Ballades et Chants populaires de la Roumanie/XXIV

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Ballades et Chants populaires de la Roumanie (principautés danubiennes)E. Dentu (p. 161-171).


XXIV

MIHOU


Sur le mont Barbat,
Par un chemin creux,
Chemine en chantant
Le jeune Mihou,
Beau, fier comme un paon,
Vrai paon des forêts,
Vrai chef de brigands.
Il s’en va chantant,
Jouant du kobouz 79,
D’un kobouz en os
Au chant mélodieux.
Le brave chemine
Sur un mourgouchor 80

Au sein de la nuit
À travers les bois,
Les bois de Mertza.
La nuit était sombre,
Le feuillage épais,
Le sentier ardu ;
Mais lorsqu’en montant,
Le mourgo frappait
Le sol de ses pieds,
La pierre étincelait,
Éclairant les ténèbres
Comme un jour brillant.
Ils vont, frère, ils vont,
Sans laisser de trace,
Sur les feuilles tombées
Aux sentiers perdus.
Il marche toujours
Mihou, le jeune brave,
Les feuilles battant 81,
Les forêts éveillant,
Et de sa voix disant :

« Va, mourgouchor, va,
« Le long du plateau ;
« Pourquoi quitter le sentier
« Et prendre par la colline ?
« Est-ce le frein qui te gêne
« Est-ce la selle qui te blesse,
« Que tu portes si lourdement
« Mon corps si léger ? »

— « Le frein ne me gêne,
« La selle ne me blesse,

« Mais ce qui me gêne
« Et ce qui me blesse,
« C’est que par ici,
« Sont en embuscade
« Cinquante moins cinq,
« Juste quarante-cinq
« Valeureux brigands,
« Braves Levantins
« Qui ont quitté leurs parents
« Dès l’âge le plus tendre.
« Ils sont réunis
« En un grand banquet
« Dans le val profond,
« Au coin d’un rocher,
« Sous d’épais platanes
« Et des noisetiers,
« Autour d’une table
« D’une seule pierre
« Crevassée en quatre,
« Liée avec des fils de fer,
« Et portant des lettres sculptées,
« Des lettres de livre
« Et toutes dorées.
« À table est assis,
« Prêt à te piller,
« Janock, le Hongrois,
« Le vieux malfaiteur
« Dont la barbe hérissée,
« Vieillie dans le crime,
« S’allonge et se perd
« Jusque dans la ceinture.
« Il a, frère, il a,

« Des sabres luisants,
« Un fusil rayé
« Et un cœur d’acier.
« Et il a de plus,
« Au coin du rocher,
« De braves Levantins
« Qui ont quitté leurs parents
« Dès l’âge le plus tendre.
« Tous, Hongrois de cœur,
« Prêts aux coups de main,
« Tous, forts et nerveux,
« Braves aux larges nuques,
« Braves sans salaire !
« Portant grands chacots
« Et de longues tresses
« Qui tombent sur leurs dos.
« Ils nous entendront,
« Ils apparaîtront,
« Et malheur à toi !
« Et malheur à moi !

« — Va, Mourgouchor, va,
« Le long du plateau,
« Quitte la colline
« Reprends le sentier,
« Car Mihou est brave,
« N’aie crainte avec lui,
« Mourgouchor, fie-toi
« À ces bras puissants,
« Puissants et nerveux ;
« À cette large poitrine,
« Large et bien couverte,

« À cette belle dague,
« Au tranchant d’acier ! »

Le mourgo, rapide
Comme la pensée
Quitte la colline
Et prend le sentier,
Il marche et s’en va,
Pendant que Mihou
Lui répète encore :

« Va, Mourgouchor, va,
« Le long du plateau,
« Cours vers la prairie,
« Et vers la clairière
« Abondante en fleurs
« Et fertile en herbes.




