juste quelle est la mesure au-dessous de laquelle l’écoulement sanguin n’est autre chose que le suintement qui s’établit à la surface de presque toutes les plaies et au-dessus de laquelle cet écoulement devient un véritable accident qu’il faut combattre. On comprend que cette mesure doit varier selon l’âge et la force du malade, sa constitution, son état de santé antérieur, etc., etc.

Lorsque l’hémorragie devient réellement inquiétante, on voit apparaître les symptômes généraux qui accompagnent les grandes pertes de sang. La peau pâlit, les muqueuses se décolorent ; le malade éprouve un refroidissement général ; quelques parties du corps se couvrent d’une sueur froide et visqueuse ; la respiration devient irrégulière ; le pouls petit. Enfin, si la perte de sang est abondante et rapide, les horripilations redoublent, des bâillements, des pendiculations surviennent, des syncopes, des mouvements convulsifs, le coma et la mort.

Le pronostic des hémorragies est toujours facheux. La perte de sang peut être assez considérable pour causer immédiatement la mort ; moins abondante, elle peut l’être encore assez pour jeter le blessé dans un état d’affaiblissement qui retarde longtemps sa guérison.

Le traitement peut être général ou local. On devra donner aux animaux une nourriture substantielle, des ferrugineux ; on devra les tenir dans un local où ils ne puissent ressentir les effets ni d’un air chaud, ni d’un air humide. Pour le traitement local, on choisira les réfrigérants, les absorbants, les styptiques, suivant les indications Le plus souvent on a recours aux hémostatiques chimiques ; on fera des pansements à l’eau-de-vie camphrée, au perchlorure de fer. Les caustiques, la cautérisation et la compression pourront aussi être mis en usage. Une fois l’hémorragie arrêtée, on laissera le plus longtemps possible les pièces d’appareil, sans y toucher ; on les enlèvera ensuite avec les plus grands précautions, et l’on prendra les mesures les plus efficaces pour prévenir le retour de cet accident, en faisant les pansements avec beaucoup de soin, en exigeant le repos le plus complet de la partie blessée, en surveillant le malade.


SÉJOUR DU PUS DANS LES TISSUS


L’écoulement constant de la matière purulente est une condition essentielle pour la guérison des plaies. Cet écoulement peut être modifié ou arrêté dans sa marche, soit par la négligence des soins que le praticien avait recommandés, soit par la position des plaies, soit par la manière dont s’est fait le pansement ou pour tout autre cause. Lorsque cet accident n’est pas dû à la violence de la fièvre inflammatoire ou à la résorption purulente, le pus, qui jusqu’alors avait été bien élaboré, a dû se creuser un passage au travers des tissus. On le retrouve souvent, dans le voisinage des plaies, formant de petits abcès circonscrits, qui s’ouvrent, soit vers la peau, soit sur la surface traumatique même. Mais, au lieu d’être rassemblé en petits foyers circonscrits autour de la plaie, il forme parfois des traînées qui suivent les gaînes celluleuses placées autour des tendons, des muscles ou des vaisseaux, constituant ainsi ce que l’on appelle des fusées purulentes, qui s’étendent souvent fort loin dans le centre d’un membre ou de toute autre partie du corps et y forment des dépôts assez volumineux. Dans ce cas, il faut aussitôt s’occuper d’en rechercher avec soin le siège pour en opérer l’évacuation immédiate. Un caractère qui aide à reconnaître facilement ces sortes d’abcès profonds, c’est un engorgement diffus qui se montre à l’extérieur, et dans une assez grande étendue, autour de la place occupée par la collection purulente.

Lorsque le pus séjourne trop longtemps, il peut en résulter des accidents fort graves, qui s’annoncent, en général, par des symptômes fébriles, la perte de l’appétit, l’accélération du pouls, la chaleur des muqueuses, une prostration générale, etc. Aussi dès que l’on voit de tels symptômes apparaître, alors qu’il existe une plaie en pleine suppuration, on a tout lieu de soupçonner qu’ils sont dus à un amas de pus dans une région plus ou moins profonde.

