Beaucoup de bruit pour rien/Traduction Guizot, 1864/Acte III

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Beaucoup de bruit pour rien
Traduction par François Guizot.
Œuvres complètes de ShakespeareDidiertome 2 (p. 427-446).
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Scène I

Le jardin de Léonato. Entrent Héro, Marguerite, Ursule.



HÉRO
. — Bonne Marguerite, cours au salon ; tu y trouveras ma cousine Béatrice, devisant avec le prince et Claudio. Glisse-lui à l’oreille qu’Ursule et moi nous nous promenons dans le verger, que tout notre entretien roule sur elle. Dis-lui que tu nous as entendues en passant. Engage-la à se glisser dans ce berceau épais, dont l’entrée est défendue au soleil par les chèvrefeuilles qu’il a fait pousser, – tels que des favoris qui, élevés par des princes, opposent leur orgueil au pouvoir qui les a agrandis ; – elle s’y cachera pour écouter notre entretien. Voilà ton rôle : acquitte-t’en bien, et laisse-nous seules.

MARGUERITE
. — Je vous garantis que je vous l’enverrai dans un moment.

(Marguerite sort.)


HÉRO
. — Maintenant, Ursule. Lorsque Béatrice sera arrivée, en allant et venant dans cette allée, il faut que tous nos discours roulent sur Bénédick. Dès que j’aurai prononcé son nom, ton rôle sera de le louer plus qu’aucun homme ne le mérita jamais ; le mien de t’apprendre comment Bénédick est malade d’amour pour Béatrice. C’est ainsi qu’est faite la flèche adroite du petit Cupidon, qui blesse par un ouï-dire. (Béatrice entre par derrière.) Mais commence, car, vois-tu, voilà Béatrice qui, comme un vanneau, se glisse tout près de terre pour surprendre nos paroles.

URSULE
. — Le plus grand plaisir de la pêche est de voir le poisson fendre de ses nageoires dorées l’onde argentée, et dévorer avidement le perfide hameçon. Jetons ainsi l’amorce à Béatrice ; la voilà déjà tapie sous ce toit d’aubépine. Ne craignez rien pour ma part du dialogue.

HÉRO
. — Allons donc plus près d’elle, afin que son oreille ne perde rien du doux et perfide leurre que nous lui préparons. (Elles s’avancent vers le berceau.) Non, non, Ursule : franchement elle est trop dédaigneuse ; je sais qu’elle est farouche et sauvage comme le faucon du rocher.

URSULE
. — Mais êtes-vous certaine que Bénédick soit si amoureux de Béatrice ?

HÉRO
. — C’est ce que disent le prince et le seigneur auquel je viens d’être fiancée.

URSULE
. — Vous auraient-ils chargée, madame, d’en informer votre cousine ?

HÉRO
. — Ils me conjuraient de l’en instruire. Moi, je les exhortais, s’ils aimaient Bénédick, à l’engager à lutter contre son affection, sans jamais la laisser voir à Béatrice.

URSULE
. — Quel était votre motif ? Ce gentilhomme ne mérite-t-il pas bien une couche aussi fortunée que celle qui peut échoir à Béatrice ?

HÉRO
. — Ô dieu d’amour ! je sais bien qu’il mérite tout ce qu’on peut accorder à un homme ; mais la nature n’a jamais fait un cœur de femme d’une trempe plus orgueilleuse que celui de Béatrice. La morgue et le dédain étincellent dans ses yeux, qui méprisent tout ce qu’ils regardent : et son esprit s’estime si haut, que tout le reste lui semble faible. Elle ne peut aimer ni recevoir aucun sentiment, aucune idée d’affection, tant elle est idolâtre d’elle-même !

URSULE
. — Oui, je le crois, et par conséquent il ne serait certainement pas à propos de lui faire connaître l’amour de Bénédick, de peur qu’elle ne s’en fît un jeu.

HÉRO
. — Oh ! vous avez bien raison. Je n’ai encore jamais vu un homme quelque sage, quelque noble, quelque jeune et quelque doué des traits les plus heureux qu’il pût être, qu’elle ne prit à l’envers. Est-il beau de visage, elle vous jure que ce gentilhomme mériterait d’être sa sœur. Est-il brun, c’est la nature qui, voulant dessiner un bouffon[1], a fait une grosse tache. S’il est grand, c’est une lance mal terminée ; petit, c’est une agate grossièrement taillée[2] ; aime-t-il à parler, bon, c’est une girouette qui tourne à tous les vents ; est-il taciturne, c’est un bloc que rien ne peut émouvoir. Ainsi, elle tourne chaque homme du mauvais côté ; elle ne rend jamais à la franchise et à la vertu ce qui est dû au mérite et à la simplicité.

URSULE
. — Certes, certes, cette causticité n’est pas louable !

