Beowulf/Botkine/Préface

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Anonyme
Traduction par Léon Botkine.
Imprimerie Lepelletier (p. 7-27).


PRÉFACE


La Poésie des Anglo-Saxons


Les vers anglo-saxons se composent de deux sections ou hémistiches réunis par l’allitération et par certaines règles prosodiques qu’il serait trop long d’énumérer ici. L’allitération qui en est le trait caractéristique porte ordinairement sur trois mots, quelquefois sur plus, rarement sur un moins grand nombre ; grâce à cette règle, commune aux anciennes langues du Nord, plusieurs mots commencent par la même lettre dans un vers ; quelquefois cependant des lettres ou des diphtongues différentes peuvent être reliées par l’allitération (comme il en est pour toutes les voyelles). On appelle lettre principale[1] la lettre allitérante qui se trouve dans la deuxième section du vers, et qui est ordinairement la seule de cet hémistiche ; les lettres allitérantes de la première section s’appellent sous-lettres[2]. Les poètes anglo-saxons paraissent avoir joui de la plus grande liberté pour l’exécution de leurs œuvres : ils n’étaient astreints qu’aux règles prosodiques dont il vient d’être parlé et qui, dans les poëmes de la meilleure époque comme celui de Beowulf, paraissent avoir été respectées dans presque tous les cas. Les compositions métriques des Anglo-Saxons se font surtout remarquer par une abondance excessive de périphrases et de synonymes qu’on ne peut mieux comparer qu’à ces rejetons sauvages qui poussent sur les arbres privés d’un entretien suffisant. Ce sont ces périphrases, non moins que la présence d’épisodes historiques fort obscurs qui rendent la lecture du texte de Beowulf difficile.

« Alors que la même idée est multipliée par la périphrase, dit fort bien Sharon Turner[3] le reste de la sentence ne gagne pas en signification. Un mot ou une épithète est l’objet d’une répétition d’expressions synonymes, mais le sens de la phrase ne subit pas, par ce fait, d’amplification. »

L’historien cite comme exemple les vingt-huit termes dont Caedmon se sert dans sa paraphrase biblique pour désigner l’arche de Noé, circonstance qui ne paraîtra pas surprenante aux personnes à qui la poésie anglo-saxonne est familière. Dans une dissertation des plus intéressantes, mais qui est trop longue pour être reproduite ici en entier, il parle ensuite en ces termes de l’origine de cette poésie :

« L’origine de la périphrase s’explique aisément. Un chef ou un héros favori remportait une victoire et était reçu à son retour par les bruyantes acclamations de son peuple. Un homme l’appelait brave, un autre furieux, un autre irrésistible. Ces louanges lui plaisaient, et l’un des convives, rempli du sentiment populaire, répétait au banquet les épithètes variées dont il avait été salué :

Edmond — le brave chef — intrépide à la guerre — irrésistible dans le combat — a mis en pièces ses ennemis à —

» Telle est la substance d’un poëme anglo-saxon.

» Mais quand il arrivait que ces harangues flattaient la vanité des chefs et excitaient leur libéralité, la construction de la périphrase était l’objet d’un travail plus considérable ; le compliment devait être parfois plus assaisonné et la périphrase se compliquait par instants de métaphores : on appelait le héros l’aigle de la bataille, le seigneur des boucliers, le donneur du bracelet, le casque de son peuple, et son épouse était saluée du nom de belle elfe.

» Il se pourrait que quand le style de la nation se fut amélioré et transformé en une prose facile et correcte, l’usage de l’ancien style ait été conservé à dessein par les Scaldes, par habitude et par un sentiment de vénération dans le peuple. En effet, les nations conservent ordinairement pendant longtemps le souvenir de leur vieux style, d’abord à cause de l’air vénérable que lui donne son ancienneté (c’est ainsi que chez nous le dialecte et les stances de Spencer sont toujours agréables et souvent imités), puis parce que ce style a servi à rédiger des compositions populaires.

» Tels furent, d’après ce qu’on suppose, les humbles origines de la poésie anglo-saxonne : d’abord, les rudes exclamations d’un peuple barbare saluant ses chefs dans un langage peu raffiné, puis, la répétition ou l’imitation de ces exclamations par quelques hommes qui en dérivaient un profit direct. Quand, par suite du progrès des mœurs et de l’état du peuple, un style plus cultivé, — ce que nous appelons une prose, — fut devenu général, parce qu’il était mieux adapté aux usages de la vie, l’ancien style cessa d’être employé dans Les circonstances ordinaires. Les poètes cependant le conservèrent et se l’approprièrent parce qu’il assurait à leur profession de plus grands avantages. Afin d’en jouir d’une manière plus exclusive et de s’assurer le monopole de l’honneur et des présents, et aussi dans le but de rendre leur style encore plus inaccessible au vulgaire, ils y ajoutèrent de nouvelles difficultés, en sorte qu’à la longue leur style poétique devint pour toujours séparé de la prose.

» On ne doit pas croire qu’en considérant ainsi notre ancienne poésie comme un art mécanique que l’on cultivait principalement comme métier, nous pensions à la confondre avec ces compositions délicieuses que nous appelons de nos jours du nom de poésie. Ces dernières sont d’une source différente et appartiennent à une époque de beaucoup postérieure. Elles doivent leur création au génie moderne, mais, au lieu d’être le fruit de son état premier et pour ainsi dire informe, elles sont le résultat d’une longue suite de temps meilleurs pendant lesquels l’intelligence générale de la société ayant été en progressant, le goût et l’imagination se perfectionnèrent aussi.