Le seul traitement, ou plutôt la première indication, consiste à rechercher l’abcès pour en faire la ponction et permettre ainsi l’écoulement du pus. Cette ponction peut se faire avec le bistouri, le trocart, le cautère en pointe ; au praticien de juger lequel est le mieux approprié. Dès que l’écoulement du pus a eu lieu, les accidents généraux se dissipent avec une rapidité remarquable. Il s’agit ensuite d’empêcher la formation de nouveaux abcès ; chose assez facile, par des soins de propreté, des contre-ouvertures, des pansements fréquents et une position convenable donné au malade.


INFECTION PURULENTE


Les chirurgiens ont constaté depuis longtemps qu’une plaie dont l’aspect est bon, qui est couverte de bourgeons charnus vermeils, et qui fournit une suppuration louable, peut tout à coup se sécher et s’enflammer, prendre une teinte pale et blafarde, en même temps que le pus devient sanieux ou cesse complètement de couler, et qu’on voit survenir des frissons, de l’anxiété, du délire et d’autres désordres fonctionnels très fâcheux qui se terminent ordinairement par la mort. Si l’on ouvre le cadavre des individus qui succombent ainsi, on trouve presque toujours des collections purulentes qu’on n’avait pas soupçonnées pendant la vie, et qui sont situées dans les cavités séreuses splanchniques ou articulaires, dans le tissu cellulaire, et surtout dans les organes parenchymateux. Ces collections purulentes ont reçu, dans ces derniers temps, le nom d’abcès métastatiques, qui exprime l’opinion qu’on se forme généralement aujourd’hui sur leur mode de production. Comme, en effet, ils se montrent dans une partie du corps éloignée de celle qui était primitivement en suppuration, comme ils surviennent brusquement et sans aucun signe local préliminaire, ne trouvant point dans le lieu même qu’ils occupent la raison suffisante de leur développement, on en a conclu qu’ils sont les conséquences d’une métastase ou d’un transport de la matière purulente.

Cet accident s’observe le plus souvent après les grandes opérations, telles qu’amputation, extirpation de tumeurs volumineuses ; dans toutes les lésions qui entraînent après elles de la suppuration versée à l’extérieur par une large surface. On a remarqué aussi qu’il se déclare quelquefois à la suite d’une simple contusion ou d’une plaie, même superficielle et peu étendue, lorsqu’une ou plusieurs veines sont comprises dans la solution de continuité. L’infection purulente est plus fréquente dans les grandes infirmeries que dans la pratique particulière où on la rencontre bien rarement. « Quelques observateurs, et Dance, en particulier, ont remarqué qu’il y a des époques où elle sévit plus spécialement et où elle prend une forme épidémique, de sorte qu’il semble exister en dehors de l’individu et indépendamment de sa blessure quelque cause extérieure aggravante. Faut-il, avec Cruveilher, et surtout avec Tessier, chercher cette cause dans l’influence funeste des mêmes conditions miasmatiques qui favorisent l’apparition de la pourriture d’hôpital et du typhus des camps ? »

La concentration d’une quantité considérable de blessés dans un espace circonscrit est, en effet, la condition qui exerce l’influence la plus évidente sur la première apparition de l’infection. Cette influence est plus puissante quand elle est secondée par la mauvaise situation de l’écurie, placée dans un lieu enfoncé, humide, marécageux, près de quelque foyer d’infection ; par la disposition vicieuse du local, dont les salles sont basses, obscures, mal aérées ; par l’insuffisance des pièces d’appareil, qui se salissent et ne peuvent être ni nettoyées ni renouvelées. Ces circonstances sont très propres à produire la corruption de l’air dans lequel sont plongés les blessés ; et cet air, ainsi altéré par les exhalations concentrées de tant d’animaux réunis, par les vapeurs qui s’échappent des ulcères et des plaies, des matières stercorales et urineuses, agit sur l’écoulement du pus, sur la manière d’être de la plaie, soit par son influence nuisible sur toute l’économie, soit surtout par son action immédiate sur les surfaces traumatiques. Un air froid, humide, des saignées intempestives, sont encore des propagateurs par excellence de cet accident.

