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Angelo, tyran de Padoue

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Oeuvres complètes, Texte établi par G. SimonLibrairie OllendorffIII (p. 139-220).

Dans l’état où sont aujourd’hui toutes ces questions profondes qui touchent aux racines mêmes de la société, il semblait depuis longtemps à l’auteur de ce drame qu’il pourrait y avoir utilité et grandeur à développer sur le théâtre quelque chose de pareil à l’idée que voici.

Mettre en présence, dans une action toute résultante du cœur, deux graves et douloureuses figures, la femme dans la société, la femme hors de la société ; c’est-à-dire, en deux types vivants, toutes les femmes, toute la femme. Montrer ces deux femmes, qui résument tout en elles, généreuses souvent, malheureuses toujours. Défendre l’une contre le despotisme, l’autre contre le mépris. Enseigner à quelles épreuves résiste la vertu de l’une, à quelles larmes se lave la souillure de l’autre. Rendre la faute à qui est la faute, c’est-à-dire à l’homme, qui est fort, et au fait social, qui est absurde. Faire vaincre dans ces deux âmes choisies les ressentiments de la femme par la piété de la fille, l’amour d’un amant par l’amour d’une mère, la haine par le dévouement, la passion par le devoir. En regard de ces deux femmes ainsi faites poser deux hommes, le mari et l’amant, le souverain et le proscrit, et résumer en eux par mille développements secondaires toutes les relations régulières et irrégulières que l’homme peut avoir avec la femme d’une part, et la société de l’autre. Et puis, au bas de ce groupe qui jouit, qui possède et qui qui souffre, tantôt sombre, tantôt rayonnant, ne pas oublier l’envieux, ce témoin fatal, qui est toujours là, que la providence aposte au bas de toutes les sociétés, de toutes les hiérarchies, de toutes les prospérités, de toutes les passions humaines ; éternel ennemi de tout ce qui est en haut ; changeant de forme selon le temps et le lieu, mais au fond toujours le même ; espion à Venise, eunuque à Constantinople, pamphlétaire à Paris. Placer donc comme la providence le place, dans l’ombre, grinçant des dents à tous les sourires, ce misérable intelligent et perdu qui ne peut que nuire, car toutes les portes que son amour trouve fermées, sa vengeance les trouve ouvertes. Enfin, au-dessus de ces trois hommes, entre ces deux femmes poser comme un lien, comme un symbole, comme un intercesseur, comme un conseiller, le dieu mort sur la croix. Clouer toute cette souffrance humaine au revers du crucifix.

Puis, de tout ceci ainsi posé, faire un drame ; pas tout à fait royal, de peur que la possibilité de l’application ne disparût dans la grandeur des proportions ; pas tout à fait bourgeois, de peur que la petitesse des personnages ne nuisît à l’ampleur de l’idée ; mais princier et domestique ; princier, parce qu’il faut que le drame soit grand ; domestique, parce qu’il faut que le drame soit vrai. Mêler dans cette œuvre, pour satisfaire ce besoin de l’esprit qui veut toujours sentir le passé dans le présent et le présent dans le passé, à l’élément éternel l’élément humain, à l’élément social, un élément historique. Peindre, chemin faisant, à l’occasion de cette idée, non seulement l’homme et la femme, non seulement ces deux femmes et ces trois hommes, mais tout un siècle, tout un climat, toute une civilisation, tout un peuple. Dresser sur cette pensée, d’après les données spéciales de l’histoire, une aventure tellement simple et vraie, si bien vivante, si bien palpitante, si bien réel, qu’aux yeux de la foule elle pût cacher l’idée elle-même comme la chair cache l’os.

Voilà ce que l’auteur de ce drame a tenté de faire. Il n’a qu’un regret, c’est c’est que cette pensée ne soit pas venue à un meilleur que lui.

Aujourd’hui, en présence d’un succès dû évidement à cette pensée et qui a dépassé toutes ses espérances, il sent le besoin d’expliquer son idée entière à cette foule sympathique et éclairée qui s’amoncelle chaque soir devant son ivre avec une curiosité pleine de responsabilité pour lui.

