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Bakounine/Œuvres/TomeVI5

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Œuvres - Tome VI.
Rapport sur l'Alliance — AVANT-PROPOS





AVANT-PROPOS
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Bakounine, on l’a vu, après m’avoir expédié, le 25 juillet 1871, les feuillets 92-141 du manuscrit Protestation de l’Alliance ou Appel de l’Alliance, commença le jour même la rédaction d’une Réponse à Mazzini. Cette Réponse fut achevée le 28 ; et aussitôt, sans perdre un jour, il revint à l’Alliance. Il venait de recevoir une lettre de moi, lui communiquant des nouvelles de Londres : je lui apprenais qu’au lieu d’un Congrès général de l’Internationale, sur la convocation duquel nous avions compté, le Conseil général avait décidé la réunion à Londres d’une Conférence privée, à l’ordre du jour de laquelle figurerait, entre autres questions, celle de la scission de la Fédération romande et de la situation de la Section de l’Alliance de Genève par rapport à cette Fédération et à l’Internationale tout entière.

Bien que le manuscrit dont la rédaction avait été commencée le 4 juillet et suspendue le 25 soit désigné, dans le journal de Bakounine, sous le nom de Protestation de l’Alliance et d’Appel de l’Alliance, l’auteur n’y avait parlé que de l’organisation de l’Internationale en général et de celle des Sections genevoises en particulier : il n’y avait pas encore abordé la question de l’Alliance, Or, c’était là le point essentiel sur lequel porterait certainement le débat à la Conférence de Londres ; c’est pourquoi, renonçant à poursuivre l’exécution du plan beaucoup trop vaste d’après lequel il avait travaillé du 4 au 25, Bakounine se mit aussitôt à écrire un Mémoire limité strictement à ce qui concernait l’histoire de la Section de l’Alliance de Genève. Son journal du 28 juillet porte : « Mémoire sur l’Alliance » ; le 5 août, il y écrit : « Lettre à Guillaume avec paquet première moitié Mémoire sur l’Alliance ». Cette « première moitié » se composait de 28 feuillets ; mais ce n’était pas la « moitié », c’était le quart seulement de ce que Bakounine écrivit réellement.

Le lendemain du jour où il m’avait expédié ce paquet de manuscrit, il recevait une autre lettre de moi, lui communiquant des nouvelles du Conseil général venues par l’intermédiaire de Robin. Celui-ci me racontait comment il était parvenu à faire reconnaître au Conseil l’authenticité des lettres d’Eccarius et de Jung (voir ci-dessus p. 5) ; il avait en conséquence reçu, en double exemplaire, une déclaration signée du secrétaire du Conseil, attestant que les lettres étaient authentiques, et qu’il n’existait aucune décision du Conseil qui, depuis, eût suspendu la Section de l’Alliance ; et il m’envoyait, pour Genève, un de ces exemplaires. J’avais fait aussitôt parvenir à la Section de l’Alliance de Genève le document qui lui était destiné ; et en transmettant à Joukovsky, avec ce document, la lettre de Robin, je l’avais engagé à examiner si, maintenant qu’elle avait obtenu du Conseil général la reconnaissance de la régularité de sa situation, la Section de l’Alliance, prenant en considération l’intérêt supérieur de l’Internationale, n’agirait pas plus sagement en renonçant d’elle-même à prolonger davantage une existence qui, depuis longtemps, n’avait plus aucune utilité. J’avais pu constater que les réfugiés de la Commune avaient beaucoup de peine à se rendre compte de la véritable situation. Nos adversaires cherchaient à leur persuader que la scission n’avait nullement été le résultat d’une divergence sérieuse de principes, qu’elle était due simplement à des querelles de personnes, et en particulier à l’obstination ridicule d’une poignée d’hommes qui prétendaient absolument imposer à la Fédération genevoise l’obligation de recevoir dans son sein une section dont elle ne voulait pas. Il était chimérique d’espérer que ceux de ces réfugiés qui habitaient Genève se décideraient à devenir membres de l’Alliance : celle-ci allait donc voir son isolement devenir plus grand encore ; tandis qu’une fois sa dissolution prononcée par elle-même, les membres qui avaient fait partie de la section n’auraient plus rien qui les empêchât d’établir entre eux et les proscrits français des liens sérieux de solidarité en vue d’une action commune. Par la dissolution de la Section de l’Alliance, ajoutais-je, on enlèverait du même coup à la coterie marxiste le prétexte qu’elle croyait déjà tenir pour prendre contre nous et faire approuver par la future Conférence des mesures funestes, qui pourraient entraver la libre organisation de nos sections. En terminant, je priais Joukovsky de communiquer immédiatement à Bakounine la lettre de Robin.