Les symptômes de l’infection purulente n’apparaissent généralement que du huitième au quinzième jour. Le début de cette redoutable complication est marqué à la fois par des troubles généraux et par des changements survenus dans les conditions des blessures à l’occasion desquelles elle se développe. On voit ordinairement les plaies pâlir, se dessécher, leurs bords s’élever, la suppuration se tarir, ou le pus devenir liquide et prendre une mauvaise odeur. Dans quelques cas, un érysipèle ou un phlegmon diffus se montre autour de la plaie ; des traînées rougeâtres, dirigées vers le tronc, indiquent une inflammation des veines ou des vaisseaux lymphatiques superficiels. En même temps surviennent des frissons irréguliers, plus ou moins forts et plusieurs fois répétés, quelquefois avec une certaine périodicité, une accélération avec concentration du pouls ; le corps se couvre d’une sueur froide et visqueuse ; la face prend une expression de tristesse et d’abattement ; la respiration est pénible, accélérée. Dans la dernière période de la maladie, tous les symptômes s’aggravent : la langue se sèche, le ventre se météorise, et il survient de la diarrhée ; la respiration devient de plus en plus difficile ; le pouls fréquent, filiforme, petit et misérable. Enfin, la mort arrive en quelques jours, rarement après deux ou trois semaines de maladie.

Ces symptômes ne sont pas, dans tous les cas, aussi nombreux et aussi tranchés que nous venons de le dire ; la maladie revêt des formes variées et se présente sous l’apparence de fièvre ataxique ou adynamique, suivant que c’est le délire ou la prostration qui prédomine. Quelquefois l’infection purulente s’annonce de prime abord par un appareil formidable de troubles généraux ; mais plus souvent elle ne donne lieu d’abord qu’à des désordres fonctionnels assez modérés, tels que du malaise, de la faiblesse, des horripilations vagues, des sueurs intempestives, quelques légers accès de fièvre, et ce n’est qu’au bout de deux ou trois jours que les symptômes acquièrent une intensité proportionnelle à la gravité de la maladie. Ils persistent alors jusqu’à la fin, sans rien perdre de cette intensité, et l’on observe de temps en temps des redoublements pendant lesquels ils atteignent un degré extrême de violence. C’est pendant un de ces redoublements que souvent les malades expirent ; d’autrefois, ils succombent après une agonie de quelques heures.

Quant aux abcès métastatiques, ils parcourent leur période avec rapidité, et sans exciter dans la partie qu’ils affectent aucun symptôme inflammatoire tranché ; quelquefois de la douleur, mais jamais ni rougeur, ni chaleur, rarement quelque tuméfaction, de sorte que, suivant la remarque de J.-L. Petit, ils accomplissent leur évolution d’un jour à l’autre et se montrent tout formés avant qu’aucune altération locale en ait fait soupçonner l’existence. S’ils donnent lieu parfois à quelques troubles fonctionnels, c’est en provoquant dans les tissus qui les renferment un travail inflammatoire qui peut se propager jusqu’aux membranes séreuses des cavités splanchniques.

Nous dirons peu de mots de l’Anatomie pathologique et des diverses théories de l’infection purulente ; ce serait sortir du cadre que nous nous sommes tracé, cet accident pouvant, à lui seul, faire l’objet d’une thèse.

Les foyers purulents circonscrits ou abcès métastatiques varient infiniment en nombre et en volume ; ils sont disséminés dans les tissus, éparpillés à la surface ou dans l’épaisseur des viscères. Les parties abondamment fournies de vaisseaux sont leur siège de prédilection ; aussi les rencontre-t-on principalement dans le poumon, le foie, la rate, etc. Ils passent par deux périodes : l’une de crudité, l’autre de ramollissement. Dans la première, chacun d’eux représente une petite masse ferme, à couleur brune, lui donnant l’aspect d’une ecchymose ou d’un épanchement sanguin, et qui fait tellement corps avec l’organe qui la supporte, qu’elle semble être le résultat d’une transformation de son parenchyme. La seconde période est caractérisée par le ramollissement, qui marche le plus souvent du centre à la circonférence, qui commence pourtant quelquefois aussi par un point de la circonférence, et envahit bientôt toute la petite masse morbide. La lésion est alors parvenue à son état parfait ; c’est un véritable abcès qui se présente avec les caractères de cette maladie, et qu’on a vu même circonscrit par des parois épaisses qui lui servent d’enveloppe ou de membrane pyogénique. On les rencontre plus fréquemment dans le poumon que partout ailleurs ; on les a confondus avec les tubercules dont ils diffèrent à beaucoup d’égards. Ils sont d’une couleur plus foncée et occupent la base du poumon, tandis que les tubercules se trouvent presque toujours au sommet. Ils sont profonds ou superficiels. Dans le foie, où les anciens les avaient surtout remarqués, ils commencent par des points très petits, durs, semblables d’abord à une ecchymose, ensuite grisâtres, puis jaunes, entourés d’une aréole verdâtre, et situés à la surface ou profondément, soit autour d’une grosse veine, soit dans la cavité même d’une veinule. Les abcès de la rate, des centres nerveux, des reins, du cœur, sont beaucoup plus rares. Enfin, on trouve presque toujours les veines et les vaisseaux lymphatiques qui proviennent de la plaie, enflammés dans une plus ou moins grande étendue, et remplis de matière purulente seule ou mélangée avec du sang.

