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Après nous la fin du monde

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 71-73).



APRÈS NOUS LA FIN DU MONDE



Au citoyen Eugène Chatelain.


À Compiègne, un soir,
Pieuvres de boudoir
Et maréchaux de la prime,
Au feu provoquant
D’un souper-volcan,
Portent l’orgie au sublime.
L’or respiré
L’or dévoré,
Débonde ;
Les yeux, les voix
Chantent à la fois
Sa ronde.
Chacun crie : Encor !
Vivons sans report !
Après nous la fin du monde !

Un toast à l’argent,
Le suprême agent,
Dit le Titan de la banque,
La richesse est tout,
Retournons l’atout,
Ce n’est pas l’enjeu qui manque.

Pressons si fort
Qu’en moelle d’or
Tout fonde,
Crédit, journaux,
Chemins et canaux,
Terre, onde.
Saignons sur bilan,
L’avenir à blanc.
Après nous la fin du monde !

Un toast à l’amour !
Dit la Pompadour
Qui la veille était lingère.
Un nabab s’est pris
Sur ma mise à prix,
Quelqu’un couvre-t-il l’enchère ?
Turlututu
Pour la vertu
Qui gronde.
Qu’à son grabat
Mon lit d’apparat
Réponde :
J’ai pour édredon,
Plumé Cupidon,
Après nous la fin du monde !

Un toast au pouvoir !
Car le temps est noir,
Dit un gueux tranchant du prince.
Du spectre affamé
L’abîme est fermé,
Mais le couvercle en est mince.
L’Église en soi

N’a plus sa foi
Profonde ;
Nul souverain
N’a ce bras d’airain
Qui fonde.
Bah ! gagnons du temps !
Nos fils ont vingt ans…
Après nous la fin du monde !

Silence aux valets !
Dans ces vieux palais
L’incendie a la parole…
Armé d’un pavé,
Banco s’est levé
Il porte un toast au pétrole :
« Globe sans cœur,
» Que ma sueur
» Féconde,
» Dois-je aux bandits
» Faire un paradis
» Immonde ?
» Non, grève sans fin !
» Crevons tous de faim !
» Après nous la fin du monde ! »


Paris, 1871.