Mozilla.svg

Poésies de Schiller/Adieux d’Hector

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 182-183).



ADIEUX D’HECTOR.


ANDROMAQUE.

Hector veut-il donc à tout jamais s’éloigner de moi, veut-il s’en aller aux lieux où Achille d’une main inexorable offre à Patrocle un sacrifice terrible ? Qui donc enseignera désormais à ton fils à lancer le javelot, à honorer les Dieux, si tu tombes dans le sombre empire de Pluton ?


HECTOR.

Chère femme, arrête le cours de tes larmes. Mes désirs ardents m’entraînent sur le champ de bataille ; il faut que ce bras soutienne Pergame, il faut que je tombe, en combattant pour le sanctuaire des Dieux, et que, sauveur de la patrie, je descende sur les rives du Styx.


ANDROMAQUE.

Plus jamais je n’entendrai le son de tes armes : ta lance restera oisive dans ta demeure, et c’en est fait de la race héroïque de Priam : tu veux t’en aller là où nulle lumière n’apparaît, où le Cocyte gémit dans les champs déserts. Tu veux noyer ton amour dans le Léthé.


HECTOR.

Je veux plonger dans le Léthé tous mes désirs, toutes mes pensées, mais non pas mon amour. Écoute : notre ennemi farouche fait entendre sa voix au pied de nos remparts : ceins-moi mon glaive ; subjugue ta douleur : l’amour d’Hector ne mourra pas.