Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Charles Reynaud

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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 78-80).


CHARLES REYNAUD

1821-1853


Ce poète Dauphinois est plus connu dans l’histoire de la littérature contemporaine pour avoir soutenu de toutes les forces de son cœur, de son esprit et de sa fortune Ponsard et sa Lucrèce, que pour avoir publié deux volumes de poésies. Ses vers rustiques, tels que la Ferme à midi, ont de la franchise, et M. de Pontmartin nous apprend qu’il y a dans l’œuvre de ce poète paresseux « de gracieux caprices d’antiquaire et d’artiste. » Ponsard, après la mort de Charles Reynaud, lui rendit un plein hommage.

« C’est par lui que j’étais, si j’étais quelque chose ;
« Mon frêle monument sur l’amitié repose. »

A. L.



À LA FLEUR DU BLÉ



Toi qui t’épanouis sans faste
Dans l’épi barbelé,
Ô fleur laborieuse et chaste,
        Petite fleur du blé,


Ce n’est pas pour toi qu’est la gloire
       D’embaumer les cheveux
Et de parer le sein d’ivoire
       Des belles aux doux yeux.

Tu n’iras pas, fleur bien aimée,
       Paysanne sans art,
Dans une chambre parfumée
       Mendier un regard ;

Les coupes de marbre et d’agate
       Sont pour les bluets bleus,
Et pour le pavot écarlate,
       Tes voisins paresseux.

Moins orgueilleuse que la rose,
        Au pauvre tu souris,
Car de sa sueur il arrose
        Le sol où tu fleuris.

C’est lui qui te tresse en guirlande
        Avec sa rude main,
Et va te porter en offrande
       À la croix du chemin.

Si tu n’es ni rose ni belle,
         Tu croîs en liberté,
Et c’est de ta manne éternelle
        Que vit l’humanité.

Tu fleuris dans la plaine blonde
        Lorsque Juin est en feu,
Achevant ton œuvre féconde
        Sous le regard de Dieu.


Dans ta corolle s’élabore
        Le suc puissant du grain ;
Le soleil l’achève et le dore :
        Nous en ferons du pain !

Ô fleur laborieuse et chaste,
       Salut, ô fleur du blé,
Toi qui t’épanouis sans faste
       Dans l’épi barbelé !