»….. La poésie anglo-saxonne présente surtout du sentiment, mais un sentiment vague et mal défini qui n’est pas exprimé dans des termes ou des images propres à la produire chez les autres. Un sentiment fortement héroïque remplit l’esprit de l’écrivain, mais il est plutôt exprimé par des paroles violentes que par l’effusion réelle ou l’analyse de l’émotion véritable. »

Les modernes, choqués de l’affectation de cette poésie, ne lui ont pas du reste épargné leurs critiques.

« En Norwége, dit Lüning dans son introduction à l’Edda, l’ancienne poésie populaire épique ne s’éteignit pas non plus tout d’un coup, mais elle recula toujours de plus en plus devant la nouvelle poésie des Scaldes qui était principalement en usage dans les cours. Cette poésie scaldique qui avait pour thème principal la louange des princes présentait, par ses ornements exagérés, un tel contraste avec la simplicité de la poésie populaire que les Scaldes ne pouvaient plus reconnaître aucun art dans cette dernière ; ils ne la connaissaient pas du reste, encore bien qu’ils fussent initiés aux mythes qui en formaient le fond et dont ils faisaient usage en faveur de leurs enjolivements de mauvais goût. Jamais le mépris de la poésie populaire et l’inaptitude à en comprendre la beauté ne se sont plus cruellement fait sentir que dans la poésie des Scaldes qui, par son exagération et son manque de naturel dans les termes et dans les figures — car le mot affectation (Künstelei), comme le dit justement Weinhold, serait une expression beaucoup trop douce en cette occasion — n’a certainement pas son pareil. Toute la poésie des Scaldes consiste à exprimer les idées d’une manière aussi bizarre que possible à l’aide de périphrases, de synonymes, etc., et à dissimuler de cette façon les conceptions les plus banales ; puis, à pousser l’enchevêtrement des phrases et la transposition de mots et même de syllabes dans d’autres phrases au point d’en rendre le sens inintelligible. L’esprit et la sagacité sont éminemment à l’œuvre dans ce genre de composition, mais aux dépens de l’imagination et du goût. »

Pour rendre encore plus claire cette explication je donne ici une traduction littérale de quelques vers du § XXXVI de Beowulf, priant le lecteur de chercher au chant indiqué l’explication du même passage.

C’est Wiglaf qui exhorte ses compagnons à aller au secours de Beowulf :

Je me rappelle le temps où nous prenions l’hydromel,
quand nous promettions à notre seigneur
dans la salle de la bière (qui nous donna ces bracelets)[4]
que nous le payerions de ces parures de guerre
s’il lui arrivait un pareil besoin
(boucliers et dures épées)[5] — (qui nous a choisis dans l’armée[6]
pour cette entreprise, d’après sa volonté,
nous a exhortés à la valeur et m’a donné ces trésors,
qui nous tenait pour de bons guerriers
(de) vaillants porteurs de casques, quoique notre seigneur
cette prouesse voulût seul
accomplir, — le gardien du peuple[7], —
parce que, plus qu’aucun homme, il a fait des actions d’éclat,
des actes téméraires.)

C’est en abordant des morceaux de ce genre que le traducteur se demande, non sans une certaine perplexité, s’il doit reproduire intégralement toutes les périphrases et tous les synonymes qui s’offrent à lui, ou s’il doit tout bonnement les supprimer. En adoptant le premier parti il rendra son texte plus conforme au modèle, mais en prenant le second il fera de sa version une œuvre plus intelligible et d’une lecture plus attrayante. Il s’agit de voir s’il peut se résoudre à adopter ce dernier parti sans manquer à son devoir de traducteur fidèle. Examinons en conséquence le vrai rôle des détails qui nous paraissent devoir être éliminés afin de rendre les phrases plus concises. Ces détails sont de trois genres : 1° périphrases ; 2° synonymes ; 3° mots composés. Il est évident que ces expressions : porter les casques, souffrir le chemin (pour aller), ouvrir le trésor des paroles (pour parler), donner des bracelets, avoir la puissance de sa parole, gouverner avec des paroles (pour régner), mettre dans le sein (pour donner en possession) n’ajoutent rien au récit et ne rendent pas la sentence plus intelligible. Il en est de même des innombrables mots composés, qui servent à rendre, en les amplifiant, les mots Dieu, mauvais esprit, roi, guerrier, homme, combat, bouclier, lance, casque, cotte de mailles, épée, salle, navire, trésor, mer, etc.[8] Peut-être, en remplaçant ces expressions ampoulées par des termes simples, sacrifie-t-on en partie l’originalité du poëme, mais en revanche on débarrasse la traduction d’artifices de composition complètement étrangers à notre style et on la rend aussi française que possible[9]. C’est ainsi qu’en interprétant les poètes latins ou grecs nous ne nous efforçons pas autant de conserver les tournures de leur style que de reproduire le fond de leur pensée avec le plus d’exactitude possible. Il est vrai qu’il y a une bien grande différence entre la poésie correcte des classiques, et les mètres anglo-saxons dans lesquels les agréments de la périphrase et les synonymes jouent le rôle principal.


