Balzac, Souvestre, Lacenaire, Dumas (Leconte de Lisle)

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La Variété, 7e livraison, octobre 1840, p. 190-192.
Leconte de Lisle, pseudo A. Léonce

Revue parisienne - Romans - Poésie de Lacenaire - M. Alexandre Dumas


REVUE MENSUELLE
REVUE PARISIENNE - ROMANS - POÉSIE DE LACENAIRE - M. ALEXANDRE DUMAS
UNE REVUE CRITIQUE

L’époque actuelle est féconde en énigmes de tout genre, et nous le concevons facilement, car rien n’est encore stable en politique comme en littérature ; mais s’il existe un problème dont la solution soit de toute impossibilité, c’est la verve intarissable de M. de Balzac. Le plus fécond de nos romanciers a maintenant trois ou quatre ouvrages sous presse, sans compter Pierrette, que vient de publier l'éditeur Souverain

On a tout dit sur le talent littéraire de M. de Balzac, et peut-être n’a-t-on rien dit de vrai ; aussi ne nous chargeons-nous pas encore d’en donner une appréciation, même après avoir lu le premier numéro de la Revue parisienne, recueil d’art, de critique et de politique, entièrement rédigé par lui. C’est toujours ce style surchargé de termes techniques, abondant mais diffus, brillant mais superficiel ; le style de la Peau de chagrin et du Lys dans la vallée. Nous n’adresserons pas le même reproche à la suite des Mémoires d’un Sans-culotte bas-breton, par M. Émile Souvestre. Les deux premiers volumes qui déjà en ont été publiés, ont révélé un noble et beau livre, écrit avec énergie et avec sagesse, et bien digne en un mot de continuer la réputation de son auteur. — Les secrets de famille de M. Alphonse Brot, le spirituel narrateur des Folles amours et de la Comtesse aux trois galants, l’Esclave des Galères, de M. A. de Kermainguy et plusieurs autres ouvrages de nos premiers romanciers, ont été, ces derniers mois, l’événement le plus saillant de la librairie parisienne, si ce n’est une découverte inattendue que voici : les vers suivants ont été retrouvés dans les papiers de Lacenaire, et sont adressés à Mme de N… :


Être divin, beauté touchante et pure
Que je rêvais dès mes plus jeunes ans.
Qui que tu sois, esprit ou créature,
Prête l'oreille à ces derniers accents !
Sur ces rescifs d’une mer agitée
Tu m’as guidé, phare mystérieux :
Je vois le port, et mon âme enchantée
Ira bientôt t’attendre dans les cieux.
Je te cherchais sous les brillants portiques
Où vont ramper les séides des rois ;
Je te cherchais sous les chaumes rustiques.
Ton ombre seule apparut à ma voix.
Peut-être, hélas ! mon œil trop faible encore,
Soutiendrait mal ton éclat radieux.
Veille sur moi, sylphide que j'adore,
Vierge immortelle, attends-moi dans les cieux !

Je te rêvais au matin de ma vie,
Le front paré de riantes couleurs ;
Pauvre et souffrant dans ma longue insomnie,
Je te rêvais plus belle dans les pleurs.
Mais de la mort j’entends la voix sévère ;
Elle a brisé le prisme gracieux…
Je n’ai plus rien qui m’attache à la terre,
Vierge immortelle, attends-moi dans les cieux !


— M. Alexandre Dumas n’est plus l’auteur passionné et convaincu d’Henri III et d’Antony ; depuis quelques années M. Dumas ne compose plus, il fait de la littérature à tant, copie de sa main ses manuscrits, leur met des rosettes de satin et les expédie à tous les souverains de l’Europe, qui, en retour, le couvrent de décorations. Bernadotte, le roi de Suède, vient de suivre l’exemple de ses frères royaux, en envoyant à M. Dumas la croix de Gustave Wasa. Nous aurions évidemment désiré vous annoncer l’apparition d’une œuvre de notre poète dramatique ; mais il a maintenant bien d’autres occupations ; il se fait, dit-on, une collection complète des divers ordres des petites cours ducales et princières d’Italie. Nous serons encore heureux qu’il veuille bien en tirer quelques chroniques.

— Notre premier semestre se termine avec cette livraison. Que les personnes qui ont bien voulu montrer de la bienveillance et donner quelques encouragements à notre œuvre, en reçoivent nos remercîments. Le peu d’extension de notre cadre nous apportait des difficultés que nous allons être en mesure de surmonter. Nous espérons donc que les jeunes littérateurs de notre ville sentiront que ce recueil est spécialement destiné à mettre en évidence leur goût pour l’art et ses progrès.

A. Léonce