Anthologie (Pierre de Coubertin)/II/XLVI

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AnthologieÉditions Paul Roubaud (p. 110-111).

La naissance de la Roumanie.

Bukarest, en ce temps-là, était déjà une capitale. Elle avait, dit-on, cent mille habitants, des théâtres, des journaux. C’était un îlot de culture occidentale au milieu de l’orient retardataire. L’influence française s’y était puissamment développée. La nouvelle de la Révolution parisienne de 1848 sonna comme un tocsin. Les nobles moldaves réclamèrent une constitution ; ceux de Valachie, plus expéditifs, organisèrent un gouvernement provisoire. Pour une fois Turcs et Russes se trouvèrent d’accord ; les premiers marchèrent sur Bukarest et les seconds sur Jassy. Le traité de Balta-Liman (1849) conclu entre les envahisseurs consacra la défaite de l’insurrection. Mais cinq années plus tard l’armée française débarquait en Crimée et la question balkanique se trouvait portée au premier plan des préoccupations européennes. Le congrès de Paris (1856) eut à décider du sort des principautés. Il les plaça sous la garantie collective des puissances ; le sultan se contenterait d’un tribut annuel, seule épave de sa suzeraineté d’antan. Une partie de la Bessarabie fut restituée aux Moldaves. Quant à l’organisation intérieure, une commission européenne fut chargée d’en régler les détails.

Ici, gisait la principale difficulté. Les Roumains voulaient vivre unis ; Napoléon iii le voulait aussi. La Turquie et l’Autriche s’y opposaient. Des élections illégales ayant eu lieu en Moldavie sous la pression des commissaires turcs, l’empereur des Français dut intervenir énergiquement pour que ce scrutin fut annulé puis ensuite pour soutenir les unionistes après que ceux-ci eurent été élus. Finalement, il demeura entendu que les « principautés unies de Moldavie et de Valachie » auraient chacune leur gouvernement distinct mais que ces gouvernements pourraient communiquer au moyen d’une commission permanente chargée des affaires communes. Quand on en fut là, les deux assemblées se mirent d’accord pour élire à Jassy et à Bukarest le même hospodar ; Alexandre Couza put de la sorte s’intituler prince de Roumanie et bientôt, la France aidant, le sultan lui reconnut ce titre ; un règlement organique compléta la fusion gouvernementale. Un État considérable existait désormais qui était loin certes de grouper toute la nation roumaine mais dont la formation en émancipait définitivement plus des deux tiers.