Apprends à distinguer

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Apprends à distinguer


1. Apprends à distinguer entre aucune résistance au mal du tout, et non-résistance au mal par le mal – à un tort par un tort. Les chrétiens ont la possibilité, la permission et le devoir de résister au mal de plusieurs manières, mais jamais par le mal, en faisant du tort à l’âme ou au corps de qui que ce soit. Celui qui te dit que les non-résistants ne résistent pas du tout au mal te dis un mensonge très insensé.

2. Apprends à distinguer entre force physique et force préjudiciable. La force physique est bonne ou mauvaise, bienfaisante ou préjudiciable, selon l’utilisation juste ou injuste qui en est faite. Caïn a tué Abel par la force physique. Les amis de Paul lui ont fait descendre le mur d’une cité par la force physique, et ont par ce moyen sauvé sa vie. Dans le cas d’Abel la force était préjudiciable. Dans le cas de Paul, c’était une force bienfaisante. La mère porte son tendre enfant dans ses bras, et l’homme bienveillant secourt une personne qui se noie par la force physique. Personne ne peut s’objecter à la force utilisée en faisant le bien. Les chrétiens ont la possibilité, la permission et le devoir d’utiliser la force physique de plusieurs manières, mais jamais la force préjudiciable, qu’elle soit physique ou morale. Fais attention donc, et ne dit jamais que la non-résistance n’autorise pas la force physique.

3. Apprends à distinguer entre vengeance et restriction. La vengeance est une souffrance, une détresse, un tourment du corps ou de l’âme infligé comme punition. La restriction est un empêchement du pouvoir ou de la liberté d’une créature de commettre un méfait. Un fou pourrait tuer mille personnes s’il n’est pas restraint par une force physique salutaire et non préjudiciable. Par conséquent, mettez l’être malheureux sous des gardes bienveillants, et dans des limites où seule la gentillesse et le confort l’entoureront, et là guérissez sa maladie si vous pouvez. Qu’il jouisse de toute la liberté qu’il peut avoir sans mettre en danger le bien-être des autres, Traitez le criminel dangereux exactement de la même manière. Ne le punissez pas. Ne le blessez pas. Faites lui tout le bien que vous pouvez. Éclairez-le, réformez-le. Prenez soin de sa santé physique et mentale. Ne lui faites jamais sentir qu’autre que Dieu lui-même le punit. C’est une restriction, salutaire, bienveillante. Mais de tuer un homme, le décapiter, l’étrangler, le lapider, ou le mutiler, ou le priver de quoi que ce soit qu’il puisse avoir sans faire de tort aux autres est vengeance. Et la vengeance n’appartient qu’à Dieu. Lui seul peut l’utiliser sans en abuser. Que les pêcheurs ne se vengent pas des pêcheurs. Mais qu’ils pardonnent, comme eux-mêmes ont besoin d’être pardonnés.

4. Apprends à distinguer entre loi et justice. La loi peut être divine ou humaine, bonne ou mauvaise, juste ou injuste, n’importe quoi tour à tour et rien de manière permamente. Mais la justice est éternelle, invariable – jamais mauvaise, jamais injuste, jamais impitoyable – toujours comme elle devrait être. Les hommes font et défont toutes sortes de lois, selon leurs vertus limitées, leurs connaissances, leurs intérêts, leurs préjugés et leurs caprices. La loi divine est toujours fondée en parfaite justice. Les lois humaines sont parfois, et parfois ne sont pas, établies selon la justice. Elles doivent être éprouvées par la loi divine - par des principes établis de droiture éternelle. Si elles les contredisent ou les corrompent elles doivent être tenues pour rien. Aucune loi humaine qui est clairement contraire aux règles du droit immuable n’a le pouvoir d’obliger. Quand, par conséquent, tu entends les hommes s’exclamer, « Loi, loi, loi! Grande est la loi! » Crie en guise de réponse, « La loi toujours quand elle est juste – jamais quand elle est injuste! » Celui qui voue un culte à la loi seulement pour son nom est l’idolâtre d’une ombre. Celui qui voue un culte au juste voue un culte à Dieu. La loi divine et le juste sont identiques. Que les hommes conforment leurs lois à ce seul standard de rectitude; et le royaume des cieux sera alors venu sur la terre. C’est notre doctrine – Laisez faire ceux qui la dénoncent ou s’en moquent.