Le Poëme de Beowulf

De tous les monuments de la littérature anglo-saxonne qui sont parvenus jusqu’à nous le plus curieux est sans contredit le poëme épique de Beowulf. Après être resté longtemps plongé dans un injuste oubli il a enfin pris la place honorable à laquelle sa valeur réelle non moins que son ancienneté lui donnait droit. Beowulf peut être considéré non-seulement comme le plus ancien de tous les poèmes de chevalerie mais encore comme l’une des premières manifestations littéraires de l’Europe moderne ; à ce dernier titre surtout il a droit à notre intérêt. Sans doute quand on l’examine en détail on ne peut souvent s’empêcher de critiquer l’agencement de ses parties et le style ampoulé dans lequel il est écrit, mais ces défauts très réels ne sauraient faire oublier l’importance qu’a pour nous cette épave littéraire au double point de vue philologique et historique. Le tissu du poëme lui-même n’est pas à dédaigner et bien qu’on ait penché d’abord à le regarder comme entièrement fabuleux, on croit pouvoir maintenant y démêler un fonds de vérité historique[10].

Les recherches persévérantes des philologues ne nous permettent pas de douter que Beowulf n’ait été écrit vers le viie ou le viiie siècle et que la forme sous laquelle nous le connaissons (par un manuscrit du xe siècle) ne soit assez différente de celle que lui avait donnée son auteur : mais en quelle mesure les remaniements et les fautes des copistes en ont-ils altéré la substance, c’est ce que personne ne peut dire. L’auteur parle souvent comme s’il avait été contemporain des événements qu’il décrit ou comme s’il en avait entendu parler par des témoins oculaires, ce qui n’est évidemment qu’une licence poétique. On ne s’expliquerait pas du reste les anachronismes qui abondent dans le poëme si l’on ne se disait que Beowulf est une œuvre foncièrement païenne et faisant partie du répertoire mythique commun à toute l’Allemagne, mais remaniée et en plus d’un point défigurée par des mains chrétiennes (et d’autres disent aussi danoises).

L’original de Beowulf n’a été trouvé que dans un seul manuscrit qu’on croit être du xe siècle[11]. On le trouve mentionné pour la première fois dans le Catalogus historico-criticus de Wanley qui date de 1705, mais on ne s’en est guère occupé avant 1786, époque à laquelle deux copies en furent faites, l’une d’après l’ordre du Danois Thorkelin, l’autre par Thorkelin lui-même[12]. La traduction de Beowulf que ce savant avait faite dès 1805 ayant été brûlée pendant le bombardement de Copenhague par les Anglais, il en fit paraître une nouvelle en 1815 sous les auspices de M. de Bülow que, dans sa reconnaissance, il appelle son Mæcenas optime, Sharon Turner (History of the Anglo-Saxons, t. III. p. 326) adresse à ses compatriotes des reproches mérités sur le peu de diligence dont ils ont fait preuve en cette occasion : « On peut blâmer notre patriotisme, dit-il, de ce que, alors que tant de travail et tant d’argent ont été employés à imprimer aux frais du public de nombreuses reliques du passé — et parfois des reliques de fort peu d’utilité — nous ayons laissé imprimer par un étranger et dans une contrée étrangère ce curieux monument de nos ancêtres. » — L’édition de Thorkelin est à vrai dire très défectueuse, surtout si on la considère à la lumière des dernières recherches philologiques, ce qui n’empêche pas que nous devions une grande reconnaissance à l’homme qui a exhumé le précieux poème. Depuis 1815 il a paru de nombreuses éditions de Beowulf en Angleterre, en Allemagne et en Danemark[13]. En outre de ces éditions qui se recommandent toutes par quelque avantage spécial il paraît de temps à autre des études critiques sur des points isolés du poëme soit dans la Germania, soit dans le Journal de philologie allemande, soit même dans une feuille imprimée en langue danoise le Tidskrift for Philologi og Paedagogik.

Dans le but de faciliter l’intelligence du poëme je crois devoir en donner ici un résumé, en laissant de côté toutefois les faits qui ne se rapportent pas directement au héros, le Goth Beowulf.

Le poëme débute par un aperçu historique de l’ancienne dynastie danoise. Scyld, fils de Scef, en est le chef après avoir longtemps régné sur les Danois, il meurt et le poëme nous montre ses compagnons livrant (suivant un antique usage) son corps à la mer dans une barque. — Hrothgar est l’un de ses descendants, il fait construire une salle (heal, bâtiment composé d’une seule salle) dans laquelle il distribue des trésors à tous ses sujets. Les guerriers se réunissent dans cette salle et y passent leur temps en festins ; la harpe et le chant du poëte y retentissent. Mais Grendel, un esprit des marais issu de la race de Caïn, s’irrite d’entendre dans ses ténèbres les échos joyeux du festin et jure une longue guerre à Hrothgar. Il s’introduit dans la salle pendant la nuit et s’empare de trente guerriers en repos. Le lendemain, à l’aube du jour, cette attaque est connue et les gémissements éclatent de toutes parts. Pendant douze ans les hostilités de Grendel continuent ; la salle devient déserte et le vieux roi Hrothgar ainsi que ses conseillers essayent en vain par tous les moyens possibles de se débarrasser du monstre. La situation parait donc irrémédiable quand, tout à coup, un nouveau personnage entre en scène : c’est Beowulf le Goth, parent du roi Hygelac, qui a appris par la rumeur publique les infortunes de Hrothgar et qui s’offre à aller, avec une petite troupe d’élite, affronter le terrible Grendel. Il s’embarque en conséquence, après avoir reçu les encouragements de son peuple. Le navire qui porte les Goths à travers ce qu’on croit être le Cattegat, vole avec la rapidité d’un oiseau sur la mer ; bientôt l’espace qui les séparait du Danemark est franchi. Leur arrivée dans ce pays donne l’occasion d’introduire un nouveau personnage : c’est le gardien de la côte qui hèle les navigateurs et veut savoir si leur voyage ne cache pas des projets hostiles. Ceux-ci protestent de leurs bonnes intentions et s’acheminent vers la résidence de Hrothgar.

