Au bord des terrasses/9

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Madame Alphonse Daudet ()
Alphonse Lemerre, éditeur (p. 29-30).




LA MAISON DES ANGES




En face de l’église est la maison bénie
Que des anges sculptés gardent avec orgueil.
Leur ailes qu’ils replient sont bien en harmonie
Avec le toit penché que le temps humilie,
Comme il ébrèche encore une marche du seuil.

Ces vieux logis livrés à l’assaut d’une ville,
Avec ses bruits, l’élan de son impiété,
Protègent, tout au fond de leur abri tranquille,
Une cour, puis un arbre à hauteur de la tuile,
Presque un cloître, et le puits qui tombe en vétusté.


Je voudrais te donner cette maison, Edmée.
Tu saurais y murer ton cœur fier et pieux,
Y conserver toujours en ton âme charmée,
Comme, en un sachet blanc, une essence embaumée,
L’amour de tes parents et la foi des aïeux.

C’est cela que, croisant leurs ailes empennées,
Avec un pur regard mais qui ne cède rien,
Les anges garderont encor bien des années,
Après tant de Saluts et tant d’heures sonnées
Au clocher qui leur fut un fidèle gardien.


Tours, 1904.