Voici, dans le bois,
Que Janock soudain,
Pendant qu’il buvait
Et faisait bombance,
S’arrête immobile
Car par intervalles
Il ouit résonner,
Un chant fier et doux,
Charme des forêts,
Un vrai chant de brave,
Et la voix vibrante

Et douce à l’oreille
D’un kobouz en os
Aux notes suaves.
Et voilà, voilà
Que Janock tressaille,
Se lève d’un bond
Et dit à voix haute :

« — Oh ! vous tous, mes braves,
« Vous, mes Haramins,
« Silence, écoutez
« Et prenez les armes,
« Car d’ici j’entends
« La voix d’un kobouz,
« Résonnant au loin
« Parmi la feuillée.
« Donc, alerte, alerte,
« Partez à l’instant
« Pour vous embusquer
« Et barrer la route
« Au pont, au ravin,
« Au val du peuplier,
« Au sentier brisé,
« Au chemin étroit,
« À la source pure
« Qui n’a que peu d’eau.
« Si c’est quelque brave
« Ne lui faites mal,
« Mais si c’est un fou,
« Un efféminé,
« Qu’il soit souffleté,
« Puis laissez-le aller. »


Les Hongrois s’élancent,
Et barrent le chemin,
Mais dès qu’il les voit
Mihou de leur dire :

— « Braves Haramins !
« Malheur à vos têtes ! »

Et sans achever
Sur eux il s’élance
Tourne à droite, à gauche,
Et les abat tous ;
Puis repart encore
À travers les bois,
Avec son mourgo,
Pendant que les pierres
En étincelant
Éclairaient la nuit,
Comme un jour brillant.
Ils vont vers Janock,
Janock à leur Vue :

— « Oh ! vous tous, mes braves,
« Vous, mes Haramins,
« Saisissez vos lances,
« Tirez vos fusils. »

— « Laissez là vos lances,
« Laissez vos fusils,
« Car je suis Mihou,
« Et veux vous chanter,
« Un chant fier et beau,
« Un vrai chant de brave ;

« De mon kobouz d’os
« À la voix vibrante. »




Et voilà, voilà,
Que Mihou soudain
Commence en ce lieu,
À dire avec feu,
Commence doucement
À dire avec âme
Un chant émouvant
De telle beauté,
Que les monts en résonnent,
Les aigles accourent,
Les pins se balancent,
Les feuilles murmurent,
Les étoiles brillent
Et arrêtent leur course.
Et tous les Hongrois
L’écoutent avec amour ;
Et Janock soudain,
D’adoucir sa voix ;
Il s’adresse à Mihou
Et l’invite à table :

— « Viens, dit-il, Mihou,
« Viens ici, mon brave,
« Festiner ensemble
« Et nous réjouir ;

« Et puis tous les deux,
« Nous irons lutter. »

Ils s’assemblent tous,
Se mettent à table,
Font chère joyeuse
Et se réjouissent,
Et choquent leurs armes
À grands cris de joie ;
Puis, quand vers le jour,
Ils eurent fini
De se régaler,
De goûter les vins ;

Janok le Hongrois,
Mihou le Moldave,
Se rendent à part
Et la lutte commence.

Tous les Hongrois,
Neveux de Janock,
Sont à regarder,
Comme ils se retournent,
Comme ils se renversent,
Ainsi que des braves
Et de vrais zméï.
Mais voilà, voilà,
Que Mihou soudain
S’arrête sur place,
Saisit le Hongrois,
En l’air le soulève
Le rejette à terre,

Et me l’agenouille
Et tranche sa tête.

Les autres Hongrois,
Neveux de Janock,
Sont pétrifiés,
De terreur frappés !
Mihou les éveille,
Et leur parle ainsi :

— « Vous, les valeureux,
« Vous, les Haramins !
« Celui, qui de vous,
« Pourra soulever
« Ma lourde massue
« Lourde comme elle est,
« Et ma carabine
« Lourde comme elle est,
« Et toutes mes armes,
« Lourdes comme elles sont,
« Que celui-là vienne
« Pour fraterniser,
« Et faire avec moi
« Le métier des braves
« Dans les bois profonds. »

Les Hongrois accourent,
Se baissent à terre,
Mais en vain, en vain !
Aucun d’eux ne peut
Lever sur son dos,
Les armes trop lourdes
À terre jetées.