L’Humorisme et le Solidisme ont été la base des différentes théories émises sur l’infection purulente. Le premier fournissait aux anciens une explication simple et satisfaisante dans la métastase ou transport de la matière purulente. Morgagni la présente comme une croyance généralement reçue de son temps. Lorsque J.-L. Petit cherche à se rendre compte de la rapidité avec laquelle se forment les abcès métastatiques, il est conduit à penser que cela tient à ce que le pus est tout formé dans le sang, puis va se déposer dans le foie et dans le poumon. Les écrits de Pinel, Bichat, Boyer, qui établirent le solidisme à l’École de Paris, renversèrent l’ancienne doctrine ; ils cherchèrent à prouver que les abcès intérieurs, attribués à tort au reflux de la matière purulente, sont les causes et non les effets de la suppression de la suppuration. Bien des auteurs, dès 1800, ont protesté contre les prétentions trop exclusives du solidisme, et les travaux contemporains ont abouti à nous ramener dans la voie des anciens, abandonnée un instant au commencement de ce siècle. Les dissentiments qui existent, touchant cette question, ne portent aucune atteinte au fait principal, c’est-à-dire à l’altération du sang par le pus ; c’est toujours là qu’il faut chercher l’origine des abcès métastatiques et de tous les autres désordres. Tessier, qui professait relativement à l’infection des idées toutes particulières, ne nie point cependant que le sang n’ait subi une altération profonde, et que cette altération ne soit le principe et le point de départ de toute maladie ; seulement, il croit que l’adultération du sang n’est point la conséquence de son mélange avec le pus fourni par la plaie, mais que ce liquide contracte une tendance à se transformer en pus sous l’influence de certaines circonstances particulières, dont la principale est l’entassement. Cette opinion est partagée par M. Gourdon, qui ne voit, dans cet accident, que la cessation pure et simple de la sécrétion purulente, par suite de l’altération du fluide normal ou du sang, qui ne suffit plus alors à fournir les éléments de cette sécrétion.

Le diagnostic de cette affection est parfois assez difficile ; une foule de symptômes peuvent manquer, les autres, être à peine saisissables. L’auscultation et la percussion donnent des signes le plus souvent nuls ou insignifiants.

Le pronostic est des plus fâcheux. — On a essayé, comme traitement, les purgatifs, les saignées, les sudorifiques, l’émétique à haute dose, le mercure en frictions et à l’intérieur ; rien n’a donné un heureux résultat. Il serait à désirer qu’une connaissance plus exacte des causes de cette altération permît d’en prévenir le développement. On doit donc se contenter de tenir les animaux à l’abri des causes susceptibles de produire en eux la prostration organique, l’affaissement des forces, de l’énergie, de la vitalité, comme peuvent le faire une mauvaise alimentation, un air froid, humide, malsain, des saignées intempestives, etc., etc.


GANGRÈNE TRAUMATIQUE


La gangrène est la mortification d’une partie circonscrite du corps, c’est-à-dire l’abolition parfaite du sentiment, du mouvement et de toute action organique dans cette partie. Divisée en sèche et en humide, la gangrène reconnaît des causes fort nombreuses, mais pouvant presque toutes être rangées dans un petit nombre de groupes : la cessation de la circulation et de l’action nerveuse, ou le contact d’agents délétères.