5. Apprends à distinguer entre aucun gouvernementalisme et absence de gouvernementalisme anti-chrétien. Aucun gouvernementalisme est désorganisation sociale, anarchie, et « confusion rendue pire ». Si nous pouvions imaginer un mélange d’athées ne reconnaissant aucune autorité, divine ou humaine, et essayant de vivre sans principes fixes, et sans arrangements sociaux conventionnels, ce serait une illustration d’aucun gouvernementalisme. Mais l’absence de gouvernementalisme anti-chrétien est non-participation, et exclusion des gouvernements anti-chrétiens. Nous croyons à l’utilité et à la nécessité d’une organisation sociale sous des constitutions écrites, des lois et des arrangements conventionnels bien compris. Nous croyons aussi que la restriction physique des personnes notoirement dangeureuses est nécessaire et appropriée. Nous croyons à la nécessité et à l’utilité des courts législatives et judiciaires; somme toute à des gouvernements organisés régulièrement et administrés adéquatement dans une société humaine. Mais les constitutions, les lois, les réglements, les arrangements, les devoirs prescris et les administrations de ces gouvernements doivent toujours être strictement subordonnés à la loi et au gouvernement divin - et se conformer entièrement aux préceptes, aux principes et à l’esprit du christianisme. Il doit être établit dans la loi fondamentale de l’état qu’il n’y a pas de règlement, régulation ou décision du gouvernement qui a la force d’obliger s’il viole ou demande à quiconque de violer le précepte : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous-mêmes, faites-le pour eux, » « Ne rends à personne le mal pour le mal, » « Pardonnez et vous serez pardonnés, » et « Aimez vos ennemis; bénissez ceux qui vous persécutent; et faites du bien à ceux qui vous haïssent ».

Un tel gouvernement serait un gouvernement chrétien, et les chrétiens pourraient y participer consciencieusement et le supporter. Un tel gouvernement n’aurait pas d'armée, de marine de guerre, de milice, de forts, arsenaux, potences, piloris, poteaux de flagellation, de matériel ou d’instrument de vengeance. Ses lieux de confinement pour les personnes dangeureuses seraient des asiles de bonté, de paix et d’instruction utile – renfermant de vastes champs, remplis de toute la santé et la beauté de la nature, soigneusement conçus pour le plus grand bien de l’infortuné prisonnier, ainsi que celui de la société; fournissant au personnel en sécurité la restriction des tout à fait dangeureux, mais permettant la plus grande liberté compatible avec la protection de ceux qui sont autrement sans défense; gérés par les philanthropes les plus sages, bienveillants, patients, prudents et constants, et visités fréquemment par des femmes vertueuses et dévouées.

Un tel gouvernement développerait et réquisitionnerait tous les pouvoirs moraux dans l’ensemble de la nature pour la prévention du vice et la culture de la vertu pure. Il serait administré sans faste, sans ostentation, sans émoluments ni dépenses inutiles, ni démonstration de force arbitraire.

Nous sommes en faveur d’un tel gouvernement; et nous sommes opposés aux gouvernements actuels, non pas parce qu’ils sont des gouvernements, mais parce qu’ils sont fondamentalement anti-chrétiens; parce qu’aucun chrétien éclairé ne peut y prendre part, obéir à ses demandes, et les supporter volontairement sans violer la loi de Dieu dans ses préceptes les plus sacrés. Ce sont nos principes; et celui qui dit que c’est absence de gouvernementalisme profère une colomnie insensée.