On ne saurait trop le réduire, pour quiconque a médité sur les besoins de la société, auxquels doivent toujours correspondre les tentatives de l’art, aujourd’hui plus que jamais le théâtre est un lieu d’enseignement. Le drame, comme l’auteur de cet ouvrage le voudrait faire, et comme le pourrait faire un homme de génie, doit donner à la foule une philosophie, aux idées une explication désintéressée, aux âmes altérées un breuvage, aux plaies secrètes un baume, à chacun un conseil, à tous une loi.

Il va sans dire que les conditions de l’art doivent être d’abord et en tout remplies. La curiosité, l’intérêt, l’amusement, le rire, les larmes, l’observation perpétuelle de tout ce qui est nature, l’enveloppe merveilleuse du style, le drame doit avoir tout cela, sans quoi il ne serait pas le drame ; mais pour être complet, il faut qu’il ait aussi la volonté d’enseigner, en même temps qu’il a la volonté de plaire. Laissez-vous charmer par le drame, mais que caleçon soit dedans, et qu’on puisse toujours l’y retrouver quand on voudra disséquer cette belle chose vivante, si ravissante, si poétique, si passionnée, si magnifiquement vêtue d’or, de soie et de velours. Dans le plus beau drame, il doit toujours y avoir une idée sévère, comme dans la plus belle femme il y a un squelette.

L’auteur ne se dissimule, comme on voit, aucun des devoirs austères du poète dramatique. Il essaiera peut-être quelque jour, dans un ouvrage spécial, d’expliquer en détail c qu’il a voulu faire dans chacun des divers drames qu’il a donnés depuis sept ans. En présence d’une tâche aussi immense que celle du théâtre au dix-neuvième siècle, il sent son insuffisance profonde, mais il n’en persévérera pas moins dans l’œuvre qu’il a commencée. Si peu de chose qu’il soit, comment reculerait-il, encouragé qu’il est par l’adhésion des esprits d’élite, par l’applaudissement de la foule, par la loyale sympathie de tout ce qu’il y a aujourd’hui dans la critique d’hommes éminents et écoutés ? Il continuera donc fermement ; et, chaque fois qu’il croira nécessaire de faire bien voir à tous, dans ses moindres détails, une idée utile, une idée sociale, une idée humaine, il posera le théâtre dessus comme un verre grossissant.

Au siècle où nous vivons, l’horizon de l’art est bien élargi. Autrefois le poète disait : le public ; aujourd’hui le poète dit : le peuple.

7 mai 1835.


PERSONNAGES


ANGELO MALIPIERI, podesta.
CATARINA BRAGADINI.
LA TISBE.
RODOLFO.
HOMODEI.
ANAFESTO GALEOFA.
ORDELAFO.
ORFEO.
GABOARDO.
REGINELLA.
DAFNE.
Un Page noir.
Un Guetteur de nuit.
Un Huissier.
Le Doyen de Saint-Antoine de Padoue.
L’Archiprêtre.
 

Padoue, 1549. — Francisco Donato étant doge.
ANGELO

ACTE PREMIER.

LA CLEF.

Un jardin illuminé pour une fête de nuit. À droite, un palais plein de musique et de lumière, avec une porte sur le jardin et une galerie en arcades au rez-de-chaussée, où l’on voit circuler les gens de la fête. Vers la porte, un banc de pierre. À gauche, un autre banc sur lequel on distingue dans l’ombre un homme endormi. Au fond, au-dessus des arbres, la silhouette noire de Padoue au seizième siècle, sur un ciel clair. Vers la fin de l’acte, le jour paraît.



Scène PREMIÈRE.

LA TISBE, riche costume de fête ; ANGELO MALIPIERl, la veste ducale, l’étole d’or ; HOMODEI, endormi, longue robe de laine brune fermée par devant, Haut-de-chausses rouge, une guitare à côté de lui.



LA TISBE.

