Anthologie féminine/Mme Alphonse Daudet

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Anthologie féminineBureau des causeries familières (p. 400-402).

PSYCHOLOGISTES


Mme ALPHONSE DAUDET


Quand Mme Alphonse Daudet a publié ses premiers essais littéraires, nous nous sommes cru menacés d’une série de femmes d’auteurs, Mme Hector Malot, etc. Il n’y aurait pas eu à se plaindre ; mais Mme Alphonse Daudet est restée le leader. Son style est cherché, tout à fait moderniste, mais très féminin. Elle produit peu, et surtout des études psychologiques sur l’enfance ou sur elle-même. Elle publie dans le Supplément du Figaro des analyses courtes, genre très sentimental.

Tombée des cloches dans la campagne une après-midi de dimanche, parmi le grand silence des champs au repos. Appel vers les petites rues tristes à cailloux saillants qui aboutissent à la place de l’Église, et venue des fidèles du tantôt bien plus rares que ceux du matin, et mélancoliques, silencieux. Rien des habitués des messes de soleil, en toilette, brillants et causant, échangeant les compliments et les saluts, du pain bénit au bout des gants, un signe vers les voitures rangées à l’ombre, sous les platanes du petit cours. Rien de la sortie triomphale de midi où l’orgue à toute voix ouvre le grand portail, quand sonnent en même temps les angélus et les cloches des châteaux annonçant le déjeuner.

Non, à cette heure de vêpres, des files de religieuses et d’enfants en uniformes ternes, des femmes vêtues de deuil, des vieilles filles au dos rond, toutes celles que chassent de leur intérieur solitaire l’isolement et l’inoccupation du dimanche, qui n’attendent ni famille ni visite imprévue......

......Leurs mains s’activent, soit que la chaude journée amoitisse leur front ou que la fraîche matinée d’automne pique leurs épaules sous la camisole lâche, les plus heureuses, celles déjà moins jeunes pour qui cette couture en plein air vers quatre ou cinq heures du tantôt, ou l’épluchage de menus légumes entre leurs doigts tordus, vulgaire chapelet du travail, semble le repos de gros ouvrages terminés, la halte, la respiration de tout l’être. Quelques plantes communes sur les fenêtres, sur le petit mur clôturant:des géraniums en pots, des œillets éventaillés, non loin du linge étendu; un chat sommeille en rond sur la chaise de paille où pendent des bas à raccommoder ou toute autre occupation ménagère, et l’on sent que voilà ces femmes installées jusqu’au soleil couché sous la poussière de la route.