La réception qui est faite à Beowulf est des plus flatteuses ; celui-ci n’est pas du reste un inconnu chez les Danois et Hrothgar a recueilli jadis son père qui était poursuivi pour un meurtre commis chez les Wylfingas. Le banquet qui est donné à l’arrivée des Goths donne lieu à divers incidents. Hunferth l’orateur, homme vain et bavard qui n’admet pas facilement une supériorité quelconque, rappelle une aventure arrivée jadis à Beowulf et il en interprète l’issue à sa manière. Le héros rectifie ses dires et fait remarquer à son tour, non sans à propos, que si Hunferth avait été aussi fort qu’il le prétend Grendel n’aurait pas causé tant de maux aux Danois.

Quand Wealhtheow, l’épouse de Hrothgar, qui présente la coupe d’hydromel à la ronde à tous les guerriers, arrive à Beowulf, elle salue le héros et rend des actions de grâce à Dieu qui l’a envoyé pour venger les Danois. Beowulf, dans un moment d’exaltation héroïque, jure alors de délivrer le peuple de son ennemi ou de mourir dans la salle.

Les Goths prennent leurs quartiers dans la salle et se disposent à y passer la nuit ; mais le monstre quitte sa demeure des marais et vient les y trouver. En entrant il voit la troupe étendue et se livrant tranquillement au repos. Il s’empare alors de l’un des guerriers qu’il dévore séance tenante puis il se jette sur Beowulf. Mais tandis que ses compagnons étaient plongés dans le sommeil notre héros veillait : il a vu venir Grendel et il se prépare à lui faire face. Une lutte s’engage ; Beowulf cherche à retenir son adversaire sous sa terrible étreinte, mais Grendel, qui reconnaît trop tard qu’il s’est attaqué à plus fort que lui, s’échappe en laissant un de ses bras au pouvoir du héros. Les Danois, heureux d’être débarassés de leur ennemi invétéré, célèbrent cette victoire par des réjouissances. Beowulf reçoit, au milieu d’un festin homérique pendant lequel l’hydromel et la bière coulent à plein bord, de riches présents comme gages de leur reconnaissance. Ses compagnons ne sont pas non plus oubliés en cette occasion.

Les Danois sont délivrés de Grendel, mais un nouvel ennemi va surgir au moment où ils s’y attendent le moins : cet ennemi, c’est la mère du monstre qui roule dans son esprit des projets de vengeance et qui, la nuit venue, vient de nouveau ensanglanter la salle. Cette fois, la victime est un conseiller du roi nommé Aesc-here. Beowulf n’étant pas là quand le meurtre se commet, ne peut poursuivre la furie. Le lendemain matin la funèbre nouvelle est annoncée à Hrothgar qui se livre alors au plus violent désespoir. Il exhorte Beowulf à achever de purger le pays de la race des monstres qui le désole, d’abord en excitant ses sentiments de chevalerie, puis par l’appât de riches récompenses. Le héros n’hésite pas ; il se met en marche vers la mer qui sert de demeure à l’engeance de Grendel. Ce lieu est terrible : les flots, sous le souffle de la rafale, s’y élèvent jusqu’au ciel ; des caps nus et venteux bordent cette mer au sein de laquelle nagent les dragons. Le cerf, forcé par les chasseurs, aime mieux se rendre que d’y chercher un refuge. Beowulf laisse ses compagnons sur la côte et entre dans les flots. Il est emporté, au milieu de circonstances assez singulières, dans l’habitation de Grendel et commence l’attaque contre la mère du monstre ; mais son épée lui refuse le service. Après une courte lutte, il est terrassé par la furie qui le transpercerait de son couteau si le tissu impénétrable de sa cotte de mailles ne garantissait sa vie. Il se relève et voit près du mur de la demeure une épée enchantée dont il s’empare et avec laquelle il pourfend son ennemie. — Il retrouve le cadavre de Grendel auquel il tranche la tête, puis il opère son retour chargé de ce trophée. Ses compagnons voyant la mer rouler des flots sanglants, avaient presque perdu tout espoir à son sujet ; aussi à son retour est-il salué par des actions de grâce. La salle du roi Hrothgar retentit de nouveau du bruit des fêtes. Beowulf reçoit de nouveaux présents du monarque et retourne ensuite à la cour de Gothie avec ses Compagnons. Arrivé dans son pays il raconte ses aventures à Hygelac et lui fait hommage des trésors que lui a donnés Hrothgar.