Oui, vous êtes le maître ici, monseigneur, vous êtes le magnifique podesta, vous avez droit de vie et de mort, toute puissance, toute liberté. Vous êtes envoyé de Venise, et partout où l’on vous voit il semble qu’on voit la face et la majesté de cette république. Quand vous passez dans une rue, monseigneur, les fenêtres se ferment, les passants s’esquivent, et tout le dedans des maisons tremble. Hélas ! ces pauvres padouans n’ont guère l’attitude plus fière et plus rassurée devant vous que s’ils étaient les gens de Constantinople, et vous le Turc. Oui, cela est ainsi. Ah ! j’ai été à Brescia. C’est autre chose. Venise n’oserait pas traiter Brescia comme elle traite Padoue. Brescia se défendrait. Quand le bras de Venise frappe, Brescia mord, Padoue lèche. C’est une honte. Eh bien, quoique vous soyez ici le maître de tout le monde, et que vous prétendiez être le mien, écoutez-moi, monseigneur, je vais vous dire la vérité, moi. Pas sur les affaires d’état, n’ayez pas peur, mais sur les vôtres. Eh bien, oui, je vous le dis, vous êtes un homme étrange, je ne comprends rien à vous, vous êtes amoureux de moi et vous êtes jaloux de votre femme !


ANGELO

Je suis jaloux aussi de vous, madame.


LA TISBE.

Ah, mon Dieu ! vous n’avez pas besoin de me le dire. Et pourtant vous n’en avez pas le droit, car je ne vous appartiens pas. Je passe ici pour votre maîtresse, pour votre toute-puissante maîtresse, mais je ne la suis point, vous le savez bien.


ANGELO

Cette fête est magnifique, madame.


LA TISBE.

Ah ! je ne suis qu’une pauvre comédienne de théâtre, on me permet de donner des fêtes aux sénateurs, je tâche d’amuser notre maître, mais cela ne me réussit guère aujourd’hui. Votre visage est plus sombre que mon masque n’est noir. J’ai beau prodiguer les lampes et les flambeaux, l’ombre reste sur votre front. Ce que je vous donne en musique, vous ne me le rendez pas en gaîté, monseigneur. — Allons, riez donc un peu.


ANGELO.

Oui, je ris. — Ne m’avez-vous pas dit que c’était votre frère, ce jeune homme qui est arrivé avec vous à Padoue.



LA TISBE.

Oui. Après.?


ANGELO.

Vous lui avez parlé tout à l’heure. Quel est donc cet autre avec qui il était ?


LA TISBE.

C’est son ami. Un vicentin nommé Anatesto Galeofa.


ANGELO.

Et comment s’appelle-t-il, vofre frère ?


LA TISBE.

Rodolfo, monseigneur, Rodolfo. Je vous ai déjà expliqué tout cela vingt lois. Est-ce que vous n’avez rien de plus gracieux à me dire ?


ANGELO.

Pardon, Tisbe, je ne vous ferai plus de questions. Savez-vous que vous avez joué hier la Rosmonda d’une grâce merveilleuse, que cette ville est bien heureuse de vous avoir, et que toute l’Italie qui vous admire, Tisbe, envie ces padouans que vous plaignez tant? Ah ! toute cette foule qui vous applaudit m’importune. Je meurs de jalousie quand je vous vois si belle pour tant de regards. Ah, Tisbe ! — Qu’est-ce donc que cet homme masqué à qui vous avez parlé ce soir entre deux portes ?


LA TISBE.

Pardon, Tisbe, je ne vous ferai plus de questions. — C’est fort bien. Cet homme, monseigneur, c’est Virgilio Tasca.


ANGELO.

Mon lieutenant ?


LA TISBE.

Votre sbire.


ANGELO.

Et que lui vouliez-vous ?


LA TISBE

Vous seriez bien attrapé, s’il ne me plaisait pas de vous le dire.


ANGELO.

Tisbe !...


LA TISBE.