Dans ma lettre à Bakounine, j’exposai les mêmes considérations, en faisant valoir l’avantage que nous donnerait, devant la Conférence de Londres, le terrain nouveau sur lequel nous nous serions placés, terrain qui se trouverait déblayé et aplani par la dissolution volontaire de la Section de l’Alliance. Mais Bakounine ne goûta pas mes raisons. Il fallait, pensait-il, accepter la lutte sur le terrain où nous étions ; et si la Section de l’Alliance devait se dissoudre un jour, ce ne pourrait être qu’après avoir triomphé de ses ennemis. Il m’écrivit le jour même, 6 août, pour m’exposer son point de vue, une longue lettre, que je ne possède plus (toute ma correspondance avec Bakounine, excepté celle de 1869 et deux lettres de 1871, a été détruite). Il écrivit également une lettre aux membres de la Section de l’Alliance, à Genève, pour leur dire son avis sur le conseil que je leur avais donné, et pour leur proposer un plan de campagne tout différent du mien. Cette lettre, qu’il m’envoya et que je transmis de sa part à la Section de l’Alliance, a été retrouvée dans les papiers de Joukovsky par Max Nettlau, qui l’a publiée dans sa Biographie de Bakounine. J’en ai reproduit le texte, d’après lui, au tome II de L’Internationale, Documents et Souvenirs, p. 178 ; et je donne également ce texte ici (p. 161), en manière d’introduction au Rapport sur l’Alliance.


Les 28 premiers feuillets du Mémoire de Bakounine m’étaient parvenus le 8 août : je les envoyai à Genève le lendemain, pour que, selon l’intention de l’auteur, Perron les revît, les complétât ou les abrégeât.

La lettre du 6 août, à la Section de l’Alliance, me parvint le 9, et, après l’avoir lue, je la transmis à Perron le même jour. Dans cette lettre, Bakounine, après avoir cherché à démontrer que la dissolution de la Section de l’Alliance avant la Conférence serait une maladresse, un sacrifice inutile, « une lâcheté gratuite mais nullement obligatoire », proposait qu’un Mémoire justificatif fût adressé par la Section de l’Alliance au Comité fédéral de Saint-Imier, et, à cette occasion, il parlait en ces termes du manuscrit dont il m’avait envoyé le commencement :

« J’ai déjà envoyé la première partie d’un projet de mémoire à James, je lui en enverrai dans ces jours la fin. Il est trop long, mais il contient tous les éléments de notre défense, et il sera très facile soit à Jouk, soit à Perron, soit à James, d’en faire un mémoire très court…

« Je propose donc que le Comité fédéral de Saint-Imier, après avoir reçu votre mémoire, rédige un mémoire pour son compte, où, en racontant tous les faits qui se sont passés au Congrès de la Chaux-de-Fonds et depuis, il démontrera victorieusement le droit de la Fédération des Montagnes. »

Il ajoutait qu’à son avis les Sections des Montagnes devaient absolument envoyer un délégué à la Conférence de Londres ; et ce délégué, disait-il, « ne doit être autre que James Guillaume. Je suis convaincu qu’il remportera et fera remporter à notre organisation des Montagnes, aussi bien qu’à l’Alliance, une victoire éclatante [1]. »


Mais le jour même où Bakounine écrivait cette lettre, la Section de l’Alliance de Genève, sans l’avoir prévenu de rien, avait tenu à la précipitée une réunion dans laquelle, se conformant à mon avis, ainsi qu’aux conseils de quelques réfugiés de la Commune, elle prononçait sa dissolution. Joukovsky m’annonça cet acte par un billet que je reçus le 10 août. Je lui répondis sur-le-champ :

«… Il me semble que vous êtes allés un peu vite. J’avais insisté pour que Michel fût consulté et pour qu’on lui envoyât la lettre de Robin. Or, d’après une lettre de Michel que j’ai reçue hier [2], et que j’ai envoyée immédiatement à Perron pour qu’il la communique aux amis, il semble que Michel n’a rien reçu de vous, et qu’il n’a été instruit du projet de dissoudre l’Alliance [3] que par moi. Tu verras, d’après sa lettre, qu’il différait d’opinion avec nous, et qu’il eût voulu conserver le statu quo jusqu’au Congrès ; j’aurais aimé que vous attendiez sa lettre avant de prendre une décision, afin que son opinion pût être comptée et discutée.

