Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Louis Veuillot

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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur* 1762 à 1817 (p. 357-359).



LOUIS VEUILLOT


1813 – 1883




Louis Veuillot, né à Boynes en Gatinais (Loiret), est le grand polémiste catholique et le remarquable prosateur dont l’éloge nest plus à faire. En poésie, il a donné les Satyres (1863) et les Couleuvres (1869).

On y peut louer, au milieu des rudesses et des âpretés inhérentes au polémiste, une certaine franchise de langage et parfois un mâle accent.

Ses œuvres se trouvent chez M. Palmé, éditeur.

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LETTRE À UNE ÉPLORÉE




Cachez vos pleurs, madame, et votre épaule,
Si vous voulez — mais là, sincèrement, —
Que le bon Dieu calme votre tourment ;
Ne chantez plus la romance du Saule.


C’est la coutume aux dames de la Gaule
D’avoir le cœur en plein déchirement,
Et de rogner trop sur le vêtement :
Leur deuil n’est triste, hélas ! que de son rôle.

Donc il faudrait qu’un ange vînt des cieux
Pour étancher les pleurs de vos beaux yeux,
Et vous brillez un peu plus qu’une étoile.

Dame, Dieu fit des anges, s’il vous plaît,
Pour admirer la beauté qui se voile
Et consoler la douleur qui se tait.


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LA POÉSlE

À SON FRÈRE




Tu raisonnes fort à propos
Sur la toilette d’oripeaux
              Que fait la Muse,

Et je t’accorde que jamais
Homme de sens n’a rimé ; mais
              Cela m’amuse.

J’ai fui la dame et ses atours ;
Je me crois loin ; j’ai des retours
              Quand moins j’y pense.

C’est une pointe de sonnet,
Un vers qui s’offre ferme et net,
              Une élégance ;


C’est une larme dans mon cœur,
Sur ma lèvre un rêve moqueur,
              C’est autre chose ;

Un rythme, une comparaison,
Un souffle, un rien ; c’est la raison
              Qui se repose.

Va, je t’entends ; je prêche en vain,
Et tu soutiens, rude écrivain.
              Ton rude thème :

Rimer est un travers maudit,
Une besogne d’interdit ;
              Foin du poème !

Je rime : Aux Petites-Maisons !
C’est ton dernier mot ; mes raisons
              Ne sont que leurres…

Soit ! Mais dis-moi quel doux tourment
Jamais a fait plus doucement
              Passer les heures ?



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