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Bambine

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Les Amours jaunesGlady (p. 295-296).


BAMBINE


 

Tu dors sous les panais, capitaine Bambine
Du remorqueur havrais l’Aimable Proserpine,
Qui, vingt-huit ans, fit voir au Parisien béant,
Pour vingt sous : L’OCÉAN ! L’OCÉAN !! L’OCÉAN !!!

Train de plaisir au large. — On double la jetée —
En rade : y a-z-un peu d’gomme… — Une mer démontée —
Et la cargaison râle : — Ah ! commandant ! assez !
Assez, pour notre argent, de tempête ! cessez ! —

Bambine ne dit mot. Un bon coup de mer passe
Sur les infortunés : — Ah, capitaine ! grâce !…
— C’est bon… si ces messieurs et dam’s ont leur content ?…
C’est pas pour mon plaisir, moi, v’s êtes mon chargement :
Pare à virer… —

Pare à virer… —Malheur ! le coquin de navire
Donne en grand sur un banc… — Stoppe ! — Fini de rire…
Et talonne à tout rompre, et roule bord sur bord
Balayé par la lame : — À la fin, c’est trop fort !… —

 

Et la cargaison rend des cris… rend tout ! rend l’âme
Bambine fait les cent pas.
Bambine fait les cent pas.Un ange, une femme
Le prend : — C’est ennuyeux ça, conducteur ! cessez !
Faites-moi mettre à terre, à la fin ! c’est assez ! —

Bambine l’élongeant d’un long regard austère :
— À terre ! q’vous avez dit ?… vous avez dit : à terre…
À terre ! pas dégoûtaî !… Moi-z’aussi, foi d’mat’lot,
J’voudrais ben !… attendu q’si t’-ta-l’heure l’prim’flot
Ne soulag’ pas la coque : vous et moi, mes princesses
J’bêrons ben, sauf respect, la lavure éd’nos fesses ! —

Il reprit ses cent pas, tout à fait mal bordé :
— À terre !… j’crâis f…tre ben ! Les femm’s !… pas dégoûté !


(Hâvre-de-Grâce. La Hêve. — Août.)


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