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Annales de pomologie belge et étrangère/Poire Adélaïde de Rêves

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Poire Bon-Chrétien de Rance
Annales de pomologie belge et étrangèretroisième année (p. 45-46).
Annales de pomologie belge et étrangère - 3.djvu

Bon-Chrétien de Rance ou de Rans.

Synonymies : Beurré de Rance, Beurré de Noirchain, Beurré d’hiver, Hardenpont de printemps, Beurré Bon-Chrétien.

(Spécimen récolté sur pyramide.)

Nous avons eu plus d’une fois l’occasion, dans ces Annales, de constater le mérite des fruits gagnés, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, par les horticulteurs belges du Hainaut. La poire remarquable dont nous avons à nous occuper dans cet article, est originaire du même pays ; nous la devons à M. Hardenpont, de Mons ; sa première production date de 1762. Plusieurs pomologues, entre autres M. Poiteau, assurent qu’elle a été trouvée au village de Rance, dans le Hainaut, d’où elle a tiré son nom. Le mot Rance ayant une signification qui ne convient nullement à la qualité du fruit, il importe d’ajouter au nom la particule de Van Mons n’admet pas cette origine ; il croit que ce gain de M. Hardenpont provient de son jardin de Mons ; ce qui importe peu maintenant. Les cultivateurs recherchent avec raison les bons fruits d’une longue durée ; sous ce rapport, il est peu de poires aussi méritantes que celle-ci. Sa maturité commence vers le mois de janvier et se prolonge jusqu’en avril, parfois même jusqu’en mai. Ces fruits ne blettissent pas, et ils se maintiennent longtemps en bon état de maturité. Les pomologues français assignent le mois de novembre comme l’époque de maturité du Bon-Chrétien de Rance ; il est possible que cela soit vrai pour certains climats, mais en Belgique c’est une exception qui se présente rarement, et n’arrive guère que sur des spécimens défectueux ou tachés.

Le fruit est gros ou très-gros ; sa hauteur varie de 8 à 12 centimètres sur 6 à 10 de largeur. Sa forme est des plus variables ; tantôt cette poire est arrondie, ou en calebasse, ou en tonneau ; tantôt bosselée comme un Bon-Chrétien ; elle se rétrécit vers le milieu. D’après ce caractère assez dominant, combiné avec l’abondance de son eau, elle était classée, dans les collections du Muséum d’histoire naturelle de Paris, il y a 20 ans, sous le nom de Beurré Bon-Chrétien ; c’est dans cet établissement que nous l’avons vue pour la première fois.

La peau est verte, rude, épaisse, pointillée et largement maculée de rouille autour du pédoncule et du calice, rarement colorée du côté du soleil.

Quand le fruit a été récolté sur un arbre cultivé en terre froide ou argileuse, sa maturité ne s’annonce par aucun changement de coloris ; mais il arrive qu’en espalier et dans un sol chaud, léger ou sablonneux, il jaunit fortement ; en ce cas, il est d’une qualité supérieure.

Le pédoncule est long de 2 à 5 centimètres, gros, brun-foncé, un peu arqué et placé dans un enfoncement légèrement bosselé et peu profond.

Le calice, presque à fleur du fruit, est petit ; les divisions calicinales sont courtes, noires, un peu cotonneuses et sont placées dans une cavité bosselée.

La chair est blanc-verdâtre, un peu grenue, remplie d’une eau très-abondante, sucrée, légèrement acidulée, relevée, excellente. Ce fruit n’est pas cependant toujours de première qualité ; dans certains sols froids et humides il n’est pas reconnaissable ; alors sa pulpe est sèche et manque de saveur ; il varie aussi selon les années ; il a été rarement aussi bon qu’en 1854.

L’arbre est vigoureux et lent à fructifier ; cependant il devient ensuite très-fertile. Le bois, gros et solide, pousse d’abord perpendiculairement, mais bientôt il s’incline et devient horizontal.

Les bourgeons à fleur sont gros, coniques, pointus, bruns, ombrés de couleur marron.

Les supports, de longueur et grosseur moyennes, sont gris, ridés à leur base, lisses et renflés à leur sommet.

Les fleurs sont amples ; les pétales blancs, larges et légèrement échancrés.

Les rameaux sont gros, d’une longueur médiocre, lisses, arqués, brun-verdâtre, parsemés de lenticelles rondes ou ovales, proéminentes, d’un blanc-sale du côté du soleil, rousses du côté de l’ombre.

Les gemmes, petits, coniques, pointus, brun-marron, marbrés de roux et de gris, saillants vers le milieu du rameau, apprimés vers sa base et son sommet.

Les mérithalles sont courts et réguliers.

Les feuilles, assez grandes, sont lancéolées, pointues, amincies aux extrémités, planes, luisantes, coriaces, entières. La nervure principale, blanchâtre, n’est apparente que sur la page supérieure, les nervures secondaires sont peu prononcées.

Le pétiole, long de 4 à 5 centimètres, est blanc, gros et cannelé.

Les stipules sont lancéolées.

Cette variété se greffe sur coignassier et sur franc, mais elle prospère mieux sur cette dernière essence. Il convient de la placer en espalier au midi ou au levant. Lorsque l’on dispose de situations bien abritées, dans un sol léger, le Bon-Chrétien de Rance réussit également bien en pyramide et même en haut-vent.

De même que beaucoup d’anciennes poires, on doit cueillir celle-ci de très-bonne heure, car dès la fin de septembre le pédoncule tient très-peu à l’arbre.

A. Royer.