Ici finit l’histoire des aventures de Beowulf chez les Danois ; la seconde partie du poëme (aucune séparation n’existe en réalité dans le récit), et de beaucoup la moins intéressante, est remplie par les derniers combats et la mort du héros, ainsi que par des épisodes historiques (?) dont le développement est par malheur fort incomplet. — Au milieu des obscurités dont le texte abonde on croit cependant pouvoir démêler les faits suivants :

Hygelac, le roi des Goths, étant mort dans une expédition guerrière, Beowulf consent, à la prière de sa veuve, à administrer le royaume comme tuteur du jeune Heardred (le fils de Hygelac) ; la mort de celui-ci, qui paraît avoir été amenée par la trahison d’un réfugié suédois, livre ensuite à notre héros le trône de Gothie. Beowulf, parvenu ainsi à l’apogée de sa gloire et de sa puissance, règne pendant cinquante ans sur les Goths et tout pourrait faire espérer une fin paisible au héros, quand soudain un voile passe sur cette longue prospérité et le plonge derechef dans l’affliction.

Voici comment arrive cette nouvelle calamité. — Un fugitif s’est introduit dans une caverne où un dragon gardait un antique trésor inconnu aux hommes. Il en a enlevé des joyaux et notamment une coupe de prix qu’il a donnée au roi en implorant son pardon. Son pardon lui a été accordé ; mais le dragon, irrité du préjudice qui lui a été porté, est venu vomir sur le pays des torrents de flammes. La désolation est générale, tout le peuple est rempli d’effroi ; cependant Beowulf, fidèle à ses traditions de bravoure, n’hésite pas à attaquer le monstre. Il se fait montrer le chemin de la grotte par le fugitif et il s’avance seul dans les rochers à la rencontre du dragon. Aux cris que pousse le héros celui-ci s’avance en serpentant ; un combat terrible s’engage, mais Beowulf, hélas ! n’est pas le plus fort ; la flamme le brûle, le réduit à l’impuissance ; son épée lui refuse encore le service dans cette cruelle nécessité. Il va succomber ; mais soudain un secours providentiel lui arrive ; c’est son parent le jeune Wiglaf qui, témoin impatient de la lutte, vient le retrouver au milieu des flammes. La troupe qui avait accompagné Beowulf jusqu’en vue de la caverne et qui, d’après ses ordres, attendait sur un rocher l’issue du combat, est saisie alors d’une grande épouvante et s’enfuit dans un bois. La victoire, restée longtemps douteuse, finit par se décider ; le dragon, qui a commencé à faiblir sous un coup que lui a asséné Wiglaf, est achevé complètement par le couteau de Beowulf. Il meurt, mais il a fait une blessure terrible à ce dernier. Sentant sa fin approcher, le héros se fait montrer le trésor de la caverne, remet son collier, sa cotte de mailles et son casque à Wiglaf auquel il exprime ses dernières volontés, puis expire. Les hommes de Beowulf, remis de leur frayeur, se décident enfin à pénétrer dans l’antre, mais Wiglaf les apostrophe vivement au sujet de leur lâche conduite et leur prédit un éternel déshonneur. Il ordonne ensuite qu’on procède aux funérailles du héros. Les funérailles s’accomplissent selon le cérémonial usité par les anciens Scandinaves ; le corps est brûlé et un tumulus érigé en dix jours sur le sommet du promontoire de la Baleine par les soins du jeune Goth. — C’est là que, selon le désir de Beowulf, s’élève le monument comme un souvenir pour le peuple et un repère pour les navigateurs qui se hasardent sur les flots ténébreux de l’Océan.


Esquisse Historique

Une esquisse historique aussi exacte que les travaux patients et sagaces des commentateurs de Beowulf, Grein à leur tête, nous permet de l’établir, ne sera pas hors de propos dans cette préface ; elle permettra, je l’espère, de suivre la lecture du poëme avec plus de fruit et donnera la clef de bien des passages en apparence inintelligibles. Tout en mettant le lecteur en garde contre l’idée trop absolue que pourrait lui suggérer ici le mot historique appliqué à des événements d’une authenticité souvent contestable, et dont la suite, du reste, est en général assez imparfaitement connue, je dois donc le prier de se reporter aux notes rédigées ci-dessous chaque fois que la marche des évènements ne lui paraîtra pas se dégager d’une manière assez précise de la narration ; l’explication de certains détails qui ne jouent qu’un rôle secondaire dans le poëme se trouvera dans les notes placées à la fin de cet ouvrage. Je dois faire remarquer que je me suis borné ici à donner les renseignements strictement nécessaires, sans me permettre aucune conjecture sur la nature des faits que j’avais à enregistrer.

A. Les Goths (Geatas, Wedergeatas, Wederas, Guthgeatas — Goths des Combats. — Saegeatas — Goths maritimes) habitaient le Sud de la Scandinavie[14]. Ceux de leurs rois qui sont nommés dans le poème sont : Hrethel, ses fils Hæthcyn et Hygelac, le fils de Hygelac appelé Heardred et Beowulf[15]. Le père de ce dernier est Ecgtheow, guerrier célèbre qui s’était réfugié en Danemark pour échapper aux suites d’un meurtre qu’il avait commis chez les Wylfingas. La mère de Beowulf est la fille unique du roi des Goths Hrethel. C’est à la cour de ce roi et au milieu de ses fils que le héros du poëme est élevé à partir de sa septième année[16]. Il est faible et nonchalant dans sa jeunesse, mais avec l’âge viril il acquiert dans son poing la force de trente hommes ; c’est pourquoi le sort qui lui donne la victoire dans les combats corps à corps la lui refuse dans les rencontres à l’épée. Dans sa jeunesse il engage une joute sur la mer avec Breca, prince des Brondingas ; ils nagent ensemble pendant cinq jours, puis sont séparés par la tempête ; Beowulf, après avoir vaincu plusieurs monstres marins, est porté par les flots dans le Finnaland[17]. Plus tard, le héros, accompagné de quatorze Goths va porter aide au roi de Danemark Hrothgar contre Grendel, et les événements analysés ci-dessus (v. p. 16) se déroulent.