« Et maintenant que faites-vous ? J’espère qu’au moins pour cette affaire si grave, vous allez agir régulièrement. Il y a deux choses à faire tout d’abord :

« 1° Écrire au Comité fédéral romand à Saint-Imier que [la Section de] l’Alliance est dissoute, et lui en exposer les motifs ;

« 2° Écrire au Conseil général à Londres, d’abord pour lui accuser réception de sa lettre [4], — Robin l’exige absolument, — puis en même temps pour lui annoncer votre dissolution.

« Je crois que le mémoire préparé par Michel, dont je vous ai envoyé hier la première partie, a toujours sa raison d’être. Tout en cessant d’exister, l’Alliance peut et doit réfuter les calomnies sans nombre dont elle a été l’objet. Il faudrait donc vous réunir encore pour examiner ce mémoire, y faire les changements que vous trouverez convenables, et ensuite le faire publier de manière qu’il puisse être mis entre les mains de chacun des délégués de la Conférence de Londres, qui aura lieu — je le sais maintenant — le troisième dimanche de septembre. »


Le lendemain 11, je recevais de Joukovsky : 1° la copie d’une lettre à Hermann Jung, par laquelle il lui accusait réception de la déclaration du 25 juillet 1871 transmise par l’intermédiaire de Robin, et le chargeait de faire part au Conseil général de la dissolution de la Section de l’Alliance ; 2° un projet de lettre (trois feuillets) à la Conférence de Londres. Je m’empressai de lui adresser la réponse suivante :

« Je reçois à l’instant le projet de lettre à la Conférence de Londres. D’autre part, Charles [5] a dû te communiquer le mémoire de Michel que je lui ai envoyé avant-hier. Lequel choisir ? L’affaire est de savoir s’il faut un mémoire étendu, complet, avec preuves à l’appui, ou bien une déclaration courte et catégorique sans autres développements. Si on s’arrête à cette dernière idée, il me paraît que ton projet est excellent. Mais un mémoire plus étendu me semble pourtant nécessaire. En effet, les simples affirmations ne prouvent rien : elles laissent la porte ouverte aux démentis, — et tu sais avec quelle impudence nos ennemis savent mentir. Il faut arriver devant la Conférence les mains pleines de preuves ; il faut déchirer tous les voiles. Eh bien, le mémoire de Michel me paraît excellent pour arriver à ce but : il est écrit avec modération, et avec une sobriété de langage qui n’est pas toujours son propre.

« Je vote donc, pour ma part : 1° Pour l’envoi au Conseil général de la déclaration de la dissolution de l’Alliance, telle qu’elle est contenue dans ta lettre ; 2° Pour l’envoi à la Conférence du mémoire de Michel, préférablement à cette déclaration en trois feuillets que tu m’as envoyée.

« Nous avons le temps d’attendre que Michel ait fini son travail, puisque la Conférence a lieu le troisième dimanche de septembre. Cependant, il faut qu’il se dépêche. Écris-lui dans ce sens ; je lui ai déjà écrit hier.

«… Ainsi, mon cher, je te prie de répondre à cette lettre et à celle d’hier, courrier par courrier, afin que je sache si le mémoire de Michel est goûté à Genève, et si vous voulez l’accepter. »


Par la regrettable négligence de nos amis de Genève, les 28 feuillets envoyés à Perron furent perdus, comme le furent les 62 premiers feuillets de la Protestation de l’Alliance. Si le reste du manuscrit (feuillets 29-111) existe encore, c’est qu’il n’est heureusement pas sorti de mes mains.

Ces 28 premiers feuillets racontaient la fondation, au second Congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté, à Berne, de l’Alliance Internationale de la Démocratie socialiste (25 octobre 1868) ; son adhésion à l’Association Internationale des Travailleurs ; la formation à Genève d’une Section de cette Alliance (28 octobre), Section qui compta dès le premier jour près d’une centaine de membres ; et l’accueil qui fut fait à ce nouveau groupement par les ouvriers des sections du bâtiment et par ceux des sections de la Fabrique.


Le 13 août (d’après le calendrier-journal), Bakounine — informé de la dissolution de la Section de l’Alliance le 12 seulement, non point par une communication du secrétaire de la Section, mais par une lettre privée d’Ozerof — m’écrivit une longue lettre, achevée seulement le 16, dans laquelle il se plaignait vivement que la Section de l’Alliance eût prononcé sa dissolution sans qu’il eût été informé, en temps utile, de la mise à l’ordre du jour de cette question ; il m’annonçait qu’il envoyait à l’adresse d’un ami de Genève une protestation contre ce procédé et contre la décision prise.