Non, tenez, je suis bonne, voilà l’histoire. Vous savez qui je suis, rien, une fille du peuple, une comédienne, une chose que vous caressez aujourd’hui et que vous briserez demain. Toujours en jouant. Eh bien ! si peu que je sois, j’ai eu une mère. Savez-vous ce que c’est que d’avoir une mère ? en avez-vous eu une, vous ? savez-vous ce que c’est que d’être enfant, pauvre enfant, faible, nu, misérable, affamé, seul au monde, et de sentir que vous avez auprès de vous, autour de vous, au-dessus de vous, marchant quand vous marchez, s’arrêtant quand vous vous arrêtez, souriant quand vous pleurez, une femme... — non, on ne sait pas encore que c’est une femme, — un ange qui est là, qui vous regarde, qui vous apprend à parler, qui vous apprend à rire, qui vous apprend à aimer ! qui réchauffe vos doigts dans ses mains, votre corps dans ses genoux, votre âme dans son cœur ! qui vous donne son lait quand vous êtes petit, son pain quand vous êtes grand, sa vie toujours ! à qui vous dites ma mère ! et qui vous dit mon enfant ! d’une manière si douce que ces deux mots-là réjouissent Dieu ! — Eh bien ! j’avais une mère comme cela, moi. C’était une pauvre femme sans mari , qui chantait des chansons morlaques dans les places publiques de Brescia. J’allais avec elle. On nous jetait quelque monnaie. C’est ainsi que j’ai commencé. Ma mère se tenait d’habitude au pied de la statue de Gatta-Melata. Un jour, il paraît que dans la chanson qu’elle chantait sans y rien comprendre il y avait quelque rime offensante pour la seigneurie de Venise, ce qui faisait rire autour de nous les gens d’un ambassadeur. Un sénateur passa. Il regarda, il entendit, et dit au capitaine-grand qui le suivait : À la potence cette femme ! Dans l’état de Venise, c’est bientôt fait. Ma mère fut saisie sur-le-champ. Elle ne dit rien, à quoi bon ? m’embrassa avec une grosse larme qui tomba sur mon front, prit son crucifix et se laissa garrotter. Je le vois encore, ce crucifix. En cuivre poli. Mon nom, Tishe, est grossièrement écrit au bas avec la pointe d’un stylet. Moi, j’avais seize ans alors, je regardais ces gens lier ma mère, sans pouvoir parler, ni crier, ni pleurer, immobile, glacée, morte, comme dans un rêve. La foule se taisait aussi. Mais il y avait avec le sénateur une jeune fille qu’il tenait par la main, sa fille sans doute, qui s’émut de pitié tout à coup. Une belle jeune fille, monseigneur. La pauvre enfant ! elle se jeta aux pieds du sénateur, elle pleura tant, et des larmes si suppliantes et avec de si beaux yeux, qu’elle obtint la grâce de ma mère. Oui, monseigneur. Quand ma mère fut déliée, elle prit son crucifix, — ma mère, — et le donna à la belle enfant en lui disant : Madame, gardez ce crucifix, il vous portera bonheur. Depuis ce temps, ma mère est morte, sainte femme ; moi je suis devenue riche, et je voudrais revoir cette enfant, cet ange qui a sauvé ma mère. Qui sait ? elle est femme maintenant, et par conséquent malheureuse. Elle a peut-être besoin de moi à son tour. Dans toutes les villes où je vais, je fais venir le sbire, le barigel, l’homme de police, je lui conte l’aventure, et à celui qui trouvera la femme que je cherche je donnerai dix mille sequins d’or. Voilà pourquoi j’ai parlé tout à l’heure entre deux portes à votre barigel Virgilio Tasca. Êtes-vous content ?


ANGELO.

Dix mille sequins d’or ! Mais que donnerez-vous à la femme elle-même, quand vous la retrouverez ?


LA TISBE.

Ma vie, si elle veut.


ANGELO.

Mais à quoi la reconnaîtrez-vous ?


LA TISBE.

Au crucifix de ma mère.


ANGELO.

Bah ! elle l’aura perdu.


LA TISBE.

Oh non ! on ne perd pas ce qu’on a gagné ainsi.


ANGELO, apercevant Homodei.

Madame ! madame ! il y a un homme là ! savez-vous qu’il y a un homme là ? qu’est-ce que c’est que cet homme ?


LA TISBE, éclatant de rire.

