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Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Préface

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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur* 1762 à 1817 (p. i-iii).

PRÉFACE


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Avant 1866, les poètes français étaient peu nombreux. La poésie partageait, semblait-il, la proscription de son plus illustre représentant. L’inspiration nouvelle, née, avec André Chénier, à la fin du dix-huitième siècle, allait-elle s’éteindre ?

Victor Hugo était alors en exil ; Lamartine, accablé par l’âge et par la tristesse, se taisait ; Musset et Alfred de Vigny étaient morts.

C’est alors que parut le Parnasse contemporain, Recueil de vers nouveaux. Des jeunes gens, guidés par des hommes d’un âge mûr, MM. Leconte de Lisle, Gautier, Théodore de Banville, Charles Baudelaire, se levaient, pour attester, par leur exemple, que la nouvelle poésie comptait encore des fidèles. Parmi ces jeunes gens il y avait MM. Coppée, Sully Prudhomme, Catulle Mendès, Léon Dierx, de Ricard, Albert Glatigny, auxquels vinrent se joindre plus tard MM. J. M. de Heredia, André Theuriet, André Lemoyne, Georges Lafenestre, Albert Mérat, Léon Valade, Armand Silvestre, etc.

Il suffit de citer ces noms, sans qu’il soit besoin de dire si la jeune école a gagné la bataille. Continuer le romantisme, mais en y mêlant quelque peu du seizième siècle, unir Ronsard à Victor Hugo, les poètes de la Pléiade à ceux de 1830, donner au vers français une perfection qu’il n’avait pas encore connue, n’y souffrir aucune banalité dans l’idée, aucune faiblesse de rime, voilà ce que voulurent les poètes de 1866.

Jamais il n’entra dans leur pensée de rompre avec les romantiques dont ils ne faisaient que polir et assouplir le vers. Aussi Victor Hugo ne compta-t-il pas de disciples plus fervents que ceux auxquels le public donna le nom de Parnassiens !

Sous cette unique dénomination, quelle liberté ! quelle variété de talent ! quelles natures diverses ! Combien le groupement du Parnasse fut loin de nuire à l’originalité de ceux qui le composèrent ! Y a-t-il, par exemple, trois poètes plus dissemblables que MM. Coppée, Sully Prudhomme et Heredia ? Tous étaient liés entre eux par la seule poursuite de la perfection ; chacun pourtant a su garder sa complète individualité.

En réalité, on peut dire que les poètes dont les noms sont parvenus au public depuis vingt ans relèvent tous plus ou moins de ce premier mouvement.

Rares avant 1866, ils sont devenus en 1887 une innombrable légion, de telle sorte qu’il est à peu près impossible de se procurer tous les livres de vers qui paraissent presque quotidiennement. Et cependant il importe aux lettrés, aux esprits curieux, aux jeunes gens même de connaître une partie aussi importante de notre histoire littéraire !

Voilà pourquoi l’éditeur de la plupart des poètes présente aujourd’hui au public, dans une Anthologie, comme un court tableau de la poésie française au dix-neuvième siècle. Peut-être s’étonnera-t-on de la place si large accordée aux nouveaux écrivains quand les hommes de la première moitié du siècle occupent des pages relativement assez restreintes. C’est que le temps a déjà fait son choix pour les aînés, tandis qu’il nous est difficile d’accomplir et de devancer son œuvre pour nos contemporains.

Dans la crainte de paraître injuste, nous avons résolu de nous montrer aussi libéral que possible, n’excluant pas même les plus jeunes de notre Anthologie. Du reste, dans les plus nouveaux recueils de vers, que de choses exquises parfois, et qui méritent de ne point périr !

Chaque poète de talent aura ici sa notice biographique, accompagnée d’une rapide appréciation et de quelques pièces choisies parmi les plus parfaites et les plus originales de son œuvre.

Grâce au concours de nos confrères, nous avons l’espoir de présenter ainsi un état complet de la Poésie française au XIXe siècle et nous sommes heureux de les en remercier.

L’ÉDITEUR
A. LEMERRE.




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