Le 14, Joukovsky m’apprenait que les anciens membres de la Section de l’Alliance, unis à un certain nombre de proscrits français, voulaient constituer à Genève une nouvelle section de l’Internationale sous le nom de Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste. Je répondis par la lettre suivante :

« Merci de ta lettre. Deux mots d’observation.

« Tu ne me dis rien quant à Michel : l’a-t-on consulté, oui ou non, sur la dissolution de l’Alliance ?

« Maintenant, pourquoi diable former cette Section de propagande ? Voilà que vous gâtez par là tout le bon effet de la dissolution de l’Alliance. L’essentiel est qu’il soit bien constaté que vous êtes dissous, désorganisés, renonçant à toute idée de groupement spécial, et demandant seulement à vous joindre à la Section centrale. La Section centrale vous refusera, c’est à prévoir : alors vous aurez le droit de créer une nouvelle Section, — ou plutôt, non, même alors je voudrais vous voir rester à l’état d’individualités sans section, et réclamant auprès du Conseil général contre l’exclusivisme de la coterie genevoise qui vous ferme ses portes.

« Ne vois-tu pas que de cette façon nous les battrons, nous les mettrons au pied du mur, — au lieu qu’en recréant une section, vous donnerez lieu à la remarque parfaitement juste que c’est l’Alliance sous un autre nom ? »


Après avoir reçu la nouvelle lettre de Bakounine des 13-16 août, j’écrivis à Joukovsky ce qui suit, le 20 août :

« Mon cher Jouk, quelques questions auxquelles tu voudras bien répondre à lettre vue :

« 1° As-tu vu la protestation de Michel contre la dissolution de l’Alliance ? Si non, demande-la à Pinier, je crois que c’est à lui qu’il l’a adressée. Je trouve que Michel a parfaitement raison de se plaindre de vos procédés à son égard : on ne l’a pas averti ni consulté, on ne lui a pas envoyé la lettre de Robin que je t’avais expressément prié de lui communiquer.

« Ah ! mon cher, vous faites les choses en artistes : vous n’êtes pas assez bourgeois, assez positifs, assez hommes d’affaires, vous n’avez pas assez de régularité, de ponctualité, enfin toutes ces qualités fort ridicules, si tu veux, mais essentielles dans toute organisation ; vous êtes paresseux, volages, étourdis, capricieux comme des artistes. Et je vois, hélas ! qu’il n’y a rien à faire pour vous convertir à des idées moins fantaisistes : un Maure changerait-il sa peau et un léopard ses taches ?

« 2° Persistez-vous à créer une nouvelle section ? Je te répète qu’à mes yeux c’est une très grande faute, que cela détruit tout le bien qu’aurait fait la dissolution de l’Alliance…

« J’ai modifié mes idées à l’égard de la suppression du Conseil général. Il me semble que si nous pouvions faire la paix avec lui, cela vaudrait encore mieux, pour le moment, que d’amener une guerre générale…

« Et, à propos de Michel, as-tu vu dans la Liberté d’hier sa réponse à Mazzini ? Je suis enchanté que la Liberté l’ait insérée. Il y aura encore, je l’espère, moyen de s’entendre avec les Belges… »


Joukovsky répondit sur un ton piqué à la semonce relative à sa négligence. Mais sa réponse, écrite le lundi 21, mit une semaine à me parvenir, parce qu’il avait oublié de la jeter à la poste. Je la reçus le samedi 26 au soir, et le lendemain je lui écrivais (27 août) :

« Mon cher Jouk, vraiment tu me fais rire. Tu te fâches parce que je t’appelle artiste, que je me plains de ton manque de régularité dans la correspondance, que je constate que tu n’as pas les qualités d’un bourgeois ponctuel et méticuleux, tandis que tu as celles — fort appréciées par moi d’ailleurs — d’une imagination riche et féconde, mais capricieuse ; tu te fâches, dis-je, et voilà que tu as soin, en même temps, de justifier de point en point mon jugement.

« En effet, tu prétends me répondre à lettre vue : aussi m’écris-tu lundi soir, à minuit ! heure un peu indue. Seulement tu oublies la lettre dans ta poche, et tu ne la mets à la poste que le samedi matin, comme le constate le timbre de Genève, — en sorte qu’elle m’arrive le samedi soir.

« Puis, dans cette réponse à lettre vue qui a mis une semaine à me parvenir, tu ne me parles que d’une seule chose, et tu persistes à garder un silence incompréhensible sur les points les plus essentiels.