— « Vous, pauvres enfants,
« Pauvres Haramins,
« Quittez les forêts ;
« Prenez la charrue,
« Car vous n’êtes pas
« Faits ainsi que nous,
« Pour le beau métier,
« Le métier des braves,
« Mais bien pour la bêche
« Et la pelle ignoble ! »

Et parlant ainsi,
Mihou le vainqueur,
De son petit doigt
Soulève ses armes
Et reprend sa route ;
Et derrière lui
La forêt bouillonne,
La forêt résonne
D’un chant fier et beau,
D’un vrai chant de brave,
Des sons d’un kobouz,
Charmant à l’oreille,
D’un kobouz en os
À la voix vibrante !


NOTES


I

LA PETITE BREBIS


1. C’est-à-dire un Roumain de la Transylvanie ; dans son ignorance, l’habitant des provinces danubiennes confond très-souvent le Transylvain, son frère par le sang et par la langue, avec le Hongrois qui se l’est incorporé.


2. Vrantcha est un arrondissement du district de Poutna, en Moldavie, sur le penchant des Carpathes, dont les habitants forment entre eux une sorte de fédération patriarcale et ont conservé dans leur costume, comme dans leurs habitudes, le type primitif du Moldave.


3. Birsa, village des environs de Cronstadt en Transylvanie ; on appelle brebis birsane, celle qui marche en tête du troupeau.


4. Dans la cérémonie du mariage selon le rite grec, il est d’usage que les pères, assis, tiennent dans leurs mains, pendant quelques minutes, les couronnes de fleurs ou d’or émaillé dont le prêtre orne le front des jeunes mariés.


5. Ce passage admirable de la ballade où le poëte fait assister toutes les merveilles de la création à la consécration de l’union de l’homme avec la mort, rappelle une description analogue dans Atala.


6. Le portrait que la mère fait de son enfant est, dans l’original, un chef-d’œuvre de sentiment, d’harmonie poëtique et de concision :

Mindru ciobanel
Tras pintr’ un inel ;
Perișorul luĭ,
Pana corbuluĭ ;
Mustețĭoara luĭ
Spicul griuluĭ ;
Ochișoriĭ luĭ
Mura cămpuluĭ ;
Fețișoara luĭ
Spuma lapteluĭ.

Un beau petit berger
Tiré par une bague ;
Ses gentils cheveux,
Plume de corbeau ;
Sa fine moustache,
Épi du blé ;
Ses gentils yeux,
Mûres des champs ;
Sa gentille figure,
Écume du lait.

Tous les mots de la langue roumaine sont susceptibles de diminutifs, comme dans l’italien, et, dans ce cas, ils deviennent des termes caressants. Pour rendre en français le véritable sens des mots perisori, cheveux ; ochisori, yeux ; fetisoara, figure, etc., nous avons ajouté l’adjectif gentil à tous les mots correspondants dans la traduction.


7. La fin de cette ballade manque ; toutes nos recherches pour la découvrir ont été jusqu’à ce jour infructueuses.




II

HERCULE


8. Cette ballade est une des plus anciennes et des plus intéressantes, par rapport à l’allégorie mythologique qui en fait le fond. Elle reporte la pensée aux temps de la domination romaine en Dacie, alors que les bains d’Hercule situés dans le banat de Témesvar, et connus aujourd’hui sous le nom de Méhadia, étaient célèbres parmi les colons de Trajan. La jeune fille, « douce, attrayante et cachée dans l’ombre d’un rocher » personnifie la source minérale, qui a conservé après deux mille ans, le nom de « Source d’Hercule. »


9. La Tcherna, petite rivière encaissée dans une gorge romantique des Carpathes Transylvaines et qui se jette dans le Danube à côté de la ville d’Orsova. L’établissement des bains de Méhadia, s’élève sur les bords de ce petit torrent. La route qui y conduit en partant d’Orsova traverse une contrée montagneuse des plus pittoresques et très-riche en souvenirs romains.


10. Il est vraisemblable que le poëte a voulu personnifier, dans ces trois jeunes filles, les trois grandes parties de la Dacie, c’est-à-dire la Transylvanie, la Valachie et la Moldavie qui s’étendait anciennement jusqu’au Dniester, et possédait une partie du littoral de la Mer Noire.