HÉRO
. — Non sans doute, on ne peut applaudir à cette humeur bizarre de Béatrice, qui fronde tous les usages. Mais qui osera le lui dire ? Si je parle, ses brocards iront frapper les nues ; oh ! elle me ferait perdre la tête à force de rire ; elle m’accablerait de son esprit. Laissons donc Bénédick, comme un feu couvert, se consumer de soupirs et s’user intérieurement. C’est une mort plus douce que de mourir sous les traits de la raillerie ; ce qui est aussi cruel que de mourir à force d’être chatouillé.

URSULE
. — Cependant parlez-en à Béatrice ; voyez ce qu’elle dira.

HÉRO
. — Non, j’aimerais mieux aller trouver Bénédick et lui conseiller de combattre sa passion ; et vraiment je trouverai quelque médisance honnête pour en noircir ma cousine : on ne sait pas combien un trait malin peut empoisonner l’amour.

URSULE
. — Ah ! ne faites pas tant de tort à votre cousine. Avec l’esprit vif et juste qu’on lui attribue, elle ne peut être assez dénuée de véritable jugement pour rebuter un homme aussi rare que le seigneur Bénédick.

HÉRO
. — C’est le seul cavalier d’Italie : toujours à l’exception de mon cher Claudio.

URSULE
. — De grâce, ne m’en veuillez pas, madame, si je dis ce que je pense. Pour la tournure, les manières, la conversation et la valeur, le seigneur Bénédick marche le premier dans l’opinion de toute l’Italie.

HÉRO
. — Il jouit en effet d’une excellente renommée.

URSULE
. — Ses qualités la méritèrent avant de l’obtenir. – Quand vous marie-t-on, madame ?

HÉRO
. — Que sais-je ? – Un de ces jours… – Demain. – Viens, rentrons, je veux te montrer quelques parures ; te consulter sur celle qui me siéra le mieux demain.

URSULE, bas
. — Elle est prise ; je vous en réponds, madame, nous la tenons.

HÉRO, bas
. — Si nous avons réussi, il faut convenir que l’amour dépend du hasard. Cupidon tue les uns avec des flèches, il prend les autres au trébuchet.

(Elles sortent.) (Béatrice s’avance.)


BÉATRICE
. — Quel feu[3] je sens dans mes oreilles ! Serait-ce vrai ? Me vois-je donc ainsi condamnée pour mes dédains et mon orgueil ? Adieu dédains, adieu mon orgueil de jeune fille, vous ne traînez à votre suite aucune gloire. Et toi, Bénédick, persévère, je veux te récompenser ; je laisserai mon cœur sauvage s’apprivoiser sous ta main amoureuse. Si tu m’aimes, ma tendresse t’inspirera le désir de resserrer nos amours d’un saint nœud ; car on dit que tu as beaucoup de mérite, je le crois sur de meilleures preuves que le témoignage d’autrui.



Scène II

Appartement dans la maison de Léonato. don Pèdre, Claudio, Bénédick et Léonato entrent.



DON PÈDRE
. — Je n’attends plus que la consommation de votre mariage, et je prends ensuite la route de l’Aragon.

CLAUDIO
. — Seigneur, je vous suivrai jusque-là, si vous daignez me le permettre.

DON PÈDRE
. — Non, ce serait bien grande honte au début de votre mariage que de montrer à une enfant son habit neuf en lui défendant de le porter. Je ne veux prendre cette liberté qu’avec Bénédick, dont je réclame la compagnie. Depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il est tout enjouement. Il a deux ou trois fois brisé la corde de l’Amour, et le petit fripon n’ose plus s’attaquer à lui. Son cœur est vide comme une cloche, dont sa langue est le battant[4] ; car ce que son cœur pense, sa langue le raconte.

BÉNÉDICK
. — Messieurs, je ne suis plus ce que j’étais.

LÉONATO
. — C’est ce que je disais ; vous me paraissez plus sérieux.

CLAUDIO
. — Je crois qu’il est amoureux.

DON PÈDRE
. — Au diable le novice ! Il n’y a pas en lui une goutte d’honnête sang qui soit susceptible d’être honnêtement touchée par l’amour. S’il est triste, c’est qu’il manque d’argent.

BÉNÉDICK
. — J’ai mal aux dents.

DON PÈDRE
. — Arrachez votre dent.

BÉNÉDICK
. — Qu’elle aille se faire pendre.

CLAUDIO
. — Pendez-la d’abord, et arrachez-la ensuite[5].

DON PÈDRE
. — Quoi ! soupirer ainsi pour un mal de dents ?

LÉONATO
. — Qui n’est qu’une humeur ou un ver.

BÉNÉDICK
. — Soit. Tout le monde peut maîtriser le mal, excepté celui qui souffre.

CLAUDIO
. — Je répète qu’il est amoureux.

DON PÈDRE
. — Il n’y a en lui aucune apparence de caprice[6], à moins que ce soit le caprice qu’il a pour les costumes étrangers ; comme d’être aujourd’hui un Hollandais, et un Français demain, ou de se montrer à la fois dans le costume de deux pays, Allemand depuis la ceinture jusqu’en bas par de grands pantalons, et Espagnol depuis la hanche jusqu’en haut par le pourpoint ; à part son caprice pour cette folie, et il paraît qu’il a ce caprice-là, certainement il n’est pas assez fou pour avoir le caprice que vous voudriez lui attribuer.