Les circonstances pouvant occasionner la cessation du cours du sang et de l’influx nerveux sont extrêmement variées. On y comprend : la compression par une ligature circulaire trop serrée, par l’appui prolongé du corps sur le sol, par l’étranglement résultant d’un état inflammatoire que la rigidité des tissus empêche de se développer ; l’emploi intempestif des réfrigérants et des narcotiques ; l’oblitération d’une artère principale ou la diminution de son volume, etc. La constitution atmosphérique où se trouve placé le sujet opéré à une influence non contestable sur l’apparition de la gangrène ; une température chaude et humide ; le souffle du vent du Sud ; des écuries insalubres, par défaut d’aération, par l’entassement des animaux sains ou malades, d’où l’émanation de miasmes simples ou morbides, viciant l’atmosphère, sont autant de circonstances qui favorisent cet accident. Un individu faible, débile, épuisé par une longue souffrance ou le défaut de nourriture, manquera de force de réaction et sera plus exposé à ses coups. Suivant Renault, la gangrène traumatique aurait pour principale cause le séjour du sang putréfié dans les plaies. Cette cause est vraie dans beaucoup de cas ; mais elle est souvent aidée par la présence d’infiltrations d’urine ou de matières excrémentielles qui favorisent le développement de principes délétères.

Les signes caractéristiques de la gangrène sont la perte de la sensibilité, du mouvement et de la chaleur naturelle ; un changement de couleur et de consistance plus ou moins manifeste ; un dégagement de gaz d’une odeur particulière. Ces symptômes offrent, suivant les circonstances, d’assez nombreuses variations. La cessation quelquefois lente et progressive, d’autres fois très rapide, des fonctions vitales, peut survenir sans que le malade en ait conscience ou bien être précédée de vives douleurs. La coloration des parties gangrenées est surtout variable, toujours noires dans la gangrène sèche, elles sont le plus souvent grisâtres, livides, moins foncées dans la gangrène humide. La consistance ne varie pas moins ; le plus souvent, les tissus gangrenés, perdant leur élasticité, sont gonflés, ramollis, faciles à écraser entre les doigts ou à déchirer, infiltrés de fluides putrides brunâtres, d’une saveur très âcre, suivant Vasalva, ou distendus par des gaz fétides dont l’odeur particulière décèle l’existence de la gangrène. Ces phénomènes appartiennent à la gangrène humide ; dans la gangrène sèche ils sont différents ; les parties mortifiées, racornies, resserrées sur elles-mêmes, sont dures, coriaces, et beaucoup moins fétides. Ces symptômes se modifient suivant l’altération qui a donné naissance à la gangrène et les organes qui en sont atteints. Produite par une inflammation très vive, la tuméfaction devient molle et empâtée ; la chaleur disparaît ; la couleur passe successivement du violacé, au brun et au noir ; il n’y a plus de sensibilité. Due à des principes délétères charbonneux ou virulents, ces symptômes sont très rapides et la gangrène acquiert tout son développement en un temps fort court. Quand elle est le résultat d’une interruption de la circulation, l’organe dans lequel le cours des fluides est interrompu devient d’abord le siège d’une inflammation vive ; la région se refroidit, s’empâte, perd sa sensibilité ; le poil et l’épiderme se détachent ; des phlyctènes, remplies d’un liquide trouble et fétide, se forment, et la gangrène s’empare définitivement de la partie.

Outre ces divers phénomènes locaux, la gangrène s’accompagne encore de symptômes généraux qui sont à peu près ceux des affections charbonneuses, et de toutes les maladies dues à un empoisonnement miasmatique : pouls faible, puis insensible ; gêne de la respiration ; soif extrême ; sueurs froides et visqueuses ; coloration noire des urines ; fétidité des excrétions ; convulsions ; perte des forces vitales et mort. Ces phénomènes sont dus à l’absorption des principes putrides développés dans la partie gangrenée ; c’est pourquoi ils ne s’observent que dans la gangrène humide, et sont d’autant plus à redouter que celle-ci se propage sur une plus grande étendue. Lorsque la mort ne survient pas par suite des progrès incessants de la mortification et de l’infection générale qui en est la conséquence, une ligne de démarcation s’établit entre les tissus vivants et la partie gangrenée, et il se fait autour de celle-ci, comme autour d’un corps étranger, un travail d’élimination qui finit par en débarrasser l’économie. Il se forme autour de l’eschare gangréneuse une zone inflammatoire, sur laquelle apparaît une nouvelle mortification ; elle se couvre de phlyctènes brunâtres, devient douloureuse, s’engorge, prend un caractère œdémateux qui s’étend au loin. Quand la terminaison doit être favorable, la suppuration s’établit entre les parties mortifiées et les parties vives ; il se forme de petites solutions de continuité qui finissent par se joindre et par entourer l’eschare gangréneuse. Pendant que ce travail de séparation s’opère, il se produit une sécrétion de lymphe plastique, et lorsque la partie mortifiée tombe, il reste une plaie plus ou moins excavée, suivant la perte de substance qu’a entraînée la gangrène et couverte d’une membrane pyogénique, comme toutes les plaies en suppuration. Le temps nécessaire à la séparation complète de l’eschare varie suivant la constitution de l’individu et la nature des parties.