Hé, mon Dieu ! oui, je sais qu’il y a un homme là, et qui dort, encore ! et d’un bon sommeil ! N’allez-vous pas vous effaroucher aussi de celui-là ? c’est mon pauvre Homodei.


ANGELO.

Homodei ! qu’est-ce que c’est que cela, Homodei ?


LA TISBE.

Cela, Homodei, c’est un homme, monseigneur, comme ceci, la Tisbe, c’est une femme. Homodei, monseigneur, c’est un joueur de guitare que monsieur le primicier de Saint-Marc, qui est fort de mes amis, m’a adressé dernièrement avec une lettre, que je vous montrerai, vilain jaloux ! et même à la lettre était joint un présent.


ANGELO.

Comment ?


LA TISBE

Oh ! un vrai présent vénitien. Une boîte qui contient simplement deux flacons, un blanc, l’autre noir. Dans le blanc, il y a un narcotique très puissant qui endort pour douze heures d’un sommeil pareil à la mort ; dans le noir, il y a du poison, de ce terrible poison que Malaspina fit prendre au pape dans une pilule d’aloès, vous savez ? Monsieur le primicier m’écrit que cela peut servir dans l’occasion. Une galanterie, comme vous voyez. Du reste, le révérend primicier me prévient que le pauvre homme, porteur de la lettre et du présent, est idiot. Il est ici, et vous auriez dû le voir, depuis quinze jours, mangeant à l’office, couchant dans le premier coin venu, à sa mode, jouant et chantant en attendant qu’il s’en aille à Vicence. Il vient de Venise. Hélas ! ma mère a erré ainsi. Je le garderai tant qu’il voudra. Il a quelque temps égayé la compagnie ce soir. Notre fête ne l’amuse pas, il dort. C’est aussi simple que cela.


ANGELO.

Vous me répondez de cet homme ?


LA TISBE.

Allons, vous voulez rire ! La belle occasion pour prendre cet air effaré ! un joueur de guitare, un idiot, un homme qui dort ! Ah ça, monsieur le podesta, mais qu’est-ce que vous avez donc ? Vous passez votre vie à faire des questions sur celui-ci, sur celui-là. Vous prenez ombrage de tout. Est-ce jalousie, ou est-ce peur ?


ANGELO.

L’une et l’autre.


LA TISBE.

Jalousie, je le comprends, vous vous croyez obligé de surveiller deux femmes. Mais peur ! vous le maître, vous qui faites peur à tout le monde,

au contraire !

ANGELO.