Le roi Hrethel avait eu trois fils : Herebeald, Hæthcyn et Hygelac. L’aîné, Herebeald, fut tué par Hæthcyn d’une flèche lancée par mégarde ; son père, ne pouvant le venger, tomba dans la tristesse et mourut. Hæthcyn lui succéda sur le trône. Celui-ci étant tombé à son tour dans une rencontre avec les Suédois sous la conduite d’Ongentheow, Hygelac[18] prend les rênes du gouvernement, les hostilités contre les Suédois continuent. Le chef de ces derniers (Ongentheow) périt dans un combat de la main d’un Goth appelé Eofor, dont le frère avait été mis hors de combat par Ongentheow. Eofor reçoit, en récompense de cette action, des présents ainsi que la main de la fille unique de Hygelac. Plus tard, au retour de Beowulf de son expédition contre Grendel, le poëme nous montre Hygelac marié à la jeune et douce Hygd, fille de Hæreth, qui paraît être ainsi sa deuxième épouse. De leur mariage est né Heardred qui monte sur le trône de Gothie après la mort de son père dans une expédition contre les Francs, les Frisons et les Hugues réunis[19].

Beowulf, qui a pris part à cette dernière expédition, se sauve à la nage à travers la mer, non sans avoir tué auparavant le meurtrier probable de Hygelac (le Hugue Dæghrefn). Arrivé en Gothie il refuse la couronne, mais consent à administrer le royaume comme tuteur de son cousin le jeune Heardred. Ce prince est tué plus tard par les petits-fils d’Ongentheow, Eanmund et Eadgils. Après sa mort le royaume revient à Beowulf. Celui-ci venge par la suite le meurtre de Heardred en tuant Eadgils et en s’emparant (probablement) de ses Etats.

B. Les Scylfingas dont il est parlé[20] dans le poëme sont une famille royale de Suède qui paraît alliée aux Goths puisque Wiglaf, fils de Weohstan, qui porte comme parent de Beowulf le nom de Wægmunding est aussi appelé prince Scylfing.

Les Scylfingas sont aussi appelés Heatho-Scylfingas et Guth-Scylfingas (c’est-à-dire Scylfingas des Batailles.)

C. Les Danois (Dene) comme sujets de Scyld et de sa progéniture s’appellent Scyldingas, et Ing-wine[21] d’après le premier roi des Danois de l’Est. Leurs autres désignations sont : Hrethmen, Gar-Dene (Danois des Lances), Hring-Dene (Danois cuirassés), Beorht-Dene (Danois brillants ou illustres)[22] ; les noms de Danois de l’Est, du Sud, de l’Ouest et du Nord indiquent que ce peuple est répandu sur une vaste surface. Ils possèdent également la Scanie (Scedeland, Scedenig) à l’extrémité de la presqu’île Scandinave.

Les Scyldingas sont appelés descendants d’Ecgwela. — Grein veut qu’Ecgwela soit le fondateur de l’ancienne dynastie danoise qui s’est éteinte avec Heremod[23]. Du reste, le vrai chef de la dynastie des Scyldingas est Scyld, fils de Scef[24] ; ses descendants sont Beowulf (son propre fils, qu’il ne faut pas confondre avec le héros Goth), Healfdene (son petit fils) cité pour son règne long et glorieux, Hrothgar (son arrière petit-fils) ainsi que les deux frères et la sœur de Hrothgar[25].

Hrothgar devient roi des Danois, après la mort de son frère aîné Heorogar (nous ne savons pas exactement si Heorogar a précédé Hrothgar sur le trône ou s’il est mort du vivant de son père Healfdene). Son épouse est Wealhtheow de la race des Helmingas[26]. De leur mariage sont nés deux fils, Hrethric et Hrothmund, et une fille, Freaware.

Dans une guerre que les Danois font contre les Heathobeard (Longobards), le roi de ces derniers, appelé Froda, est tué. Afin de réconcilier les belligérants on marie Freaware au fils de Froda. Mais Ingeld (c’est le nom de celui-ci) après avoir vécu en paix pendant un certain temps à côté de son épouse, venge plus tard la mort de son père. Il est poussé à cette vengeance par les exhortations continuelles d’un vieux guerrier.

Hrothgar se fait construire un heal ou grande salle de réception et de festin, et y fait une distribution d’objets précieux à son peuple ; c’est dans cette salle que Grendel vient commettre ses crimes. Beowulf tue plus tard le monstre et sa mère, et reçoit, en récompense de sa bravoure, de riches présents.