III

LE DRAGON


11. La race des chevaux de la Dobrodja était célèbre autrefois.


12. Les femmes roumaines ont pour habitude d’endormir leurs enfants avec des strophes douces et mélancoliques, qui commencent et se terminent presque toujours par le mot nani nani.

Nani-nani copilas,
Dormĭ cu mama, angeras,
Ca mama te-a legana,
Si mama te-a saruta,
Si mamuca țĭ a canta
Nani-nani, nani-na, etc.

Nani-nani, petit enfant,
Dors, cher ange, près de ta maman,
Car ta maman te bercera
Et ta maman t’embrassera
Et ta maman chantera
Nani-nani, nani-na… etc.

Ce refrain rappelle la strophe que les femmes chantent en Italie, le jour de Noël :

Dormi, dormi nel mio seno
Dormi, o ! mio fior Nazareno,
Il mio cor culla sara,
Fa la nina-nana na.


13. Paloche, épée à deux tranchants.


14. Devenir frères en croix ou frères de la croix est un usage antique dont les contes et les ballades populaires font souvent mention. Ce lien sacré imposait à ceux qui le formaient, le devoir de se sacrifier les uns pour les autres. On devenait frères en croix après avoir accompli certaines formules mystérieuses et après avoir surtout opéré le mélange du sang. Cette opération cabalistique consistait à se faire sur le bras droit des incisions en forme de croix, et à mélanger ainsi le sang de son frère avec le sien. Les peuplades à demi sauvages de l’Épire, de la Thessalie, du Monténégro, ont de même, leurs frères faits (adelphopoiêtoi.)

Tout porte à croire que cet usage, qui se perd de nos jours, remonte à certaines traditions de franc-maçonnerie du temps des Croisades, ou bien qu’il se rattache aux signes mystérieux adoptés sous l’empire romain par les premiers chrétiens.




IV

LA MALÉDICTION


15. Cette malédiction est connue dans la Roumanie sous le nom, de « la malédiction des hirondelles ; » elle atteint, à ce que l’on croit, ceux qui détruisent les nids de ces oiseaux.


16. Le boutouk est une espèce de cangue, dans laquelle on emprisonne les pieds des condamnés, pour les empêcher de se sauver. Lorsqu’on découvrit la prison dans les fouilles de Pompei, on découvrit un grand boutouk en bronze.




V

LE VOILE ET L’ANNEAU


17. Zméi, animaux fantastiques, qui jouent un grand rôle dans les superstitions et les légendes populaires.




VI

BOUJOR


18. Le nom de ce brigand est très-populaire en Moldavie ; le peuple parle de lui avec admiration et respect : car s’il était impitoyable pour les employés de l’État et les boyards, il était au contraire fort généreux envers les paysans et les malheureux. Boujor signifie pivoine ; c’est un sobriquet que lui a valu la couleur de ses cheveux roux.


19. La plupart des chants populaires commencent par ces mots : Feuille verte de noisetier, ou de chêne, ou de muguet, ou de sapin, etc ; cette introduction semble étrange, mais en voici l’explication :

La fleur ou l’arbre, dont le poëte populaire arrache une feuille pour la mettre au front de son petit poëme, doit avoir quelque analogie symbolique avec le sujet même du chant, en sorte que, sous une forme allégorique, la feuille de telle ou telle fleur, de tel ou tel arbre, joue le même rôle que l’invocation des poëmes antiques, invocation qui sert d’explication du sujet. Ainsi le poëte veut-il chanter un brave brigand ? Il choisira parmi les arbres de la forêt, celui qui donnera le mieux l’idée de la force, et il commencera nécessairement par la feuille verte du chêne ; plus loin, dans le cours même de la légende, le brigand arrive-t-il au terme de sa vie, le poëte fera figurer la feuille verte du sapin, l’arbre de la mort. S’agira-t-il au contraire d’une jeune fille ? Le chant commencera par la feuille verte de la rose, ou par la feuille du muguet, ou par la feuille de la violette, etc.

Tel a été, dans le principe, le sens de cette allégorie poétique ; mais plus tard les troubadours Cigains qui parcourent le pays, ont abusé de la formule et en ont fait une licence poétique qu’ils ont poussée souvent jusqu’à l’extravagance.


