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Astronomie populaire (Arago)/XIII/05

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GIDE et J. BAUDRY (Tome 2p. 27-30).

CHAPITRE V

historique de la découverte du mouvement de translation du système solaire


En rendant compte des observations de Cassini sur les mouvements propres des étoiles, Fontenelle disait déjà : « Toutes les fixes sont autant de soleils, centres, comme notre Soleil, chacun de son tourbillon, mais centres seulement à peu près, et qui peuvent se mouvoir autour d’un autre point central général. Le Soleil pourrait lui-même se mouvoir de cette façon. »

Le second nom que je dois tracer dans cet historique est celui de Bradley. Le grand observateur ne figurera ici que pour une conjecture, mais on la trouvera digne de son génie.

À la fin de l’immortel Mémoire de 1748 sur la nutation, je lis le passage que je vais traduire : « Si l’on conçoit que notre système solaire change de place dans l’espace absolu, il sera possible qu’à la longue cela amène une variation apparente dans la distance angulaire des étoiles fixes. En ce cas, la position des étoiles voisines étant plus affectée que celle des étoiles très-éloignées, leurs situations relatives pourront sembler plus altérées, quoique toutes les étoiles soient restées réellement immobiles. D’un autre côté, si notre système est en repos et si quelques étoiles sont réellement en mouvement, cela fera varier aussi les positions apparentes, d’autant plus que les mouvements seront plus rapides, plus convenablement dirigés pour être bien vus, et que la distance des étoiles à la Terre se trouvera moindre. Les changements de positions relatives des étoiles pouvant dépendre d’une si grande variété de causes, il faudra peut-être les observations de beaucoup de siècles avant qu’on arrive à en découvrir les lois. »

Dans son Mémoire sur les mouvements propres des étoiles, Tobie Mayer s’exprimait ainsi : « On peut expliquer quelques-uns des mouvements observés, soit en supposant ces étoiles mobiles elles-mêmes, soit en admettant que le Soleil change sans cesse de place avec les planètes qui circulent autour de lui. » Il n’oubliait pas non plus de dire que, dans cette dernière hypothèse, en regardant les déplacements des étoiles comme de purs effets de parallaxe, comme de simples conséquences du mouvement du Soleil dans l’espace, les constellations vers lesquelles ce mouvement serait dirigé augmenteraient graduellement de dimension, tandis que les constellations opposées diminueraient. « C’est ainsi, ajoutait le savant astronome, que, dans une forêt, les arbres à la rencontre desquels marche le promeneur lui semblent progressivement s’écarter les uns des autres, alors que les arbres situés à l’opposite paraissent au contraire se rapprocher. » Il est évident, au surplus, que Mayer n’entendait parler de l’explication du mouvement propre des étoiles fondée sur l’hypothèse du mouvement du Soleil, qu’à titre de simple possibilité, et qu’il n’y croyait pas.

À l’époque dont nous parlons, les connaissances déjà acquises sur la petitesse de la parallaxe annuelle, combinées avec certains calculs photométriques, prouvait que le Soleil, transporté dans la région des étoiles, ne serait lui-même qu’une étoile par la dimension et par l’éclat. Les étoiles ayant des mouvements propres, il était assurément naturel d’attribuer un pareil mouvement au Soleil. Je trouve que Lambert croyait à l’existence de ce mouvement, témoin ce passage remarquable du système du monde, rédigé en 1770 par Mérian, d’après les idées de son ami : « Comme le déplacement apparent des étoiles dépend du mouvement du Soleil aussi bien que de leur mouvement propre, il y aura peut-être moyen de conclure de là vers quelle région du ciel notre Soleil prend sa course. »

En 1776, Lalande s’exprimait ainsi : « Le mouvement de rotation du Soleil a dû être produit par une impulsion qui n’était pas dirigée vers le centre de gravité de l’astre, mais une force ainsi dirigée n’engendre pas seulement un mouvement giratoire ; un mouvement de translation est la conséquence tout aussi nécessaire de son action, en supposant que le Soleil, déjà condensé dans sa forme actuelle, reçût un choc qui lui imprima le mouvement de rotation. »

Tout ce que dit Lalande est de vérité rigoureuse. Il faut ajouter que la conception ne méritait ni les éloges qu’Herschel et autres astronomes lui accordèrent, ni la vive satisfaction que Lalande en éprouva. Jean Bernoulli n’avait-il pas, en effet, calculé à quelles distances des centres de la Terre, de la Lune, de Mars, supposés sphériques et homogènes, durent passer, à l’origine des choses, des forces d’impulsion, pour donner à ces astres les mouvements de translation et de rotation qu’on leur connaît ?