CLAUDIO
. — S’il n’est pas amoureux de quelque femme, il ne faut plus croire aux anciens signes. Il brosse son chapeau tous les matins ; qu’est-ce que cela annonce ?

DON PÈDRE
. — Quelqu’un l’a-t-il vu chez le barbier ?

CLAUDIO
. — Non, mais on a vu le garçon du barbier chez lui, et l’ancien ornement de son menton sert déjà à remplir des balles de paume.

LÉONATO
. — En effet, il semble plus jeune qu’il n’était avant la perte de sa barbe.

DON PÈDRE
. — Comment ! il se parfume à la civette. Pourriez-vous deviner son secret par l’odorat ?

CLAUDIO
. — C’est comme si on disait que le pauvre jeune homme est amoureux.

DON PÈDRE. Ce qu’il y a de plus frappant, c’est sa mélancolie.


CLAUDIO
. — A-t-il jamais eu l’habitude de se laver le visage ?

DON PÈDRE
. — Oui ; ou de se farder ? Ceci me fait comprendre ce que vous dites de lui.

CLAUDIO
. — Et son esprit plaisant ! ce n’est plus aujourd’hui qu’une corde de luth qui ne résonne plus que sous les touches.

DON PÈDRE
. — Voilà en effet des témoignages accablants contre lui. – Concluons, concluons, il est amoureux.

CLAUDIO
. — Ah ! mais je connais celle qui l’aime.

DON PÈDRE
. — Pour celle-là, je voudrais la connaître. Une femme, je gage, qui ne le connaît pas.

CLAUDIO
. — Oui-dà, et tous ses défauts ; et en dépit de tout, elle se meurt d’amour pour lui.

DON PÈDRE
. — Elle sera enterrée, le visage tourné vers le ciel.

BÉNÉDICK
. — Tout cela n’est pas un charme contre le mal de dents. – Vieux seigneur, venez à l’écart vous promener avec moi. J’ai étudié huit ou dix mots de bon sens que j’ai à vous dire et que ces étourdis ne doivent pas entendre.

(Bénédick sort avec Léonato.)


DON PÈDRE
. — Sur ma vie, il va s’ouvrir à lui au sujet de Béatrice.

CLAUDIO
. — Oh ! c’est cela même ! À l’heure qu’il est Héro et Marguerite ont dû jouer leur rôle avec Béatrice : ainsi nos deux ours ne se mordront plus l’un l’autre quand ils se rencontreront.

(Don Juan paraît.)


DON JUAN
. — Mon seigneur et frère, Dieu vous garde !

DON PÈDRE
. — Bonjour, mon frère.

DON JUAN
. — Si votre loisir le permet, je voudrais vous parler.

DON PÈDRE
. — En particulier ?

DON JUAN
. — Si vous le jugez à propos ; cependant le comte Claudio peut rester. Ce que j’ai à vous dire l’intéresse.

DON PÈDRE
. — De quoi s’agit-il ?

DON JUAN, à Claudio
. — Votre Seigneurie a-t-elle l’intention de se marier demain ?

DON PÈDRE
. — Vous savez que oui.

DON JUAN
. — Je n’en sais rien… quand il saura ce que je sais.

CLAUDIO
. — S’il y a quelque empêchement, dites-le-nous, je vous prie.

DON JUAN
. — Vous pouvez croire que je ne vous aime pas ; la suite vous en instruira et vous apprendrez à mieux penser de moi par le fait dont je vais vous informer. Quant à mon frère, je vois qu’il fait cas de vous, et c’est par tendresse pour vous qu’il a travaillé à accomplir ce prochain mariage ; soins certainement bien mal adressés, peines bien mal employées !

DON PÈDRE
. — Comment ? De quoi s’agit-il ?

DON JUAN
. — Je venais vous dire et sans préambule (car elle n’a que trop longtemps servi de texte à nos discours) que votre future est déloyale.

CLAUDIO
. — Qui ? Héro ?

DON JUAN
. — Elle-même. L’Héro de Léonato, votre Héro, l’Héro de tout le monde.

CLAUDIO
. — Déloyale ?

DON JUAN
. — Le terme est trop honnête pour peindre toute sa corruption. Je pourrais en dire davantage ; imaginez un nom plus odieux, et je vous prouverai qu’elle le mérite. Ne vous étonnez point jusqu’à ce que vous ayez d’autres preuves ; venez seulement avec moi cette nuit ; vous verrez entrer quelqu’un par la fenêtre de sa chambre, la nuit même avant le jour de ses noces. Si vous l’aimez alors, épousez-la demain ; mais il siérait mieux à votre honneur de changer d’idée.

CLAUDIO
. — Est-il possible ?

DON PÈDRE
. — Je ne veux pas le croire.

DON JUAN
. — Si vous n’osez pas croire ce que vous verrez, n’avouez pas ce que vous savez. Si vous voulez me suivre, je vous en montrerai assez, et quand vous en aurez vu davantage, entendu davantage, agissez alors en conséquence.

