Barzaz Breiz/1846/Le Combat de Saint-Cast/Bilingue

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Barzaz Breiz, édition de 1846
Le Combat de Saint-Cast


XV


LE COMBAT DE SAINT-CAST.


( Dialecte de Cornouaille. )


I.


Les Bretons et les Anglais voisins, mais pas moins ennemis, ont été créés et mis au monde pour s’entrebattre à tout jamais.

Comme je dormais, l’autre nuit, un son de trompe retentit, retentit, dans le bois de la Salle : « Saxons ! Saxons ! maudits Saxons ! »

Le lendemain, en me levant, je vis les Anglais arriver, je vis arriver leurs soldats : harnois dorés et habits rouges.

Quand ils furent rangés sur la grève, en bataille, j’aperçus les Français allant à leur rencontre, d’Aubigny à leur tête, l’épée nue à la main.

— En avant ! cria d’Aubigny ; il ne nous en échappera aucun ! Courage ! allons, mes braves enfants, en avant ! suivez-moi ! et ferme !

Les Français répondirent tout d’une voix à son appel : — Suivons d’Aubigny pied à pied ; il est gentilhomme et bon compagnon. —

Quand d’Aubigny en vint aux mains, il n’y eut personne, grand ou petit, qui n’ouvrît de grands yeux en le voyant verser le sang.

Ses cheveux, son visage et ses habits étaient tout couverts de sang, de sang qu’il tirait aux Anglais en leur perçant le cœur.

On le voyait, sur le champ de bataille, le cœur calme, la tête haute, pas plus ému par les boulets que s’ils eussent été des bouchons.


II.


C’est alors que les hommes de la basse Bretagne venaient au combat, en chantant : « Celui qui a vaincu trois fois vaincra toujours !

« A Camaret, dans ces temps-ci, les Anglais ont fait une descente ; ils se pavanaient sur la mer, sous leurs blanches voiles gonflées ;

« Ils tombèrent sur le rivage, abattus par nos balles, comme s’ils eussent été des ramiers ; de quatre mille qui débarquèrent, il n’en retourna pas un seul en Angleterre.

« Ils ont fait une descente à Guidel, à Guidel, au pays de Vannes ; à Guidel, ils sont enterrés, comme ils l’ont été à Camaret.

« Au pays de Léon, en face de l’île Verte, jadis ils descendirent aussi ; ils répandirent tant de sang, que la mer bleue en devint rouge.

« Il n’y a pas, en Bretagne, une butte, pas un tertre qui ne soient faits de leurs ossements, que les chiens et les corbeaux se sont disputés, que la pluie et les vents ont blanchis. » —

Les archers d’Angleterre, en entendant ces chants, restèrent immobiles d’étonnement ; si belles étaient la mélodie et les paroles, qu’ils semblaient charmés.

— Archers d’Angleterre, dites-moi, vous êtes donc las, que vous vous arrêtez ?

— Si nous nous arrêtons, nous ne sommes point las ; nous sommes Bretons comme ceux-ci. —

Ils n’avaient pas fini de parler : — Nous sommes trahis ! fuyons, soldats ! —

Et les Anglais de s’enfuir au plus vite vers leurs vaisseaux : mais il n’en échappa que trois.


III.


En cette année mil sept cent cinquante-huit, le second lundi du mois de la paille blanche (septembre), les Anglais ont été vaincus dans ce pays.

En cette année, comme devant, ils ont été mis au pas. Toujours comme la grêle dans la mer, (fondent) les Anglais en Bretagne.

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