Adresse à messieurs nos abonnés pour la nouvelle année

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ADRESSE
À MESSIEURS NOS ABONNÉS,
POUR LA NOUVELLE ANNÉE
1835.


Le tems qui dans son vol emporte les années,
Et de tant de mortels tranche les destinées,
À chacun des humains retranche dans ce jour
Douze mois d’existence effacés sans retour.
Et l’on se réjouit et l’on se félicite !
Quand vers l’éternité le tems nous précipite !
Hélas ! dans la saison qui vient de s’écouler,
Combien de pleurs amers nous avons vu couler !
N’a-t-on pas vu grand Dieu ! ce fléau si terrible
Dépeupler nos Cités par son aspect horrible ?
Ce Monstre sans pitié, ministre de la mort,
Qui de tant de mortels a terminé le sort,
En passant par l’Irlande, à travers l’onde amère,
Vint pour nous accabler, des confins de la terre.
Il attaque en tous lieux et le faible et le fort
Et porte dans les cœurs l’épouvante et la mort,

Combien de fois vit-on sa fureur meurtrière
Se plaire à dévorer une famille entière ?
Dans ce jour où chacun court présenter ses vœux
Aux amis qu’en son cœur il craint de voir heureux,
Souvent le toit désert d’un ami véritable
Fera naître un soupir sur son sort déplorable.
En vain l’on cherchera ce regard gracieux,
Qui d’un sincère ami flatte si fort les yeux.
Ces habitans naguère, animés par la joie,
Du monstre dévorant sont devenus la proie.
À peine douze mois se sont-ils écoulés,
Depuis que sous ce toit, des amis assemblés,
Et de leur joyeux hôte environnant la table
S’abreuvaient à longs traits d’un nectar délectable :
Son épouse charmante ajoutait au plaisir
Et du bonheur de tous elle semblait jouir…
Ces hôtes si chéris sont morts dans la même heure
Et n’ont plus aujourd’hui qu’un tombeau pour demeure.
… Mais je m’arrête ici, car si j’en crois mon ton,
Au lieu de compliments, je débite un sermon.
Pardonne-moi, lecteur, car mon âme froissée

Guidait ma triste plume et forçait ma pensée.
Je vais changeant de ton, de langage et d’objet,
Ramener les esprits à mon premier sujet.
Le premier jour de l’an !… puisse ce jour de fête
Procurer à chacun tout ce qu’on lui souhaite ;
Puissent les vœux formés pour le commun bonheur
Être pleins de franchise, et dictés par le cœur !
Mais de l’esprit humain duplicité coupable !
Combien tu pervertis cette coutume aimable !
Ce jour si solennel, jadis si vénéré,
N’est que trop au mensonge aujourd’hui consacré.
Cet ami prétendu, qui vient d’un air aimable
Vous présenter ses vœux pour un bonheur durable,
Tourmenté du démon de la rivalité,
Déteste dans son cœur votre prospérité ;
Cet autre, à l’air ouvert, à la mine empressée
Prend le mensonge en croupe, en faisant sa tournée.
Lecteur si j’ai montré la triste vérité,
Vous n’en croirez pas moins à ma sincérité,

Lorsque l’Impartial de sa reconnaissance
Vient, dans mes faibles vers, vous donner l’assurance.
Vous qui pour ce journal fûtes si généreux,
C’est à vous qu’en ce jour, nous présentons nos vœux.
Puissiez-vous un jour content de votre ouvrage,
Dire voilà le fruit de notre patronage.
Puisse chacun de vous satisfait de son sort,
Après un doux voyage, arriver à bon port.
Puissiez vous toujours malgré la noire envie,
Jouir des agréments qui charment notre vie.
Permets qu’en terminant, j’ajoute, cher lecteur,
L’ardent vœu que j’émets du profond de mon cœur :
Puisse le Canada, libre, heureux et tranquille,
Écarter de son sein la discorde civile.

Anonyme