Première raison pour trembler. (Se rapprochant d’elle et parlant bas.) — Écoutez, Tisbe. Oui, vous l’avez dit, oui, je puis tout ici ; je suis seigneur, despote et souverain de cette ville; je suis le podesta que Venise met sur Padoue, la griffe du tigre sur la brebis. Oui, tout-puissant ; mais, tout absolu que je suis, au-dessus de moi, voyez-vous, Tisbe, il y a une chose grande et terrible et pleine de ténèbres ; il y a Venise. Et savez-vous ce que c’est que Venise, pauvre Tisbe ? Venise, je vais vous le dire, c’est l’inquisition d’état, c’est le conseil des Dix. Oh ! le conseil des Dix ! parlons-en bas, Tisbe, car il est peut-être là quelque part qui nous écoute. Des hommes que pas un de nous ne connaît, et qui nous connaissent tous. Des hommes qui ne sont visibles dans aucune cérémonie, et qui sont visibles dans tous les échafauds. Des hommes qui ont dans leurs mains toutes les têtes, la vôtre, la mienne, celle du doge, et qui n’ont ni simarre, ni étole, ni couronne, rien qui les désigne aux yeux, rien qui puisse vous faire dire : celui-ci en est ! un signe mystérieux sous leurs robes, tout au plus, des agents partout, des sbires partout, des bourreaux partout. Des hommes qui ne montrent jamais au peuple de Venise d’autres visages que ces mornes bouches de bronze toujours ouvertes sous les porches de Saint-Marc, bouches fatales que la foule croit muettes et qui parlent cependant d’une façon bien haute et bien terrible, car elles disent à tout passant : dénoncez ! — Une fois dénoncé, on est pris. Une fois pris, tout est dit. À Venise, tout se fait secrètement, mystérieusement, sûrement. Condamné, exécuté ; rien à voir, rien à dire ; pas un cri possible, pas un regard utile ; le patient a un bâillon, le bourreau un masque. Que vous parlais-je d’échafauds tout à l’heure ? je me trompais. À Venise, on ne meurt pas sur l’échafaud, on disparaît. Il manque tout à coup un homme dans une famille. Qu’est-il devenu ? les plombs, les puits, le canal Orfano le savent. Quelquefois on entend quelque chose tomber dans l’eau la nuit. Passez vite alors ! Du reste, bals, festins, flambeaux, musiques, gondoles, théâtres, carnaval de cinq mois, voilà Venise. Vous, Tisbe, ma belle comédienne, vous ne connaissez que ce côté-là ; moi, sénateur, je connais l’autre. Voyez-vous, dans tout palais, dans celui du doge, dans le mien, à l’insu de celui qui l’habite, il y a un couloir secret, perpétuel trahisseur de toutes les salles, de toutes les chambres, de toutes les alcôves ; un corridor ténébreux dont d’autres que vous connaissent les portes et qu’on sent serpenter autour de soi sans savoir au juste où il est ; une sape mystérieuse où vont et viennent sans cesse des hommes inconnus qui font quelque chose. Et les vengeances personnelles qui se mêlent à tout cela et qui cheminent dans cette ombre ! Souvent la nuit je me dresse sur mon séant, j’écoute, et j’entends des pas dans mon mur. Voilà sous quelle pression je vis, Tisbe. Je suis sur Padoue, mais ceci est sur moi. J’ai mission de dompter Padoue. Il m’est ordonné d’être terrible. Je ne suis despote qu’à condition d’être tyran. Ne me demandez jamais la grâce de qui que ce soit, à moi qui ne sais rien vous refuser, vous me perdriez. Tout m’est permis pour punir, rien pour pardonner. Oui, c’est ainsi. Tyran de Padoue, esclave de Venise. Je suis bien surveillé, allez. Oh ! le conseil des Dix ! Mettez un ouvrier seul dans une cave et faites-lui faire une serrure ; avant que la serrure soit finie, le conseil des Dix en a la clef dans sa poche. Madame ! madame ! le valet qui me sert m’espionne, l’ami qui me salue m’espionne, le prêtre qui me confesse m’espionne, la femme qui me dit : je t’aime, — oui, Tisbe, — m’espionne !


LA TISBE.

Ah ! monsieur !


ANGELO.

Vous ne m’avez jamais dit que vous m’aimiez. Je ne parle pas de vous, Tisbe. Oui, je vous le répète, tout ce qui me regarde est un œil du conseil des Dix, tout ce qui m’écoute est une oreille du conseil des Dix, tout ce qui me touche est une main du conseil des Dix. Main redoutable, qui tâte longtemps d’abord et qui saisit ensuite brusquement ! Oh ! magnifique podesta que je suis, je ne suis pas sûr de ne pas voir demain apparaître subitement dans ma chambre un misérable sbire qui me dira de le suivre, et qui ne sera qu’un misérable sbire, et que je suivrai ! Où ? dans quelque lieu profond d’où il ressortira sans moi. Madame, être de Venise, c’est pendre à un fil. C’est une sombre et sévère condition que la mienne, madame, d’être là, penché sur cette fournaise ardente que vous nommez Padoue, le visage toujours couvert d’un masque, faisant ma besogne de tyran, entouré de chances, de précautions, de terreurs, redoutant sans cesse quelque explosion, et tremblant à chaque instant d’être tué roide par mon œuvre comme l’alchimiste par son poison ! — Plaignez-moi, et ne me demandez pas pourquoi je tremble, madame !


LA TISBE.

Ah, Dieu ! affreuse position que la vôtre, en effet.


ANGELO.

Oui, je suis l’outil avec lequel un peuple torture un autre peuple. Ces outils-là s’usent vite et se cassent souvent, Tisbe. Ah ! je suis malheureux. Il n’y a pour moi qu’une chose douce au monde, c’est vous. Pourtant je sens bien que vous ne m’aimez pas. Vous n’en aimez pas un autre, au moins ?


