Adieu !

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ADIEU


Air : T’en souviens-tu ? ou Air nouveau de M. L. Abadie.


France, je meurs, je meurs ; tout me l’annonce.
Mère adorée, adieu. Que ton saint nom
Soit le dernier que ma bouche prononce.
Aucun Français t’aima-t-il plus ? Oh ! non.
Je t’ai chantée avant de savoir lire,
Et quand la Mort me tient sous son épieu,
En te chantant mon dernier souffle expire.
À tant d’amour donne une larme. Adieu !


Lorsque dix rois, dans leur triomphe impie,
Poussaient leurs chars sur ton corps mutilé,
De leurs bandeaux j’ai fait de la charpie
Pour ta blessure, où mon baume a roulé.
Le ciel rendit ta ruine féconde ;
De te bénir les siècles auront lieu ;
Car ta pensée ensemence le monde.
L’Égalité fera sa gerbe. Adieu !

Demi-couché je me vois dans la tombe.
Ah ! viens en aide à tous ceux que j’aimais.
Tu le dois, France, à la pauvre colombe
Qui dans ton champ ne butina jamais.
Pour qu’à tes fils arrive ma prière.
Lorsque déjà j’entends la voix de Dieu.
De mon tombeau j’ai soutenu la pierre.
Mon bras se lasse ; elle retombe. Adieu !