20. Ciocoï est un terme de mépris dont le peuple stigmatise ses oppresseurs, tels qu’employés de l’État, boyards, etc. ; ce mot signifie valet, homme vil, pied-plat.


21. Fokchani, ville frontière située entre la Moldavie et la Valachie.


22. La vedritza est une mesure de vin contenant près de vingt litres.


23. La potira, espèce de maréchaussée irrégulière, chargée de poursuivre les bandes de brigands ; avant la nouvelle organisation des principautés, la potira était composée d’un ramassis d’Albanais aux gages des princes régnants.




VII

LE COUCOU ET LA TOURTERELLE


24. Ces deux oiseaux figurent souvent dans les chants populaires. Le coucou est entouré d’un certain prestige mystérieux, aux yeux du peuple roumain, et son chant est considéré comme un signe de bon ou de mauvais augure, selon qu’il résonne à droite ou à gauche de celui qui l’entend.


25. Une des pratiques de dévotion le plus en usage chez les Grecs, consiste à faire le tour de l’Église et à baiser successivement, en s’accompagnant d’un signe de croix, toutes les petites images de saints qui décorent la muraille à hauteur d’homme.




VIII

L’OMBRE


26. La cofitza est un vase en bois blanc, qui sert à puiser de l’eau aux fontaines.




IX

LE ROUMAIN GROUÉ GROZOVAN


27. Cette ballade date du XVe siècle, alors que les Moldaves étaient en guerres continuelles avec les Tatares, leurs voisins, et qu’ils faisaient souvent des invasions désastreuses les uns chez les autres, mettant tout à feu et à sang sur leur passage et emmenant en esclavage les femmes et les enfants.


28. Yalpeou, rivière de la Bessarabie.


29. Zméines, femelles des Zméi. (Note 17e.)


30. Zermines, monstres femelles de la même famille que les zméines.


31. Mirzas, nom donné aux Tatares de sang noble.


32. Le Boudjiak est la partie basse de la Bessarabie.


33. Le Boudjiak produisait anciennement une race de chevaux sauvages, petits et nerveux, renommés dans toutes les contrées danubiennes par leur agilité.




X

LE SOLEIL ET LA LUNE


34. La belle Hélène aux cheveux dorés, est une image des plus poétiques que l’imagination populaire ait jamais créées ; elle sert de terme de comparaison à ce qu’il y a de plus gracieux, de plus tendre et de plus noble dans le monde. Hélène est la charmante héroïne de tous les contes populaires.


35. Dans les cérémonies du mariage, la jeune fiancée est couronnée de longues tresses de fil d’or. Cet ornement, à la fois riche et gracieux, tient lieu du voile.




XI

NOVAK ET LA FILLE DU KADI


36. Hadji, titre que prennent, dans le Levant, les fidèles, musulmans ou chrétiens, qui ont accompli le pélerinage soit de la Mecque, soit de Jérusalem.


37. Komanak, sorte de calotte en feutre noir.


38. Zméou, singulier de zméi ; voyez la note 17.


39. Cadines, dames turques.


40. Kahvènè, café public chez les Turcs.


41. Faire kèf, expression intraduisible dans notre langue, de même que la chose qu’elle représente n’a point d’analogue dans nos mœurs. Le kèf, c’est la volupté suprême pour les Orientaux, quelque chose comme il dolce far niente des Napolitains, mais plus complet, plus absorbant.




XIII

LE PAON DES FORÊTS


42. Le mot roumain paounach signifie allégoriquement un jeune homme beau, fier et mystérieux comme le dieu Pan, le dieu des forêts. Or, dans un pays où l’on trouve tant de vestiges romains, il ne serait peut-être pas trop hasardeux de croire que le nom du dieu Pan se soit conservé dans la mémoire du peuple, et ait été confondu, assimilé après des siècles, avec celui de l’oiseau de Junon. On voit figurer dans les contes populaires des Roumains, les dieux Jupiter, Mercure, Vénus : ne serait-on pas en droit de reconnaître le dieu Pan, le dieu des forêts, dans le héros de cette ballade !


43. Ma richesse, c’est-à-dire, ma force. Un proverbe populaire dit : Putere, avere (Pouvoir, avoir), pour dire que le trésor le plus précieux pour un homme, c’est la valeur.