6. Apprends à distinguer entre obéisance et soumission au gouvernement. L’obéissance à tout gouvernement ou toute autorité implique son approbation et des rapports avec lui, comme étant juste et droit. La soumission implique seulement la sujétion physique et la non-résistance. Je me soumet à un tort, un préjudice, une insulte; mais j’obéis seulement à ce qui est juste. Je peux être le sujet non-résistant d’un très méchant gouvernement, sans obéir à aucune de ses demandes mauvaises. Je peux refuser d’obéir à un homme quand il me demande de désobéir à Dieu, mais Dieu lui-même m’a fait un devoir de « me soumettre aux autorités en place » - même la plus tyrannique d’entre elles; leur obéir volontier quand ils sont justes, et s’y soumettre toujours sans offense, même sous les persécutions les plus cruelles. Je peux donc être un sujet paisible des gouvernements du Masachussets et des États-Unis, ou de Grande-Bretagne, de Russie, ou du Japon – obéissant à toutes lois justes, et me conformant à toutes régulations innocentes – tout en refusant cependant d’obéir à toute loi mauvaise, et souffrant patiemment la pénalité qui peut m’être infligée pour mon refus. Dans ce cas je dois « être soumis aux autorités en place, » et me soumettre à toute autorité établie parmi les hommes à cause du Seigneur, » comme il est digne de la part d’un chrétien; mais je ne dois pas être membre du gouvernement, ni être moralement responsable pour une loi ou un décret injuste, ou un procédé qui en découle contre lequel j’ai exprimé mon opposition consciencemment.

Suivant ces principes, les non-résistants refusent de voter et d’occuper un poste dans un gouvernement fondamentalement anti-chrétien, et sont néanmoins de paisibles sujets de ces gouvernements par motif de conscience. Ils désobéissent aux demandes méchantes des gouvernements, mais se soumettent patiemment à l’exécution forcée de ces demandes. C’est la différence entre l’obéissance et la soumission.

7. Apprends à distinguer entre ordonnance providentielle de Dieu, disposant et prédominant « les autorités en place, » et son approbation morale d’eux. Providentiellement, Dieu ordonne, dispose et prédomine toutes sortes de gouvernements, pour le plus grand bien du monde. Mais il n’approuve jamais moralement quoi que ce soit des gouvernements, ou des dirigeants, sauf ce qui est en soi-même moralement juste. Dans sa prédominance providentielle, il a décrété que la tyrannie et l’oppression de Pharaon faciliterait l’émancipation des Israélites, et leur installation finale en Palestine, pour sa propre gloire et le bien de la race humaine. Mais il a condamné et punit Pharaon et ses conseillers pour ces mêmes actes qu’il a si bien mis à profit. Parce qu’en eux tout était méchanceté. Ils voulaient le mal. Il prédomina et ordonna pour le bien l’élection d'un roi sur Israël, lorsqu’ils en voulaient un, même s’il les a réprimandé en même temps pour leur rébellion contre lui en voulant un tel dirigeant, et leur annonça qu’ils souffriraient énormément de leur sottise. Il prédomina et ordonna sur le royaume d’Assyrie, et fit du vieux Nabucodonosor son ministre pour châtier les Israélites corrompus par la guerre et la captivité. L’Assyrie était la verge dans sa main, et Nabucodonosor sa hache de guerre. Mais l’Assyrie ne voulait pas une telle chose, et Nabucodonosor agissait seulement d’après les impulsions mauvaises de son propre cœur. Dieu a donc fait du bien par lui sans qu’il le sache, le punissant en son temps selon ses mérites moraux. Exactement comme Hérode, Pilate, Néron, Robespierre, et nos propres dirigeants pro-esclavagistes sans-coeurs sont des pouvoirs ordonnés, disposés et prédominés par Dieu pour le bien de l’humanité – ministres inconscients de son plaisir de promouvoir les sages conclusions de sa bienveillante providence, et néanmoins aucunement moins coupables en sa présence, punissables devant son trône de jugement, et méritant la dissociation complète des chrétiens.

Parce que Néron a été providentiellement ministre de Dieu pour le bien de la chrétienté ne signifie pas qu’il n’était pas coupable de ses cruelles persécutions. Il a coupé la tête de Paul et Dieu fit tourner cela à l’avantage de Paul et de l’humanité. Mais il n’en a pas moins punit Néron pour avoir commis le crime. Une fois comprises ces choses sont tout à fait simples. Apprends par conséquent à distinguer. Quand tu entends les adversaires de la non-résistance qui citent une série de textes à propos d’être « soumis aux autorités en place, » « soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, » « être sujets des principautés et des pouvoirs, » etc., souviens-toi que ces textes ne sont pas du tout contraires à la doctrine de non-résistance.