LA TISBE.

Non, non, calmez-vous.


ANGELO.

Vous me dites mal ce non-là.


LA TISBE.

Ma foi ! je vous le dis comme je peux.


ANGELO.

Ah ! ne soyez pas à moi, j’y consens ; mais ne soyez pas à un autre ! Tisbe ! Que je n’apprenne jamais qu’un autre…


La Tisbe.

Si vous croyez que vous êtes beau quand vous me regardez comme cela !


ANGELO.

Ah ! Tisbe, quand m’aimerez-vous ?


LA TISBE.

Quand tout le monde ici vous aimera.


ANGELO.

Hélas ! — C’est égal, restez à Padoue. Je ne veux pas que vous quittiez Padoue, entendez-vous ? Si vous vous en alliez, ma vie s’en irait. — Mon Dieu ! voici qu’on vient à nous. Il y a longtemps déjà qu’on peut nous voir parler ensemble ; cela pourrait donner des soupçons à Venise. Je vous laisse. (S’arrêtant et montrant Homodei.) — Vous me répondez de cet homme ?


LA TISBE.

Comme d’un enfant qui dormirait là.


ANGELO.

C’est votre frère qui vient. Je vous laisse avec lui. (Il sort.)



Scène II.

LA TISBE ; RODOLFO, vêtu de noir, sévère, une plume noire au chapeau ; HOMODEI, toujours endormi.

LA TISBE.

Ah ! c’est Rodolfo ! ah ! c’est Rodolfo ! Viens, je t’aime, toi ! (Se tournant vers le côté par où Angelo est sorti.) — Non, tyran imbécile ! ce n’est pas mon frère, c’est mon amant ! — Viens, Rodolfo, mon brave soldat, mon noble proscrit, mon généreux homme ! Regarde-moi bien en face. Tu es beau, je t’aime !


RODOLFO.

Tisbe…


TISBE.

Pourquoi as-tu voulu venir à Padoue ? Tu vois bien, nous voilà pris au piège. Nous ne pouvons plus en sortir maintenant. Dans ta position, partout tu es obligé de te faire passer pour mon frère. Ce podesta s’est épris de ta pauvre Tisbe ; il nous tient ; il ne veut pas nous lâcher. Et puis je tremble sans cesse qu’il ne découvre qui tu es. Ah ! quel supplice ! Oh ! n’importe, il n’aura rien de moi, ce tyran ! Tu en es bien sûr, n’est-ce pas, Rodolfo ? Je veux pourtant que tu t’inquiètes de cela ; je veux que tu sois jaloux de moi, d’abord.


RODOLFO.

Vous êtes une noble et charmante femme.


LA TISBE.

Oh ! c’est que je suis jalouse de toi, moi, vois-tu ! mais jalouse ! Cet Angelo Malipieri, ce vénitien, qui me parlait de jalousie aussi, lui, qui s’imagine être jaloux, cet homme, et qui mêle toutes sortes d’autres choses à cela. Ah ! quand on est jaloux, monseigneur, on ne voit pas Venise, on ne voit pas le conseil des Dix, on ne voit pas les sbires, les espions, le canal Orfano ; on n’a qu’une chose devant les yeux, sa jalousie. Moi, Rodolfo, je ne puis te voir parler à d’autres femmes, leur parler seulement, cela me fait mal. Quel droit ont-elles à des paroles de toi ? Oh ! une rivale ! ne me donne jamais une rivale ! je la tuerais. Tiens, je t’aime ! Tu es le seul homme que j’aie jamais aimé. Ma vie a été triste longtemps, elle rayonne maintenant. Tu es ma lumière. Ton amour, c’est un soleil qui s’est levé sur moi. Les autres hommes m’avaient glacée. Que ne t’ai-je connu il y a dix ans ! il me semble que toutes les parties de mon cœur qui sont mortes de froid vivraient encore. Quelle joie de pouvoir être seuls un instant et parler ! Quelle folie d’être venus à Padoue ! Nous vivons dans une telle contrainte ! Mon Rodolfo ! Oui, pardieu ! c’est mon amant ! ah bien oui ! mon frère ! Tiens, je suis folle de joie quand je te parle à mon aise ; tu vois bien que je suis folle ! M’aimes-tu ?