« Ainsi, je n’ai jamais pu obtenir de toi une réponse à l’égard des comptes de la Solidarité

« Je persiste à croire que vous aviez le temps de prévenir Michel de ma proposition concernant l’Alliance. Il ne s’agit pas ici de l’autorité d’un homme, de dictature, etc. ; il s’agit d’égards dus à un ami. Vous pouviez très bien fixer à huit jours la séance dans laquelle on discuterait la question, et dans l’intervalle écrire à Michel. Enfin, c’est fait, n’en parlons plus… »

À partir de ce moment, je m’abstins de toute récrimination au sujet du fait accompli. Mais Bakounine, lui, avait été blessé de l’inconvenance du procédé de Joukovsky et de Perron ; et le froissement qu’il en avait ressenti explique le ton sur lequel il parle de ces anciens amis dans les derniers feuillets de son Mémoire, écrits postérieurement à la dissolution de la Section de l’Alliance.


Un nouvel envoi de manuscrit (feuillets 29-68) me fut fait le 21 août. Au bas du feuillet 68 Bakounine avait écrit cette annotation : « Je ne sais pas l’usage que vous trouverez bon de faire de ce manuscrit. Ce qui est certain, c’est que je ne ferai pas d’autre rapport que celui-ci, qui ne peut pas être imprimé dans sa forme présente, mais qui contient des détails suffisants pour éclaircir tous les points et pour vous fournir tous les matériaux nécessaires pour un mémoire plus serré et plus court. »

Le 23, Bakounine m’envoya les feuillets 69-77, et le 24 les feuillets 78-98. Le 25, le calendrier-journal nous le montre commençant un second article contre Mazzini, qu’il interrompt le soir pour reprendre le manuscrit de ce qu’il appelle maintenant son « Rapport » ; il en continue la rédaction le 26, et le lendemain m’envoie les feuillets 99-111 ; au verso du feuillet 111 il écrivait ; « Presque fin de mon Rapport sur l’Alliance. J’ai vraiment très peu de choses à y ajouter. » Il avait conservé par devers lui le feuillet 112, sur lequel il avait tracé seulement quelques lignes ; mais il n’acheva pas de le remplir (ce feuillet s’est retrouvé dans ses papiers) : c’est qu’il se consacrait maintenant tout entier à sa seconde Réponse à Mazzini, qui allait devenir un livre.

Aucun usage ne fut fait à ce moment-là du « Rapport » de Bakounine, parce que sa proposition, présentée aux membres de la Section de l’Alliance par la lettre du 6 août, « d’adresser un mémoire justificatif au Comité fédéral de Saint-Imier », n’avait pas été adoptée, non plus que celle d’envoyer au Conseil général de Londres et aux principales Fédérations de l’Internationale un mémoire dans lequel ce Comité fédéral raconterait les faits qui s’étaient passés au Congrès de la Chaux-de-Fonds et depuis. D’ailleurs il eût été difficile d’utiliser ce manuscrit sans en retrancher précisément les parties les plus intéressantes — disons le mot, les plus amusantes : Bakounine s’y était abandonné à sa verve, il y avait tracé des portraits, magistralement crayonnés, d’Outine et de Henri Perret ; il y faisait même rire aux dépens de Charles Perron et de Paul Robin, en racontant leurs maladresses. Lorsque j’eus à rédiger, en 1872, le Mémoire de la Fédération jurassienne, j’y insérai deux passages du manuscrit de Bakounine : le premier (feuillets 38-56) dans les Pièces justificatives, pages 45-58 ; le second, feuillets 58-78 (avec beaucoup de suppressions et d’atténuations), aux pages 68 (ligne 3)- 77 (ligne 11) du texte.

Quelques passages des chapitres « Campagne désastreuse de Perron et de Robin » et « Outine, le Macchabée et le Rothschild de l’Internationale de Genève » ont été publiés dans L’Internationale, Documents et Souvenirs, tome Ier, pages 226-229.

Ce n’est qu’aujourd’hui que la publication intégrale du manuscrit est devenue possible.

J. G.

  1. Après mûr examen, les Sections des Montagnes décidèrent qu’elles n’avaient pas à envoyer de délégué à une Conférence à laquelle elles n’avaient pas été convoquées.
  2. Celle du 6 août.
  3. C’est-à-dire la Section de l’Alliance de Genève.
  4. C’est-à-dire de la déclaration du 25 juillet 1871, transmise par Robin.
  5. Perron.