CLAUDIO
. — Si je suis cette nuit témoin de quelque chose qui m’empêche de l’épouser demain, je la confondrai dans l’assemblée même où nous devons nous marier.

DON PÈDRE
. — Et comme je lui ai fait la cour afin de l’obtenir pour vous, je me joindrai à vous pour la déshonorer.

DON JUAN
. — Je m’abstiens de la décrier davantage jusqu’à ce que vous soyez mes témoins. Supportez seulement cette nouvelle avec patience jusqu’à minuit ; et qu’alors le fait se prouve de lui-même.

DON PÈDRE
. — Ô jour qui tourne bien mal !

CLAUDIO
. — Ô malheur étrange qui me bouleverse !

DON JUAN
. — Ô fléau prévenu à temps ! Voilà ce que vous direz quand vous aurez vu la suite.

(Ils sortent.)


Scène III

Une rue. Entrent Dogberry et Verges avec les gardiens de nuit.



DOGBERRY
. — aux gardiens. – Êtes-vous des gens braves et fidèles ?

VERGES
. — Oui, sans doute ; sinon ce serait dommage qu’ils risquassent le salut de l’âme et du corps.

DOGBERRY
. — Ce serait pour eux un châtiment trop doux, pour peu qu’ils aient des sentiments de fidélité, étant choisis pour la garde du prince.

VERGES
. — Allons, voisin Dogberry, donnez-leur la consigne.

DOGBERRY
. — D’abord, qui croyez-vous le plus incapable[7] d’être constable ?

PREMIER GARDIEN
. — Hugues d’Avoine, ou Georges Charbon, car ils savent tous deux lire et écrire.

DOGBERRY
. — Venez ici, voisin Charbon ; Dieu vous a favorisé d’un beau nom. Être homme de bonne mine, c’est un don de la fortune. Mais le don d’écrire et de lire nous vient par nature.

SECOND GARDIEN
. — Et ces deux choses, monsieur le constable…

DOGBERRY
. — Vous les possédez ; je savais que ce serait là votre réponse. Allons, quant à votre bonne mine, ami, rendez-en grâce à Dieu et n’en tirez point vanité ; et à l’égard de votre talent de lire et d’écrire, faites-le paraître quand on n’aura pas besoin de cette vanité. Vous êtes ici réputé l’homme le plus insensé et capable d’être constable, c’est pourquoi vous porterez le fallot ; c’est là votre emploi. Appréhendez au corps tous les vagabonds. Vous devez ordonner à tout passant de s’arrêter au nom du prince.

SECOND GARDIEN
. — Et s’il ne veut pas s’arrêter ?

DOGBERRY
. — Alors ne prenez pas garde à lui et laissez-le passer. Sur-le-champ appelez à vous tout le reste de la patrouille, et remerciez Dieu d’être délivré d’un coquin.

VERGES
. — S’il refuse de s’arrêter quand on lui ordonne, il n’est pas un sujet du prince.

DOGBERRY
. — Sans doute, et ils ne doivent avoir affaire qu’aux sujets du prince. – Vous éviterez aussi de faire du bruit dans les rues ; car de voir un gardien de nuit jaser et bavarder, cela est tolérable et ne peut se souffrir.

SECOND GARDIEN
. — Nous aimons mieux dormir que bavarder. Nous savons quel est le devoir du guet.

DOGBERRY
. — Bien, vous parlez comme un ancien, comme un gardien paisible ; car je ne saurais voir en quoi le sommeil peut nuire. Prenez garde seulement qu’on ne vous dérobe vos piques[8]. Ensuite vous devez frapper à tous les cabarets, et commander à ceux qui sont ivres d’aller se coucher.

SECOND GARDIEN
. — Et s’ils ne le veulent pas ?

DOGBERRY
. — Alors, laissez-les tranquilles, jusqu’à ce qu’ils soient de sang-froid. S’ils ne vous font pas alors une meilleure réponse, vous pouvez dire qu’ils ne sont pas ceux pour qui vous les aviez pris d’abord.

SECOND GARDIEN
. — Fort bien, monsieur.

DOGBERRY
. — Si vous rencontrez un voleur, en vertu de votre charge vous pouvez le soupçonner de n’être pas un honnête homme ; et quant à cette espèce de gens, le moins que vous pourrez avoir affaire avec eux, ce sera le mieux pour votre probité.

SECOND GARDIEN
. — Si nous le connaissons pour un voleur, ne mettrons-nous pas la main sur lui ?

DOGBERRY
. — Vraiment par votre charge vous le pouvez. Mais je pense que ceux qui touchent le goudron se salissent les mains. Si vous prenez un voleur, la manière la plus tranquille est de le laisser se montrer ce qu’il est, en fuyant votre compagnie.

VERGES
. — Assez, mon cher collègue, vous avez toujours été réputé pour un homme miséricordieux.

DOGBERRY
. — En vérité je ne voudrais pas être cause de la pendaison d’un chien, bien moins d’un homme qui possède l’honnêteté.