Le diagnostic est assez facile. Un caractère infaillible, c’est l’apparition des phlyctènes, de la putréfaction et l’odeur sui generis de la gangrène. — Le pronostic est presque toujours fâcheux.

La gangrène ne peut être en elle-même l’objet d’un traitement curatif quelconque, les parties mortes ne pouvant revenir à la vie. On ne peut donc faire usage, à son égard, que d’un traitement préservatif, ayant pour objet, soit d’en prévenir le développement, soit d’arrêter ses progrès et de combattre les divers phénomènes qui l’accompagnent, soit d’aider à la séparation des parties mortifiées.

Pour prévenir l’apparition de la gangrène, on ne peut suivre une méthode exclusive ; on doit recourir, suivant les circonstances, soit aux antiphlogistiques, soit aux toniques et aux excitants. Les premiers seront bien indiqués dans les engorgements franchement inflammatoires ; on emploiera les émollients, les émissions sanguines, locales, générales, la diète et les autres antiphlogistiques en usage. Mais si les parties enflammées et menacées de gangrène sont atteintes de maladies asthéniques, d’œdèmes, d’ecchymoses, il faut, au contraire, rappeler la vitalité sur les parties malades par des lotions aromatiques, des topiques toniques, spiritueux, astringents. Si l’on vient à faire une compression circulaire, elle devra être accompagnée de l’administration à l’intérieur de médicaments toniques et diffusibles propres à rappeler l’activité de la circulation. Indépendamment des soins généraux, il convient d’éloigner tout ce qui pourrait devenir cause provocatrice. Ainsi, on évitera de laisser séjourner, dans les plaies exposées au contact de l’air, du sang qui pourrait s’y corrompre. Dans un cas de contusion, on arrêtera les symptômes inflammatoires par les réfrigérants, les astringents, etc., etc.

La cautérisation locale est le moyen le plus efficace pour prévenir la gangrène, lorsqu’on craint son développement par suite de la présence d’un principe putride, virulent ou venimeux. On ajoute à ce moyen l’emploi à l’intérieur de médicaments propres à favoriser le rejet, par les différents émonctoires de l’économie, des principes délétères mêlés aux fluides vivants ; on administre, en outre, les aromatiques, les diffusibles, pour provoquer une réaction salutaire. Si autour d’une partie gangrenée se montre un engorgement mou, pâteux, peu douloureux, indice d’un défaut de réaction, on doit employer des toniques, des excitants locaux et généraux, aidés d’une bonne alimentation. Les scarifications ne sont utiles que dans le cas où l’on ouvrirait des foyers remplis de matières purulentes fétides ; dans le cas contraire, on pourrait accroître l’irritation ou provoquer des hémorrhagies.

La troisième indication à remplir par le praticien consiste à aider à la séparation des eschares gangréneuses ou a en opérer l’élimination si les seuls efforts de la nature ne peuvent suffire. Lorsque l’inflammation éliminatrice s’établit avec facilité et se soutient régulièrement, on se borne à des pansements simples avec des étoupes sèches. Si l’inflammation locale est vive, on la modère par des applications émollientes ; si, au contraire, les tissus qui entourent l’eschare sont pâles, livides, œdémateux, donnent une suppuration fétide, on a recours aux digestifs animés, au camphre, aux poudres aromatiques, aux lotions de chlorure de soude ou de chaux, tout en soutenant les forces générales par des breuvages toniques, amers, par un bon régime, utile surtout lorsque le malade a été affaibli par une suppuration abondante. On doit, à chaque pansement, enlever les eschares en exerçant de légères tractions et faire la résection des parties détachées. Il est des cas cependant où l’on doit retarder la chute des eschares, c’est lorsqu’on a à craindre des hémorragies. L’amputation est quelquefois indiquée lorsque la guérison est douteuse.