Le poëme ne nous apprend que peu de chose sur le reste de l’histoire de Hrothgar. — L’allusion (§ XVIII) à la rupture qui éclate par la suite entre Hrothgar et son neveu Hrothulf se retrouve presque dans les mêmes termes dans le Scopes widsith[27].

D. Les Suédois sont appelés Sweon et Sweo-theod ; leur pays est désigné sous le nom de Swio-rice ; leur dynastie est celle des Scylfingas. Ongentheow (l’Angantyr des Scandinaves), roi des Suédois, fait partie de cette dynastie. Son épouse est peut-être Elan, fille du roi des Danois Healfdene. Elle est mère de deux fils, Onela et Ohthere. Elle tombe au pouvoir du roi des Goths Hæthcyn pendant une expédition que celui-ci a entreprise pour se venger des maraudages d’Onela et d’Ohthere ; mais Ongentheow la délivre, tue Hæthcyn et tient les Goths enfermés dans le bois des Corbeaux (Hrefna-wudu) jusqu’au moment où Hygelac vient les secourir. Le combat qui s’ensuit est fatal à l’armée d’Ongentheow ; ce chef lui-même est attaqué par deux frères appelés le Loup (Wulf) et le Sanglier (Eofor) et tombe sous les coups de ce dernier.

E. Les passages du poëme ayant trait à Eanmund et à Eadgils sont obscurs ; voici comment on a cherché à les interpréter :

Les fils d’Ohthere, Eanmund et Eadgils, se sont révoltés contre leur père et ont dû, par suite, quitter la Suède avec leurs partisans. Ils se rendent auprès du roi des Goths Heardred ; — l’histoire ne nous dit pas dans quelle intention, mais tout nous porte à croire que leur voyage avait pour mobile la conquête de la Gothie — Heardred est assassiné, pendant un repas, par l’un des deux frères, probablement par Eanmund. Weohstan venge ce meurtre en tuant Eanmund et en dépouillant son cadavre. Eadgils retourne dans sa patrie et laisse régner en paix Beowulf qui a succédé au trône après la mort de Heardred. Plus tard, cependant, les hostilités recommencent et Eadgils tombe sous les coups de Beowulf pendant une incursion qu’il avait entreprise en Gothie. Il paraît établi qu’après ces événements Beowulf s’empare du trône de Suède.

F. Finn, fils de Folcwalda, roi des Frisons du Nord et des Jutes (Eotes) est le héros de l’épisode de Finnsburg qui nous est surtout connu par un fragment découvert au xviie siècle à la Bibliothèque archiépiscopale de Lambeth.

Hnæf[28] est l’hôte de Finn dans son château de Finnsburg. Ce Hnæf est un parent, peut-être le beau-frère de Finn ; en sa qualité de suzerain du roi des Danois Healfdene, il a sous ses ordres une compagnie de soixante hommes. La troupe de Finn vient les attaquer traîtreusement pendant la nuit. Pendant cinq jours ils gardent l’entrée de leur demeure assiégée sans avoir à déplorer aucune perte ; cependant Hnæf est tué ensuite au retranchement de Freswæl et le Danois Hengest prend le commandement de la troupe. Les Danois ont fait du reste éprouver des pertes considérables à leurs ennemis et la reine Hildeburh pleure la mort d’un fils et de frères qui ont succombé dans le combat. Les Frisons proposent alors la paix aux Danois. La paix se conclut, on échange les serments d’usage et Finn donne une somme d’argent comme compensation pour les hostilités. Les guerriers que le combat a épargnés se rendent tous ensuite en Frysland dans la demeure de Finn. C’est là que Hengest que la glace et les tempêtes empêchent de retourner en Danemark, passe la durée de l’hiver ; mais plus préoccupé du désir de venger la mort de son chef que de toute autre chose, il prend part à un combat dans lequel il trouve la mort. — Guthlaf et Oslaf, qui faisaient partie de sa troupe, le vengent, probablement après avoir été chercher du renfort dans leur patrie. Pendant le combat le heal de Finn se remplit des cadavres des ennemis ; Finn lui-même est tué ; la reine est faite prisonnière et emmenée en Danemark avec les trésors pris dans son palais[29].