VERGES
. — Si vous entendez un enfant crier dans la nuit[9], vous devez appeler la nourrice et lui commander de le faire taire.

SECOND GARDIEN
. — Et si la nourrice est endormie et ne veut pas nous entendre ?

DOGBERRY
. — Alors allez-vous en paisiblement et laissez l’enfant l’éveiller lui-même par ses cris ; car la brebis qui n’entend pas son agneau quand il mugit ne répondra pas aux bêlements du veau.

VERGES
. — C’est la vérité.

DOGBERRY
. — Voilà toute votre consigne. Vous, constable, vous devez représenter la personne du prince. Si vous rencontrez le prince dans la nuit, vous pouvez l’arrêter.

VERGES
. — Non, par Notre-Dame ; quant à cela je ne crois pas qu’il le puisse.

DOGBERRY
. — Je gage cinq shillings contre un, avec tout homme qui connaît les statues, qu’il peut l’arrêter. Non pas, à la vérité, sans que le prince y consente ; car le guet ne doit offenser personne, et c’est faire offense à un homme que de l’arrêter contre sa volonté.

VERGES
. — Par Notre-Dame, je crois que vous avez raison.

DOGBERRY
. — Ah ! ah ! ah ! Or çà, bonne nuit, mes maîtres ; s’il survient quelque affaire un peu grave, appelez-moi. Gardez les secrets de vos camarades et les vôtres ; bonne nuit. – Venez, voisin.

SECOND GARDIEN, à ses camarades
. — Ainsi, camarades, nous venons d’entendre notre consigne. Asseyons-nous ici sur ce banc près de l’église jusqu’à deux heures, et de là allons tous nous coucher.

DOGBERRY
. — Encore un mot, honnêtes voisins. Je vous en prie, veillez à la porte du seigneur Léonato, car le mariage étant fixé à demain sans faute, il y a grand tumulte cette nuit. Adieu, soyez vigilants, je vous en conjure.

(Dogberry et Verges sortent.) (Entrent Borachio et Conrad.)


BORACHIO
. — Conrad, où es-tu ?

PREMIER GARDIEN, bas à ses compagnons
. — Paix, ne bougez pas.

BORACHIO
. — Conrad ! dis-je ?

CONRAD, en le poussant
. — Ici. Je suis à ton coude.

BORACHIO
. — Par la messe, le coude me démangeait ; je pensais bien qu’il s’ensuivrait quelque croûte.

CONRAD
. — Je te devrai une réponse à cela. Poursuis maintenant ton récit.

BORACHIO
. — Mettons-nous à couvert sous ce toit ; il bruine : et là, comme un vrai ivrogne, je te dirai tout.

SECOND GARDIEN, à part
. — Quelque trahison ! Restons cois, mes amis.

BORACHIO
. — Tu sauras que don Juan m’a promis mille ducats.

CONRAD
. — Est-il possible qu’aucune scélératesse soit si chère ?

BORACHIO
. — Demande plutôt comment il est possible qu’aucun scélérat soit si riche ! car lorsque le scélérat riche a besoin du scélérat pauvre, le pauvre peut faire le prix à son gré.

CONRAD
. — Tu m’étonnes.

BORACHIO
. — Cela prouve que tu es novice ; tu sais que la forme d’un pourpoint, ou d’un chapeau, ou d’un manteau, n’est rien dans un homme.

CONRAD
. — Cependant c’est une parure !

BORACHIO
. — Je veux dire la forme à la mode.

CONRAD
. — Oui, la mode est la mode.

BORACHIO
. — Bah ! autant dire un sot est un sot. Mais ne vois-tu pas quel voleur maladroit est la mode ?

UN GARDIEN
. — Je connais ce La Mode, c’est un voleur depuis sept ans. Il s’introduit çà et là mis en gentilhomme ; je me rappelle son nom.

BORACHIO
. — N’as-tu pas entendu quelqu’un ?

CONRAD
. — Non, c’est la girouette sur le toit.

BORACHIO
. — Ne vois-tu pas, dis-je, quel maladroit voleur est la mode ? Par quels vertiges elle renverse toutes les têtes chaudes, depuis quatorze ans jusqu’à trente-cinq ; parfois elle les affuble comme les soldats de Pharaon dans les tableaux enfumés, tantôt comme les prêtres du dieu Baal dans les vieux vitraux de l’église ; quelquefois comme l’Hercule rasé[10] dans la tapisserie fanée et rongée des vers, où son petit doigt semble aussi gros que sa massue ?

CONRAD
. — Je vois tout cela, et que la mode use plus d’habits que l’homme. Mais n’es-tu pas entraîné toi-même par la mode, en t’écartant de ton récit pour me parler de la mode ?

BORACHIO
. — Nullement. Mais sache que cette nuit j’ai courtisé Marguerite, la suivante de la signora Héro, sous le nom d’Héro ; elle m’a tendu la main par la fenêtre de la chambre de sa maîtresse, et m’a dit mille fois adieu ! – Je raconte cela horriblement mal. J’aurais dû d’abord te dire que le prince, Claudio et mon maître, placés, postés et prévenus par mon maître don Juan, ont vu de loin, du verger, cette entrevue amoureuse.