TÉTANOS TRAUMATIQUE


Le tétanos est une maladie caractérisée par la contraction douloureuse, permanente, avec des redoublements convulsifs, des muscles soumis à l’empire de la volonté. Il peut naître spontanément ou se présenter comme accident des plaies. Il attaque une partie ou la presque totalité des muscles volontaires, et on le désigne sous le nom de trismus, quand il est borné aux muscles élévateurs de la mâchoire inférieure.

Il est certaines contrées du globe où la maladie présente une grande fréquence et où les causes les plus légères donnent lieu à une attaque de tétanos. Toutes les plaies peuvent en être la source. Les blessures qui y exposent le plus sont celles des membres, principalement celles qui atteignent les articulations, celles dans lesquelles les tendons et les nerfs sont déchirés, les plaies à lambeaux, les morsures, les déchirures, les écrasements, les fractures comminutives ou compliquées de plaies. Il apparaît le plus souvent, dans notre médecine, à la suite de la castration ; aussi nous occupera-t-il exclusivement à ce point de vue. — L’âge des animaux, leur état particulier au moment de l’opération, n’ont pas d’influence sensible sur le développement de cette redoutable affection. La douleur très vive qu’éprouve l’animal ne paraît pas davantage contribuer à la faire naître. La même incertitude règne quant à l’influence supposée que tel procédé de castration aurait d’y prédisposer particulièrement les sujets opérés. On a prétendu, mais à tort, que la castration par la cautérisation mettait plus complétement les animaux à l’abri de cet accident que les autres méthodes. Végèce nous apprend que c’est précisément à la suite de l’application de ce mode opératoire que le tétanos, comme accident de la castration, a été signalé pour la première fois ; et, en Amérique, où l’on châtre à peu près uniquement par le feu, on le voit se développer si fréquemment que les animaux sauvés de la castration y augmentent considérablement de prix. — Une cause de tétanos beaucoup plus réelle, et sur laquelle tous les auteurs s’accordent, ce sont les refroidissements subits, les changements brusques de température auxquels l’animal peut se trouver exposé en passant sans transition d’un lieu chaud à un lieu plus froid ; en restant dans son écurie, près d’une porte ou d’une fenêtre, soumis à un courant d’air ; pendant une promenade à la pluie ou par un temps froid. Les bains d’eau de rivière, les mouvements désordonnés du sujet opéré, les contusions, des contraintes qu’il peut subir, l’influence épidémique du lieu, peuvent aussi être autant de causes provocatrices.

Le moment de l’apparition du tétanos consécutif à la castration est assez variable. Il se montre généralement du huitième au quinzième jour, quelquefois plus tard. Les symptômes sont les mêmes pour tout tétanos traumatique. Le mal se déclare tout à coup, alors que l’on croit l’animal guéri, et ne tarde pas à offrir les symptômes les plus graves. Il commence presque toujours par le trismus ou contraction des muscles des mâchoires, et la raideur se propage ensuite successivement aux muscles du cou, du tronc, des membres. La physionomie offre un aspect étrange, tout à fait caractéristique. Les yeux fixes et brillants, très ouverts, ont la cornée recouverte par le corps clignotant ; les oreilles sont droites, les narines dilatées, la bouche serrée ; la tête est haute ; la queue est relevée, presque horizontale. La raideur, augmentant toujours, finit par rendre tout mouvement impossible ; l’animal ne peut plus se porter ni en avant ni en arrière, ni exécuter aucune flexion ; si on le force à se déplacer, il se meut tout d’une pièce, reste debout tant que ses forces le lui permettent ; mais au bout de vingt-quatre, trente-six, quarante-huit heures et même davantage, il finit par se laisser tomber et ne peut plus se relever. Par suite de la contraction des muscles costaux, le mouvement respiratoire se trouve suspendu, la respiration devient courte, difficile, anxieuse, et l’animal, au bout de deux ou trois jours, succombe par asphyxie. Du côté de la plaie, la suppuration s’arrête dès que les symptômes tétaniques sont près de se déclarer. On n’y observe, habituellement, ni engorgement, ni œdème ; la cicatrisation ne se fait que d’une manière incomplète, et l’extrémité du cordon est à peine douloureuse.

