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Au-dessus de la mêlée/Pour l’Europe

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Au-dessus de la mêléeLibrairie Paul Ollendorff (p. 97-100).

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POUR L’EUROPE

un manifeste des écrivains et penseurs de catalogne

Les passions nationales triomphent. Depuis cinq mois, elles déchirent notre Europe. Elles pensent l’avoir bientôt détruite et effacer son image dans le cœur des derniers qui lui restent fidèles. — Elles se trompent. Elles ont ranimé la foi que nous avions en elle. Elles nous ont fait connaître son prix et notre amour. Et d’une patrie à l’autre, nous avons découvert nos frères inconnus, les fils de la même mère, qui, à l’heure où elle est reniée, se vouent à sa défense.

Aujourd’hui, c’est une voix qui nous vient de l’Espagne, des penseurs catalans. Transmettons l’appel de cette cloche de Noël, que le vent nous apporte des rivages méditerranéens. Un autre jour, nous entendrons les cloches de l’Europe du Nord. Et bientôt elles se fondront en un même concert. — L’épreuve est bonne. Remercions-la. Ils ont uni nos mains, ceux qui voulaient nous séparer.

31 décembre 1914.

R. R.


MANIFESTE DES AMIS DE L’UNITÉ MORALE DE L’EUROPE

Aussi loin de l’internationalisme amorphe que de tout localisme étroit, un groupe d’intellectuels s’est constitué à Barcelone, pour affirmer leur croyance irréductible en l’unité morale de l’Europe et pour servir cette croyance, autant que le permet le tragique étouffement des circonstances actuelles.

Le principe dont nous partons est que la terrible guerre qui déchire aujourd’hui le cœur de notre Europe constitue, par définition, une guerre civile.

Une guerre civile ne veut pas dire précisément une guerre injuste. Mais alors il faut qu’elle soit justifiée par un conflit entre de grands intérêts idéaux. Et si l’on désire le triomphe de l’un d’eux, ce doit être pour la totalité de la république européenne et pour son bénéfice général. Il ne peut donc être permis à aucun des partis aux prises de travailler à la destruction complète de l’adversaire. Il est encore moins légitime de partir de la criminelle hypothèse qu’un quelconque des partis se trouve déjà exclu, de fait, de la communauté supérieure.

Et pourtant nous avons eu la douleur de voir ces assertions admises, propagées avec furie, — et pas toujours dans les milieux vulgaires, ni par des voix dépourvues d’autorité. Durant trois mois, il a paru que notre idéal européen faisait naufrage. Mais une réaction commence à se dessiner. Mille indices nous assurent qu’au moins dans l’ordre de l’esprit les vents vont s’apaiser et que bientôt renaîtront dans les meilleures consciences les valeurs éternelles.

Nous nous proposons de collaborer à cette réaction, de contribuer à la faire connaître et, dans la mesure de nos forces, à la faire triompher. Nous ne sommes pas seuls. Nous avons avec nous, dans tous les lieux du monde, les aspirations ardentes des esprits clairvoyants et les vœux tacites des milliers d’hommes de bonne volonté, qui, par-dessus leurs sympathies et leurs préférences personnelles, savent rester fidèles à la cause de cette unité morale.

Et nous avons surtout, dans les lointains de l’avenir, l’appréciation des hommes qui demain, jugeront bonne l’œuvre modeste à laquelle nous nous vouons aujourd’hui.

Pour commencer, nous nous efforcerons de donner la plus grande publicité possible à la notice de tous les faits, déclarations et manifestations se produisant dans les pays belligérants comme dans les pays neutres où se révèle un effort pour faire revivre un sentiment de synthèse supérieure et d’altruisme généreux.

Plus tard, nous pourrons agrandir notre action et la mettre au service de nouvelles entreprises. à notre presse, à nos concitoyens, qu’un peu d’attention pour ces palpitations de la réalité, un peu de respect pour les intérêts d’une humanité supérieure, un peu d’amour pour les grandes traditions et les riches possibilités de l’Europe une.

Barcelone, 27 novembre 1914.

Eugenio d’Ors, membre de l’Institut catalan. — Manuel de Montoliù, écrivain. — Aurelio Ras, directeur de la revue Estudio. — Augustin Murua, professeur de l’Université. — Telesforo de Aranzadi, professeur de l’Université. — Miguel S Oliver. — Juan Palau, publiciste. — Pablo Vila, directeur du Collège Mont d’Or. — Enrique Jardi, avocat. — E. Messeguer, publiciste. — Carmen Karr, directrice de la Residencia de Estudiantes El Hogar. — Esteban Terrades, membre de l’Institut catalan. — José Zulueta, membre du Parlement. — R. Jori, écrivain. — Eudaldo Duran Reynals, bibliothécaire de la Biblioteca de Cataluna. — Rafael Campalans, ingénieur. — M. López-Picó, écrivain. — R. Rucabado, écrivain. — E. Cuello Calóu, professeur de l’Université. — Manuel Reventós, professeur de la Escuela de Funcionarios. — J. Farrán Mayoral, écrivain. — Jaime Massó Torrents, membre de l’Institut catalan. — Jorge Rubió Balaguer, directeur de la Biblioteca de Cataluna.

(Traduit de l’espagnol par R. R.)
(Journal de Genève, 9 janvier 1915).