CONRAD
. — Et ils croyaient que Marguerite était Héro ?

BORACHIO
. — Deux d’entre eux l’ont cru, le prince et Claudio. Mais mon démon de maître savait que c’était Marguerite. D’un côté, grâce à ses serments qui les ont d’abord séduits ; de l’autre, grâce à la nuit obscure qui les a déçus, mais surtout à mon manège qui confirmait toutes les calomnies inventées par don Juan, Claudio est parti plein de rage, jurant d’aller la joindre demain matin au temple à l’heure marquée, et là, devant toute l’assemblée, de la déshonorer par le récit de ce qu’il a vu cette nuit, et de la renvoyer chez elle sans époux.

PREMIER GARDIEN s’avançant
. — Nous vous sommons au nom du prince, arrêtez.

SECOND GARDIEN
. — Appelez le grand chef constable. Nous avons ici déterré le plus dangereux complot de débauche qui se soit jamais vu dans la république.

PREMIER GARDIEN
. — Et un certain La Mode[11] est de leur bande ; je le connais, il porte une boucle de cheveux.

CONRAD
. — Messieurs, messieurs !

PREMIER GARDIEN
. — On vous forcera bien de faire comparaître La Mode ; je vous le garantis.

CONRAD
. — Messieurs !…

PREMIER GARDIEN
. — Taisez-vous, nous vous l’ordonnons ; nous vous obéirons en vous conduisant.

BORACHIO
. — Nous avons l’air de devenir une bonne marchandise, après avoir été ramassés par les piques de ces gens-là.

CONRAD
. — Une marchandise compromise, je vous en réponds ; venez, nous vous obéirons.

(Ils sortent.)



Scène IV

Appartement dans la maison de Léonato. Héro, Marguerite, Ursule.



HÉRO
. — Bonne Ursule, éveillez ma cousine Béatrice, et priez-la de se lever.

URSULE
. — J’y vais, madame.

HÉRO
. — Et dites-lui de venir ici.

URSULE
. — Bien.

(Ursule sort.)


MARGUERITE
. — En vérité, je crois que cet autre rabat[12] vous siérait mieux.

HÉRO
. — Non, je vous prie, chère Marguerite ; je veux mettre celui-ci.

MARGUERITE
. — Sur ma parole, il n’est pas si beau, et je garantis que votre cousine sera de mon avis.

HÉRO
. — Ma cousine est une folle, et vous une autre. Je n’en veux pas porter d’autre que celui-ci.

MARGUERITE
. — J’aime tout à fait cette nouvelle coiffure qui est là-dedans ; seulement je voudrais les cheveux une idée plus bruns ; pour votre robe, elle est en vérité du dernier goût ; j’ai vu celle de la duchesse de Milan, cette robe qu’on vante tant…

HÉRO
. — Oh ! on dit qu’elle est incomparable !

MARGUERITE
. — Sur ma vie, ce n’est qu’une robe de nuit auprès de la vôtre. Du drap d’or, des crevés lacés avec du fil d’argent, le bas des manches et le bord des manches garnis de perles, et toute la jupe relevée par un clinquant bleuâtre. Mais pour la grâce, la beauté et le bon goût, la vôtre vaut dix fois la sienne.

HÉRO
. — Que Dieu me donne la joie pour la porter ; car je me sens le cœur excessivement gros.

MARGUERITE
. — Le poids d’un homme le rendra encore plus pesant.

HÉRO
. — Fi donc ! Marguerite, n’êtes-vous pas honteuse ?

MARGUERITE
. — De quoi, madame ? De parler d’une chose honorable ? Le mariage n’est-il pas honorable, même chez un mendiant ? Et, le mariage à part, votre seigneur n’est-il pas honorable ? Vous auriez voulu, sauf votre respect, que j’eusse dit un mari ? Si une mauvaise pensée ne détourne pas le sens d’une expression franche, je n’offense personne. Y a-t-il du mal à dire le poids d’un mari ? Aucun, je pense, dès qu’il s’agit d’un mari légitime et d’une femme légitime ; sans quoi il serait léger et non pesant. Mais demandez plutôt à la signora Béatrice, la voici.

(Béatrice entre.)


HÉRO
. — Bonjour, cousine.

BÉATRICE
. — Bonjour, ma chère Héro.

HÉRO
. — Comment donc ! vous parlez sur un ton mélancolique.

BÉATRICE
. — Je suis hors de tous les autres tons, il me semble.

MARGUERITE
. — Entonnez-nous l’air de Lumière d’amour[13]. Il se chante sans refrain ; vous chanterez, moi je danserai.

BÉATRICE
. — Oui ! Vos talons sont-ils exercés à la mesure de Lumière d’amour ? Oh ! bien, si votre mari a assez de greniers, vous verrez à ce qu’il ne manque pas de grains[14].