XIV

CODRÉAN


44. Movileou, ancienne Ville de Bessarabie.


45. Sarica, manteau en gros feutre blanc ; couchma, bonnet en peau d’agneau.


46. On appelle Mokans, les habitants des montagnes qui font le métier de bergers ou celui de rouliers.


47. Oltou, rivière qui prend sa source en Transylvanie, traverse les Carpathes et la petite Valachie, et va se jeter dans le Danube.


48. Les poëtes populaires de la Roumanie excellent dans le genre descriptif, et tous les passages de leurs chants, qui peignent les courses de chevaux, sont admirables de concision, de force et de mouvement. Ainsi la course de l’alezan est décrite en deux vers, presque intraduisible et qui, dans l’original valent tout un poëme ; les voici :

Astfel murgul meŭ fugea
Vaile s ’e limpiḍea.

c’est-à-dire littéralement :

Tellement le cheval fuyait,
Les vallées se liquéfiaient.


49. La Ploska est une espèce de gourde en bois, enrichie de sculptures peintes de diverses couleurs. Les principautés danubiennes produisent des vins très généreux et qui sont appelés à devenir une branche de commerce très-importante pour ces provinces. Les crus les plus célèbres de la Moldavie, sont ceux de Kotnar, Cruce, Socola, Odobesti, etc.


50. Copoou, vaste plateau qui domine la ville de Jassi, capitale de la Moldavie, et dont la verte pelouse sert de promenade aux habitants, pendant les soirées de printemps et d’automne. — Le bois de Briazo se trouve au bout de ce plateau.


51. Le peuple croit qu’il existe des chemises de fer rendues impénétrables aux balles de plomb par l’influence des sortiléges, et que les balles d’argent ont seules le pouvoir de briser leurs mailles.


52. Ce prince a régné au commencement du XVIe siècle ; la ballade de Codréan a donc plus de deux siècles de date.


53. Bousdougan, massue en fer.


54. Une autre version de cette ballade, place un Grec du Phanar à côté du prince, au lieu d’un Turc, et fait dire à Codréan, les vers suivants qui rappellent le Timeo Danaos et dona ferentes, et qui traduisent la haine des Roumains pour les Phanariotes.

Domnule, măria ta
Tu pe Greci nuĭ asculta
Că cĭ capul ți-or manca
Grecu ’ĭ fiară veninoasă,
Grecuĭ boală lipicioasă
Ce patrunde păn la oase.

Altesse princière
N’écoute pas les Grecs,
Car ils mangeront ta tête.
Le Grec est un serpent venimeux
Le Grec est un fléau contagieux
Qui pénètre jusqu’aux os.




XV

LE CHOLÉRA


55. La rivière du Pruth, qui sépare la Moldavie de la Bessarabie, a acquis une grande célébrité en Europe, depuis que les armées russes l’ont franchie pour aller à la conquête de Constantinople, et surtout depuis que les soldats du Czar, humiliés, battus, décimés par les Turcs, se sont vus forcés de repasser ce nouveau Rubicon pour aller cacher leur honte au fond des steppes de leur pays.




XVI

LE PAUVRE SERBE


56. Mourgo, cheval bai. La race des chevaux Moldaves était tellement célèbre anciennement dans tout l’Orient que les Turcs disaient : Agem dilberi, Bogdan barghiri meckhurdir, c’est-à-dire, rien n’est beau comme un jeune Persan, et un cheval Moldave.


57. Urluks, monnaie turque.


58. Haïdar-Pacha est une plaine située près de Scutari, en Asie ; c’est dans cette plaine que se réunissent les caravanes de pèlerins, partant pour la Mecque.


59. On croit généralement dans le pays, que pour obtenir des chevaux extraordinaires, il faut les élever dans une complète obscurité jusqu’à l’âge de trois ans. Tous les coursiers célèbres, qui figurent dans les contes et les ballades populaires, tels que Cal graour, Cal Vintech, ont été élevés de cette manière, au rapport de la légende.




