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Poésies de Schiller/Le Philosophe égoïste

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Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 184).



LE PHILOSOPHE ÉGOÏSTE.


As-tu vu l’enfant, ignorant encore de l’amour qui le réchauffe et le berce, et dormant tantôt sur un bras, tantôt sur un autre, jusqu’à ce que l’ardeur de la passion éveille le jeune homme, et que tout à coup le monde se révèle à lui avec le sentiment de son existence ?

As-tu vu la mère lorsqu’elle veille sur le repos de son enfant, lorsqu’elle achète, par la privation de son propre sommeil, le sommeil de son bien-aimé, qu’elle s’inquiète des rêves qu’il fait, qu’elle alimente de sa vie cette vie tremblante, et ne se paye de ses sollicitudes que par d’autres sollicitudes ?

Et tu blasphèmes cette grande nature qui, sous l’image d’un enfant et sous celle d’une mère, tantôt reçoit et tantôt donne, et ne subsiste que par le besoin ! Tu veux te suffire à toi-même, te soustraire à cette noble chaîne, qui unit dans une douce confiance la créature à la créature. Tu veux, pauvre être, rester seul, uniquement seul, quand l’infini même ne se compose que de l’échange des forces.