MARGUERITE
. — Ô interprétation maligne ! Mais j’en ris, les talons en l’air.

BÉATRICE
. — Il est près de cinq heures, ma cousine ; vous devriez être déjà prête. – Sérieusement, je me sens bien mal. Hélas !

MARGUERITE
. — De quoi ? – Un faucon, un cheval, ou un mari[15].

BÉATRICE
. — Oh ! celui des trois qui commence par un M[16].

MARGUERITE
. — Eh bien ! Si vous ne vous êtes pas faite turque[17], on ne peut plus faire voiles sur la foi des étoiles.

BÉATRICE
. — Voyons ; que veut dire cette folle ?

MARGUERITE
. — Rien du tout ; mais Dieu veuille envoyer à chacun le désir de son cœur !

HÉRO
. — Ces gants, que le comte m’a envoyés, ont un parfum délicieux.

BÉATRICE
. — Je suis enchiffrenée, cousine ; je ne sens rien.

MARGUERITE
. — Fille, et enchiffrenée ! il faut qu’il y ait abondance de rhumes.

BÉATRICE
. — Ô Dieu, ayez pitié de nous ! Ô Dieu ayez pitié de nous ! Depuis quand faites-vous profession d’esprit ?

MARGUERITE
. — Depuis que vous y avez renoncé, madame. Mon esprit ne me sied-il pas à ravir ?

BÉATRICE
. — On ne le voit pas assez ; vous devriez le porter sur votre bonnet. – Sérieusement je suis malade.

MARGUERITE
. — Procurez-vous un peu d’essence de carduus benedictus[18] et appliquez-la sur votre cœur : c’est le seul remède pour les palpitations.

HÉRO
. — Tu la piques avec un chardon.

BÉATRICE
. — Benedictus ? Pourquoi benedictus, s’il vous plaît ? Vous cachez quelque moralité[19] sous ce benedictus.

MARGUERITE
. — Moralité ? Non, sur ma parole, je n’ai point d’intention morale. Je parle tout bonnement du chardon bénit. Vous pourriez croire par hasard que je vous soupçonne d’être amoureuse : non, par Notre-Dame, je ne suis pas assez folle pour penser ce que je veux, et je ne veux pas penser ce que je peux, et je ne pourrais penser, quand je penserais à faire perdre la pensée à mon cœur, que vous êtes amoureuse, que vous serez amoureuse ou que vous pouvez être amoureuse. Cependant, jadis Bénédick fut naguère tout de même, et maintenant le voilà devenu un homme. Il jurait de ne se marier jamais, et pourtant, en dépit de son cœur, il mange son plat sans murmure[20]. À quel point vous pouvez être convertie, je l’ignore ; mais il me semble que vous voyez avec vos yeux comme les autres femmes.

BÉATRICE
. — De quel pas ta langue est partie !

MARGUERITE
. — Ce n’est pas un galop du mauvais pied.

URSULE, accourt
. — Vite, retirez-vous, madame : le prince, le comte, le seigneur Bénédick, don Juan et tous les jeunes cavaliers de la ville viennent vous chercher pour aller à l’église.

HÉRO, – Aidez-moi à m’habiller, chère cousine, bonne Ursule, bonne Marguerite.

(Elles sortent.)


Scène V

Un autre appartement dans le palais de Léonato. Léonato entre avec Dogberry et Verges.



LÉONATO
. — Que souhaitez-vous de moi, honnêtes voisins ?

DOGBERRY
. — Vraiment, seigneur, je voudrais avoir avec vous une petite conférence secrète sur une affaire qui vous décerne de près.

LÉONATO
. — Abrégez, je vous prie ; vous voyez que je suis très-occupé.

DOGBERRY
. — Vraiment oui, seigneur.

VERGES
. — Oui, seigneur, en vérité.

LÉONATO
. — Quelle est cette affaire, mes dignes amis ?

DOGBERRY
. — Le bon homme Verges, seigneur, s’écarte un peu de son sujet, et son esprit n’est pas aussi émoussé[21] que je demanderais à Dieu qu’il le fût ; mais, en bonne conscience, il est honnête comme les rides de son front[22].

VERGES
. — Oui, j’en remercie Dieu, je suis aussi honnête qu’homme vivant qui est vieux aussi, et qui n’est pas plus honnête que moi.

DOGBERRY
. — Les comparaisons sont odorantes[23]. – Palabra[24], voisin Verges.

LÉONATO – Voisins, vous êtes ennuyeux.


DOGBERRY
. — Il plaît à Votre Seigneurie de le dire. Mais nous ne sommes que les pauvres officiers du duc, et pour ma part, si j’étais aussi fatigant qu’un roi, je voudrais me dépouiller de tout au profit de Votre Seigneurie.

LÉONATO
. — De tout votre ennui en ma faveur ? Ah, ah !

DOGBERRY
. — Oui-dà, quand j’en aurais mille fois davantage ; car j’entends exclamer votre nom autant qu’aucun nom de la ville, et quoique je ne sois qu’un pauvre homme, je suis bien aise de l’entendre.