XVII

KIRA


60. Paftalès, agrafes ornées de pierres précieuses, qui servent à attacher les ceintures des femmes en Orient.


61. Irmiliks, monnaie turque.




XVIII

TOMA ALIMOCHE


62. Kojok, habit d’hiver, en peau de mouton.




XIX

CHALGA


63. Le boutchoum est un long tuyau en bois de cerisier, dont les bergers des montagnes tirent des sons puissants, que l’on entend à plusieurs lieues de distance ; ils se servent de cet instrument pour se donner des signaux. Au moyen âge, le boutchoum donnait le signal du combat aux troupes roumaines.


64. Bousdougan, voyez note 53.




XX

LA COLLINE DE BOURTCHEL


65. Étienne le grand, est le héros du peuple Moldave. Ce prince, dit la légende, a combattu pendant quarante ans contre les ennemis de son pays, les Tatares, les Polonais, les Hongrois et les Turcs ; il a remporté quarante victoires, et bâti quarante églises.


66. Vasloui, petite ville de la Moldavie, située non loin de Jassi.


67. Sorte d’onomatopée par laquelle les laboureurs excitent les bœufs attelés à la charrue ; le peuple roumain parle constamment aux chevaux et aux bœufs pendant les heures de travail et leur donne une foule de noms caressants.


68. Les Pantziri étaient anciennement un corps de gendarmerie.


69. Célèbre bataille que le prince Étienne remporta sur les Turcs.


70. La tradition populaire porte en effet, que le prince Étienne avait placé au sommet de la colline du Bourtchel, une sentinelle dont la voix retentissante était entendue jusqu’à Vasloui, à la distance de six lieues.




XXI

BOGDAN


71. C’est ce prince qui, fidèle au testament politique de son père, le grand Étienne, et voyant la Moldavie épuisée par quarante ans de guerres continuelles, fit acte de soumission envers la Porte, en ne reconnaissant toutefois au sultan qu’un droit de suzeraineté purement nominale. Le tribut que la Moldavie s’engageait à payer à son suzerain, consistait en quatre mille ducats, quarante chevaux de race, et vingt-quatre choïmi (éperviers) des Carpathes.


72. Hetman, commandant en chef ; vestiar, ministre des finances ; titres de grands boyards.


73. Radvan, sorte de voiture très-ancienne.




XXII

CONSTANTIN BRANKOVANO


74. Cette ballade historique date du commencement du XVIIIe siècle.




XXIII

LE MONASTÈRE D’ARGIS


75. Le monastère d’Argis fut bâti au XIIIe siècle, par Rodolphe le Noir ; on peut donc rapporter à cette époque la date de la ballade de Manoli.

Le fond de cette ballade repose sur une croyance fort accréditée dans l’esprit des Roumains et qui leur fait dire que chaque maison en pierres, chaque monument est habité par une vision effrayante, une stahié. Cette vision n’est autre chose que l’ombre courroucée de la victime, que l’on a murée dans les fondements de la bâtisse pour la rendre plus solide, car, d’après la tradition populaire, tous les monuments du pays ont eu leur victime.

De nos jours encore, les maçons placent dans les fondements des maisons qu’ils construisent, de longs roseaux avec lesquels ils ont essayé de prendre la mesure de l’ombre de quelque passant. Ce malheureux est destiné, croient-ils, à mourir au bout de quarante jours et à se métamorphoser en stahié.

Quant au nom de Manoli, il s’est conservé dans la mémoire du peuple, comme la personnification de l’art architectural, et on lui attribue la fondation de tous les monuments anciens du pays.


76. Argis, rivière de la Petite Valachie.


77. Radu Negru fondateur de la principauté de Valachie.


78. Le hurlement des chiens, ainsi que les cris plaintifs du chat-huant, sont considérés par le peuple roumain comme un présage de mort.




XXIV

MIHOU


79. Kobouz, espèce de flûte.


80. Mourguchor, diminutif de mourgo, cheval bai.


81. Un des grands plaisirs du peuple roumain, c’est celui de s’égarer dans la profondeur des bois, quand le beau temps est revenu, et de faire claquer les feuilles en les frappant d’une certaine façon particulière, entre leurs mains ; ces détonations produisent sous la voute des arbres, des effets étranges.



FIN.