  1. C’est la lettre que les poëtes islandais appellent hoefuthstafr.
  2. Chaque vers contient quatre syllabes accentuées et c’est sur elles que porte toujours l’allitération.
  3. History of the Anglo-Saxons, vol. III, lib. IX.
  4. Apposition à seigneur
  5. id. à bracelets
  6. id. à seigneur
  7. id. id
  8. L’Edda renferme aussi un grand nombre de synonymes. Le mot roi à lui seul en compte une vingtaine.
  9. C’est ce qu’avait déjà senti Conybeare au commencement de ce siècle en publiant ses élégantes versions de plusieurs poëmes anglo-saxons.
  10. Quelques personnes croient que le poëme a été greffé sur un mythe météorologique. Beowulf représenterait alors le tonnerre, ses combats contre Grendel et le dragon seraient « le symbole des orages qui accompagnent le commencement et la fin de l’été » (Wollzogen). Dans tous les cas il est difficile de ne pas reconnaître que le poëme renferme un certain nombre de faits véritables, mal groupés peut-être et le plus souvent d’une chronologie fautive, mais dignes néanmoins d’être accueillis avec confiance. L’histoire des Scyldingas, des Geatas et des Scylfingas, dont l’origine se perd dans les brumes mythologiques, prend corps à mesure qu’elle entre dans la période historique et paraît se confondre avec celle des premières dynasties scandinaves.
  11. Ce manuscrit, qui fait partie de la Bibliothèque Cottonnienne du British Museum, est signé Vitellius xv et se compose de fragments provenant de plusieurs époques. Fortement endommagé pendant un incendie en 1731 il est devenu de nos jours presque entièrement illisible. Kemble dit qu’il est écrit de deux mains différentes, la première allant du commencement au vers 1940 (xxviii §) la deuxième de 1941 jusqu’à la fin (le poëme se compose de 3184 vers). Au poëme de Beowulf se rattache l’épisode de l’attaque de Finnsburg découvert par Hickes au xviie siècle et maintenant détruit.
  12. Ces deux copies se trouvent à Copenhague.
  13. On en trouvera une liste complète a la fin de cette traduction.
  14. Toutes les recherches qui ont été faites sur le théâtre des événements racontés dans le poëme ne me paraissent avoir établi clairement que deux choses savoir : que Heort des Danois se trouvait en Seeland (il importe peu que ce soit à Rœskild ou ailleurs) et que le siège du royaume de Beowulf était situé non loin de la rivière Gotha. Les Geatas sont les Gautar des Scandinaves.
  15. Dans la table généalogique de la famille royale des Saxons de l’Ouest — qui a la prétention de faire remonter l’origine de cette dynastie à Odin — figure le dieu Beowulf, prototype du héros de la grande épopée anglo-saxonne. Les Allemands se sont beaucoup occupés à faire ressortir le fond mythologique du poëme qu’ils considèrent comme leur propriété nationale. (Dans la petite édition de von Wolzogen les noms propres anglo-saxons sont même entièrement remplacés par des synonymes allemands.)
  16. D’après Bède la première jeunesse des Anglo-Saxons se terminait à sept ans.
  17. Breca aborde chez les Heatho-ræmas. Il est encore fait mention de ce prince dans le Scopes widsith, l’un des plus anciens poëmes anglo-saxons qui nous soient parvenus.
  18. On croit retrouver Hygelac dans le Chocilage de Grégoire de Tours. Les pirateries de ce Chocilage sont citées dans les Gestis reg. Francor. c. 19.
  19. Les Francs, Het-ware ou Mere-wioingas sont cités également dans le Scopes widsith. Quant aux Frisons il faut distinguer ceux qui, avec les Francs et les Hugues, remportent la victoire sur Hygelac de ceux qui dans l’épisode de Finnsburg cité plus loin, tombent sous les coups des Danois dont ils ont assassiné le général. Le pays des premiers est la Frise Occidentale et s’appelle Fresnaland, le pays des derniers est la Frise Septentrionale et a nom Frysland.
  20. La terminaison ing indique la descendance et équivaut à fils de. Par extension les noms de dynasties sont souvent appliqués aux peuples mêmes, en sorte que Scylfingas signifie Suédois et Scyldingas, Danois. — Dans l’Edda (Hyndlulioth) on trouve la généalogie mythique des Scyldingas et des Scylfingas.
  21. Ing-wine, les amis d’Ing. Le nom d’Ing se trouve dans le curieux chant anglo-saxon sur les runes que l’illustre Humboldt cite dans son Cosmos (tome II).
  22. Le Scopes widsith les appelle Sædene ou Danois maritimes et parle de leur chef Sigehere.
  23. Heremod n’appartient pas à la dynastie des Scyldingas mais, d’après Grein, la précède peut-être immédiatement ; il est chassé du trône à cause de sa cruauté inouïe.
  24. Ce Scef serait le Sceafa des Langobards du Scopes-widsith, d’après Grein.
  25. Les descendants de Scyld, ainsi que le peuple danois qu’ils gouvernent s’appellent tour à tour dans le poëme Ar, Sige, Theod et Here-Scyldingas, c’est-à-dire Scyldingas de la victoire, de l’honneur, etc.
  26. Cette dynastie règne sur les Wylfingas d’après le Scopes widsith, qui cite son chef Helm : Helm [weold] Wylfingum. C’est chez les Wylfingas qu’Ecgtheow, le père de Beowulf, a tué Heatholaf. « L’histoire ne fournit pas de renseignements sur ce peuple. » Ettmüller.
  27. Le Scopes widsith nous apprend encore que Hrothgar et Hrothulf (ou Hrothwulf) « mirent en déroute la race des wiking (je ne doute pas que wiking ne désigne ici les Heathobeard—Ettmüller) et firent dévier le fer d’Ingeld ; qu’ils ruinèrent à Heort la puissance des Heathobeard. »
  28. Hnæf et Finn sont cités dans le Scopes widsith le premier comme chef des Hocingas, le second comme roi des Frisons. On n’est pas d’accord sur les Hocingas ; les uns les considèrent comme une nation et Ettmüller cherche à les identifier aux Hugues ou Hugas ; les autres en font une dynastie dont Hnæf serait le descendant.
  29. Ce résumé de l’épisode de Finnsburg (cf. les 17/8 § du poëme) est établi d’après les hypothèses de Grein. L’explication que le savant philologue a donnée de cet obscur passage est certainement très ingénieuse et tout-à-fait en harmonie avec les données du poëme ; certains détails cependant demeurent inexpliqués et déjoueront sans doute toujours les efforts des commentateurs.