RODOLFO.

Qui ne vous aimerait pas, Tisbe ?


TISBE.

Si vous me dites encore vous, je me fâcherai. Ô mon Dieu ! il faut pourtant que j’aille me montrer un peu à mes conviés. Dis-moi, depuis quelque

temps je te trouve l’air triste. N’est-ce pas, tu n’es pas triste ?

RODOLFO.

Non, Tisbe.


LA TISBE.

Tu n’es pas souffrant ?


RODOLFO.

Non.


LA TISBE.

Tu n’es pas jaloux ?


RODOLFO.

Non.


LA TISBE.

Si ! je veux que tu sois jaloux ! Ou bien c’est que tu ne m’aimes pas ! Allons, pas de tristesse. Ah çà, au fait, moi je tremble toujours, tu n’es pas inquiet ? personne ici ne sait que tu n’es pas mon frère ?


RODOLFO.

Personne, excepté Anafesto.


LA TISBE.

Ton ami. Oh ! celui-là est sûr.

Entre Anafesto Galeofa.

— Le voici précisément. Je vais te confier à lui pour quelques instants. (Riant.) — Monsieur Anafesto, ayez soin qu’il ne parle à aucune femme.


ANAFESTO, souriant

Soyez tranquille, madame.

La Tisbe sort.



Scène III.

RODOLFO, ANAFESTO GALEOFA, HOMODEI, toujours endormi.


ANAFESTO, la regardant sortir.

Oh ! charmante ! — Rodolfo, tu es heureux ; elle t’aime.


RODOLFO.

Anafesto, je ne suis pas heureux ; je ne l’aime pas.


ANAFESTO.

Comment ! que dis-tu ?


RODOLFO, apercevant Homodei.

Qu’est-ce que c’est que cet homme qui dort là ? Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/167 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/168 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/169 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/170 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/171 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/172 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/173 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/174 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/175 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/176 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/177 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/178 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/179 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/180 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/181 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/182 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/183 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/184 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/185 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/186 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/187 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/188 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/189 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/190 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/191 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/192 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/193 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/194 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/195 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/196 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/197 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/198 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/199 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/200 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/201 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/202 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/203 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/204 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/205 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/206 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/207 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/208 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/209 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/210 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/211 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/212 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/213 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/214 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/215 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/216 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/217 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/218 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/219 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/220 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/221 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/222 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/223 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/224 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/225 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/226 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/227 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/228 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/229 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/230 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/231 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/232 Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome III.djvu/233


RODOLFO.

Tisbe ! Du secours ! Misérable que je suis !


LA TISBE.

Non. Tout secours est inutile. Je le sens bien. Merci. Ah ! livre-toi à la joie comme si je n’étais pas là. Je ne veux pas te gêner. Je sais bien que tu dois être content. J’ai trompé le podesta. J’ai donné un narcotique au lieu d’un poison. Tout le monde l’a crue morte. Elle n’était qu’endormie. Il y a là des chevaux tout prêts. Des habits d’homme pour elle. Partez tout de suite. En trois heures, vous serez hors de l’état de Venise. Soyez heureux. Elle est déliée. Morte pour le podesta. Vivante pour toi. Trouves-tu cela bien arrangé ainsi ?


RODOLFO.

Catarina !… Tisbe !…

Il tombe à genoux, l’œil fixé sur la Tisbe expirante.

LA TISBE, d’une voix qui va s’éteignant.

Je vais mourir, moi. Tu penseras à moi quelquefois, n’est-ce pas ? et tu diras : Eh bien, après tout, c’était une bonne fille, cette pauvre Tisbe. Oh ! cela me fera tressaillir dans mon tombeau ! Adieu ! Madame, permettez-moi de lui dire encore une fois mon Rodolfo ! Adieu, mon Rodolfo ! Partez vite à présent. Je meurs. Vivez. Je te bénis !

Elle meurt.