VERGES
. — Et moi aussi.

LÉONATO
. — Je voudrais bien savoir ce que vous avez à me dire.

VERGES
. — Voyez-vous, seigneur, notre garde a pris cette nuit, sauf le respect de Votre Seigneurie, un couple des plus fieffés larrons qui soient dans Messine.

DOGBERRY
. — Un bon vieillard, seigneur, il faut qu’il jase ! et comme on dit, quand l’âge entre, l’esprit sort. Oh ! c’est un monde à voir[25] ! – C’est bien dit, c’est bien dit, voisin Verges. – (À l’oreille de Léonato.) Allons, Dieu est un bon homme[26]. Si deux hommes montent un cheval, il faut qu’il y en ait un qui soit en croupe, – une bonne âme, par ma foi, monsieur, autant qu’homme qui ait jamais rompu du pain, je vous le jure ; mais Dieu soit loué, tous les hommes ne sont pas pareils ; hélas ! bon voisin !

LÉONATO
. — En effet, voisin, il vous est trop inférieur.

DOGBERRY
. — Ce sont des dons que Dieu donne.

LÉONATO
. — Je suis forcé de vous quitter.

DOGBERRY
. — Un mot encore, seigneur ; notre garde a saisi deux personnes aspectes[27]. Nous voudrions les voir ce matin examinées devant Votre Seigneurie.

LÉONATO
. — Examinez-les vous-mêmes, et vous me remettrez votre rapport. Je suis trop pressé maintenant, comme vous pouvez bien juger.

DOGBERRY
. — Oui, oui, nous suffirons bien.

LÉONATO
. — Goûtez de mon vin avant de vous en aller, et portez-vous bien.

(Entre un messager.)


LE MESSAGER
. — Seigneur, on vous attend pour donner votre fille à son époux.

LÉONATO
. — Je vais les trouver : me voilà prêt.

(Léonato et le messager sortent.)


DOGBERRY
. — Allez, mon bon collègue, allez trouver Georges Charbon ; qu’il apporte à la prison sa plume et son encrier : nous avons maintenant à examiner ces deux hommes.

VERGES
. — Il nous le faut faire avec prudence.

DOGBERRY
. — Nous n’y épargnerons pas l’esprit, je vous jure. (Touchant son front avec son doigt.) Il y a ici quelque chose qui saura bien en conduire quelques-uns à un non com[28]. Ayez seulement le savant écrivain pour coucher par écrit notre excommunication, et venez me rejoindre à la prison.


(Ils sortent.)


  1. Antick, bouffon des anciennes farces anglaises. Le nom d’antick indique, selon Warburton, l’idée traditionnelle des anciens mimes dont Apulée nous dit mimi centuneulo fuligine faciem obducti.
  2. Quelques commentateurs veulent lire anglet, une tête d’épingle à cheveux qui représentait autrefois des figures taillées, et le plus souvent une tête bizarre.
  3. Chez nous, les oreilles nous sifflent.
  4. Allusion à un ancien proverbe
    As the sound thinks, so the bell clinks.
    Ce que le son pense, la cloche le chante.
  5. Hang it ! you must hang it first and draw it afterwards.
  6. Fanty, amour, imagination.
  7. Dogberry, peu au fait de la valeur des termes, fait mille contre-sens en employant un mot pour l’autre. On devine facilement l’intention du poëte.
  8. Bills. Pertuisanes, armes de l’ancienne infanterie anglaise.
  9. Voici quelques-uns des statuts du guet ridiculisés ici par Shakspeare

    « Personne ne sifflera passé neuf heures du soir.

    « Personne n’ira masqué la nuit paasé neuf heures du soir.

    « Nul homme à marteau, forgeron, serrurier, ne travaillera passé neuf heures du soir.

    « Nul homme ne donnera l’alarme passé neuf heures du soir en battant sa femme, sa servante ou son chien, sous peine de trois shillinga d’amende.

  10. Pharaon, Hercule, personnages de tapisseries.
  11. En anglais, c’est le mot deformed que les gardiens prennent pour un nom d’homme.
  12. Rabato, rabat, collerette.
  13. Il est aussi question de cet air dans les Deux Gentilshommes de Vérone.
  14. Barns, greniers, et bairns, vieux mot qui signifie enfant
  15. Hawk, Horse or Husband.
  16. La réponse de Béatrice est moins claire en anglais, elle répond « C’est la première lettre de tous ces mots, h, qui se prononce en anglais de même qu’ache, douleur.
  17. Si vous n’avez pas changé d’opinion, de foi.
  18. Allusion au nom de Bénédick.
  19. Moralité, la morale d’une fable, le sens caché d’un apologue.
  20. Proverbe.
  21. Dogberry dit toujours le contraire de ce qu’il veut dire.
  22. Expression proverbiale.
  23. Odieuses.
  24. Palabras, pocas palabras, mots espagnols, pour dire bref, abrégeons.
  25. C’est une merveille.
  26. « Expression d’une ancienne moralité. » Steevens.
  27. Aspicious.
  28. Non compos mentis.