Belluaires et porchers/Épilogue

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Stock (p. 349-351).


ÉPILOGUE

ON DEMANDE DES PRÊTRES…


— Et après ? soupirait un vieux curé somnolent, exténué de confessions enfantines. C’était vers l’époque de ma première communion. Je me rappelle que cette question invariable me désolait. Plus tard, il me sembla que j’aurais bien pu lui répondre :

— Et après ? dites-vous. C’est très-simple. Je réclame votre cœur. Je désire que vous accomplissiez la parole du Maître, que vous donniez votre vie pour moi. Jusque-là, vous ne serez qu’un mercenaire, un mauvais pasteur qui ne connaît pas son troupeau et que son troupeau ne connaît pas. Quand viendra le voleur, il vous trouvera tout à fait dormant, si profondément dormant qu’il ne faudra pas moins pour vous réveiller que le cantique des Sept Clairons du Jugement.

Ainsi grondent aujourd’hui les dernières Âmes, les abandonnées et les désolées, vestiges suprêmes de la Ressemblance, rares exemplaires survivants et abhorrés que la balistique des lieux communs de l’Apostasie n’a pu démolir.

On demande des Prêtres. On en demande d’autres. On en veut qui soient fraternels aux Intelligences, qui aiment la Beauté et la Grandeur jusqu’à en mourir, qui n’acceptent pas d’abdications comme il s’en est tant vu depuis deux cents ans.

On vous demande, messieurs les successeurs des Apôtres, de ne pas dégoûter le Pauvre qui cherche Jésus, de ne pas détester les Artistes et les Poètes, de ne pas envoyer au camp ennemi — à force d’injustice, de déraison et d’ignominies, — celui qui ne chercherait pas mieux que de combattre à côté de vous et pour vous, si vous étiez assez humbles pour le commander.

Mais vous n’écoutez même pas, vous ne voulez rien savoir, vous somnolez pesamment sur des blessés qui saignent ou qui agonisent et, quand une clameur trop désespérée vous force d’entr’ouvrir les yeux, vous n’avez que cela à dire : — Et après, mon enfant ? Et vous vous rendormez aussitôt en vous étonnant de n’avoir plus l’empire du monde.

Quelle autre conclusion à ce livre où l’épouvantable stérilité des intelligences privées de culture supérieure est surtout montrée ?

ON DEMANDE DES PRÊTRES !