Le tétanos de castration offre d’autant plus de danger qu’il s’est déclaré plus promptement, que le trismus est plus complet. Il offre plus de chances de guérison quand sa durée se prolonge, quand il paraît s’arrêter dans ses progrès. À l’autopsie des animaux morts du tétanos on ne trouve rien qui puisse en révéler la nature réelle. Les cordons testiculaires portent encore la trace de l’inflammation dont ils ont été le siège ; la plaie est plus ou moins sèche ; dans le reste du corps, on voit des ecchymoses, des infiltrations, des dépôts de sang noir non coagulés, signes de l’état apoplectique qui a été cause de la mort, mais sans aucune autre altération sensible de tissu » (M. Gourdon, Traité de castration).

Le traitement du tétanos se ressent de l’incertitude qui règne et régnera probablement encore longtemps sur la nature de la maladie. On ne connaît aujourd’hui aucun moyen de le combattre avec efficacité ; et, comme il arrive toujours pour les maladies d’une guérison difficile, une multitude de médicaments ont été proposés contre celle qui nous occupe. Le camphre, l’opium et ses dérivés, la belladone, la stramoine, les anesthésiques, tous les modificateurs, en un mot, du système nerveux, ont été essayés, de même que les antiphlogistiques, les saignées, les purgatifs et d’autres encore.

De nos jours, les injections de chlorhydrate de morphine, le dépôt sur la langue de quelques centigrammes de cyanure de potassium, à doses journellement croissantes, ont produit d’assez bons résultats. On ne peut toutefois rien conclure sur l’efficacité des médicaments employés, car on a vu des cures parfois très surprenantes produites par des causes en elles-mêmes insignifiantes. Un auteur rapporte l’exemple d’un cheval guéri du tétanos par l’administration d’un lavement donné avec de l’eau bouillante, au lieu d’eau tiède prescrite par le vétérinaire.

Entre tous ces remèdes, si nous avions à en recommander un, dit M. Gourdon, nous donnerions la préférence aux bains de vapeur répétés, aux transpirations excessives produites en recouvrant les malades avec de grandes couvertures de laine, soutenues sur la peau par une couche de paille ou de foin dans les interstices de laquelle peut circuler la vapeur d’un vase d’eau bouillante, placée sous le ventre. Ce moyen, complété par des frictions sèches et répété plusieurs fois par jour, jusqu’à ce que se produise la détente des muscles, est celui qui, jusqu’à présent, paraît avoir été suivi des meilleurs résultats, bien que souvent aussi, comme les autres, il ait échoué.

En somme, le tétanos est une maladie d’une guérison toujours douteuse, quel que soit le traitement qu’on lui oppose. De là, l’utilité absolue, pour soustraire les animaux opérés à cette redoutable complication, des soins préventifs puisés tout entiers dans la connaissance des causes. Quand, malgré toutes les précautions, la maladie se déclare, on peut encore en espérer la guérison si elle tarde à se développer et si elle marche avec lenteur. Mais chez les chevaux pris du tétanos sept à huit jours après l’opération il n’y a rien à espérer ; la mort arrive en moins de deux ou trois jours et tout traitement est inutile.

Nous voyons, par l’exposé qui précède, que le développement des accidents consécutifs reconnaît généralement le concours des mêmes causes ; que ces causes sont : les unes inhérentes à l’individu, les autres fournies par l’état atmosphérique enveloppant le sujet opéré.

Or, pour plusieurs de ces complications, la thérapeutique étant loin de fournir les moyens de les combattre avec efficacité, il convient au praticien de porter une attention soutenue sur l’état individuel du malade, sur sa constitution, son idiosyncrasie ; sur l’état de l’atmosphère, des milieux ambiants, des conditions hygiéniques où il se trouve placé, afin de pouvoir, par une hygiène et un traitement prophylactique bien entendus, en prévenir le développement, puisqu’il ne peut se reposer, d’une manière certaine, sur le secours de la pharmacie.

J. C.